‹ Les Pères apostoliques et leur époqueChapitre 81 sur 143 · Lucke, Einleitung in die Apocalypse, p. 146 et suiv · texte numérisé non relu

Lucke, Einleitung in die Apocalypse, p. 146 et suiv

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tique ne coïncidait pas avec la date probable de la composition du Pasteur. 11 me paraît donc difficile de supposer qu'Hermas ait pu profiter de l'Apocalypse de saint Jean ; et, il faut en convenir, la ressemblance n'est pas telle qu'elle oblige d'admettre un emprunt quelconque. L'analogie s'explique d'une manière satisfaisante par ce fond commun d'images ou d'emblèmes auquel le symbolisme chrétien venait puiser dans les premiers siècles.

11 est beaucoup moins facile de se rendre compte des rapports de similitude qui existent entre les Visions d'Hermaset le quatrième livre d'Esdras : ils sont tellement nombreux qu'on est porté tout naturellement cà voir dans l'un de ces deux ouvrages une imitation de l'autre. Et d'abord, ils ont joui tous deux de la même destinée : regardés par plusieurs comme une écriture inspirée, ils ont été exclus du canon des Livres saints par un commun accord. Saint Jérôme, suivi en cela par la majorité des Pères, rejetle le quatrième livre d'Esdras avec le même empressement que Tertullien et saint Ambroise avaient mis à ladmettre et à le citer; et, bien que cet ouvrage renferme quelques erreurs de fait, l'Église a témoigné qu'il n'est pas sans mérite en lui empruntant quelques passages qui ont trouvé place dans ses offices K Quoi qu'il en soit, ce livre paraît avoir été composé à la fin du i^"" ou au commencen\pnt du ii' siècle par un Juif converti, qui, dans le but d'amener au christianisme ceux de sa nation, aurait réuni quelques prophéties messianiques sous le grand nom d'Esdras. D autres y ont vu, et non sans motif, un produit rabbinique d'origine moins récente et retouché plus tard par une main chrétienne; cardes prophéties trop explicites pour ne pas avoir été rédigées après l'événement, et des emprunts manifestes à l'Évangile nous forcent à tout le moins d'ad-

1 s. Jérôme, adv. Vigilantintn et passini; S Ambroise, De Bono mortis, x, 45, XI, 51 ; Tertull contr. Marcionem, 1 iv, c. 16 Tntroïtde la 3* férié de Pentecôte: «Accipite jncunditatem. . vocavit; » Office pascal des Martyrs' « Lux perpétua lucebit vobis...» 4^ Hit;. d'Esdras, ii, 36, 37, 45, etc.

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mellre un remaniement postérieur. La seule question qui nous intéresse en ce moment est de savoir à quel point le quatrième livre d'Esdras se rapproche des Visions d'IIermas. Or la ressemblance est frappante jusque dans les détails. C'est à la même occasion, à cause des prévarications de leur famille ou de leur nation, qu'IIermas et Esdras reçoivent des révélations, celui-ci par l'ange Uriel, celui-là par l'ange de la pénitence. L'un et l'autre adressent à leur interlocuteur céleste des questions qui leur valent le reproche de curiosité indiscrète. C'est par le jeûne que tous deux sontinvités à se rendre dignes des communications d'en haut. La vision s'offre à eux dans les mômes situations : ici, sur le mont Horeb; là, sur une montagne d'Arcadie ; de part et d'autre, au milieu d'un champ ou dans un lit. Si dans Esdras le peuple des croyants reçoit des palmes symboliques, dans Hermas l'ange distribue aux fidèles des branches de saule. C'est une vieille femme qui apparaît à l'un et à l'autre pour les instruire, et qui disparaît des deux côtés en jetant un grand cri i. J'abuserais de votre attention si je prolongeais ce parallèle jusqu'au terme où l'étude comparative des deux livres me permettrait de le pousser: tel qu'il s'est offert à nous, il me paraît suffisant pour nous autoriser à conclure qu'il existe entre les Visions d'Hermas et le quatrièrne livre d'Esdras de nombreux traits de ressemblance, que l'analogie est trop forte pour qu'on puisse y voir seulement un effet du hasard, partant, que l'un de ces deux écrivains a dû avoir en vue le travail de l'autre. Quant à la question de savoir où est l'œuvre originale, où rimitation, elle me paraît insoluble en l'absence de toute donnée chronologique tant soit peu certaine.

Nous venons d'étudier les Visions d'Hermas en elles-mêmes et dans leur rapport avec les écrits du même genre. Or, comme nous l'avons vu, l'enseignement symbolique que ren-

i. Esd,iv,7; /yerm., Simil. IX, 11.— Esd., v, 13, Ilerm., Vis, in, 1. — J^sd., III, 1 II. 33, IX, 26; Herm; Vis. ii, 4; simil , ix, 1 , Vis. m, 1. — J^ad , II. 45; Henn. Sim \iii. — Esd., x, 26; Herm , Vis. iv, 3.

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ferme la première partie du Pasteur, forme un tout à peu près complet. La réforme de l'individu et de la famille, les destinées de l'Église et ses luttes avec le monde : tel est le cadre qu'elle embrasse. Sans nul doute le fond de la doctrine est irréprochable ; et s'il était démontré par le fait que l'ouvrage eût le privilège de l'inspiration divine, on ne trouverait rien dans les Visions elles-mêmes qui pût infirmer ce sentiment. Mais les preuves de fait manquent absolument ; et quoi qu'en ait dit Mosheim, Hermas pouvait fort bien, sans commettre de fraude, donner à son livre la forme d'une apocalypse. Assurément cette forme peut nous sembler étrange, bien que dans les premiers siècles elle soit plus ordinaire qu'on ne le pense communément. D'une part, elle se rattache au symbolisme prophétique des livres inspirés, de l'autre elle se prolonge dans la poésie légendaire du moyen âge, pour se prêter au génie de Dante dans la grande épopée catholique du xiii« siècle. Ce serait, à mon avis, manquer à la fois de tact et de coup d'œil que de vouloir assimiler le Pasteur d'Ilermas à une composi don poétique : il n'y a rien dans cet ouvrage qui trahisse une préoccupation de ce genre. Il n'est pas moins vrai de dire que cette prédication morale qui revêt toutes les teintes d'une imagination forte et sévère, est une des œuvres les plus hardies, les phis largement conçues du symbolisme chrétien dans l'éloquence. Avant d'asseoir un jugement complet sur ce monument original de la littérature des deux premiers siècles, il faut que nous parcourions d'abord le reste de l'ouvrage, c'est-à-dire les Préceptes et les Similitudes.

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