L. Il, c. 10, g
282 LE PASTEUR d'hERMAS.
œuvres. En etFet, tout en plaçant la foi en tète des Préceptes, Hermas est loin de lui attribuer exclusivement la justification de l'homme ou son salut. De là, le reproche davoir enseigné une morale judaïque, peu conforme à celle desaint Paul. L'école rationaliste de Tubingue est môme allée plus loin : Baur et Schwegler se sont ingéniés à établir que le pasteur d'Hermas est un produit de l'Ébionitisme non moins que les Clémentines ^ Ce qui enlève tout fondement à cette assertion, c'est que la Divinité de Jésus-Christ est clairement enseignée dans les Similitudes, comme nous le verrons plus tard. Quant au caractère judaïque qu'on a prêté à la morale d'Hermas, voici ce qui a pu donner lieu à un reproche de cette nature. 11 est certain que le moraliste cherche à inspirer la crainte de Dieu, principe de la loi ancienne, plutôt que l'amour de Dieu, qui est l'âme de la loi nouvelle. Sans exclure ce deuxième sentiment, que la loi ancienne n'excluait pas davantage, il fait au premier un appel bien plus fréquent. Or, Eusèbe et Saint Athanase nous en donnent une explication entièrement satisfaisante. « Le Pasteur d'Hermas, dit le premier, est au jugement de beaucoup de la plus haute utilité pour ceux qui doivent être instruits dans les premiers éléments de notre rehgion 2. » « Les Pères, dit le Patriarche d'Alexandrie, en ont recommandé la lec ure à ceux qui sont proches de la foi ^ » On peut conclure de ces paroles que le Pasteur d'Hermas était une initiation à la doctrine chrétienne et non pas une exposition de cette doctrine dans toute sa perfection : sa morale est celle des commençants, des néophytes, des catéchumènes, plutôt que la morale des parfaits. Or, comme dit l'Écriture, c'est la crainte de Dieu qui est le commencement de la sagesse. Voilà ce qui explique ce rapport assez sensible avec la morale moins parfaite de l'Ancien Testament, qui était elle-même une initiation à la morale évangélique. Je devais.
1. Baur, la Trinité, i, 135; Schwegler, Jfon/anisme, p. 159; de l'dye^ postérieur aux apôtres, I, 341.