Homil. XV in Josue
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à-dire vers l'époque du Pasteur d'IIermas. Cela posé, quel a pu être le but de ce singulier ouvrage ? A mon sens, il est double, dogmatique et moral tout ensemble. L'auteur, selon toute apparence un juif converti, voulait attirer à l'Évangile ceux de sa nation, en faisant prédire aux fils de Jacob l'avènement du Messie. Comme, en résumé, les prédictions qu'il met dans leur bouche ne font que reproduire à peu près celles de l'Ancien Testament, cette fraude pieuse peut s'excuser, si elle ne se justifie pas. Quant au côté moral de l'œuvre, il est irréprochable, et les douze Testaments des Patriarches cadrent assez bien avec les douze Préceptes d'Hermas. Si leur doctrine morale ne s'élève pas non plus à cette perfection idéale que retrace TÉvangile, elle ramène également à la pénitence les efforts de ceux auxquels elle s'adresse. Nous allons les parcourir rapidement.
L'idée de l'ouvrage est évidemment empruntée à l'Ancien Testament, où nous voyons Jacob, Joseph, Moïse et David consigner, dans une sorte de Testament moral, l'exhortation suprême qu'ils adressent à leurs familles ou à leurs successeurs. L'auteur, s'adressant plus particulièrement à des Juifs, a choisi cette forme usitée dans la tradition judaïque Les douze Testaments comprennent chacun le développement d'un précepte spécial qui ressort de la vie du Patriarche, de sa vertu ou de son vice dominant. Ainsi Rubin confesse le crime d'inceste dont il s'était rendu coupable et exhorte ses fils à fuir l'impureté. Il se livre, touchant les sept esprits de l'erreur, à une dissertation subtile qui revêt une teinte rabbinique répandue dans tout le livre. Il conclut en montrant dans le lointain le Christ qu'Israël rejettera : c'est également par là que terminent ses frères. Siméon s'avoue coupable du péché d'envie à l'égard de Joseph : il conjure ses enfants de combattre ce vice que Dieu a châtié dans sa personne. Le Testament de Lévi prend une forme apocalyptique, dans le genre des Visions d'Hermas. L'ange lui fait parcourir les sept sphères du Paradis comme dans le livTe apocryphe de l'ascension d'Isaïe.
l'enseignement moral. 285
Là, sept hommes revêtus d'une robe blanche lui confèrent le caractère sacerdotal. En prémunissant ses fils contre l'aveuglement de l'orgueil, Lévi prédit en termes magnifiques le sacerdoce nouveau qui succédera au sien. Juda trouve dans l'ivrognerie la cause de ses égarements et cherche à inspirer à ses enfants l'horreur de ce vice. Isachar fait l'éloge de la simplicité, et engage ses fils à chercher dans la vie des champs l'innocence des mœurs qu'y a trouvée leur père. Le tableau qu'il trace de la simplicité respire un vif sentiment de la beauté morale :
« L'homme simple dans ses goûts et dans ses affections ne désire point la richesse ; il ne cherche pas à circonvenir son prochain ; il ne place point le bonheur dans la variété des mets ni dans la profusion des vêtements ; il ne souhaite pas même de fournir une longue vie, mais il reçoit tout de la volonté divine, et l'esprit d'erreur n'a point de prise sur lui. Il n'est point sensible aux attraits de la chair, de crainte de souiller son âme. L'ambition ne se mêle point aux conseils de son esprit, et l'envie ne consume pas son cœur; il ne s'ingénie point à assouvir la passion insatiable du gain ; mais il marche dans la droiture et voit tout avec simplicité. 11 détourne le regard des errements du monde pour ne point s'écarter de la voie du précepte divin ^ »
Seul parmi les fils de Jacob, Zabalon avait eu pitié de Joseph, qu'il cherchait à délivrer des mains de ses frères. Son Testament eât en harmonie avec ce trait caractéristique de sa vie: il prêche la commisération et la miséricorde. Dan et Gad confessent qu'ils ont agi contre Joseph par esprit de haine et de colère : leurs Testaments portent sur la laideur et les suites funestes de ces deux vices. Suivre (m toutes choses l'ordre prescrit par Dieu, telle est la règle suprême que Nepthali trace à ses fils. Aser montre aux siens les deux voies qui s'ouvrent devant eux et qui se prolongent à travers le monde : celle du bien et celle du mal. Benjamin propose à
1 Testam. Isachar, >\.
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ses enfants l'exemple de Joseph son frère, pour prouver que le bonheur suit et récompense la vertu. Le portrait qu'il fait de Ihomme vertueux mérite d'être cité :
« L'homme vertueux ne marche pas dans les ténèbres. Il est plein de miséricorde pour tout le monde, sans excepter les pécheurs, et lors même qu'ils trament contre lui des conseils pervers. C'est à force de bienfaits qu'il triomphe du mal, et sa vertu le protège. 11 aime les justes comme son àme; il ne porte envie ni à la gloire ni à l'opulence ; il loue tout ce qui lui paraît fort et sage. Il a pitié du pauvre et compassion de l'infirme. Tandis que sa vie entière est un hymne à Dieu, il protège ceux qui craignent le Seigneur et travaille de concert avec ceux qui l'aiment. 11 cherche à ramener rimpie de ses égarements et chérit de tout son cœur celui qui possède le don de lEsprit-Saint ^ »
Vous vous attendez sans nul doute. Messieurs, à ce que le Testament de Joseph forme la partie la plus remarquable de cepoëme didactique du i^"" siècle. C'est là qu'en effet l'auteur a déployé toutes les ressources de son talent. Sur le point de mourir, Joseph, âgé de cent dix ans, veut inculquer à ses fds l'amour de la chasteté. A cet effet il leur raconte sa jeunesse, les périls qui menacèrent son innocence et la protection dont le ciel le couvrit. Ce que la Genèse n'avait fait que mentionner rapidement, la passion coupable de la femme de Putiphar pour le jeune Hébreu, l'auteur du Testament le développe dans son récit. Il peint avec une grande profondeur de vérité cette passion de l'Égyptienne que sept années de refus ne font qu'nriter, qui passe tour à tour de la prière à la menace, et de l'amour à la haine, qui invente chaque jour un nouvel artifice pour arriver à ses fins. Puis en regard de ces intrigues, de ces agitations, il montre la force d'âme et le calme du saint jeune homme qui cherche dans le jeûne et dans la prière de quoi rester fidèle à la loi de son Dieu. Le tableau de cette lutte de l'innocence aux