‹ Les Pères apostoliques et leur époqueChapitre 86 sur 143 · Testam. Benj , iv · texte numérisé non relu

Testam. Benj , iv

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prises avec le vice est d'une grande beauté. J'en citerai quelques traits pour mettre en relief le caractère de cette morale en action :

« Que de fois l'Égyptienne me menaça-t-elle de la mort ! mais à peine avait-elle prononcé ma sentence, qu'elle la révoquait aussitôt, pour me faire de nouvelles menaces. Elle me disait : tu seras mon maître, le maître de tous mes biens, si tu te livres à moi : tu seras comme notre souverain. Mais moi, je me souvenais des préceptes de mes pères, des paroles démon pero Jacob*, et, entrant dans ma chambre, je priais le Seigneur et je jeûnais. Pendant sept années j'avais l'apparence d'un homme qui vit dans les délices ; car Dieu accorde la beauté de la face à ceux qui jeûnent pour lui. Je ne buvais point le vin qu'on me donnait, et souvent il m'arrivait de rester à jeun pendant trois jours et de distribuer ma nourriture aux pauvres et aux malades. Je me levais de grand matin et je priais le Seigneur de me délivrer de l'Égyptienne de Memphis, car elle me poursuivait sans relâche... Dans le commencement elle me traitait comme son fds, et moi j'étais dans l'ignorance, jusqu'à ce que je connusse ses desseins criminels. J'en fus triste jusqu'à la mort; je lui répétais les paroles du Très-Haut pour la détourner de ses désirs pernicieux.

Pour elle, que d'artifices imaginés dans le but de me perdre I Tantôt elle me flattait dans ses discours comme un saint personnage, elle louait ma chasteté en présence de son mari ; puis elle venait me dire en secret : ne crains point, mon mari est convaincu de ton innocence ; on lui ferait des rapports sur notre compte, qu'il n'en croirait rien. Et moi je me jetais par terre couvert d'un sac, et je priais le Seigneur de me délivrer des embûches de l'Égyptienne. Voyant qu'elle ne gagnait rien par ce moyen, elle venait à moi sous prétexte de se faire instruire dans notre religion, et elle me disait : si tu veux que je quitte les idoles, cède à mes désirs ; je persuaderai aux Égyptiens de renoncer à Tidolàtrie, et nous marcherons tous dans la loi du Seigneur

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ton Dieu. Je lui répondis : Le Seigneur ne veut pas du culte de l'impureté, et ce n'est pas dans l'adultère qu'il a placé sa complaisance. Elle se tut à ce mot, mais sans renoncer à son dessein. Et moi je redoublais de prières et de jeûnes, afin que le Seigneur me délivrât de ses pièges.

Un jour elle me dit : tu ne veux pas m'obéir ? Eh bien, je tuerai mon mari et alors je t'épouserai légalement. Quand j'entendis ces paroles, je déchirai mon vêtement et je dis : Femme, crains le Seigneur et.ne fais pas cette méchante action, de peur que tu ne périsses; si tu persistes, je dénoncerai cette pensée impie à tout le monde. Saisie de crainte, elle me pria de ne révéler à personne la pensée mauvaise qu'elle avait conçue. Puis, s'étant éloignée, elle essaya de me tenter par des présêntset elle m'envoya tout ce qui peut entrer dans l'usage des hommes...

Son mari la voyant dans cet état de souffrance, lui dit : pourquoi ton visage est-il ainsi abattu ? Elle répondit : J'éprouve des maux de cœur, j'étouffe faute de pouvoir respirer. Et l'Égyptien la soignait, bien qu'elle ne fût point malade. Mais à peine était-il sorti qu'elle se précipila vers moi : Je suffoque, me dit-elle ; si tu ne m'aimes pas, je vais me jeter dans un puits ou dans un précipice Je la regardai et je vis que l'esprit de Béhal était en elle. Alors je priai le Seigneur et je dis à l'Égyptienne : Pourquoi te troubler ainsi et t'agiter en vain ? ton péché t'aveugle. Souviens-toi que si tu te tues, Sétho, la concubine de ton mari, ta rivale frappera tes enfants et éteindra ta mé moire. Ah ! répondit-elle, tu finiras par m'aimer, car tu t'intéresses à ma vie et à cellede mes enfants. Et elle ne comprit pas que je disais cela à cause de mon Dieu et non pour elle-même... »

Je ne poursuivrai pas le récit de celte lutte si ardente et si variée. Il n'entre pas dans mon sujet, Messieurs, de vous montrer tout ce qu'il y a de naturel et de profondeur dans le développement de cette scène empruntée à une page de la Genèse. Jamais peut-être la plus terrible des passions n'a

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été peinte sous des couleurs plus vives ni plus frappantes. iNi Euripide, ni Racine n'ont saisi plus au vif ce sentiment désordonné qui, pour trouver son aliment, prie, flatte, menace, gémit, se désespère, se pare un moment des dehors de la piété, évoque bientôt les images sanglantes du meurtre et du suicide, pour aboutir à une haine dont rien n'assouvit la fureur. iN'y aurait-il dans cette pièce apocryphe que ce récit d'un pathétique si vrai et si profond, qu'elle eût mérité d'arriver jusqu'à nous. Mais ce queje vous prie de remarquer à côté de ces choses dont je ne dois qu'effleurer la surface, c'est la couleur morale répandue sur ce tableau, la pureté, la déhcatesse, la virginité de sentiment qui éclate dans la figure de Joseph. Ce n'est plus même seulement le Joseph antique, le Joseph de la Genèse, l'esclave de Puliphar, qui se retranche dans la reconnaissance qu'il doit à son maître pour respecter l'épouse de ce dernier. Il y a dans cette douceur inaltérable, qui pendant sept ans subit la plus terrible des épreuves sans se plaindre, et ne cherche son refuge que dans la prière et dans le jeûne, il y a dans ce sentiment, dans cet amour de la pureté si fort et si élevé, l'influence d'une morale plus haute. C'est le Joseph de la Bible avec le caractère de perfection idéale que l'Évangile a su prêter à ce beau type de l'antiquité patriarcale. C'est ce qui place le Testament de Joseph au premier rang parmi les productions de la littérature apocryphe des deux premiers siècles.

Si, après avoir apprécié la doctrine morale contenue dans les Testaments des douze patriarches, nous envisageons leur valeur dogmatique, nous y trouverons un témoignage éclatant de la foi de l'ÉgUse primitive touchant la divinité du Verbe. L'empressement qu'on a mis de nos jours à répéter que cette croyance avait été quelque peu indécise ou flottante avant le concile de Nicée, ne me permet de négliger aucune occasion pour détruire cette assertion. Comme nous l'avons vu jusqu'à présent, ^tous les monuments du premier âge de l'éloquence chrétienne consacrent ce principe fondamental

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