QUATORZIÈME LEÇON
Enseignement parabolique d'Hermas dans la troisième partie du Pasteur ou les Similitudes. — Origines de la parabole dans la nature humaine et dans l'histoire. —La parabole dans les littératures orientales. — La parabole dans l'Ancien Testament et dans l'Évangile. —Caractère des Similitudes d'Hermas. — Beauté morale de quelques-unes d'entre elles. — Objection des rationalistes allemands contre renseignement dogmatique du Pasteur. —Résumé et conclusion.
Messieurs,
Nous terminons aujourd'hui l'étude du Pasteur d'Hermas. Si je ne me trompe, nous pouvons déjà saisir d'idée générale de cette trilogie didactique du premier siècle. En effet, l'idée mère, à laquelle on peut ramener tout l'ouvrage, c'est l'idée de pénitence, de réforme morale. Tout procède de ce principe qui donne au livre sa vraie signification et son caractère d'unité. C'est par là que les Visions, les Préceptes et les Similitudes forment, malgré leur diversité apparente, un tout harmonique et bien ordonné. ïlermas doit s'appliquer à lui-même cette discipline morale, y assujettir sa famille, et de là l'étendre à l'Église. Tel est le développement naturel de ce programme de réforme intérieure qui embrasse les principaux devoirs de la vie chrétienne. En examinant dans notre dernier entretien la partie plus proprement didactique du livre, ou les Préceptes, nous avons pu déterminer sans peine le caractère de la morale d'Hermas. C'est un enseignement élémentaire qui, partant de la foi en un seul Dieu créateur de toutes choses, cherche à provoquer, par l'influence d'une crainte salutaire, le retour au bien. La discipline du Pasteur se meut autour des fondements de la vie chrétienne plutôt qu'elle n'en atteint le faite. C'est ce qui nous a permis d'en rapprocher
les Testaments des douze Patriarches, qui marquent la transition du Dôcalogue à la loi évangélique.
Il nous reste à examiner la troisième partie de l'ouvrage ou les Similitudes. La discipline morale qui se dessine dans les Visions sous une forme apocalyptique, qui se développe dans les Préceptes d'une manière plus nette et plus précise, s'achève dans les Similitudes sous le voile de la parabole. Cette division qui s'offre d'elle-même, n'est pas tellement rigoureuse que les membres n'en rentrent jamais l'un dans l'autre. Ainsi, les dernières Similitudes ne diffèrent en rien des Visions, et l'ouvrage présente à la fm le même caractère qu'au commencement, celui d'une apocalypse.
La parabole est un mode d'enseignement qui prend sa racine dans la nature humaine, mais qui trouve dans l'Orient sa véritable patrie. Ici, Messieurs, je prends le mot de parabole dans son sens le plus large, celui d'une similitude continuée d'où ressort une leçon morale. Car à s'en tenir à la signification précise qu'on y attache d'ordinaire, Hegel, par exemple, dans son Cours d'Esthétique, la parabole se restreint au récit supposé d'un fait de la vie humaine, et se distingue par là de l'apologue et de la fable qui empruntent leur tissu aux scènes de la nature ou de la vie animale. De cette manière il n'y aurait parmi les SimiUtudes d'Hermas que trois ou quatre paraboles. Mais rien ne nous empêche d'avoir égard à l'étymologie du mot plutôt qu'à une classification peu arrêtée. Je viens de dire que cet enseignement par similitudes ou par paraboles n'a rien que de très-naturel. En effet, l'homme vivant au milieu de la nature et en société avec ses semblables, cherche dans les objets qui l'environnent ou dans les actions dont il est témoin, une image, une expression sensible de la vérité qu'il porte en lui ou qu'il a reçue de Dieu. Les faits matériels lui servent d'exemple pour comprendre les faits moraux et les rendre intelligibles. La comparaison, un des procédés les plus ordinaires de Tintelligence, repose sur ce rapport d'analogie entre les choses de la nature et celles de l'esprit. Et comme ce rapport n'est pas difficile à saisir, le langage para-