‹ Les Pères apostoliques et leur époqueChapitre 89 sur 143 · LE PASTEUR D HERMAS · texte numérisé non relu

LE PASTEUR D HERMAS

bolique est de tous le plus simple et le plus expressif: il parle aux sens et à l'imagination. A l'idée abstraite, qui d'ellemême est un peu aérienne, flottante, il prête une enveloppe, un corps. 11 l'attache à tel fait extérieur qu'on voit et qu'on touche, et par cette liaison naturelle, le retient dans l'esprit et l'y grave. C'est ce qui fait de la parabole la meilleure forme de l'enseignement populaire. Aussi a-t-elle été en usage chez tous les peuples, particulièrement chez les peuples orientaux, et la raison en est toute simple.

En Orient l'homme vit plus en face de la nature, et reçoit d'elle des impressions plus vives. Son imagination, frappée par le" spectacle des choses extérieures, se teint des couleurs qu'elles reflètent et les mêle au récit historique ou à la doctrine morale. Là surtout, où la vie pastorale et la vie agricole retiennent l'homme au milieu des scènes de la nature, ce langage métaphorique devient la forme naturelle de la pensée. De là ce symbolisme expressif qui caractérise, les littératures orientales. Tandis que les peuples de l'Occident, plus froids et plus positifs, se jouent avec moins de peine dans les idées abstraites ou morales, les saisissent et les combinent avec plus de rapidité en les dégageant de toute forme sensible ; ceux de lOrienl portent dans l'exposition de la doctrine d'autres habitudes intellectuelles. Ils aiment ce voile qui les recouvre sans les cacher, cette richesse de coloris qui leur enlève en précision ce qu'elle leur rend en relief, cette forme symbolique qui ralenlit peut-être la marche de l'esprit, mais qui en laisse mieux pénétrer la trace. Ils cherchent dans la nature et autour d'eux de quoi dramatiser le récit et imager la pensée. Or, c'est ce que fait 1 enseignement parabolique. Il part d'un fait matériel pris au vif dans la nature ou d'une circonstance empruntée à la vie humaine, pour élever l'esprit à une vérité plus haute et plus abstraite. Voilà pourquoi la méthode d'exposition par voie de similitudes ou la parabole occupe une si grande place dans les littératures orientales.

Ouvrons, par exemple, l'un ou l'autre traité moral de la Chine. U littérature de ce pays se rapproche le plus des ha-

bitudes de i'esprit occidental par la sobriété de l'imaginalion qui, dans quelques-unes de ses parties, va môme jusqu'à la sécheresse. Néanmoins, le mode d'enseignement dont je parle s'y trouve également, non pas dans le Chou- King, qui revêt de préférence le caractère historique, mais dans les quatre traités de philosophie morale et politique, œuvre de Confucius et de ses disciples. Dans le dernier surtout, appelé Meng-Tseu, du nom de son auteur, les similitudes abondent. J'en citerai deux ou trois pour vous montrer combien la parabole est dans le goût des peuples de l'Orient, de ceux-là mêmes qui font le moins usage du langage figuré. Le moraliste chinois veut enseigner que, si l'oubli du devoir est une faute, c'en est une aussi de précipiter l'accomplissement de la loi. Voici le tour qu'il imagine pour rendre sa pensée nette et sensible :

« Il y avait dans l'état de Soung un homme qui était dans la désolation de ce que ses blés ne croissaient pas ; il alla les arracher à moitié pour les faire croître plus vite. 11 s'en revint, l'air tout hébété, et dit aux personnes de sa famille : « Aujourd'hui je suis bien fatigué, j'ai aidé nos blés à croître. )> Ses fils accoururent avec empressement pour les voir ; mais toutes les tiges de blé avaient séché. — Ceux qui, dans le inonde, n'aident pas leurs blés à croître sont bien rares. Ceux qui pensent qu'il n'y a aucun profit à retirer de la culture de l'esprit, et l'abandonnent à lui-même, sont comme celui qui ne sarcle pas ses blés ; ceux qui veulent aider prématurément le développement de l'esprit ressemblent à celui qui aide à croître ses blés en les arrachant à moitié. Non- seulement, dans ces circonstances, on n'aide pas, mais on nuit '. »

Ailleurs, le philosophe emprunte à l'agriculture une similitude qui rappelle la parabole du semeur dans l'Évangile. 11 cherche à montrer que l'homme devient bon ou méchant selon qu'il se laisse entraîner par les passions, ou qu'il sait

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