Meng-Tseu, 1. i, c. m, iraduct. de M. Pautliier
296 LE PASTEUR d'hERMAS.
les dominer. « Je suppose, dit-il à son interlocuteur, que vous semez du froment, et que vous avez soin de bien le couvrir de terre. Le champ que vous avez préparé offre partout le même aspect ; la saison dans laquelle vous avez semé a également été la même. Ce blé croît abondamment, et quand l'époque du solstice est venue, il est mûr en même temps. S'il existe quelque inégalité, c'est dans l'abondance et la stérilité partielles du sol, qui n'aura pas reçu également la nourriture de la pluie, de la rosée, et les labeurs de Ihomme. C'est pourquoi toutes les choses qui sont de même espèce sont toutes semblables. Pourquoi en douter seulement en ce qui concerne l'homme? Les saints hommes nous sont semblables par l'espèce ^
Un peu plus loin, le moraliste développe la même idée sous une une autre forme parabolique :
(c Les arbres du mont Nieouchan étaient beaux, mais, parce que ces beaux arbres se trouvaient sur les confins du grand royaume, la hache et la serpe les ont atteints. Peut-on encore les appeler beaux ? Ces arbres qui avaient crû jour et nuit, que la pluie et la rosée avaient humectés, ne manquaient pas de repousser des rejetons et des feuilles. Mais les bœufs et les moutons y sont venus paître et les ont endommagés. C'est pourquoi la montagne est aussi nue et aussi dépouillée qu'on la voit maintenant. L'homme qui la voit ainsi dépouillée pense qu'elle n'a jamais porté d'arbres forestiers. Cet état de la montagne est-il son état naturel ? Quoiqu'il en soit ainsi pour l'homme, les choses qui se conservent dans son cœur, ne sont-ce pas les sentiments d'humanité et d'équité ? Pour lui, les passions qui lui ont fait déserter les bons et nobles sentiments de son cœur, sont comme la hache et serpe pour les arbres de la montagne, qu'elles attaquent chaque matin. »
Le livre de Meng-Tseu, que M. Abel de Kémusat préférait