Gieseler, Hist. ecclés., I
5. Moehler, Athanase, 1. 1, 17 ; Jachmann, le Pasteur d'IIermaslO; Schlie. uiann, les Clémentines, 423; Héfélé, les Pères Apostoliques, p. 389 et seq., Dorner, Chrislologie, édit. 2», p. 193-200. Ce dernier me paraît avoir le mieux saisi le sens du Pasteur.
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sens dogmatique qu'y trouve le Pasteur. Le maître de la vigne c'est Dieu le Père, le serviteur le Fils de Dieu, la vigne, l'humanité rachetée par son sang et éclairée par sa doctrine. Le Fils a pris un corps pour travailler dans la vigne de son Père, et le Saint-Esprit a été répandu dans ce corps, où Dieu devait habiter. Il est évident qu'il s'agit ici de l'infusion de la grâce divine dans l'humanité du Christ, et non d'une incarnation de l'Esprit saint ; sinon, il faudrait conclure que l'Esprit saint s'incarne dans chaque chrétien, parce que l'Écriture répète en beaucoup d'endroits qu'il habite en nous. La nature humaine du Christ ayant obéi fidèlement à la grâce qui était en elle ou à l'Esprit saint, a reçu sa récompense et participe à la gloire divine. 11 n'y a rien dans tout cela qui ne soit parfaitement orthodoxe ; et s'il était possible de tirer un argument bien clair d'un texte obscur, il en résulterait un témoignage en faveur de la distinction réelle des trois personnes en Dieu. Un seul fait peut s.embler étrange, c'est que le Saint-Esprit soit comparé au Fils de la Parabole, mais sans compter que cette locution ne se rencontre ni dans le manuscrit du mont Athos, ni dans celui du Vatican ; c'est recueil des Similitudes, de paraître moins exactes en devenait trop subtiles.
Je ne ferai qu'indiquer rapidement les autres paraboles, parce que l'analyse des précédentes aura suffi pour vous faire connaître le caractère et la forme de cet enseignement moral. Nous avons vu que l'idée de pénitence est le point central qui ramène à l'unité toutes les parties de l'ouvrage. C'est à elle que se rapportent directement les deux Similitudes suivantes. Deux bergers s'offrent à Hermas, ayant chacun sous leur conduite un troupeau. Le plus jeune des deux, revêtu d'une robe élégante, menait paître le sien qui bondissait de joie. L'autre, couvert d'une peau de chèvre, une verge à la main, s'engageait au milieu des ronces et des épines. L'ange montre à Hermas dans l'un, le pasteur de la volupté qui entraîne une partie des serviteurs de Dieu au milieu des délices de la vie, dans l'autre, le pasteur de la pénitence qui
leur inflige dès ce monde toute sorte de châtiments. Ilermas lui-même a été livré pour un temps à ce bras vengeur, parce qu'étant le chef de sa famille, il n'en a pas réprimé les désordres. Les dernières Similitudes retombent dans le genre des. Visions. L'ange lui désigne un saule immense dont le prince de la milice céleste, saint Michel, coupait des branches qu'il distribuait à la multitude. Tous venaient les lui rapporter, et l'archange faisait entrer dans une vaste tour ceux qui avaient conservé leurs branches vertes et qui les montraient ornées de bourgeons ou de fleurs ; les autres étaient renvoyés. Les premiers flguraient les justes : les derniers, les pécheurs. Mais, après quele pasteur de la pénitence eut planté et arrosé les branches qui s'étaient flétries ou fendues, il s'en trouva parmi elles qui reverdirent : image de la pénitence qui rend la vieaux âmes flétries par le péché. Une dernière image succède à celle-ci : les catégories de justes et de pécheurs, d'élus et de réprouvés, figurées par les diverses branches de saule, sont exprimées derechef par difî'érentes espèces de pierres, dont les unes servent à la structure de l'Église, tandis que les autres ne conviennent pas à l'édifice. Malgré les vastes proportions qu'Hermas donne à cette neuvième Similitude, et la variété d'épisodes qu'il y sème, elle n'est que le développement de la troisième Vision dont nous avons fait l'analyse. Elle ramasse en quelque sorte tout l'ouvrage dans une vision gigantesque qui représente, sous la forme d'une construction matérielle, le progrès et le terme de cette immense société qu'on appelle l'Église. Après qu'Hermas a couronné son livre par cette Similitude qui le résume, le grand envoyé, c'est-à-dire le Fils de Dieu lui-même, apparaît au moraliste pour lui ordonner d'en propager la doctrine ; puis il le quitte, après lavoir confié à la garde du pasteur de la pénitence et des douze vierges qui figurent les vertus évangéliques.
Tel est, Messieurs, cet antique monument de l'éloquence chrétienne qu'on a intitulé le Pasteur d'Hermas. Nous ne pouvions passer à côté de lui, dans cette marche que nous
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poursuivons à travers les deux premiers siècles, sans l'examiner de près et dans les détails, car de vagues généralités ne suffisent pas pour rendre compte d'une œuvre. De première vue, il paraît isolé au milieu de ce groupe d'écrits qui forme la littérature de l'âge postérieur aux apôtres : rien ne lui ressemble, son aspect est singulier, étrange même. Mais pour peu qu'on l'envisage dans ses rapports avec ce qui l'a précédé ou suivi, son caractère se dévoile, et il ofïre luimême la clef qui aide à pénétrer dans ses mystérieuses profondeurs. Le disciple de saint Paul ou tout autre écrivain qui est l'auteur du livre, cherche à provoquer dans l'individu, dans la famille, dans la société religieuse tout entière, cette réforme morale qui, dans la langue chrétienne, s'appelle la pénitence. Tel est le but et l'idée mère de son li\Te. Cette idée,iUa puise dans les Visions, il la poursuit dans les Préceptes, il la reproduit sous le voile des Paraboles ou des SimiUtudes ; et l'on ne signalerait aucune partie qui ne s'y rattache, comme à son principe ou à son terme. Par là, cette trilogie didactique trouve son unité et forme un tout organique et complet. Ce n'est pas la pénitence comme sacrement de la loi nouvelle que le Pasteur envisage dans ce traité de discipline morale ; il l'a considère comme une vertu générale devant préparer l'homme à rentrer en grâce auprès de Dieu. 11 côtoie certaines faces de la vie chrétienne plutôt qu'il ne les aborde de front. De là, ce caractère d'imperfection relative qu'on a cru découvrir dans son enseignement, et dont le motif s'explique par le but qu'il se propose, de retirer l'homme d'une vie de désordres pour l'initier par degrés à une vie plus pure. A cet effet, il choisit une forme originale, qui peut nous surprendre, mais qui ne laisse pas d'avoir sa raison d'être et même sa beauté. Adoptée par l'Esprit saint dans quelques parties de l'Écriture, la forme apocalyptique s'est prolongée dans les premiers siècles chrétiens. Sans compter les nombreuses apocalypses qui ont surgi de tous côtés, et auxquelles sans contredit les hérétiques ont pris la plus grande part, le iv« livre d'Esdras, composé par un chré-
tien du i" ou du ne siècle, suffirait pour faire pendant à i'ouvraged'IIcrmas. Cette forme apocalyptique devint pour plusieurs un procédé ou une njéthode d'enseignement dogmatique et moral. De cette manière, on peut expliquer le caractère particulier du Pasteur, sans lui concéder le privilège de rinspiralion divine ni lui adresser le reproche d'imposture. L'Kglise lui apparaît sous l'image d'une tour à plusieurs étages, comme elle est figurée dans les monuments de l'art chrétien. C'est un symbolisme usité pour exprimer les vérités de l'ordre surnaturel et les rendre sensibles. En résumé, le Pasteur d'Ilermas mérite poar le fond et pour la forme l'attention que nous lui avons consacrée. Il offre un modèle remarquable de cet enseignement symbolique qui depuis s'est reproduit dans l'éloquence, dans la poésie et dans l'art. C'est de plus le premier essai de l'éloquence chrétienne pour exposer, dans un traité substantiel et court, cette morale évangélique quia réformé le monde.