CONTRE L'ÉTERNITÉ DE^LA MATIÈRE
I. Nous avonâ coutume d'opposer aux hérétiquet« comme argument abrëgfé, la prescription de la postériorité. £n effet, de ce que la règle de la vérité qui, même déclara d'avance qu'il y aurait des hérésies, est venue la première, il sort la présomption que les doctrines de l'hérésie sont poMérieures , puisqu'elles étaieiit annoncées d^avance par la règle de la vérité qui les précéda. Or, k doctrine aHennogène est née d'hier, c'est un homme de notre temps qui vit au milieu de nous. Sun génie inquiet le destinait naiurcUemcni à riiorésic. Il se croit éloquent, parce qu il parle beaucoup; son impudeur, il la décore du nom de fermeté, ri dire du mal de tout le monde, il l'appeiie rofïice d une conscirnce vertueuse. Ajoutez h cela qu'il peint d'une manière illicite (1), et qu il réitère le maria^) d'un odté^ faisant servir la loi de Dieu au profil de la passion; de Tautre, la méprisant dans les pratiques de son art; deux fois faussaire, ici éa cautérisant les consciences; là en mutilant les Écritures, adultère depuis les pieds jusqu'à la téle, et dans sa doctrine et dans sa chair»
(t) Oéi toinpndwit dt peiadn 1m iuHfetdet&iixditinu
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puisqu'il s'est associé à la contagion de ceux qui réitèrent le mariage, et que l'apostolique Hennogène lui-même n'a pas persévéré dans sa discipline. Mais qu'imporlr la personne? Je n'ai affaire qu'à la ducti iue. Il ne semble pas qu'il reconnaisse un Seifjneiir Jf^us-Christ dilTérent du notre. Toutefois, il le lait autre qu il le recoonait^ que dis-je? il enlève à Dieu tout ce qu'il est, en ne voulant pas qu il ait créé de rien Tuniversalité des êtres. En effet, après être passé des Chrétiens aux philosophes, de TÉglise à rAcadémie et au Portique , voilà quHl s'avise d'étaJiUr avec les Stoïciens une Matière, contemporaine du Seigneur, puisqu'elle a toujours été, n ayant jamais pris naissance, n^ayant jamais été faite, sans commencement ainsi que sans fin, et dont le Seigneur se serait ensuite servi pour disposer toutes choses.
11. Voici par quels arg;umen(s ce détestable peintre a coloré cette première ombre, assurément dépourvue de lumière. Il établit, cominc préliminaire, que le Seigneur a proïkiit rnnivers^ilite des êtres ou de lui-même, ou de rien, ou de quelque chose, afin qu'après avoir montré qu'il Q a pu les produire ni de lui-même^ ni de rien , il démontre ensuite ce qui reste, c'est-ènlire qu'il les a pro>duits de quelque chose, et que ce quelque chose, c'était la Matière. 11 Ji'a pu les tirer de lui-même, dit-il, parce que tous les êtres, tirés. de la substance du Seigneur, au-» * raient été autant de parcelles de lui-même. Or, Dieu B*admet aucun partage, puisqu'il est indivisible, immuable et toujours identique en sa qualité de Seigneur* D'ailleurs, s'il eût créé quelque chose de lui-même, il n auiait été qu'une portion de lui-même. II faudrait alors regarder comme inij^ai fait tout co qui se ferait cL tout ce qu'il ferait, par la raison que celte chose se ferait d'un coté, tandis qu il la ferait de l'autre. Ou bien, si c'est Dieu tout entier qui a fait la chose fout entière, le voilà dèslors tout à la fois complet et incomplet, parce qu'il faudra qu'il soit complet pour se produire lut-méme, el inoon-
^ ÏËRIULLIEN. 341
|)let pour «e produireile lui-mâme. Or, là est kjKfficulté % car s'il existait, îl ne deriendrait point, il serait. D'autre
part, s'il n'exislail pas, il ne prtxluirait pas, puisqu'il 11 aurait pas rélre. Celui qui existe toujours, ne se fait pas : il subsiste dans le siècle des siècles* Par conséquent, Dieu n'a point produit les êtres de lui-même, puisqu'il n'appartenait poiot à sa nature de pouvoir les prodiiîre de lui-même.
Que Dieu n'ait pu les créer de rien, Hermogène essaie de le prouver ainsi. Dieu est bon et tràs*bon. Il veut faire des chcfêes bomies et très4M)nnes comme lui-même % on plutôt) Bien ne veut el ne feit que des choses bonnes , et très4ionnes; II fiiudraît donc que^ eonfemmentà sana-^ ture, tous ks -êtres qu'il aurait produits ' lussent Tboas «t <rè»bons. Or, lY xpériepce atteste qu'il en a créé de rnsopvais, ce qui n*a pu provenir de son choix et de sa volonté, parce que, s'il ne consultait que son choix et sa volonté, il ne ferait rien que de convenable et de di{jne de lui. Il faut en conclure que ce qu'il n'a pu faire par un acte de sa volonté, a été engendré par quelque substance mauvaise, la Matière sans doute.
III. Il ajoute encore ; Dieu a toujours été Dieu ; toujours aussi il a été Seigneur ^ pas un moment ou il n'ait été IKeu. Or, il ne pourtoît^avQir été toujours Seigneur, non plus que toujours Dieu , si quelque chose n'avait toujours «listé autrefois^ dont il fàl toujours le Seigneur; donc la Matière a toajâors eôsté avec Dieu*
HàtouMOQs de réduire au néant cette dernière opiniaii d'Hermogène que j*ai cm devoir ajonter ici à cause de ceux qui ne comprennent pas pDiHY|uoi cette additiosi) «fin qu'ils sachent que tous ses autres raisonnements sont aussitôt réfutés que compris. rSuus déclarons que le nom de Dieu a de toute éternité résidé en lui-même ^ mais il • n'en va |X)int ainsi du nom de Sei faneur, pai ce que la nature de l'un et de i autre diffère. Dieu est le nom de la substance eile^iéme, e'est-Mire de la divinité* Seigneiu*,
â4a TERtULLIEN. ^
aa contn^f n^e^ pas le nom de la^subelaiice, mais de lâ puissance; la sabstanoe a tonjoars eiisté i^^ec son nom» qui est IHen* Seigneur est la mention d*iine chose non-* Vellement survenue. Car, à dater du jour oti il y eut pour la première fois des êtres sur lesquds s'exerça la puissance du Seigneur, dès ce moment il est devenu et il a été appelé Seigneur, par cet accroissement de puissance. Parce que Dieu est père, Dieu est aussi juge ; mais il ne s ensnit pas qu'il ait toujours été père, ni qu'il ait toujours été juf^e. parce qu'il a foujours été Dieu. EueOet, il n'a pu être père avant d avoir un iils, ni juge avant qu'il y eût des offenses. Or, il y a eu un l^ps où il n'existait ni offense pour fiiîre de Dieu un juge, ni fils pour^Deiire de lui un père. De même, il n'a pas été Seigneur atvant le domaine qui le constituât Seigneur ; mais comme il devak être Seigneur un jour, ainsi qu'il est devenu père par un 'fils, ainsi qu^H est doTenu juge par une offense, il estde- Tenu Seigneur par les êtres qu'il avait créés pour le senrir.
^ Pures snblitités ! s*écrie Hermogène.
—Nous avons pour nous le patronage dè TÊcriture, qui distingue en Dieu ces deux noms, et les manifeste chacun en leur temps. Eu etiet, Dieu s'appelle d'abord Dieu, ce qu il était toujours : « Au commencement. Dieu créa le tt ciel et la terre. >» Ensuite, tant qu il crée les êtres dont il allait devenir Scifnicnr, il dit encore simplement : «Et « Dieu dit.... Et Dieu iit.. Et Dieu vit... » Nulle part alors de Seigneur. Mais il n'a pas plus tôt créé l'univers et surtout l'homme hii^même} qui devait sealoonnaitre son Seigneur, qu'il se surnomme Seigneur. Alors aussi il ajoute à son nom oe titre : « £t le Seigneur Dieu prit rborome et quMl 'avait formé.. Et le Seigneur Dieu commanda, w • Dès ce ipoment, Dieu qui n'était que Dieu, devint Seigneur, depuis qu'il y eut un domaine dont il fut le maifre. Jusque là, il était Dieu pour lui-même ; il commença d'être • Dieu pour les choses, lorsqu'il en fut le Seignear. Conséquemment , plus ou s'imagine que la Matière a toujours
T£RTtJU.I£N. S4d
«ahflisté, par la min^n que Dieu a toujours été Setgaenr^ plus il est constant que rien n^a existé, puisc^'il estccff*** tain que Dieu n'a pas toujours été Seigneur.
J a joute encore une réflexion à Cil Lise de ceux qui ne comprennent pas ; — Hermogène en est la dernière limite, — et je retourne contre lui ses propres conceptions. Puisqu il nie que la Matière ait pris naissance ou qu'elle ait été laite^ je trouve encort; qm: le noiu de Sei^eur ne con* Yientpaaà Dieu par rapport à la Matière, car il fautnéce»aairement qii^eUe ait été libre, puisque n'ayant pint eu «de commencement , elle n'a pu avoir de Gréatenr : ce qui «isCe par soMnéme n'est asservi h qui que ce soit* Par conséquent, depuis que Dieu a exenaé sur elk aa poift* «anoe> en ptoduisant ii Taide de la HÏaûère, dès oe moment, la Matière en subissant l'actian de Dieu à titre de Seî'gneur, prouve invinciblement que IHeu n'a pas été Sei«> ^eur de tout temps.
rV. CVst par là donc que je commencerai ^ traiter de la Matière, puisque, dans ce système , Dieu Tassimile à luimême, c'est-à-dire qu'elle n'est jamais née, qu'elle» a jamais clé faite, qu'elle est éternelle, n'ayant jamais eu de commencement, ne devant jamais avoir de ûn. Quelle est l'originedeDieu, sinon l'éternité ? Quelle est la nature de l'éternité, sinon d'avoir toujours été, et d'être destinée à toujours subsister, en vertn de son privilège, qui veut qu'elle n'ait ni commencement ni fin. Si c'est là le caractère distinctif de Dieu, il n'appartiendra qn'à Dieu dont il est le caractère distinctif. Communiquez-le à un autre , il cesse dèslors d'être le carfictère dinnctif de Dieu.» qui le partage «vec celui auquel voi» Tassignez : « QooiquHl y en ait «qui soient appelés dieux, soit dftns le dâ, soit sur la «terre, il n'y a d ailleurs qu'un seul, Dieu, qui est le a Père, duquel procèdent toutes choses;» raison de plus v pour que chez nous, ce qui est le caractère distinctif de Dieu lui appartienne h lui seul -, encore un coup, un attribut qui lui serait oomaïun avec un autre, ne serait plus
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8oa caractère dbtinotif. S*il y a un Dieu, il faut que ca caractère ^it unique , pour n'appartenir qu*à un seul/ Ou bien , qu y aura^-il d'unique et de an^iar, sinon Tétre auquel rien ne se compare ? Qu'y aura-t4i de sur^
éminent, sinon l'être qui domine sur toutes choses ; sinon rêtre qm e»l avant toutes choses et de qui procèdent toutes chos^ ? Dieu est le seul qui possetic et s attributs, et en les possédant seul , il est un. Qli un autre les poss^e, il y aura dès-lors autant dv d'ivux qu'il y aura d'êtres possédant ce qui caractérise un Dieu. Uermogène introduit donc deux divinités, il fait la Matière Tégale de Dieu* . Il faut néoessairement que Dieu soit un , parce que Dieu est Tétre souTeraînement grand ; or, il n'y a d'être sou* ▼erainement grand qu autant qu'il est unique ; l'éfre auquel on donne un égal cesse d'être unique, et la Madère devient Tégalé de Dieu, lorsqu'on la Mt éternelle.
Y. — Mais Dieu est Dieu , la Matière est la Matière , repond Hermogène. — Gomme A la diversLié des noms empêchait Tégalité, puisque l'essence fondamentale est la même ! Que la nature et la forme différent , peu importe, si la substance est identique. Dieu n'a jamais pris naissiuico. La Matière n*est-ellc pas comme lui étrangère à la naissance. Dieu a toujours été. La Matière aussi n*at-elle pas toujours été ? Tous deux sans commencement , tous deux sans fin , tous deux principes de l'universalité des êtres , aussi bien celui qui a produit que celle avec laquelle il a produit. Car la Matière ne peut pas ne pas être l'auteiur de toutes choses , puisqu'elle a fourni sa substance à l'universalité des êtres.
Que répondra Hermogène ? Dîra-t-il que la Matière» tout en ayant quelque didse de Dieu, ne peut pas être assimi' lée à Dieu, parce que ne possédant pas la plénitude de la Divinité , ^lle répugne à la plénitude de la comparaison ? Mais qu'a-t-il laissé déplus à Dieu, pour qu il semble n'a% voir point accordé à la Matière tout ce qui constitue Dieu ?
La Matière, réplique>t-il, se gouvernera de telle ma-
îiière , que raiitorité et ki substance de Dieu demeurerorii sauves, en tant qu il sera réputé le seul et l^premier auteur, ainsi qtie le maître de toutes choses.
— Mais ia vérité^ en défendant l'unité de Dieiu exif^e que ce qui est à lui n'appiu ticnne qu'à lui. La chose lui appartiendra quand elle n'aj^rtiendra qu a loi seul. De là vient qu'il est impossible d'admettre aucun autre Dieu, parce qu'il n'est donné à qui que ce soit de posséder quel-
«.que chose de ce qui feit le Dieu,
— Quoi donc, dis-tu^ nVvonfroious pas quelque chose de DieuP^Oui» Nous Tavcmset nous coutinneronsde Ta*» Toir par emprunt, mais non pas de notre propre fonds. En effet» nous serons des dieux, si nous méritons d*éM tels qu'il nous Tannonça d*avance : « l*al dît 7 vous êtes « des dieuxî . — Dieu a siégé dans l'assemblée des dieux; » mais cela en vertu de sa grâce, et non à iiire de propriété, parce qu'il est le seul qui fasse des dieux. Toi , au con traire, tu donnes en piopi e h la Matière ce qu'elle a de commun avec Dieu ; ou bien , si elle a reçu ce qui ciiractérise Dieu, je veux dire l'attribut de l'élernité , il faut donc croire qu'elle a un principe commun avec Dieu , et qu elle n'est pas Dieu. Mbûs quelle contradiction que de lui accorder un principe commun avec Dieu , et de vouloir que le principe qu'Hennogène ne refuse pas à la Jfetière sûil le privilège eiciusif de Dieu I •
TI. Il reste k Dieu, r^Mmd-il , d*étre le premier et le ' • seul âmear de toutes choses ; d*étre le Seigneur de toutes choses; et de ne pouvoir être comparé à qui que ce soit» Puis, il va tout à l'heure en gratifier la Matière. «Je suis le ^ « Dieu , » déclare le Tout-Puissant ; « et il a juré souvent « par lui-même, qu'il n'y avait pas d autre Dieu que lui. » Mais HerriKjgènc lui donnera un solennel démenti ; car voilà ia Mat ière devenue l'égaie de Dieu , n'ayant jamais été faite , n ayant jamais reçu la naissance, aussi étrangère à un commencement qu'à une fin. Dieu dira : « Je tt suis le premier. » £t tommenc senHt41 le premier, pui^-
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que la Matière lui est coétemelle ? Entre des êtres coëteriielsfit conlemporaiiLs , point de rang, ou bien la Matière est également la première. « Moi seul j'ai étendu les a cieux, » ÏI se trompe^ il ne les a étendus qu'avec celle qui lui a donuëde quoi les étendre. Quand Heruiogcncdéclare que la Matière exista sans |X)rter atteinte à Fessence de Dieu , prends garde que nous ne lui répliquions^ Dieu exista sans porter atteinte à l'essence de la Matière, pourvu néanmoins que Tessence soit commune. Il restera donc à la Matière d'avoir existé, mais avec Dieu» comme à Dieu d'a(voir été seul, mais avec elle. Elle sera la première avec DieU) parce que Dieu sera le premier avec elle \ de plus, elle ne pourra être comparée àDieu, parce que Dieu ne pourra lui étre<aomparé ; elle est auteur de runivem avec Dieu ; elle est souveraine avec lui. Voilà comme Dieu a quelque chose de la Matière , et non tout ce qui la constitue ; Hermogène ne lui a donc rien laissé qu'il n'ait accordé également h la Matière; de sorte que la Matière est moins (levée jusquk Dieu, tjiie Dieu n'est élevé jusqu'à la Matière. Ainsi donc, puisque les atti ibuls lii.siinctifs de Dieu, tels que d'avoir toujours été, de ne connaitrc ni commencement ni fin , d'être Je premier et le seul auteur de toutes choses, conviennent également à la Matière , je le demande, où sont les caractères différents et étrangers à Dieu que la Matière possèdiQ en propre, et • qui rempécbent d'être comparée à Dieu ? Là oii se re- ' trouvent tous les attributs propres à ua Dieu , il y pré«
maption que tout le res(e se ressemble. ^ VU. Hermogène déclare*l4l que la Matière est moindre que Dieu, inférieure à lui , que par conséquent elle en diffère, et conséqucmment encore n admet pis de comparaison avec un être plus fp^aud qu elle et supérieur h elle? Je lui opposeceîte prescription : ee qui est éternel et incréc n'admet ni diminniinQ ni abaissement , parce que ce privilège fait Dieu tout ce qu'il est , c'est-k-dire un être qui sera ni inférieur, ni soumis à personne , je me trompe.
TKRIIJLUEN. SI7
qui sera plus grand, plus élevé que tous. De même que tous les êtres qui naîsseiit et finissait , et par là même ne sont pas éternels, poîaque le caractère de rëternité, e^est de n'aTOÎr ni commencement ni fin> oomporlent dès leur origine ce qui répugne h mi Dieu ^ je veux dire la diminution et Tabaisséinent, parce qn^ils sont nés ou qu'ils ont été'feits, de même Bien les repousse invinciblement, parce qu*il n*a pas pris naissance et qu*il n'a pas ^t^ fint. Or, telle est l'essence de la Matière. Par conséqueul, ces deux éires , éternels, puisqu'ils n'ont j tin;iis pris naissance et n'ont jamais été faits, Dieu et la JM<iiière, possédant é(;al( nieiif , en vertu de la communauté de leur essence, ce qui ne comporte ni diminution ni abaissement, réternilé , en d'autres termes , nous déclarons que l'un n'est pas plus petit ou plus grand que l'autre; que l'un n'est pas plus élevé ou plus abaissé que l'autre, maïs qu'ils sont tous les deux également grands , également élevés , également heureux de ce bonheur parfeit et inaltérable qui s'appdie réiemité. Nous ne ressemblerons pas en effet aux nations qui , toutes contraintes qu'elles sont de confesser un Dieu, ne laissent pas néanmoins de le placer au-dessous des autres. La divinité n'admet pas de degré, puisqu'elle est unique. Si elle se trouve dans la Matière, ]xir la raison qu'elle est incréée , n'a jamais été faite , et possède 1 éî* rnito , la divinité se trouvera des deux cotés , attendu (|uc nulle part elle ne peut être inférieure à ellemême. (Comment alors Hcrœogènc ose- 1- il établir des distinctions? Comment ose-t-il soumettre la Matière à Dieu, celle qui est éternelle à celui qui est étemel , celle qn^ est inoréée à celui qui est incréé , celle qui est auteur à celui qui«st auteur, celle qui peut dire : Et m aussi je suis la jMremière ; je suis avant foutes choses, et c*est de moi que dérivent toutes choses* Nous sommes égaux, nous avons existé ensemble^ tons deux sans commencement et sans fin , tous deux sans auteur, tous deux sans Dieu. Quel Dieu donc m'asservit à un Dieu contemporain , coétemel?
TERTDLLIEN.
Est-oe parce qu'il se nomme Dieu? Mais moi aussi j^ai moniioin^ Ou faien^ moi je suis Dieu, et lui il est la Matière, put» que nous sommes tous deux ce qu^est Tun de nous. C^yez'vous donc que Thérétique n'ait pas élevé la Matière jusqu'à Dieu, quoiqu'il prétende la lui soumettre? ,
Vin. Il y a mieux; il l'élève au-dessus de Dieu lui-* même , et c'est Dieu plutôt qu'il asservit à la Matière , lorsqu^il veut que Dieu ait tout produit à l'aide de la Ma* tîère. Si en effet il s'en servit pour<Téer l'univers , voilà que la matière lui est supérieure, puisqu'elle lui fournit les éléiiHiiis de son œuvre, et Dieu est soumis h la Matière, puisqu'il a eu besoin de sa substance. Personne, en effet , qui n'ait besoin de la chose qu'il emploie ; pci Mjiine qui ne soit soumis à la chose dont il a ])Lsoin pour y>o\i^ voir s «11 servir-, conséquemment personne qui, en se servant d un bien étranger, ne soit inférieur à celui dont il emploie la chose. Personne enfin qui , en accordant à un autre^d'user de ce qui lui appartient, ne soit par là même supérieur à celui qu'il investit de ce droit. Il suit de là que la Matière n'a point eu besoin de Dieu, qiais qu'à ce Dieu qui avait besoin d'elle, elle s'est montrée riche, li^ bérafe, magnifique^ parce qu'il était inférieur à elle, j'imagine, condamné à la ^iblesse, et inhalûle à créer de rien ce qu'il voulait. Grand et signalé selrvice qu'elle rendit à Dieu ! Par elle , il a eu de quoi foire reconnaître aujourd'hui sa divinité, et piuclamer sa toute- pu issa nce , excepté toutefois qu'il n'est pas tout-puissant, s'il n'a point la puissance de tirer du néant toutes choses ! Tooiours ^est-il que la Matière a gagné par là d'être reconnue la • contemporaine et l'égale de Dieu , ou , pour mieux dire , sa protectrice, à moins cq)endant qu'elle ne sait connue comme telle que d'Hermogène et des philos<^he8, qui sont les patriarches des hérétiques. Car elle est encore cachée pour les prophètes, pour les Apdtres, et j'imagine aussi pour lésus-Ghrist.
Que, pour créer le monde, Dieu se soit servi de
la Matière en qualité de Seigneur, Hermogcne ne peut le soutenir : Dieu n a pu être le Seigneur d'une substance qui lui est égale.
— Mais il s'en est servi probablement à titre précaire.
- — Oui , si bien à litre précaire, mais non comme possesseur d un domaine à lui , que toute défectueuse que int la Matière y il eut le courage d'employer une substance mauyaise , apparemment par la^iécessité de sa lûblesse f qui l'empêchait de créer les êtres de neny mais non par un acte de sa poissance ; car s*ii avait pu, en «a qualité de IKeay commander à la Iblière qu'il savait mauTaiae, Seigneur et^nfiniment bon , il eût commencé par en corri* ger la nature défectueuse, afin d'employer une substance bonne au Heu d*une mauvaise. Toutefois, comme il n'était que bon , sans être Seigneur, il l'employa telle qu'il la trouva, montrant ainsi qu'il était contraint de céder à la nature de la Matière, puisque s'il en eût été le Seigneur, il l'aurait réformée. En effet , c'est ainsi qu'il faut répondre à Hermogèue , lorsqu'il soutient que Dieu employa la Matière, en vertu de son titre de Sei^eur, mais non comme une chose qui fût à lui , puiaqueUe n*avait pas été cré^ par lui. Il soit de là que le mal vient de Dieu^ car s'il n'en est pas Tauteur, puisque ce n*eBt'pas luf qui ra fait y toujours eM-ii qu'il le permet « puisqu^ilen est le Seigneur. Si au contraire la Matière n'est pas à Dieu , en tant que le mal n'est pas à lui, dès qu'il se sert du bien d*auh trui , ouil ré employé par une sorte de tolérance , attendu qu'il en avait besoin, où il Ta usurpé violemment, attendu qu'il était le plus fort. Car on prend le bien d'autrui de ces trois manières, ou en vertu de son droit , ou par autorisation, ou à maiu armée, c'est-à-dire, domaine, titre précaire, violence. Il n'y a pas lieu au domaine^ qu Hermogène choisisse donc ce qui est le plus convenable à un IHeu, qu'H ait crée le moude avec la Matière préeiifr» tante, ou à titre précaire, ou par violence.
X» JHm n'aurait-il donc pas lait plqs sagement de ne
360 I£RTULLlfiN.
créer absolament rien , que de créer qtidqiie dnae à litre
précaire, ou par Tiolence, et cela avec une substance mauvaise? En supposaiit mêaie que ia Matière fût infinimeat bonne, ne devait-il pas regarder comme indigne de lui, de créer qu()i (|ue ce soit avec le hivn d'autrui, quelque bon qu'il fût Plia manqué de prudence, si produisant le monde à cause de sa gloire, il n^est panrenu qu'à prouver ^*il est le<iébiteur d'un* substance étrange, et qui pins M, dépourvue de bonté*
—Fallait-il donc, reprend Hermogàne, qu'il créât tûulcs dMses de rien , pour que Ton mit aussi les nnnx sur le compte de sa volonté? ^ %
En vérité 9 il hat que raveuglement des héftédques soit grand pour raisonner ainsi , torsqu'ils supposent un autre dieu lx)n et très-bon , parce qu'ils regardent le Créateur com nie l'auteur du mal, ou bien lorsqu'ils élèvent la Matière jusqu'au Créateur, pour que le mal provienne de la Matière et non du Créateur, puisqu'aucun Dieu n'est à 1 abri de cette accusation , et va passer jx>ur rautenr du mal, quel qu'il soit, dès que, sans avoir fait le mal par lui-même , il permit à qui que ce soit et n'importe com^ ment, de le produire. Qu'Hermogène le sache donc, en atle£dant que nous établissions ailleurs la distinction et la cause du mal , son blasphème n'avanoe rien. En effet ^ voilà que Dieu devient , sinon fauteur, au moins l'appro* bateur du mal , puisque, malgré sa bonté infinie, il snp» pprta, si long-temps avant la formation du monde, la perveraité de* la Ifolière, qull aurait dû réformer en sa qualité de Dieu bon et opposé au mal. Point de milieu ! Ou il a pu la corriger et il ne l'a pas voulu j ou il Ta voulu, mais il ne l'a pas pu . Dieu sans puissance. S'il l'a pu sans le vouloir, il est nuiuvais lui-même, puisqu'il ;i favorisé le mal. Dès-lors il peut en être regardé comme 1 auteur, parce qu'il a beau ne l'avoir pas créé, toutefois, s'il n'avait pas voulu qu'il existât , il n'existerait points il a donc créé personnellement ce à quoi il a permis d^élre. Gon-
nais^tu quelque chose de plus honteux ? S'il a voulu Texistence d'une chose qu'il a refuse de prodttire par ses pro* près mains, il s'est mis en contradiclioii avec lui-même, en voulant l'existence d'un être qu'il pas voulu produire, et en ne voulant pas produire un être dont il a voulu îjttsàsimce. Il en a voulu l'existence comme si c'était un bien; îl n'a pas voulu le produire, otnnme si c'était im mal. Ce qu'il a déclaré mauvau eorrefusant de le produire) U li'a f noclamé bon ca lui permettant 4'étre; en supportant le mitl comme qudque chose de bon , au lien de Textirper sor^oH^mp, il se troote en être le promoteur : crime^ si e^est !¥i|fontairement; honte» si c'est par nécessité. En un mot, Dieu n*est plus que Tesdaveon le complaisant du mal , dès qu'il a tccu avec la perversité de la Matière, à plus forte raison s'il a opéré sur une Matière perverse.
XI. Toutefois, où sont les preuves d'Hermogène pour nous persuader que la Matière est mauvaise? Car il ne pourra s'empêcher d'appeler mauvais ce à quoi il assigne le mal en partage. Nous avons établi en principe que ce qui est éterncd n admettant ni diminution ni abussement, ne peut être regardé comme infériear à un autre éire coéternel. Ck>nséquemment, nous disons 4|ne le mal ne lui convient pas darantage, parce qu*en vertu de Tétemilé qu'il possède, on ne peut abaisser ce qui répugne à totite espèce d'abaissement. Mais, puisque d'ailleurs il est démontré que ce qm est étemel , tel que Dieu , et par quoi Uieu est seul en étant éternel , et bon en étant Dieu , est rÊtre souverainement lx)n, comment la Matière sera-t-elle un mal, elle qui, en sa qualité d'éternelle, doit être nécessairement regardée comme Tétr c souverainement bon ? Ou bien, si ce qui est éternel peut être cru un mal, ce mal, en sa qualité d'éternel , sera invincible et insurmontablai 11 finufara en conclure que vainement nous tFSfaiikmsà « remnclier ce mal du milieu de nous ; » que vainement Dîen noos le recommande et nous le prescrit} c'est trop
lERTULLIEN*
peu , que ^aînenent Dieo ft^en ooostitne le juge, par oon^
séqaeiit, que ses cbâtiments seroni injustes. Que si le mal doit finir le jour « où le démon , qui en est comme le chef, « aujourd liui relégué dans le puits de rabîiiit% aura été <( précipité dans les flammes que Dieu prépara pour lui et (( pour SCS animes; où la manifestation des enlants de Dieu « aura délivré toute créature du mal , parce qu'elle est « soumise à la vanité ; » loii rendus à leor iDoocence et à leur intégfrité primitiTes, <i les troupemix iront à Ja pâture «avec les bétes féroces, et les en&nts à la mamelle se Il joueront ayec Taspic ; où le Père aura placé oomme un « escabeau sous les pieds du Fib ceux qui le^som^talent,» c'est-à^re les artisans du mal \ en un mot , si le mal dbit avoir une fin ^ il faut nécessairement qu'il ait commencé , et Toilà que la Madère aura un oommenoement^ puisqu'elle doit finir avec le mal. Ce qui est regardé comme mal doit participer à resscnce du mal.
Xll. Eh bien ! d'accord : la Matière est mauvaise, et très-mauvaise, par nature conséquemment , de même que Dieu est bon et très-bon , aussi en verhi de sa nature. Il fislut nécessairement que la nature demeure tixe et déterminée, aussi constamment attachée au mal dans la Mà* tière , qu'inébranlable et immuable dans le bien « elles Bien. £n efiet» si la nature pouvait dans la Matière passer du mal au bien , il s'ensuivrait que dans IHen elle peut passer du bien an mal.
Ibis si la nature n'admet pas de changement, me jdira-^-on , n les pierres ne pourront donc suaciier des en- « fents h Abraham; les races de vipères produire des fruits « de pénitence , ni las enfants de la colère devenir les en- « fants de la paix ? »
• — C'est sans fondement que tu allègues ces exemples, é homme î car des choses qui ont eu un ( ommencement, telles que des pierres, des vipères et des hoimnes, u ont rien de commun avec la question de la Matière qui est incréée« Par là même que leur nature a eu un oonuneooe-
TËETULLIEN.
ment, elle peut avoir une fin. Mais n^oubiie pds que la Mati^ a étë une fois pour toutes reconnue étemelle, |Riisqu*eUe n'a ni auteur ni commencement, et que, par consé({nent , il faut regarder sa nature comme immuable et incorruptible, d'aprèi le principe que nous oppose HeriDogène lui-même, lorsqu'il nie que Dieu ait rien pu produire de lui-même, parce que TÊtre étemel ne change ps, tandis quHl perdrait ce qu'il est en deyenant par le cban» gement ce qu'il n'était pas, s'il n*éfaitpas étemel. Quant au Seigneur éternel, il ne peut être autre chose que ce qu'il est toujours. Eb bien ! je le réfuterai par sa propre déclaration. Je puis attaquer la Matière au même titre, puisque voilà que Dieu tire (l(vs ( fioses bonnes et très-bonnes d'une Matière aiauTaise et même très-mauvaise : « Et Dieti « vit qu'elles étaient bonnes, et Dieu les bénit, » parce qu'elles étaient très-bonnes, apparemment , et non parce quielles étaient mauvaises et très-mauraises. La Matière a donc subi une transformation, et s'il en est ainsi, elle a perdu Tessence fondamentale de l'éternité ; en un mot, sans sa fiirme, elle est anéantie. Mais l'éternité ne peut se perdre^ parce que, si elle n'est pas inamissible, Tétemité n'est pas. Elle n'a donc pu subir aucune transformation , parce (pie si l'éternité existe, l'éteroité ne peut changer.
Xin. Mais, comment , demanderait-on , des créatures qui n'ont pas subi de transformation, ont-elles pu naître bonnes en soi rant de la Matière ? Comment la semence de ce qui est bon et très-bon se trouve~t-elle (U'posée dans ce qui est mauvais et très-mauvais ? Assurément un arbre qui est bon ne produit pas de mauvais fruits, parce que sans bonté point de Dieu; de même qu'un arbre mau¥ais n'en produit pas de bons, parce que, point de Matière si elle n'est très-mauvaise. Ou bien non, donnons-lui quelques germes de bonté : elle cesse alors d'avoir une nature iinifiirme, c'est-à-dire complètement mauvaise, pour revêtir une double i&ature, moitié bonne et moitié vaiiyaiae. Ici on demandera de nouveau si , dans un sujet T, vn. 23
354 T£aTl}JLU£N.
bon et mauvais, « peuvent s'allier la lumière et les ténè- « bres, la douceur et l*amerluiiie. » Ou bien si des choses aussi différentes que le bien et le mal onf pu se réunir dans la Matière, et composer sa double nat ure, f éconde en truit» de Tune et de l'autre espèce , les biens ne peuvent pas plus dès-lors être imputés à Dieu , que les maux ne lui sont imputés. Comme ils dérivent également de la propriété de la Matière 9 ib appartiennent également à fai Matière. A ce prii » nous ne devons plus à Dieu aucune action de grâces pour ses biens, plus aucun reproche pour ses maux. Il n*a rien fiiit par sa propre volonté. Qa'est<-il donc? Tesclave de la Matière. ^
XIY. On a beau dire , en e£Pet , que tout en produisant les biens à l'occasion de la Matière, il ne laisse pis de les avoir eroés par choix et voluiiié, en ilLéouviant ce qu'il y avait d< \)on dans la Matière, quoique ce soit là encore une houle pour Dieu , toujours est-il que ([uand il tire les maux de la Matière, même en ne les pnxluisant que malgré lui , il devient Tesclave de la Matière, puisqu'il ne peut les tirer d une substance mauvaise que malgré lui, car il est bon \ par nécessité , car c'est malgré lui ; par un acte de servitude, car il obéit à la nécessité. Qu'il ait crée le mal par nécessité ou librement, qu'y a-t-il là de plus honora* ble? £q effet , il l'a créé par nécessité, s'il l'a tiré de la. Matière : iM'a produit librement , s'il Ta créé d^rien. Vaiii^ ment donc tu travailles à j ustifier Dieo do reprodie dVnroir créé le mal -, dès qu*il Fa tiré de la Matière, le mal sen Jm^puté à ^Ini qui Ta fait, en tant qu'il en a été ia eause efficiente. Sans doute, il y a une différence de diic qu'il Ta tiré de quelque pari ou qu il l'a produit de rien. Mais peu in i porte d uii il l'a tiré, pourvu (pi il l ait tiré d'où cela éluitle plus digue de lui ? Or, il t lait phis digne de lui de le créer par un acte de sa vuluute plutôt rpie par un acte de lanéeessiié, e'est-à-dire de le faire sortir du néant plutôt que de la Matière. 11 est plus raisonnable aussi de croire que Dieu a été libre pluidt qu'esclave dans la créatitwt du
mal '. ^u^le que sôk m pukstlioe, k|iiufl8anoe lui convient plus que la faiblesse. î -^.v ^ ,
Mais si nous accordons , d'une part, que la Matière ne renfermait en elle rien de bon , de l'autre, que I>ieii a produit par sa propre vertu tout ce qu il a produit de bon, il va s élever encore d autres diflficultés. D'abord, si nulle espèce de bien ne se trouvait dans la Matière , le bien n'est donc pas sorti de la Matière , puisque la Matière n'en possédait aucun germe. En second lieu , s'il n'est pas sorti, de la Matière , il est donc sorti de Dien. S'il n'est pas sorti de Oîeo, il est donc sorti du néant. D'après lesy»% lènied*Hermojgpàne, iln*y a plusqueœla* r Xy. Or, si le bien n*e$| pas le produit de k Matière , puce qu^il ne résidait pas en elle, attendu qu'elle estmau* vaise, ni de IKeu, parce que rien ne peut être créé de Dieu, comme l'établit Hermogène, il suit de là que le bien a été fait de rien, puisqu'il n'est le pKKluit de personne , de Dieu pas plus que de la Matière. Mais si le bien a été créé de rien, pouiquoi pi\s ]{-. mal aussi? H y a mieux , pourquoi toutes iescrt uures ne sont-elles pas sorties du néant, si quelque chose en est sorti , à moins que kl puissance divine , qui a tiré une chose du néant, ait été «■puissante à en tirer toutes «dioses? Dira-t-on que le bien flslsord d'une Matière mauvaise, puisqu'il ne sort ni du né^t ni deJDieu P 11 faut donc que, contrairement à Tinn iMilÉbilité, privilège de ce qui est étemel , il ait son origine dons la transformation de la Matière. Hermogène niera aussitâtque le bien ait pu sortir de la Matière dont on le lait sortir. Il est nécessaire cependant qu'il soit sorti de quelqu'une des choses d'oii il a nié qu^il ait pu sortir.
D'ailleurs, si le mal n'a pu sortir du néant sans que Dieu en devienne l'auteur, par la raison qu'on l'imputerait à sa volonté, et qu'il faille l'attribuer k la Matière, afin qu'il appHrticniîe h celle dont la substance l'a formé, dans ce système, comme je l'ai du. Dieu va passer pour l'auteur di^mal, puisque, au Iku de tirer de la Matière , en vertu
S56 iraiTULUEN.
de sa mcDie puissance et de sa volonté, des choses bonnes et rien que des choses bonnes, comme il l aiirait du, il en a tiré néanmoins qui toutes ne sont pas Injnnes, et même qui sont mauvaises, les voulant mauvaises, par conséquent, si leur eadstence a dépendu de lui , ou bien impuissant à ne créer que des choses bonnes, s'il Ta voulu sans Texéenter, puisque peu importe que Dieu soit Tanteur du mai par impuissance on par Tolonté.
Ou bien quelle raison avait-il pour qu'après ayoir crjé des biens, en saqualitédeDiéu bon, ileréftt aussi des maux, oomme si la bonté lui manquait, puisqu'il ne s*6St pas borné à des créations en harmonie avec sa nature? Son œuvre à lui une fois consommée , quel bestnn avait41 d'agir dans les intérêts de la Matière . en créant ensuite le mal , pour se faire reconnailre seul bon an hien qu'il avait créé, tandis que la Matière ne serait pas reconnue mauvaise au mal qu elle avait engendré? Le bien n'en aurait fleuri qu'avec plus d'éclat sans le souille du mai. Car Hermogène détruit les arguments de quelque»-uo8 qui prétendent que les maux étaient nécessaires pour faire ressortir les biens, qui brillent mieux par les contrastes. Ainsi donc , ce n'est pas pour cette raison que le mal fut créé : ou bien , si quelque autre motif en détermina Forigiiie, pourquoi donc a'«u* rait-ii pas pu naître de rien? Dieu serait justifié du re^ proche d*étre Tauteur du mal, par la même raison qui l'excuse aujourd'hui, lorsqu'il fait sortir les maux de la Matière. Si elle 1 exeuse, il est donc vrai que la question est entraînée de toutes parts là où ne le veulent point ceux qui , sans examiner la distinction tlu mal , et sans savoir comment l'attribuer à Dieu, ou le séparer de Dieu, livrent Dieu à de nombreuses et indignes contradictions.
XVl. Au début de cette discussion , sur laquelle il me faudra peut-être revenir, je déclare donc qu'il i^ut attribuer ou à Dieu le bien et le mal qu*il a engendrés de la Matière, ou bien à la liatière, de laquelle illes a engendrés , ou bien Tun et Tautre à tous les deux à k fiûs, par^
que tofoà les deux iBoat mutuellement solidaires, èt telvi qui a pvwluit) et œlle de qui il a produit , ou enfin à duican des deux son domaine distinct ; car de trœsième après Dién et la llatière , il n'y en a pas. Le. bien et le tnal appartiennenl^ils à Dieu ? IMeu paraîtra aussi Tauteur du mal : or, le Dieu infiniment bon ^ ne peut être Fauteur du mal. Imputez-vous le bien et le mal à la Matière? lua. Matière devient aussitôt le principe du bien ^ or la Ma* tière qui est mauvaise ne peut jamais être le principe du bien. Attribuez-vous l iin et 1 autre à tous les deux ? Mais voilà encore la Matière placée au niveau de Dieu. Tous deux Seront égaux ^ tous deux auront une part semblable dans le bien et dans le mal. Or la Matière ne peut 4tre assimilée à Dieu sans quUl en résulte par là même doux di^ Tinités. Assignezs-vous à Tun une chose, à Tautre une au^ tre^ c'est-^HÎire le )nsa à Dieu, le mal à k Matière^ alors le mal n*est plus imputé à Vwa^ ni le bien à la Ma^ tière , mais Dieu , en faisant sortir de la Matière le bien ainsi que le mal, les crée concurremmeril avec elle. S'il en va ainsi , je ne sais par quel coté peut s'écbapper To* pinion d'Hermogène, qui ne veut pas que Dieu soit Fauteur du mal , tout en voulant qu'il l'ait engendré de la . Matière, n'importe comment, soit par sa volonté, soit par nécessité , soit par un BK>tif quelconque. Or, si celui qui a Dût est l'auteur du mal, lui associer la Matière qui lui fi)urnit les éléments de sa substance, c'est détruire la cause qui moti^t ^introduction de la Ifeitière. En effet, si k Madère n'apparait ici que pour justifier Dieu du reprodie d*étre Fauteur du mal , Dieii n'en reste pas moins Taiiteur du mal , même avec la présence de k Matière. Ainsi, k Matière une fois exclue, par là même que disparaît la nécessite de sa présence, il ne reste plus qu'à établir que Dieu a créé toutes choses de rien. A-l-il créé les maux aussi? Nous le verrons quand nous aurons examiné si le mal existe, et si ce que tu appelles de ce nom est un mal véritable. Il est plus digne de sa grandeur d'avoir kit
358 TERTULUfiN.
sortir du néant , même le mal, que de Tavoir créé aux dépens d'autrui, s'il est yrai qu'il lui a fallu Fassistance de [a Matière. Ce qui convient à Dieu , c'est la liberté et non ]a nëcesMte. J'aime bien mieux qu'il ait touIq créer le mal par ]ni-méme^ que de le voir fatalement conduit à le créer,
XYii. L'essence du iMeu unique exige impérieusement cette condition : il n^est unique que parce quSl est seul | il n'e$t seul qu'autant que rien n'existe avec lui; il sera donc le premier, parce que tout est après lui tout est après lui, parce que tout provient de lui ; tout provient de lui , parce que tout sort du néant; de sorte que cette Ecriture a pu dire avec raiscni : « Qui a pénétré Us desseins « du Seigneur ? qui est entré dans son conseil ? qui a-t-il « consulté? qui lui a enseigné les voies de l'intelligence « et de la sag^esse ? qui lui a donné pour qu'il lui soit « rendu? » Personne apparemment, parce qu'il n'y avait pour le seconder aucune force , aucune matière » aucune nature de substance quelle qu'elle fût. Or, s'il a opéré sur laflfatière préexistante, il fiiut nécessairement qu'il en ait reçu et la pensée et le plan de ses dispositioiis oommfe une voie d'intelligence et de sagesse. Oir il a dâ pour opérer consulter la qualité de la chose et la nature de la Matière, bien plus que sa volonté : tant il est vrai qu'il a créé les . maux suivant les dispositions de la Matière , mais que sa propre natiu*e n'y a été pour rien.
XVllI. Si la Matière est nécessaire k Dieu pour créer notre monde , ainsi que l'a pensé Hermogène , Dieu avait une Matière mille fois plus digne et plus appropriée, une Madère sur laquelle il ne âiut point interrogé les phi** losof&es , mais les prophètes, je veux parler de sa Sagesse. Elle seule a lu dans les desseins du Seigneur* « Qui con* « naît ce qui est à Dieu et en Dieu , sinon l'Esprit qui ré^ « side en lui? » Son Esprit, sa Sagesse, voilà quel fut son conseiller, « la voie de la Sagesse et de l'inlellîgeifce elle* « même. » C'est d'elle qu il créa toutes choses , en créant par elle et avec elle, u Lorsqu'il étendait les cieux , dit-
<i elle, fêtais Ik^y lorsqu^il entourait rafalme d'une digue ; n lorsqu'il suspendait les nuées et qu'il fermait les sources
c< de l'abîme qui est sous le ciel , alors j'étais auprès de (( lui. C'était moi qui faisais ses délices, me jouant sans « cesse devant lui , quand il se réjouissait d'avoir créé l'uu ilivcrs, et qu'il se plaisait à habiter avec les fils des u hommes. » Qui n'admettrait plus volontiers cette Sagesse comme le principe et la source de toutes choses ^ Matière des Matières, qui n'était pas inférieure à elle'*» même, qui ne différait pas d'essence, que n agitait pas un monvement continuel , que ne déshonorait pas une fornid grossière, mais innée, s'appartenant en propre , intelli- ^^te et d'une beauté merveiUeusev teHe enfin que peut en avoir besoin un Dieu qui a plus besoin de ce qui est à lui que de ce qui est à autrui? En un mot, aussitôt qu'il eut reconnu qu'elle lui était nécessaire pour créer l'universalité des êtres, voilà qii il procède à leur formation, et engendre dans lui-même. « Le Seigneur, est-il dit, t( m'a possédée au commencement de ses voies; avant les « siècles, j'étais^ avant de produire la terre, avant d'af- « fermir les fondements des montagnes , avant de poser le « sommet des collines, il m'avait engendrée. Les abîmes « n'étaient pas, ^e j'étais déjà née.» Qu'Hemogène reconnaisse donc pourquoi il est dit de la Sagesse de Dieu qu'elle est née et qu'elle a été créée. 'Ceai afin que les hommes fussent bien convaincus qu'il n'y a rien qui n'ait pris nais* sauce et n'ait eu un commencement , excepté Dieu lut seul. Si, en cfTet , ce qui n lît dans le Seigneur lui-même, de lui et en lui, a eu un commencement, c'est4i-dire vsi sa Sa fifcssê elle-même naquit et fut créée au moment où elle commença de se mouvoir dans la pensée de Dieu, pour ordonner toutes les œuvres de notre monde , à plus forte raison est-il impossible d'admettre que rien de cé qui existe en dehors du Seigneur n'a eu de comnvsncemenf. Mais si cette même Sagesse est le Verbe de Dieu , Yerbc, c'est-à-dire Sagesse, « sans lequel rien n'a été feit, » do
TERTULUEN.
même <pe rien n*a été disposé saas la Sageaseï cominefit supposer qu*il y a quelque chose, eicepté le Père, qui soit plus andeo que le Fils de Dieu, son Verbe unique et piremier né, et par là même quHl y a quelque chose de plus noble que lui, bi^ loin de penser que la Matière incréée soit plus puissante que ce qui a ctc créé, ce qui n'a pas été fait que ce qui a été fait? Car la chose qui , pour être , n*a eu besoin d'aucun créateur , sera beaucoup plus élevée en rang que celle qui, pour être, a en besoin d'un Créateur. Conséquemment, si le mal est inert e, tandis que le Verbe de Dieu est né, tt Mon cœur, est-il dit, « ne contient plus la parole heureuse , » je ne comprends pas comment le mal peut être produit par le bien , le plus fort par le plus feible , puisque ce qui est incréé énmne de ce qui est créé* Hermogène conséquemment met la Matière au-dessus de Dieu, en la mettant au- dessus du Fils. « Car le Fils est le Yerbe, et ce Verbe est Dieu. — « « Mon Père et moi, nous ne sommes qu'un, » dit-il , à moins que le Fils ne voie avec un œil d'indifférence qu'on lui préfère celle dont Tliérétique fait l'égale du Père.
XIX. Mais j'en appelle aux livres de Moïse, oii sont consignées nos origines, et par lesquels nos antagonistes essaient , quoique vainement , d'établir leurs misérables conjectures, de peur que le procès ne soit pas instruit là 011 il a dû s'instruire. Ils ont donc pris occasion de quelques paroles, ainsi que le pratiquent ordinairement les hérétiques, pour torturer le sens des choses les plus simples. En effet, «de ce principe lui même dans lequel « Dieu créa le ciel et la terre , )» ils ont fait quelque chose de solide et de corporel auquel ik donnent le mun de Matière. Pour nous, restituant à chaque mot sa propriété, nous entendons par ce principe le commencement, et nous disons que cette expression convient à des choses qui commencent à être. En effet , rien de ce qui doit naître n'est sans commencement, ni sans que le commencement |X)ur elle ne soit le moment où elle est pour la première ibis.
iiosi 9 principe ou commenoement est on mol ^désigne ttD début) mais non la dénominatMia de qudqne sobttoiioeé Maintenant) si le ciel et la terre sont lescBiivres prioei^ pales qne oréa Dieu avant de créer toutes les autres choses,
c*est à bon droit que TÉciiture dit de ce qui a été créé le premier : « Dans le principe, Dieu créa le ciel et la terre,» de même qu'elle aurait dit : A la fin y Dieu créa le ciel et la terre, s'il les avait créés après Tuniversalité des êtres.
Ou bien , si par principe il faut entendre quelque substaoce, la Jin sera aussi quelque Matière. Sans doute une ^^bstance peut être le principe d'une autre chose qui sor* tira d'elle» de même que Targile est le principe du vase,; ^p4P¥l^ que le germe est le principe de l'herbe. Mai» qiijili4,#pi^ employons le mot prmeipe dans le sens d*or»* 9iiie.çC |H>i;i d'oidre> nous ne.manquons pas de —ntiopiier ' pailtiçiMju^^ la chose, que nous regardons comme le principe^ iii^ Tautre, Par eiemplc) si nous -âknm : Dans le principe, le potier fit un plat, ou bien une amphore, prin» cipG ici ne signifiera point Matière, car je n'ai point pris la Matière dans le sens d'origine, mais d'ordre par rapport au reste de l'ouvrage, parce que le potier commença par un plat et une amphore , avant de faire autre chose. Le mot principe désignera donc l'ordre que l'artisan suit dans son oeuvre, mais non Torigine de toutes les autres substances. »
Je ^uis encore donner.au mot principe une explication qui n est pas hors de propos. Dans la langue grecque, a*pxh\ qui répond k notre mot principe, indique noD-aeulement le rang, mais la primauté et la puissance. Ymlà pourl^i^Ton appelle archobitbs les princes et les magistrats. D'après cette signification, principe équivaudrait à principauté ou à puissance. Dieu , en efifet , créa le ciel et la terre pour attester sa puissance et sa principauté.
XX. Eh bien ! le mot grec ne signifie que principe, et principe que commencement ^ je te l'accorde ; mais nous avons encore à reconnaître pour commencement celle qui
a6â TEKTULLIEN.
dit ; « Lé Se^oetir m'a engendrée ao ootntkiencemeiit de «ses Toies, avant de créer Besoeavres* » Si, en- effet, tout a été produit par la sagesse de Dieu , Dieu » en créant le ciel et la terre dans le principe, c'est-à-dire dans le com-^
mencement , les créa dans sii Sa^jesse. En un mot , si pria* cipe signiiiijit Matière, rEcriiuîe n aurait pas dit : « Dans ]e principe. Dieu créa , » mais Dieu créa du pr incipe, puisque ce n'eût pas ëlé dans la Matière, mais avec la Matière qu'il aurait créé. Or, il a pu dire de la Saj^jesse, « dans le a principe. » £n effet , il créa d'abord dans la Sagesse, ' pais(|ne c'est en méditant et en ordonnant dans elle le pkn de ronivers, qn'îl l'avait d^à créé d'avance, parce «pi*en supposant même qu*il aurait âû. se servir d*une Ma-* tiière préeidstante pour produire son œuvre, il Tavait déjà produite en la méditant et en Tordonnant dans sa Sagesse.» Elle a beau être le « commencement de ses voies », comme le premier acte de la Sagesse est la pensée et Tordonnanccy puisque Dieu ne procède à son œuvre que par la contem* platioii de son Verbe, l'Ecriture, après m'avoîr montré le Dieu qui crée et l'œuvre qu'il crée, ne me disant pas égalenuMii d'oii il la crée, me fournit encore ici son autorité. En eliet, pmsque trois choses principales se manifestent dans une œuvre, quelle qu'elle soit, celui qui fait, la cbose qui est iaite, la Matière dont elle se fait<> trois noms doivent se ij^ncontrer dans le légitime récit de tonte œuvre^ la personne de l'auteur, la nature de rœuvre, et la sub* stance ou la Matière. Si la Matière n'est pas nommée là oii sont nommés les' oenvres et le Créateur, il èst^évident que ce dernier a produit de rien* On ne manquera^^pas de spécifier de quoi il a créé, s'il avait créé de quelque^bose.
Enfin, je citerai l'Evangile pour compléter Taulorité de l'Instrument antique. Il devait d aiuanl plus nous mon* irer de quelle Matière Dieu avait créé tontes choses, qu'il nous révèle par qui toutes choses ont été créées. n Au commencement était le Verbe; » dans ce même commencement «où Dieu créa le ciel et la terre, h £t le
tERtOLLIEN. m
}( Verbe était en Dieu , el le Verbe était Dieu. Tout a u fait par lui , et sans lui rien n'a été fait. » Puisqu ici nou6 voyons manifestement celai qui fait) c est-à-dire Dieu ; ce qui est fait , c'est-à-dire toutes choses , et par qui elles sont faites^ c'est-à-dire leVerbe^ Tordre des idées n^exi^ geait-il pas ausn qu'on noos fît connaître de qaoi Diea avait créé par ]eVerl|;M5> Tuniversalité des êtres, s'ils araient été ûtés de quelque chose. L^Ëcriture ii*a donc pu nom* mer ce qui n'existait pas. Et en ne le nommant pas, elle me prouve suflisamment que cela n*a pas été. Ëût-elle manqué de le nommer, s'il eût existé ?
XXÏ. — Mais, me dira-t-on, si lu préjuges que Funiversalilé des eues a été créée de rien, pirre qu'il n'est pas rapporté tbrmcllrn-ienl cjnr quelque t hose est sorti d*une Matière préexistante, prends garde que la partie adverse f de ce qu'il n'est pas déclaré ouvertement que qael^jue chose a été créé de rien , n'en prenne occasion de conclure que tout est sorti de la Matière.
U est facile , je le sais, de rétorquer certains argn* inents \ mais il lie s'ensuit pas qu'ils soient également ad» missibles, lorsque les motife diffèrent. En effet , quoique l*Écrîture n'ait pas plus dit : Tout a été créé de rien, qu'elle n*a dit : Tout a été créé de la Matière, il y avait moins de nécessité pour elle de déclarer que tout avait été créé de rien , qu'il n'y en avait de nous apprendre que tout avait été créé de la Matière, si cela était véritable. Ne pas exprimer d'où est créée une chose créée de rien, c'est attester qu elle est créée de rien. Elle ne court pas le risque qu^-je la croie créée de quelque chose^ quand on ne me monn^ pas de quoi elle est créée. Au contraire, une chose est*elle créée d'une autre ? Si vous ne me déclarez pas for* mellement de quoi est créée cette même chose , dès que vous ne me montrez pas de quoi elle est créée , je vais commencer par la croire créée de rien , par Ik même que vous ne me montrez pas de quoi elle est créée. Ensuite, fôt* elle-même de nature à ue pouvoir ctrc regardée que comme
TERTLLLïEN
créée de quelque chme, je la supposerai in&illiblemenl enoore créée de «Mit autre Matière que la Matière dont elle est créée» 3i foUB oe m*exposez pas de quelle Matière elle Ta été. Gouséquemment» n Dieu n'avait pu laire toutes
choses de rien , quand même l*Écritiire n'aurait pas ajouté
q\i il a CI ce toutes choses de rien, elle aurait dû déclarer absolument qu'il les avait créées de la Matière, s'il les avait réellement créées de la Matière^ j^arce que 1 un devait se comprendre, même sans avoir besoin d être exprimé, tandis que l'autre restait toujours ea doute, s'il n'était formelle** ment énoncé.
XXU. Que tel ait été le motif du silence qu'a gardé TEsprit saint dans cette ficriture, cela est si vrai^ qu'en pariant d'une cnuvre et de son auteur, il ne manque ja^ nais d'y joindre la Matière d'où elle provient : « Que la « terre, dit-il , produise les plantes verdoyantes avec leur A semence, les arbres avec des fruits cbemn selon son « espèce, qui renferment en eux-mêmes leur semence, « pour se reproduire sur la terre. Et il fut ainsi. La terre « produisit donc des plantes qui portaient leur graine suim vaut leur espèce, et des arbres fruitiers qui renfermaient (( leur semence en eux-mêmes suivant leur espèce. )> Et ailleurs : « Dicvi dit encore ; « Que les eaux produisent ft les animaux qui nagent , et que les oiseaux volent sur « la terre et sons le ciel I Et il fut ainsi. Et IHeu créa les « grands poissons et tous les animaux qui ont la vie et le « mouyement que les eaux produisirent, diacun selon son «espèce. Puis, quelques ligpies plus bas : « Dieu dit aussi : « Que la terre produise des animaux chacun selon sûO£S- « pèce, les animaux domestiques , les reptiles et les bétes « sauvages selon leurs différentes espèces. » • Si donc Dieu, en tirant des choses qu'il avait déjà créées des choses nouvelles, déclare et montre par la bouche du prophète ce qu'il en a tiré, quoiqu il nous fût possible de penser qu'elles avaient été tirées d'une chose ou d'une autre, pourvu que ce ne soit pas de rien , puis-
qnp déjà il en cxistnît dont elles pouvaient sortir*, si l'Esprit saint a mis tant de soin à nous apprendre d'oii pro~ venait telle ou telle chose, eût-il oublié de nous inscroire également sur lorigine da ciel et de la terre, en nous indiquant d*oà le Seigneur les avait tirés, et de quelle Matière se composait leur origine, pour paraître ainsi d'au? tant plus les avoir finrmés de rien, qu^il n*y avait rien encore dont il pât les former ? Ckmséqnemment, de même qQ*il désigne d^ob a été tiré ce qui Ta été de quelque chose, de même , en ne disant pas d'où une <^ose a été tirée , il confirme qu'elle l'a été de rien. J'en conclus que, « dans le principe, Dieu créa le ciel et la terre. » J adore la plénitude de l'Ecriture, parce qu'elle me révèle et le Créateur et son œuvre. De plus, je trouve dans rÉvanjple le Verbe, ministre et conseil de celui qui gouverne le monde. Que tout ait été créé d'une Matière préexistante, je ne Tai encore lu nulle ^part. A rofHcIne d'Hermogène de iMs montrer oà cela est écrit. Si cela n'est pas écrit, qnll redoute ce terrible « malheur ! 9 qui attend « ceux qui^ ajoutent on qui retranchent. »
ÎUQB. Mais il invoque le passà^pe suivant, oh il est écrit : « La terre était invisible et sans forme. » Car il applique à la Matière le nom de terre, parce que la terre en provient. Il veut ensuite que le verbe éfaît dt sifjne une Matière qui existât autrefois sans avoir jamais commencé ni reçu l'être. « Invisible et in 1 or me , » ajoute-t-il , parce que la Matière , selon lui , était (grossière, confuse, désordonnée. Je réfuterai l'une après l'autre chacune de ces opinions*, mais en attendant, donnons- lui cette réponse. Nous t'accordons qu'il s'agit ici de la Matière. Toutefois, iSoB qu'elle était a'vant toutes choses, l'Écriture in^ dique*t-elle que le Seigneur en ait tiré quelque chose? Non, assurément, elle n^affirme rien de pareil. Que la Matière ait existé autant qu^il lui plaira , je me trompe, comme il |)lnira à Hermogène, je te l'accorde; elle a pu exister néanmoins, sans que Dieu en ait tiré la moindre
Ï£ATULU£N.
chose, soit parce qu'il ne oonvciunt point à Dieu d'aydr
besoin de son assistance , soit assurément parce qu'il n'est
pas dit qu'il ait tire quelque chose de la Matière.
— Elle eût donc existé sans motif, me. dis- tu ?
— Non point absolument sans motif. O"oîq»^i elle n'ait pas servi à la formation du monde, rhérésie en est sortie, UJae hérésie d'autant plus impudente qu'an Heu d'être née de la Matière, c'est l'hérésie qui créa La Matière ellemême.
XXIV. Je reviens maintenant à chacun des articles qui, selon Hermo^;ène, désignent la Matière. £t d'ahord, interrogeons les noms. J'en lis un des deux dans l'Écriture, celui de Terre, L'autre, celui de Matière, je ne l'y trouve pas. Pourquoi donc te deroanderai-je, quand la Matière n'est pas nommée dans l'Ëcrilnre, lui donnes-tu la dénomination de terre, comme une autre espèce de subsl<incc? Il y a plus. La Matière , après avoir été appelée de son nom, devait recevoir aussi celui de Terre, pour aie prouver que Terre et Matière représentent une seule et même chose, de peur que je n'attrihuasse à cette seule substance un nom qui appartient en propre à celle sous lequel elle est plus connue ; ou bien , afin qu'il ne me fût pas possible, si je le voulais, de l'appliquer à une autre espèce, ou de le communiquer à la première Matière venue. En effist, lorsqu'il n*y a pas de nom spécial pour désigner la chose à laquelle est assigné un nom commun , moins il est visible à qui appartient ce nom , plus il me sera possible de l'attribuer à tout autre substance. Ainsi, quand même Hermogène nous prouverait que la Matière a reçu le nom de terre, il lui resterait encore à prouver que la terre a reçu le nom de Matière, pour avpir droit de lui assigner les deux noms.
. XXV. Il veut donc que, dans cette Écriture, il soit question de deux terres : Tune que Dieu créa au commeo* cernent ; l'autre , la Matière, dont il a été di^ : « La terre % était invisible et sans forme. » Gonséquemment , si j/e
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lui demande laquelle des deux a dû donner à l'autre le nom de terre , il me répondra que eelle qni a été laile emprunta son nom à celle de qui elle a été faite, parce qu'il est plus vraisemblable de croire que la pt^sicrité doit gq^ nom à l'origine , que l'origine à la postérité. S il eu va ainsi , je soulèverai une autre question : La terre que I^u ai^ÛiiQ^ peut-elle raisonnablement tirer son nom de celle qui a concouru avec lui à la crëatioft? £n efiet , je lis dans Jlerinogèoe et tous les autres partisans de ia Ma-'* tière, que cette terre fut invisible, sans forme et grossière ; mais que Tautre terre» c^est-ànlire ia nétre, reçut de Dieu sa forme , son aspect et sa parure. Elle est donc devenue autre chose que celle dont elle a été produite; Or, si elle est devenue autre chose, elle n a pu participer au nom de celle douL elle n'avait pas gardé la nature. Si tene lut le nom propre de cette première Matière , celle qi|^|[i'est plus maa"è/ e, puisqu'elle a subi une transformation , ne comporte plus le nom de terre qui lui est étranet ne convient plus à son essence.
rp ItaJMati^ qui a été travaiUée, me réponds-tu, c'estinlire la terre» a gardé la oommunauté die nom et d'esi* pèce avec celle qui était son principe.
— Point du tout. Car je n appellerai plus argile» mais vase, ce qui a été iait de cette matière. L'ambre a beau être un mélange d'or et d'argent , il ne se nommera plus or ni ;irgent, il devieul l'auibi e. Une chose qui s'éloigne de la nature d'uue autre, perd son nom pour en revêtir un particulier avec sa nature nouvelle. Or, que la leire actuelle n'ait pas gardé l'essence fondamentale de la pre- Bii^^, c'est-à-dire de la Matière, je n'en veux d'autre preuve que le témoignage qui lui est rendu dans la Genèse : « £t Dieu vit qu'elle était bpnne. )> Hermogèoe, au contraire» regarde la Matière comme Torigine et k cause du mai.
Eu dernier lien» si cette terre est Matière» pourquoi la Matière n'esl-elle pas terre , également ? Il y a plus. Le
TERTDLLIEir.
ciel et tous les êtres devraient receroir indifféremment le nom de Matière et de terre « s*ils sont formés de la Matière.
J'en ai dit assez sur ce mot terre , qui, selon Hermogène, éqmTant à Matière. Tout le monde sait , grâce aux enseignements de la nature d^abord et de l'Écriture ensuite, que c'est là le nom d*un seul élément, h moins que, sur Tautorité de Théopompe, il ne faille ajouter foi à ce *Silène, qui assure au Koi Midas qu'il existe un autre univers. Mais le même historien rapporte qu'il y a un grand nombre de dieux. •
XXVI. « Mais pour nous, il n'y a qu'un Dieu, » et qu une terre , que Dieu créa dans le principe , et dont l'Écriture, lorsqu'elle commence à nous en exposer l'origine, nous dit d abord qu'elle a été créée , puis nous apprend quelles sont ses qualités , de même qu'après avoir déclaré que le ciel a été créé, « Au commencement, Dieu « fit le ciel , » elle nous feit connaître ensuite quelles sont ses dbpositions : « Et Dieu divisa les eaux supérieures « d'avec les eaux inférieures, et il appela le firmament « ciel, » celui-là même qu'il avait créé dans le commencement. 11 en va de même pour I homme ; « Et Dieu créa « l'homme; il le créa à Tirnage de Dieu, » Elle ex|K)se ensuite de quelle manière il le créa : « 11 le forma du lift mon de la terre, et il souilla au visnp^e de l'homme, et « l'homme fut fait ame vivante. » Voilà comme il convient . à la mnration de procéder \ elle prélude ; puis elle achève; elle commence par nommer, ensuite elle décrit. D'ailleurs, quelle faiiarrerîe que, sans avoir jamais parlé de la Matière, sans même l'avoir jamais nommée, elle se mette à retracer sa forme et son aspect extérieur ! La voilà qui raoonte ce qu^elle est avipt de m'a|^rendre qu'elle existe ; die me montre la figure de ce quelque chose sans forme, et elle m'en cache le nom. Dans notre système, au contraire, combien il est plus croyable que l'Écriture fasse connaître la disposition de cette même chose dont elle a
mTDLLIEN.
révélé d'aljord l'origine et le nom. Enfin, quelle plénî* tude dans ce sens : a Dans le commencement, Die» créa « le ciel et la terre -, or la terre était invisible et sans u forme : » cette même terre apparemment que Dieu créa et que l Écrittira Tenait de désigner. Car cet or hii-méme^ destiné à unir un membre de pbrase à Tautrey a été placé là pour servir de lien à Ja narratioii. « Or la teiref.... » Pto ce mot, la Genèse revientàodle dont elle avait parl4 |outà rbeureetenobaine le sens. En doutez-vous? Supprimez la Gonjonctioii or, tonte liaison esi rompue. Vous pi^vez appliquer à toute autre terre ce qui a été dit : « U fsJfPf^ invisible et sans forme. »
• XXVIl. Mais toi, relevant fièrement la tête et la remportant en arrière avec un geste dédaigneux, «Elle était,)» dis-tu , c'est-à-dire qu'elle a toujours existé, sans commencement, sans principe, ce qui. ne convient qu'à la. Matière. Pour moi, je répondrai simplement et ssns aucune prononciatioip, emphatique, que « elle était » peut se dire ^t^^çl^, même de celle qui a été créée , qui a reçu 1^, naissance , qui n exista point autrefms , et qui ne serait p^^fl^ére^ £n effet, de tout ce qui possède l'être , à quelque titre qu'il le possède, quHl ait commencé ou qu'il n'ait pas commencé, n'importe, par là même qu'il est, on dira : « Il était. » La chose dont le verbe , à son premier temps, nous exprimait l'existence, sera désignée dans ses rapports par le même verbe à mesure qu'il se conjuguera. «Elle est; » principe de la définidon. « £lle « était; » signe de la relation. Voilà quelles sont les arguties et les subtilités des bérétiques qui torturent la simplicité des expressions les plus ordinaires pour en faire autant dënigmes. Grande difficulté vraiment ! La terre qui a été créée « était !»
?/i2^VlII, n fiuit examiner sans doute si ces mots invi- «bile et grossière» conviennent à la terre qui vient d'être
fsréée, ou bien à celle dont elle a été créée, afin que % eUe était » se rapporte à la même que celle dont l'as-