‹ Les pères de l'égliseChapitre 22 sur 44 · T. VU · texte numérisé non relu

T. VU

TERTULtIEN.

pect « été caradérisé. 11 y a mieux. Non-seulemeol nous prourerons que cette forme convenait à cette terre, maiâ même qu elle n'a pu convenir qu'à elle. £n effet, s'il est Tirai que la Matière toute seule subsistât à o^é de 0ieti » puisqu'il n'y avait entre eux l'obstacle d'aucun fiément , attendu qu'après elle et Dieu il n'y avait rien , il s'ensuit qu'elle ne pouvait être invisibK^. Hmrôgène supposât-il même que les tén^ires existaient dans la substance de la Matière , nous répondrons à cette difficulté dans son lieu , dès que les ténèbres sont visibles, mêm( à riioinme (car nous apercevons ce que sont les ténèbres), à plus forte raison le seront-elles à Dieu. Si leur qualité était d'être invisibles , on ne les connaîirait pas. Où donc l'hérétique a-t-il appris que celle qui était cachée par son in* visiiniité était grossière , confuse , dësoidonnée ? Ou bien, si cette circonstance lui a été révélée par, Dieu, qu'il le prouve.

De même » je demande lï'il a pu être <fit de la Matière qu'elle était gnmère? Assurément cè qui est impar&it

est grossier ; assurément encore il n'ya d'imparfait que ce qui a été fait. Ce qui n'est fait qu'à demi est imparfait ? — D'accord , me réponds-tu. — Donc , par conséquent, la Matière qui n'a jamais été faite n'a pu être imparfaite. Celle qui n'a point été imparfaite n'a pu être grossière. Sans coinriK ncemenî , pnisqu elle n'a point été Élite, elle n'a pas eu davantage de rudiment. Le rudiment est un accident de ce qui commence. Il n'en va point ainsi de la terre. Comme elle a été faite, on peut dire qu'elle a été grossière. Dès quelle a été Ibtte , elle a été impar-> fiiite avant d'arriver à sa perfection.

XXIX. Je vois Dieu consommer toutes ses oeuvres peAr degré -, créant d'abord le monde av«c des éléments incultes , puis le consacrant ensuite par la beauté de ses formes, il ne commence point par inonder la lumière de la splendeur du st^leil ; par tempérer les ténèbres par les rayons ccMisolatcursde ia lune ^ par semer dans les cieuxla

poussière de ses asîres et de ses étoiles; par peupler les mers de leurs giganiesques hahitanU). Il ne dote passuiv le-champ la terre de sa riche téœndUé., D'abord il lui ^onne 1 être ^ plus tard il la peuple d'habitai^ts, pour quelle 91e dei^ieure .pas vide. « Car » dit Isaîe , qe n'est pas e9 • % "«iMii» pour rhomme, qu'il Ta formée. » Mainl&v donc que b KCjMà,fiâte» elle demndia fnatbil» na jour; jusque là, « die est ioTÎsiUe ei gmoisièrii. » G9Q|^ pève« il est wm, par cela véiiie qu'Ole est. innsibb « ftUfilf^i qu'^ n'ett pe§ psrMie |ioiir Twil , ni poinnrae iWiwiliWqip twi.TnMwiMi enecga; Hmnble, parce qu'elle est enviroonée par un rempart liquide, trésor de sa fécondité; épaisse, pour que notre chair ait quelque re^ ambiance avec sa forme. Ainsi le chante le Psalmiste : Il La terre et tout ce qu'elle renferme est au Sei^eur; 4K r univers et tout ce qui l'habite est à lui. C'est lui qui n l'a affermi au milieu des mers et qui l'a élevé auniee» M m des fle«Yes. » L^aride, qui juaque là était oQurerle par les eaïut, devint .pins biîillante par la sépeieticii été eaux qui se pv^pitèiwt Tm le fond del*aÙme» Dès ce moment elle devient visible, lorsque JNeu dit : n Que HL les eaux q|ii sont sous le ciel ae raaBemUe9titti.iiD seal a lÎMiifet que l*aride païusse» » Que Taride paraisse, entends-tu ? mais non qu'elle soit ; car elle était déjà créée , mais elle continuail d être invisible jusqu'à ce moment. Aride, dit le Seigneur, parce qu'elle allait le devenir par la séparation des eaux , tout en demeurant terre, <(£tl>iei| ^ appela l'aride, terre , » mais non Matière.

Arrivée par la suite à sa perfection, elle cessa d'être ginssi^ , aussitôt qu'elle eut eutendu cette pa^oie du âek* gaeur : « Que la terre produise les plantes verdoyantes M avec leur ^semence, \es arbres avec des firuits, chactto Il setaft leu .^^p^» qui reufermeut en euz-m&Des leiir ser 1 a menieet pour se reproduire.» Et ailleurs : « Que la ierFO « pr^ds^ des animatui vivants, ebaoun selon Sûp esfèoe t « les animaux domestiques, les reptiles et \es ))étfss fiMrves»

S7d TERTDLLIEN.

« selon leurs diff(frentes es[)f ces. ) La divine Écriture a donc tenu parole. A celle qu'elle avait nommée d abord invisible et grossière, elle a rendu sa beauté et sa perfection. D^autre Matière invisible et grossière , il n'en existait pas. Ta Bfatière sera doncvisible et parfiiite par la suite. Je veux àono voir la Matière, car elle est devenue visible \ je veux la reconnaître pour parfaite , afin que ma main eueille ^lossi les fleurs de son sein , les fruits dont se oouronnent ses arbres , et que les animanx qu*eUe nourrit servent h mon usage. Mais la Matière, je ne la trouve nulle part , tandis que la terre est partout sous nos veux. Je la vois ; j'en jouis à chaque moment, tlepuis qu ellea cessé d'être invisible et grossière^ c'est d élie, à n en point douter, qu'lsaie a dit : (( Telle est la parole du Seigneur qui a « étendu les cieux ^ du Dieu qui a rendu visible la terre, m et qni Ta formée. » Assurément , celle qu'il a rendue visible , c'est celle qu'il a formée. Et comment Ta-t-il rendue visible ? en duant : « Que Taride paraisse. » Fonpquoi lui opdomier de paraître , sin<m parce qn^elle ne paraissait point antreimSy afin qu*il ne Veht point cvéée en vain, en la rendant visible et par fâi même babitaUe ? Qoe'oonclure de tout cela ? G*e8t que la terre qué nous habitons est la même qui a été créée et montrée par Dieu, et qu'il « n'y a pas d'autre terre grossière et invisible » que celle qui a été créée et m'a été montrée. En un mot, ces expressions, « Or la terre était invisible et grossière,» se rap])ortent à oelle que Dieu sépara du ciel.

XXX. Mais le texte suivant fortifiera Sans doute les conjectures d'Hermogène : « Et les ténèbres couvraient la « foce de Tabîme , et l'Esprit de Dieu reposait sur les « eaux, n comme si le mélange de ces substances lui donnait gain de cause en feveur d*un diaos universel. Loin de là. En nommant les uns après les autres c les ténèbres, « Tabime, TEspritde Dieu , les eaux, » une expositioa si diverse d'éléments distincts et certains ne laisse rien à la couiusiun ni à 1 incertitude. La preuve va devenir eu-

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core plus manifeste ; leur assigner à chacun leurs limites^ « les ténèbres sur 1 abime, l'Esprit sur les eaux, » c était nier la confusion des substances, puisque l'écrivain sacré en étal^ssait la disûncûoa en nous montrant la disposition de chacune.

Enfin ^ il est absurde que cette même Matière, qui uooft est reprÀentée comme informe , soit reconnue telle p«r la déaomiuatîon de ta&t de limnes différentes) sans que Ton nous ait appris quel est ce corps confus, qu'il faut croire unique par conséquent \ car ce qui est informeeèttinilbrflie* Mais un corps informe^ réunion confuse d'éléments di* vers, ne devra nécessairement avoir qu*un seul aspect , parce que ce n'est point en avoir, que d en avoir un seul par le mélange de nombreux éléuicnts. D'ailleurs, point de milieu ! ou la Matière avait en elle-nièine ces espèces différentes qui servaient à la désigner, je veux dire les ténèbres, l'abîme ^ r£sprit et les eaux, ou elle ne les avait point. Si elle les avait , comment nous la donner comme diépour^ue de. formes? Si elle ne les avait pas ^ comment la reconnaître?

XXXL On se réfiigie dans cet arguments L^Écritnre, dit<^, n*a voulu parler que du ciel et de notre terre, parce que Dieu les créa dans le commencement. Quant aux espèces mentionnées plus haut , il n'y a rien de semblable. Gonséquemment , comme il n e^t pas désigné qu elles ont été faites, elles appai tienru at à la Matière incréée. Nous répondrons aussi à cette dilliculté. L'Écriture divine s expliquerait déjà assez clairement, si elle nous affirmait que les ouvrages les plus éminents de la création , le ciel et la terre, ont été formés par Dieu 9 qu'ils ont par conséquent les ornements qui leur sont propres, et qui eusmémesaont renfermés dans ces corps principaux. Or les ornements du ciel et de la terre étaient alors les ténèbres et Tabune, et ^ TEsprlt et les eaux. En effet, Tabîme et les ténèbres étaient tépandussur la terre. Si Tabime était au-dessous de la lerre, et les ténèbres au-dessus de Tabime, les ténèbres

TfiaTULUfiN.

et Tabîme sans aucun doute étaient au-dessous de la terre* Quant à TEsprit et aux eaux, ils étaient placés aiS-dc<*soiis du ciel. Car si les eanx étaient sur la terre, puisqu'elles l'avaient couverte , et que l'Esprit fût sur les eamt , ÏEê* prit et les eaux étaient également au-dessus de la terre* En émc aiMlessus de la terre, ils étaient par Jà même «i^dkBSOiis éê ciei. De même que la terre embraanic l'a-^ bime et les lénèfares , de même le ciel renftniuiit daDS son leÎB TE^irit et les etm*

Ge ik*e8t donc pas une chose aoavdle que de pommer jmleeieiit le contenant , parce qu'il est la chose principale, en y comprenant le contenu comme chose qui en fait partie. Que je dise, par exemple, la ville a bâti un théâtre et un cirque; la scèoe était de telle et telle nature^ des statues bordaient le canal ^ robélis<juc dominait tout Tensemble. Quoique je n'aie point dit ibrmellement i|iie ces différentes espèces d'ornements ont été construites par la viUe, ne sera-t-il pas vrai qu'elle les n construites en même temps que le cirque et le théètre ? M'ai-je point ajouté qu'elles a^ent été faites du moment qu'elies sa trouvent dans les édifices dont fai affirmé tDutàfheure laoonfttfuotion, etguefon a p« comprendre qu'clles.éiaient Mioik^les éMient?

Mais fcHssODS cet exemple , puisqu'il est emprunté aux choses humaines. L autorité de l'Ecriture clle-monic va m'en fournir un autre. « Le Seigneur, dit -elle, forma « l'homme du limon de la terre ^ il répandit sur son vi- « sa?^e un souille de vie, et l'homme eut une ame vivante.» Elle nomme ici le visage de l'homme. Dit- elle qu'il a été créé par^iHeu? £ile prie ensuite de côte, d'os, de chair , d'yaux 9 de sueur et de sang, Indique^t-elle qu'ils •ment Tonvragede Dieu ? Que vépoiidra flermoçène? Les ^membres de Thomme appartiendraient -ils à la Matière inoréée, prce qu*il n*est pas déelaré expliekement que duMBun d eoit a été créé P Ou bien -sont-ils compris dans h temation de Thomme? J'en dis autant de layme, des

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tinj^l^, de YBaipnt ec des qui mt comme les inen9br^diideletdela.terre. Les membres ont été «ré» evec les coppe ; les memlyre» saut donc nommés avec les corps. Point d'élément qui ae sok un membre de Télé-t ment dans lequel il est contenu. Or tous les éléments ^ quels qu'ils soient , sont renfermés dans le ciel et la terre.

XXXII. Voilà comment je répondrais pour TEcriture présente , dans la supposition qu'elle n'eût paru nommer que la création de ces corps, c'est-à-dire du ciel et de la terre. Elle savais que les esprits intelligents reconnaîtraient ^'eux-méme^ les ipembres dans les corps \ voilà pourquoi |1J^ adopt/i n^ langaige abrégé, Xoutefob, elle prévit bien wmj^ l^ffçiin^ gprqoners ou trompeurs, étouffant au fond £leur eonaciienoe oe sens implicite, réclameraient pour ^ membres eux-mêmes la mention expresse qu'ils ont été ^qjp^r pourqurâ elle npus enseigne fosrmellement dans d'autres passages que chacune de ces espèces a été faite par Dieu. Tu as d'abord la Sagesse qui dit : « l'ai été « engendrée avant l'abîme, » afin que tu croies que l'abîme lui-même a été engendré, c'est-à-dire tait, parce qu'avoir des fils, c'est les avoir engendrés. Au reste, que l'abîme ait été créé ou qu'il soit né, qu'importe le mot , pourvu qu'un ogmipiencement lui soit assigné, ce qui n'aurait pas lieu, s'il relevait de la Matière. Qufint aux ténèbres, écoute le Seiçp)B9^ lui-même, parlant par laboucbed'Isaie ; «C'est moi a qui ai formé la lumière et créé les ténë)res. )> Amos n'est pas moins {btmel jbu aujet de TEsprit. « Voici celui qui « forme le tonnerre, qui crée rfisprit, et annonce aux « hommes son Christ, » montrant par là qu'il a créé cet Esprit , qu'il avait envoyé sur la terre après sa formait tion, « puisqu'il était porte sur les eaux, » balançant et animant par son soulHe ce vaste ensemble , mais sans être Dieu lui-même , comme le pensent quelques - uns , parce qu'il est écrit : « Dieu est Esprit.» Les eaux, en e£r fet, n'eussent pas suffi à porter le Seigneur ^ l'Écriture entend par là l'Esprit qui forme les vents et les tempêtes ,

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témoin ce passage d*fsale : « L'Ecrit est sorti de tUoi^ « j*ai créé toute espèce de souffle. » La même Saj^esse nous parle ainsi des eaux: «Lorsqu'il posait les fondements rc des abîmes de celle qui est sous le ciel, je dis^sais et « ordonnais avec lui. »

Maintenant ((ue nous avons prouvé que ces diiicrentes espèces de créatures ont été produites par Dieu , quoique la Genèse les nomme sans rappeler formellement leur création , notre antagoniste répondra peat-etre : Eh bien, je TOUS raccorde ; elles ont été créées, mais de la Ma-' tière préexbtante. Ces paroles de Moïse : « Les ténèbres « couvraient Tabime, et FEspritde Dieu était porté sur les f( eaux, » indiquent la Matière^ mais il ya plus; toutes les autres Écritures montrent ^ et là que ces différentes espèces sont sorties de la Matière.

— Ainsi , répliquerai -je , de même que la terre est ncc de la terre , l'abîme va donc naître de l'abîme , les ténèbres des ténèbres, l'Esprit et les eaux <k T Esprit et des eanx. Mais, comme nonn Tavons dit plus haut, la Matière n'a pu être informe si elle renlermait des formes et des espèces qui sortirent différentes de son sein , à moins qu'au lieu de sortir différentes, elles ne soient nées elles-mêmes d'elled-mémes » puisque des choses dont lori^ne est semblable ne comportent pas de différence. Mais voilà que Fopération divine devient inutile, si elle a lait ce qui exi^ tait déjà ^ il y avait plus de grandeur à créer ce qui n*exis« tait pas encore. Enfin , pour conclure, ou bien Moïse a désigné la Matière, lorsqu'il a écrit : « Les ténèbres cou* « vraient Tabîme , et l'Esprit de Dieu était porté sur les « eaux; » ou biçn, lorsque ces espèces de créatures sont indiquées plus tard ailleurs comme des ouvrages sortis de la main de Dieu, l'Écriture derait encore nous apprendre quelles sortaient de la Matière, dont Moïse avait parlé aMparavant selon toi. Ou bien , si Moïse a désigné réellement ces espèces et non pas la Matière, je cherche vainement €h il est question de la Matière.

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XXXIII*Mais, larulis qu Hcnijojjcne la rencontre parmi ses couleurs, car il n'a pu la renconlrer parmi les Écritures de Dieu , il nous suflit qu'il soit certain que tout a été créé par Dieu , et qu'il ne soit pas certain que tout a été créé de la Matière. £a supposant même qu'elle eût ^ existé 9 il faudrait croire qu'elle avait été créée par Dien^ parce qa*en opposant à nos adversaires la prescription que rien^ excepté Dieu, n'est incréé) nous aurions gain de cause. On peut discuter tant que la Matière » sommée de prouver son existence par les Écritures » n'est pas impuis-» santé* à le (aire, le l'arrête d'un mot : Rien n'a été fait sans le Verbe , rien de rien , puisque je sais que ce qui a été fait n'existait pas auparavant. Ou si quelque chose a été fait de quelque chose, il a son origine dans ce qui a été fait ; ainsi de la terre proviennent les plantes, les Ir uifs, les animaux v\ la forme extérieure de l'homme lui-même ; ainsi encore des eaux naissent les animaux qui nagent ou qui volent. A m titre y je pourrai appeler du nom de ma« tières les origines des choses qui sortent de celles^ ; mais Inen entendu que ces matières auront été créées elles* mêmes par Dieli. -

XXXIY. Au reste, que fout ait été formé de rien, la disposition qui doit tout faire rentrer dans le néant ne nous en «mvatncra que mieux. Bn effet, « le ciel sera «i roulé comme un livre, » ou plutdt il disparaîtra complètement avec la terre cUe-méme, qui fut créée en même temps que lui dès le commencement. <( Le ciel et la terre « passeront, >j est-il dit. « Le premier ciel et la première « terre avaient disparu, et on ne trouvait même plus la n place où ils avaient été, » parce que la chose qui huit perd jusqu'à la place qu'elle oocqpait. Même langage dans David : a Les deux sont l'ouvrage de tes mains, et ils pér»> « root j tu les changeras comme un manteau, et ils seront « changés; >» mais changer, c'est quitter son premier élat perdu par ce chan^^ent. « Les éloilei tomhcitnit « du de! oomiDe le figuier, lorsqu'ébranlé par lin vent

X£&XilIii£N

it violent, i] perd ses fhiils encore Terls. Les^ntmiagnee tt fondront comme la cire en la présence do Seigneur, lors-

« qu'il se lèvera pour briser la terre. — Je dessécherai les a marais. — Ils cherclicT ont de Tcau et ils n'en trouve- « ront plus, j>^js iiu'iiie la mer. » Vuulût-on assigner une interprétation spirituelle à tous ces oracles, on ne pourrait cependant détruire la vérité des événements, qui s'ac* eompliront tels qu'iU furent écrits. En G0kt , s'il y a dea figures,' il faut nécessairement qu elles soient empmnlées aux êtres réels et non aux chimériques, parce que rien ne peut communiquer de son propre fonds sa ressemblanoe è une autre chose , à moins aétre hii-méme identiq9e à cette ressemblance.

Je reviens donc au principe qui établit que tout ce qui * a été tiré du néant retombera dans le néant. Bien n'aurait pas créé de ce qui est éternel , c*est4i-dîre de la Matière, quelque cLosc de périssable, ni de ee qui est plus élev^ des êtres inférieurs, parce qn il est bien pl^s digne de lui de tirer de ce qui est intérieur des êtres supérieurs, c'està-dire de ce qui est périssable ce qui est éternel. Telle est la promesse qu'il tait à notre chair. 11 a voulu déposer au fond de nous-mêmes un gage de sa vertu et de sa puissance, afin de nousdi^ioser k qroireque l'universalité des créatores qui étaif^t comme mortes, puisqu'elles n eiis^ latent pas, ont été réveillées du néant par lui, pour être appelées à Texistence.

XXIV* Quoiqu'il ne soit pas besoin de discuter Vfs^ sence de la Matière, car il faudrait auparavant que son existence fût constatée, toutefois poursuivons C43mme s'il était certain qu'elle existe, alin qu il soit d autant plus attesté qu'elle n'existe pas, que les propriétés qu'on lui donne ne soutiennent pas l'examen, et aussi pour qu'Hermof^ène reconnaisse ses contradictions» Au premier aspect, dit-il , la Matière nous semble incorporelle; nuvs, examinée au flambeau d^ la droite raison , on découvre qu'elle n'est ni corporelle ni inoorpcnreUe. Quelle est cette droîie r^ifoot

TE&TULLUËN.

qui n'exprime rien de droit, c'est-à-dire rien de certain ? H faut, si je ne me trompe, que toute chose soit corporelle ou incorporelle. Quand je lui accorderais pour nu moment qu il y a parmi les substances quelque chose d incorporel, quoique la substance soit le corps de chaque ^ose, toajoiurs «t^il qu'après le corporel et llinoorporelf U n'existe pas de troisième être. £h bien 1 d*aooord, il en CKim ttn tniifiîèM. Il a été découvert pir cette dnita nman d'Henne^èiie, qui ne finit la IfatîèM ni corporelle ni incorporelle. Ibis où eitr*ii ? qnel ea^il ? coBuneoi s'appelle^^l ? cooniietit le ivfirémter ? eoinmeiit le tcm connaître ? Sa raison ne lui a dit qu'une chose : a La Ma<^ tière n'est ni corporelle, ni incorporelle.

XXXVL Voilà touleiois qu il se contredit, ou bien peutêtre je ne sais quelle autre raison se présente à lui , en lui annonçant que la Matière est moitié corporelle et moitié incorporelle. Quoi donc ? Faudra-t-U que la Matière soit l'un et l'tfiitre à U £[>is, de peur de n'être ni l'un ni l'autre ? Elle sera corporelle et incorpotelle, Bia%ré le dédaratHm de cette droite rnson qui ne rend pas ceriatnement reim de m pensée , ps plus cpi^elle n'-ei^plique Mtve diose. Il vent donc que la partie onponlle de la Matière aerte li la formation des corps ; sa partie tnoorpo* relie, ce sera son mouvement déscnndonné. Si en e6Pet, dit-il, elle n'était que corps, ou ae découviirait en elle rien d'ineorporel , c'est-à-dire le mouvement. Si, au contraire, elle eut été complètement incorporelle, il n'en sortirait aucun corps. Oh! la droite raison que ceile-làl A moins toutelbis, è Uermogène, que si tu tires des lignes aussi droites que ta raison, il n'y ait pas de peintre fdos stnpide que toi. Qiû donc te permet de regarder ie montement eoniaie k moitié de k substance» puisque kin d'être quelque cbose de substantiel, par là miiue qu'il n*eBt'fNtt corporel , il n'est qu'un aocident de k substance on dn corps, tel que l'adioi^, l'impulsion, le glisseaMnt, k chute ; voilà le mouvement. Qu uu corps se meuve par

aso T£&ÏULL1£N«

luHiiéine, son mcIb est un mouYement , mBÔa dqp pas ftsiil*

rément une partie intégrante de sa substance, de mêmd que tu fois du mouveiiicut la substance incorporelle de la Matière. En un inot, tous les êtres se meuvent ou })nr eux- '* mêmes, comme ceux qui sont animas, ou par d autres, comme ceux qui sont inanimés. Toutelois, je n appellerai ni l'hommC) ni la pierre, des êtres corporels et incorporels, parce qa ils ont un corps et le mouvement ^ mais plulôt à cause de la £arme de leur avporéité y la même pour fouB^ et qui ooDsdtue la substance. S'il y a en eux des cbosea incorporelles, des actes» des affecticnS) des deroura» des passions, nous ne les regardons pas comme dos portions iiH tégrantes d'eux-mêmes. À quel propos donc Hermof^e transfonne44l en portion de la Matn^ le mouvement, qui n'appartient pas à la substance, mais h la manière d'être de la substance ? Quoi donc? S'il t'avait plu d'introduire une Matière immobile, Timmobilité serait-elle la seconde moitié d'elle-même? Il en va ainsi du mou¥ementt>Mais nous en parlerons encore ailleurs.

XXXYII. fin effet) je te vois revenir en ce moment à cette même raison qui a coutume de ne te rapports riep de certain» De même que tu ne fais la Matière ni oorpo* relie ni incorporelle» tu ne k ûûs ni bonne ni mauvaise, et ai^gumentant Unlessus: « Si kMatière était bonne, dis-tu» celle qui Taurait été de tout temps, n'aurait pas eu besoin d^étre arrangée par Dieu ^ si elle était mauvaise par es* sence, elle eut résisté à toute transformation pour la rendre meilleure, et alors Dieu ne lui eût jamais appliqué aucune de ses dispositions, puiscju il eut travaillé en vain. « YoWk tes paroles, o llemiogène ! 11 aurait été bon de t en souvenir ailleurs, pour ne pas te mettre en eontradiction ^vec toi-ffléme. Mais^ comme nous avons déjà di.scutë précédemment cette ambiguïté du bien et du mal , que tu at-* tribues à la matière» je me contemerai de répondre à la proposiûon que tu aTanised e^ à ton argumentation. Se ne répéterai pas ici que tu aurais du t'arrâer à quelque cbosQ

TERTULLOaC.

de déterminé, et (lé( larer que la Matière est ou bonne ou mauvaise, ou qu'elle forme je ne sais quel troisième être. Mais tu n'as pas même conserve ce qu'il t'a plu d'imagi-* lier* En effet, -voilà que tu détruis ta déclaration qu'elle n'est ni bonne ni mauvaise, puisque dire. Si elle était bonne, elle n*aurait pas besoin d^étre arrangé par Dieo ; c'est indiquer qu'elle est mauyaise; et ajouter par oppo* sition : Si elle éttiit essentiellement mauvaise ^ elte réâste^ Mil if IMttd trafisfermation qui la rende meilleure, c'est laisser à entendre qu elle est bonne, et par là, tu as dé^ claré tout h la fois bonne et mauvaise celle que tout à l'heure tu ne faisais ni bonne ni mauvaise. Toutefois, pour réfuter le raisonnement par lequel tu as cru venir en aide à ta proprisiîion , je t'oppose celui-ci : Si la Matière avait toujours été bonne, pourquoi n'aura it-clle pas eu besoin de subir une transformation meilleure ? Est-ce que ce qui est bon ne désire , ne souhaite ou n'admet pas le procès, pour passer de ce qui est bon à ce qui est meilleur? De iHâÉéykrellé 4lait été essentiellement mauvaise, pourquoi tt*aurait-elle pas pu être transformée par 0iea , comme éfftHt^tiÉ^ puisant qu'elle et l'Être souYcrain u qui con- «r v^srtît la nature des pierres en fils d'Abraham. » Pàr là, qpe fais-tu ? non-seulement tu compares Dieu h la Matière, mais tu l'abaisses au-dessous d'elle, puisqu il eût été impuissant h dompter la nature de la Matière pour la faire passer à un état meilleur. Ici donc tu ne veux pas que la nature de la Matière soit mauvaise; ailleurs tu vas nier ton principe.

JIXXYllI. Ge que j'ai dit du mouvement, je le diis du lieu mie In assignes à la Matière, pour mieux foire res^ èèWnMi' extravagance. Tu places la Matière au-dessous de IHeu, et par conséquent tu lui donnes un lieu au-dessous de Dieu. Vmlà donc la Matière dans un lien. Si âle est dans un lieu , elle est donc renfermée dans l'espace de ce lieu ; si elle est renfermée dans l'espace de ce lieu, elle est donc déterminée par le Ueu dans lequel elle est j si

T£aTl]LLi£N.

elle est déterminée , elle a une ligne dernière que tu dois reœnnaître en ta qualité de peintre, comme la fin de toute chose que détermine uneî dernière ligne. La Matière ne sera donc pas infinie, puisqu e n étant dans un lieu, elle est déterminée par ce lien , et que déterminée par lui, elle en reçoit forcément des limites. Toi , au contraire, tu la fai$ infinie, en disant : elle est infinie, parce qu'elle est locH jours. Et à quelqii'ua de tes disciples essaie de non» répondre que tu veux parier de i ânfinité du tempe el iMm àë celle du corps, le passage suivant prouvera que tu Feiir SBsds d'une infinité eorpmlle , d'une iaaaeosité corpor relie qui ne roconnAlt ni fin ni limites. De là vieni , dia^^ que la Ifetiève tout entière n'a pas été employée à la ciéa tien f mais seuleotent quelques parties. Tànt il est ymi que y. ta lui donnes Tinfinifié du corps et non celle du tetDps. Puis, tu te coniredis toi-mciiie, lorsqu'après lui avoir assigné l'infinité du corps, tu lui assignes un lieu dao^ le» quel tu la circonscris, et (]ni lui sert de limite.

Toutelois, pourquoi Dieu ne l'employa^i-il pas tout entière à la création , je l'ignore, à moins peut-être qu'il ne soit impuissant ou jaloux, ^e demande dcmc qu'elle est Vautre moitié de celle qui n*a pas servi tout entière à la crëatioBy afin que je sache ce quelle est dans aon intégrité ! Dieu aurait dû mais la Mre oonnidtre i»mne un type de Tantiquclé» pour la glorificatbn de son oeuvre.

XXXIX. Eh Uen ! qu'elle soit ciioonscrite» ainsi que lu le trouves plus raisonnahley par ses dungements et ses translations; qu'elle soit saisissable, puisqu'elle est travaillée par Dieu, tlis-iu, en tant qn elle est susceptible de changement, de conversion et de division, à la lx)nne heure! Ses changements, ajoutes-tu, prouvent sa divisibilité, ici tu es jnûdèle au principe que tu as établi, quand tu opposais lilb personne de Dieu la prescription qu'il n'avait pu la créer de lui-même, parce qu'en sa qisiité d'Être éternel et indéfectible, immuable par conséquent el indivisâ^le, il n'avait pu admettre de partage. Si la Matîèire a pour

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tnéme origine i éternité, puisqu'elle n'a ni oommencement ni lin, elle ne comportera ni division ni chang^ement, par la même raison que Dieu n'en compc^rte pas. Associée à la prérogative de son éternité, il faut nécessairement qu'elle participe avec lui aux forces, aux lois et aux conditions de réternité. De même, quand tu dis : Chaque être a en m quelque partie de la Matière, afin que le tout se retrouve dans ses parties , tu entends pior là lea parties de la Matière qui en ont été détachées, et que nos yeux aperQoivent aujourd'hui* Comment donc tous les êtres <mt-41s une partie de toutes chcses» même des choses anciennes, puisque ceux que nous wyons tojonid'hui poa^ sèdent des parties différentes de ceux d^autr^ms ? La Ifa^ tière a subi une transformation meilleure, dis-tu, de mauvaise qu'elle était apparemment; et aux choses meilleures tu donnes pour type les plus mauvaises.

XL. Tout à l'heure régnait la conrnsum ; maïs voirl Tarrangement. Tu veux que de Tordre naisse le désoixlre! Rien n'est la représentation de quoi que ce soit , à moins de lui être égal. Un homme qui se regarde dans le miroir du barbier n'y trouve point l'image d'un mulet, mais celle d'un homme f excepté peutétt^ celui qui s'imagine qu*à ia ihtiè^ déjà pdie et feçonnée répond une Mati^ gro^ sière lit informe. Qu'y a*t41 d'informe aujourdiifd dans le monde , qu'y avait-il autrefois de beau dans la Matière, pour que le monde soit le miroir de la Matière? Quand les Grecs appellent lé monde d'un mol qui signifie orne-* ment, coiimicnt reproduit-il l'image d une Matière sans ornement , pour que tu puisses affirmer que le tout se reconnaît dans ses parties ? Toujours est-il que ce qui n a pas subi la transformation appartiendra à ce tout. Mais tu as dit tout à l'heure que» Dieu ne l'avait pas employée tout entière. Doftc cette partie grossière » conftise, étran^fère à fout arrangement, ne peut se reconnaître dans des créatures polies, distinctes, ordonnées avec sagesse, et qtt*on ne peut appeler des parties de k Matière, puisque,

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séparées d*eUe par leur transformatîofi » elles ii*ont plus rien de sa forme.

XLT. Je reviens au mouvement pour nionlrer comment K' pird te f;liss(^ partout. Le monvementde la Matière fut désorclonné, confus et tumultueux. Voilà pourquoi lu le compares aux bouillonnements et h l af^itation (Vune chaudière. Mais ailleurs cou}ment le représeutes-tu? Lorsque tu veux nous persuader que la Matière n est ni banne ni mauvaise, la Matière inférieure, di»Hiiy ayant un mouvement qui se produit à intervalles égaui , n'incline ni au bien ni au mal. Si ce mouvement ne se produit qu'à intervalles égaux» il n'est donc plus Tiolent , ni semblabla à celui d'une chaudière , mais r^é et tempéré , comme un mouvement qui , poussé libreoient entre> le bien et le mal , sans pencher n^OKMus ni d'un cdté ni de Tautre 5 restera eu équilibre au milieu de la balance , ainsi que le dit le proverbe. Ici donc point d'agitaiiuii ^ point de turbulence ni de fougue, mais plutùi la rèf^le , la lut sure et l'égalité d'un mouvement qui n incline d aucun coté. S'il oscillait ici et là , ou s'il penchait davantage vers Tun ou l'autre coté, il mériterait alors le reproche demouve* aient désordonné , iné^, tumultueux. Or» si lemouve» * ment ne penchait r.i vers le bien ni vers le mal , il s'ac» remplissait donc entre le bien et le mal , afin qu'il sorte encore d'ici, la preuve que la Matière était déterminée par certaines limites, puisque son mouTement» s^ns incliner au bien ou au mal^ parce qu*il ne penchait d'auoiui oâté, restait suspendu, à une égale distance, entre les deux, et à ce titre conséquemment était limitée par J'un et par l'autre.

Ce n est pas tout ; tu enfermes le bien et le mal dans un lieu quanti lu soutiens que le mouvement de la Matière n'inclinait vers aucun des deux. En eticl, la Matière qui était enfermée dans un lieu, ne pouvant pencher ni d'un coté ni de l'autre , ne penchait pas vers les lieux où résidaient le bien et le mal. D'ailleurs, en assignant un lieu

au bien et au mal , tu les fais corporels, par là même que tu leur assignes un lieu. En un mot, les choses incorporelies n'auraient aucun lieu qui leur soit propre, excepté lecorps, puisqu'elles sont les accidents du corps. Or, la Matière, ne penchant ni vers le Inen ni vers le mal , ne penchait pas vers eux comme étant corporels ou m fi rmes dans des lieux. C est donc te tromper que de prendre le bien et le mal pour des substances. Tu les fais substances en leur assignant des lieux. Tu leur assignes des lieux , lorsque tu suspends le mouvement de la Matière à une éjjalc distance de Tun et de l'autre.

XLII. Tu as disséminé toutes choses de peur que de près la contradiction ne sautât aux yeux. Quant à moi, je les réunirai une à une pour les comparer. Tu déclares <çie le mouvement de la Matière est désordonné, et tu amutes qu'elle affecte Tab^nce de formes ; ailleurs , elle aTesoin , selon toi , d'être Arrangée par Dieu. Celle qui affecte labsence^e formes a-t-elle besoin dVinangement? ou bien celle qui a besoin d arrangement aûecle-t-elle Fabsence de formes? Tu ne veux pas que la Matière soit régale de Dieu; puis lu ajoutes quelle a une certaine communauté avec Dieu. Car, si elle n'avait quelque chose ' de commun avec Dieu , dls-tu, il serait impossible qu'elle fût ornée par lui. Et moi je dis que sî elle avait quelque chose de commun avec Dieu , elle n avait pas besoin d'être ornée par lui, puisqu'elle était une portion de la divinité en venu de cette communauté. Ou bien Dieu lui-^même pouvait être orné par la Matière, puisqu'il avait quelque chose de commun avec elle, et en cela tu soumets Dieu à la nécessité, si la llfotière renferma quelque principe en vertu duquel il lui imprima sa forme. Tu leur donnes pour attribut commun de se mouvoir par eux-mêmes et toujours. Qu'assigues-tu à la Matière de moins qu'à Dieu? Liberté, éternité de mouvement, n'est-ce point là une conformité absolue avec Dieu ? Mais Dieu se meut avec ordre, et la Matière sans ordre , me réponds-tu. Qu'importe? Elle T. vn. 25

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ne laîsse pas d'être divine, puisquelle se meut d'un mouvement libre et éternel. Il y a mieux. Tu accordes plus à la Matière, puisqu'elle a pu se mouvoir ainsi, tandis que Dieu ne la pas pu.

XLIll, Encore une remarque sur le mouvement. Le aiouvem^t de la Matière, dis-tu, grâce à sa ressemblance avec celui d'une chaudière , avant d'être réglé et assujéti, ëtait tumultueux, et insaisissable parla violence delà lutte. iPuis tu ajoutes : mab elle s'arrêta pour être réglée par Dieu, et elle eut un mouvement mesuré, saisîssable, par le ralentissement de ce mouvement désordonné. Tout à Fheure tu assignais au mouvement la lutte ; ici tu lui donnes la lenteur. Apprends combien de fois tu te contredis sur la nature de la Matière. Tu dis plus haut : Si la Matière était mauvaise par nature, elle n'eut pas comporté une transformation en mieux, et Dieu ne lui eût pas appliqué Tordre ni l'arrangement ; car il y eût travaillé en vain. Tu as donc établi deux principes: le premier, que la Matière n'était pas mauvaise par nature; le second, que sa nature n'aurait pas pu être transformée par Dieu» Oubliant plus tard ces deux assertions , tu dis : Mais aussitdt qu'elle eut reçu de Dieu l'arrangement et l'ordre, elle se départit de sa nature. Si elle a été transformée en bien , elle a passé eonséquemment du mal au bien. Et si par rarruiigemeut que Dieu lui impriuia, elle se départit de la nature du mal, sa nature a donc cessé, et sa nature fut mauvaise avant de recevoir l'arran'^cmcnt , et après sa • transformation elle a pu se départir de sa nature ?

XLIV. Il ne me reste plus qu'à montrer comment Dieu a opéré, selon toi* Ici tu t'éloignes des philosophes sans te rapprocher des proph( tes. Les stoïciens veulent que Dieu ait coulé à travers la Matière comme le miel à travers les rayons. Mais toi, que dis-tu? Ce n'est pas en la pénétrant de toutes parts qu'il en a créé le monde, mais seulement en se montrant à elle, en s'approchant d'elle, ainsi cpie le fait la Beauté par sa seule apparition , ou

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comme le fait raimant par sa simple approcke. Je le demande , quy a-t-il de commun entre Dieu qui crée le monde et la Beauté qui blesse les ames, ou l'aimant qui attire le 1er? Car, en admettant que Dieu ait apparu à la Matière , toujours est-il qu'il ne la blessa point comme la Bea^ hkesm ïmey en admettant qu'il se soit approché d'elle, touJoi]i]B .«it-il qu'il ira s'attacha poânlà eUe» oomme le lér à TaioMiit. Mais, je le veux bkb, ces exemples vont h laqMtîoo. S'il en mi qae oesoileaseiiionlram àhi> Matière, et m s approchant d'elle que Dieu ea tn le» BQode , il est eenaiacpi'il ne le créa -que depob qs'il se montra à la Matière et s'en approcha. ¥àr conséquent, il ne s'était ni montré à elle ni approché d'elle avant de Ta- Toir créé. Mais qui croira que Dieu ne se lût jamais rendu visible à la Mali* le, ne fût-ce que par la raison quelle lui était consiîbslanîielle de toute éternité? Quoi! il aura lûV^ours été loin d'elle celui qui est présent |)artout, qui renpUt tout, et dont les aires inanimés et incorporels chaâleni les louanges dans le prophète Daniel ! Qu'il était jflpyniwise le lieu dan» lequel ÛUm étaotasses éloigné de la MnPiW'fûnr que jamais ii ne se soit montré k elle on ne sW:8cat approché! En ▼erité, il loi aMlu idre bien do» chemin le jonr ou il Touhtt lui apparaître pour lu pre^ mière fois et s'en apprûdier !'

XLV. Mais les prophètes et les apôtres ne nous ont point transmis que Dieu ait créé le monde, seulement en apparaissant à la Matière et en s'approehani d'elle. [)nisqu'ils ne font pas même mention d'une Matière, (juelle cju elle Sûit. Us nous parlent d'abord de la création de la Sagesse, « qui est l^oommenceiBeiit de ses voies avant de procéder e à ses <eavres. » Puis vient le Verbe <( par qui tout a été « ùûtf et sans qui rien n'a été fait. » Enfin « les cieuz sont « créés par son Verbe , et l'armée des deux par son soof- « fle« » Voilà la main droite de Dieu ; voilà les deux nains par lesquelles il a opésé ce qu*il a fiût. « Les deux sont' « l'ottvragç de vos mains, est41 dit-, par elles vôus avear

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« mesure la terre; par elïe» yom «Tee ëtenda îe dcl. » Que Dieu ait produit des substances si nombreuses et si considérables par un simple regard ou par i acte même de sim approche, et non par une vertu qui lui soit propre, ne va point le flatter jusque-là. J'ai pour moi l'autorité de Jérémte : a C'est lui qui a fait la terre par sa puissance, « lui qui a affermi l'univers par sa sagesse, et qui, dans sa c prudence» a éiemdu les cîeoz. » Teliea sont les forces avec lettpiellea il engendra tout cet amTers.» Sa gloire ei» deyient plut grande, s'il lui coûta «{uelque eflbrt. Ua&a « le septième jour, il se reposa de son ouTre* » Travail el repos d'un Pieu toutefob !

Ou bien si c'est par un acte de Son regard ou de sen a|K proche , que Dieu créa le monde , en cessant de créer a-t-il cessé également d apparaître et de s a [)p rocher ? Loin de là! Dieu n a iait qu apparaître davantage à la Matière, et il la presse de foules paris ciepuis que le rDonde est créé. Tu vois donc comment Tunivers est formé par l'opération de Dieu, « puissance qui crée la terre, intel- « ligencequi affermit rimivers, prudence qui étend les « eieux^ » il ne se contente pas d'une simple apparition ou d'une approche; il y emploie les forces de son ame, telles que la sagesse, la puissance, la prudence, le i^be^ le souffle, la yertu, qui ne lui auraient pas été nécessaires^ s'il ne lui aurait fidln qu'un regard on qu^une approche. Voilà « quelles sont ses perfections invisibles dont parle « l'apoue, et qui sont devenues visibles par ses œuvres te depuis la création du monde; » ainsi sagesse de Dieu, mais uon cbiméricpus attributs de !a Matière, a Qui, en {( effet, a jamais connu la saï»:esse de Dieu! » Yoilà pourquoi Tapotre s'écrie : « 0 profondeur des trésors de la sa* « gesse et de la science de Dieu ! que ses jugements sont « incompréhensibles et ses Toies impénétrables! » Que signifient ces mots, sinon qu'il a créé foutes choses de rien , puisqu'elles ne pouvaient être comprises et découvertes que par Dieu, d'ailleors hien fiieiles à décoofrir»

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elles sont nées de la Matière? Je conclus; plus il est certam qu'il n'existait aucune Matière, et quelle ne comporte pas les qualités que tu lui attribues, plus il est prouvé que Dieu a créé toutes choses de rien, Disons^le toutefois. HeriD0|>ène en donnant à la Matière la même essence qu^à luirméme, c'est-ànlire, désordonnée, confuse, tumultueuse, emportée par un mouvement équivoque, agité, brûlant, s'est représenté lui-même tians cet échantillon de âou art.

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