DU JEUNE
on
CONTEE LES PSYCHIQUES (l).
L J'aurais été bien sorprh que les Fsychiqties» se bor» nant à la luxure en vertii de laquelle ils ooulractent plusieurs mariages, ne se laissassent point emporter par la gourmandise qui leur fait mépriser les jeûnes. Lii volupté sans Tintempérance passerait pour quelque chose de monstrueux, puisqu'elles sont tellement unies et indivisibles, quav^ de les séparer, il faudrait séparer du ventre ce qui y tient si étroitement. Examine le corps : même théâtre pour Tune et pour Tautre \ k la disposition de ces membres répond Tordre de ces yices ; d'abord b ▼entre, puis la déhanche qui vient à la suite de Tinteni*' péranœ. La volupté a pour auxiliaire la gourmandise. Je reconnais cette foi animale à son amour pour la chair qui est son caractère distinctif , aussi purice aux excès de la table qu a la pluralité des noces, et ne craignant point de
(i) On sait que Tertullien j enlratné â^m erreurs de Montan , donnait aux catholiques orthodoxes le nom de Psy< hiqut s , inot grec qui signifie hommes animaux, dam le &etis de cette paroie de saint Paul : ÂnimaU» Ami* hm perçut qm MMi OtL TsrtnUifgii et Im MentiaMM i^afpohkatf
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censurer, sur la question de la continence, la disdpline spirituelle qui lui est opposée en substance , c'est-à-dire qu'elle donne pour frein à la gourmandise les jeûnes, les
abstinences, la sobriété, de même que pour limiics à la volupté un mariage unique. Il me répugne de me mesurer avec de pareils hommes, et j'ai honte (\v discuter une matière dont la défense n'est pas même honnête. En effet, corn ment me sera-t-il possible de venger la chasteté et la sobriété, sans parler de mes adversaires? Quels sont les griefs intérieurs ou extérieurs des Psychiques ? Je le dirai une fois pour toutes. Ib sont en opposition avec le Paraclet ; voilà pourquoi ils rejettent les prophéties nouvelles, non point que Montan, Priscilla et M aximilla prêchent un autre Dieu, non pas qu'ils anéantissent Jésufr-Ghrist, ou cpiHls renversent quelque règle de la foi ou de l'espérance, mais parce qu'ils enseignent qu'il faut jeûner plus souvent que l'on ne se marie. Quant aux limites que doit k revoir le mariage , nous avons déjà publié la défense de la monogamie, îl s'aj^it aujourd'hui dt^ faire prévaloir la sobriété, dans un second, ou pour mieux dire dans un premier combat en feveur de ià continence.
Nos adversaires nons reprochent d'crfiserver des jeûnes qui nous sont propres; de prolonger quelquefois jusqu'au Soir nos stations (1) , de nous livrer à des abstinences particulières, de nous interdire les viandes, les assaîsbnnements , les fi*uits dont les sucs sont vineux , afin de ne jamais goûter à du vin sous quelque forme que ce soit ; et enfin de renoncer au bain , conformément h la sévérité de ce régime. Ils nous objectent la nouveauté, pour déclarer ces prescriptions illégales. Ou il faut les tenir pour hérétiques, disent-ils, si c'est là une invention hiimaine, ou il faut les regarder comme de fausses prophéties , si
(t) Les Bfoiitanistes désignaieot par ce mot les jeàms prolongés jusqu'au Mit. Ib let appokiMit aintl «01111D6 poor indiquer qu'Us étaiaiift tons lot «fiiiea et yeOlaient i la minière des «oldati; Staiif i aêÊmA,
ce sont des ordonnances spirituelles. Qu'importe? pourvu K que nous sayooA appelés aoathème y de part et d'autre ^ it puisque nous annonçons un autre Evau^e. «
U. Eo effet , quant à ce qui concerne les jeûneSi^Us nous «apposent certains jours établis par Dieu , comme par eKmple le dixième jour du septième mois que Dieu re«i fsommande à Moide de consacrer aux expiations : « Ce « joûr-là sera saint pour tous; vous afiligerez vos ames en « ce jour , toute ame qui n'aura point été alïligéc , en ec «jour-là, sera exterminée du milieu de son peuple. » Mais que l'Évangile ait consacré aux jeûnes ie^ jours cil a été enlevé F époux , ils n'en doutent nullement. D'autres jeûnes légitimes , les Chrétiens n'en connaissent pas , puisque les antiquités légales et prophétiques ont été abrogées. Ils interprètent comme il leur plait cet oracle ; « La loi et les prophètes vont jusqu'à Jean. » Diqis tont le reste,' ik peneent qu'il but jeûner k sa ûntaisie, et non diaprés lô» règles de la kn nouvelle , selon les ciroon* stances, ec en consultant les nécessités de chacun. Ainsi l'ont pratiqué les Apôtres, poursuivent-ils. Ils n'ont jamais imposé le joug de jeiines déterminés et qui dussent êti^e observés par tous les iidèies. Par conséquent . leur répondraî-je, ils n'ont pas davantage prescrit ces jeûnes qui reviennent le quatrième et sixième jour de la semaine (1), mais sans être obli^piloires , ni ceux qui se prolongent an-delà de l'heure la plus haute du jour (%) , puisque, à Texemplede Pierre, et ainsi que Taiteste le Ime des Actes ) la neuvième heure termine presque toujonra les prières.
Quant anx Xérophagies (3), c^est pour ma un nom tout
(i) Le» Chrétieus étaienL déjà dans TbabiUide déjeuner le mercredi et le yendredi, inaia mus que cela fût <^ligBtoire. (a) Midi.
(3) Çitpof sec} <pa>#, mangtr, La xérophagie, 'datis la primlUTe Église, était r^batioenee à» Cbrétinaa^ iM inaaBeiiailp«daiit.]« CMmqoe dofiliietdaaftiiitojaoa. -
666 TKRTULLÏEN.
nouveau qui désigne je ne sais quel devoir chimérique | ou plutôt quelque superstition voisioe des superstitions païennes, comme qui dirait les abstinences et les pnrîûcft» lions par lesquelles on célèbre les fêtes d'Apis, dlsis et de Cybèle , mère des dfeux, tandis que la fin dirétiennei allhindiie par lésoa^rnt, ne doit paa même s'^interdire quelques aliments, comme le preserÎTait la loi mosaïque , puisque 1 Apotre a permis de manger indistinctement de toutes les viandt s (|oe Ton vend , en détestant a tous ceux « ({iii interdisent le mariage et Tusage d^ viandes que t( Dieu a ci oees. « Voilà pourquoi le même Apotre nous désignait d'avance , quand il parlait u de ces hommes qui « abandonneront la foi y en suivant des esprits d'erreur et « des doctrines de démons» et de ces imposteurs pleins « d*hypocrisie qui auront la conscience cautérisée. )> Gai^ térisée par quels feux, s'il vous pktt? Far les feuK que nous allumons sans doute pour les noces en les banqiiiels que nous oâânrons tous les jours. Ainsi encore nous sommes frappés , disent-ils , par les mêmes traits que ces Gaiaies « qui observaient les jouis, les mois et les années.» Ils nous opposer) i également ces paroles d Isaie : « Tel n'est « pas le jeune que le Seigneur a choisi , » c'est-à-dire, non pas i abstinence des aliments . mais les œuvres de justice qu'il énumère. On veut enfin que le Seigneur, dans son Éirangile, ait répondu en quelques mots à ces scrupules au sujet des aliments : « Ce n'est pas ce qui entré dan§ « la bouche qui souille Thomme , mais ce qui en sort. » D'ailleurs, ne mangeait-il pas? ne buvait^l pas lut-méme jusqu'à feire dire : « G*est un homme insatiable et adonné fc au vin ? » C'est encore dans ce sens que TApôtre disait : « Le manger n est p*is ce qui nous rend afp:'éablesà Dieu 5 « car, si nous mangeons, nous n'aurons rien de plus dea vant lui , ni rien de moins, si nous ne iii;niî;eons pas. »
Voilà sur quelle autorité ils s'appuient pour encourager adroitemeat tous ceux qui se laissent aller aux convotlisea du ventre , à regarder comme choses superflues et noUe-
neitt ii^oeaBiiMB les jeèneB, lesabstmeaces et la aobriété^ aiDB le prétexte que Ûeu leur préfète les œurres de la justice et àeriimciceiioe. Quéls sopt les arts qui flattent les
appétits de la chair? nous le savons, parce qu'il en coûte peu pour dire : ((11 iaut que je croi(^ de tout mon cœur, « ou que j aime et mon prochai q. )»
ÏIT. Il faut donc que nous commencions par démontrer combien cette tempérance, qui court risque de succomber sous de secrètes macbi nations , est puissante auprès de Dieu, et» atrant tout , d'où fient cette manière de se rendre IMeu favorable. On sera contraint de reconnaître la nécessité de cette efasertance , quand on saura sinr quelle autorité repo^ une institution dont Torigine remonte au berceau du monde*
Adam avait reçu de Dieu la loi de ne pas toucher aux fruits de Tarbre de la connaissance du bien et du mal. S'il en goûtait , il devait mourir. Mais neutre premier père, après cette extase de F Esprit dans laquelle il avait prophétisé « que ce sacrement était grand en Jésus-Christ îi une fois retombé sous Tempire des sens , et incapable des choses de Tesprit» obéit plus facilement à son ventre qu'à Dieu 9 céda plus volontiers à Taliment qu*au pré« cqtte, saciifia son salut à sa gourmandise ; que dirai-je, ed&ft ? il mangea , et se perdit. Il eât été sauvé , sll s'é^ tait privé du fhiit dW misérable arbuste. Que la foi animale reconnaisse dans ce fait sa déplorable semence, puisque c'est de là que dérivent les convoitises de la chair et le dédain pour tout ce qui appartient à l'Esprit. La* voilh donc surprise , dès le berceau du monde, cette gour^ maodise homicide, qu'il faudrait condamner aux supplices et aux tortures de la faim , quand même Dieu ne lui aurait infligé aucuns jeûnes. Toutefois, en me montrant par où Adam était tombé dans la mort , celui qui me moi^ trait le crime me donnait assez à comprendre quels en étaient les remèdes; c'était de regarder par moi-même tous les aliments, de quelque manière et à quelque heure
liGS TERTULLIEN.
qu'on les prenfie » comme un poiaon véritable ; c^était de recourir à Tantidote de la fainii pour mieux purificir par elle ce ^me primitif de mort qui s*eBt incorporé à moi par la, naissance 9 bien sûr que Dieu vent k obose dont il repousse le contraire, et fermement conyaincn que la tempérance ne peut manquer de plaire à celui qui condamne sous mes yeux le crime de Tin tempérance. Or, pulsqu il prescrit liii-mè me le jeûne, puis(|u il appelle du nom de sacrifice uneame, brisée par ks iDoriificatlons et Tabstinence proprement dite, qui pourra douter maintenant que les macérations du corps n'aient eu leur motif dans la raison qui voulait que rinlerdiotion des aliments et lobservation du précité servLsseiU à expier la faute primitive , afin que Thomme satisfît à Dieu par où îi IV vatt offensé , c*est*-èHdire par l'interdiction des alîments, el que » par une vMe contraire , rabstinence ralliunàt le flambeau du salut que venait d'éteindre la gourmandise en foulant aux pieds une multitude de choses légitimes pour un seul plaisir criminel ?
IV. Voilà qu'elle étal f la raison du jeûne dans les desseins de Dieu, dont la providence règle toutes choses s^ Ion les temps. Car je ne veux pas que mon. adversaire vienne me dire : o Pourquoi donc Dieu» au lieu de res* <x tremdre sur-le-champ lusage des aliments, enéfeendll la « permission?» £n effet, dans ïm^^Mud^ il n*avait assigpié ' à rbomme pour nourriture que les plantes de la terre et les finiits des arbres. « Voilà, dit-il , que je voUs ai donné « toutes les plantes répandues sur la surface de la terre a et qui ont leur semence, et tous les arbres fruitiers « qui |xjrtent leur germe en eux-mêmes, pour servir à « votre nourriture, » Plus tord , lorsqu'il répèle à Noë que tous les animaux terrestres, tous les oiseaux du ciel , tout ce qui se meut sur la terre , tous les poissons de la mer, el enfin tout ce qui respire lui est soumis, je Tentends dire : « Vous pourrez prendre pour nourriture tout ce « qui a mouvement et vie) je vous le donne, de même
ÏËRTULLIËN. 669
« que toate sorte de phintes. Seulement ne mangerez « la chftîr d'ancnn animal qni ait encore son san^. w Par
là même que le Seigneur excepte uniquement la chair dont Famé ne s*est pas retirée par le sang, il est manifeste qii il a permis Tiisage de toutes les autres.
A cela nous rr[)orHlrons qu'il ne convenait pas d imposer à riiomme le tardeau de quelque abstinence , puis* qu'il n'avait pu supporter une défense aussi légère que celle d'un seul fruit. Il en fut donc affranchi , mais pour qa'îi se fortifiât par la liberté elle-même. De même , après le déluge, lorsque le genre humain lut réparé , il suffisait d'une bi qui interdisait le sang , en étendant Tusage à tout le reste. IMeu ne venait-il pas de manifester son jugement par le déluge ? N'avait-il pas même ajouté cette menace? « Je rechercherai votre sang sur la main de vo- « tre frère, ou sur la main de la bète. » Xins'i donc, afin d établir d'avance Téquité de ses jiip^ements, Dicd donna la liberté, préludant à la rigueur de la discipline par la condesceodanoet permettant toutes choses pour en retranekcr quelques-unes, se réservant de demander davantage à qui il aurait confié davantage, et voulant imposer rabstinence après s*étre montré d*abonl indulgent » afin que la fiiute primitive» ainsi que nous Tavons dit /fât mieux expiée par les œuvres d^une abstinence plus sévère au milieu d'une liberté plus étendue.
V. Enfin, lorsque Dieu voulut se choisir un peuple particulier, et que la réhabilitation de l'homme put commencer, alors arrivèrent les lois et les disciplines, cjni restreignirent l'usage des aliments, et en retranchèrent quelques-nns comme impurs, afin que Thomme supportât ' un jour plus facilement les jeûnes, en s'absitenant eoostaroment de certaines nourritures. Le premier peuple, en effet, imitateur de la fimte du premier bomme, se montra plus docile aux appétits du ventre qu*à la voix de Dieu. L*Éternel, en Tarracbant par sa main puissante et son bras invincible à la dure servitude de l'Egypte, pour
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rétablir dans une terrç où coulaient le miel et le iaîc, lui avait sutiisamment prouvé qu'il -était «m Seigneur; mais, qu'importe? Ebranlé tout à coup deito sa foi par l'aspeci d'un désert où tout manquait, et soupirant après l'abondance de rJÉgypte qu'il avait perdue, il murmura contre Moïse et Aaron : « Plût à 0ieu, s'écria-t-il , que nous « fussions mwts par la main du Seigneur en la terre « d'Égypte, quand nous étions a.sis près d un amns de « viandes, et que nous ujangions du pain à saiiélé ! Pourc( quoi nous avez-vous amenés en ce désert pour iaire (( mourir de faim toute cette multitude! » C'est tOujouiB dans l'intéict de ses appétits charnels, que ce peuple pleura la mort de ces mêmes chefs, ministres de Dieu, dont la perte lui était sensible au souvenir des viasdes et de l'affluence de 1 Egypte qu'il regrettât. « Qû hom « donnera de k viande k manger? Il nous soovient des « poissons que nous mangions gratuitement en Ég> pte ; « nous n*avons point oublié les concombres et les melons, et les poireaux et les oignons et l'ail. Aujourd'hui noire « ame est desséchée; nos yeux ne voient que la manne. » C'est ainsi que les xéropha^its du pain des anges lui déplaiscucnt j li aimait mieux sentir l'ail et l'oignon que le ciel. Voilh pourquoi les aliments les plus agréables et ks plus succulents furent interdits à cette nation d'ingrala, d'une part, pour châtier la gourmandise, de l'autre, poor exercer la oontinenoe; ici condamnadon, là enaeigneflsent.
VI. Maintenant, si c'est vainement que nous avons fait remonter aux premières expériences du monde les raisons pour lesquelles Dieu a restreint i usage des aliments, et pour lesquelles nous devons les restreindre nous-mêmes en vue de Dieu, interrogeons la conscience de tous les hommes. La nature elle-nienie nous apprendra quelle liberté d intelligence nous apportons aux affaires et à k méditation des choses divines avant d'avoir bu et mangé, quand notre salive est vîei^ encore. Notre esprit n'a-t-il
TEâTULLIKN
|ia$ alors pius d'activiié ? Notre cœur n'a-t-il pas.plus de vigueur, qu'au moment où ce domicile de Thomnie intérieur, chargé de viandes, inondé de vins, et haletant sous le poids de la digestion, devient le laboratoire des latrines^ n'ayant plus d'autre faculté» ni d'autre énergie que pour b déhaucbe* <k Le peuple s'assit pour man^^ et pour « hoîre, est-îl dit; et ils se levèrent pour danser. » Admirez ici la réserve de l'Écriture ! Si ces jeux n'avaient pas été impudiques, en eût-elle fait la remarque?
Mais d'aiiieurs, combien en est-il i{ui se souviennent de îa relif^ion, lorsque le siège de la mémoire est occupé et que les organes de la sagesse sont dans les enliaves? Non, personne ne SMigera à Dieu, comme il convient, oonuue il est juste) comme il est eipédient, dans le moment rboaune luinnéiDe a coutume de diaparràtre. Point de discipliAe qui ne soit ^âjranlée ou anéantie par Fintempétanœ* le sois un imposteur, si le Seigneur lui^^néme, reprocbant k hrM Tingratittide de son oubli, n'en attribue la cause aux excès des viandes. « Le peuple bien -aimé « s'engraissa et se révolta*^ appesiuiii, rassasié, enivré, il « délaissa Dieu, son Créateur, et se relira du Dieu, son « salut. )) En un mot, il nous ordonne, dans le même DeutécoDome, de nous prémunir contre cette même. cause ; « De peur qu'après avoir man|^, après vous être rassasiést « après avoir bâti de superbes maisons et vous y être était blis, après avoir eu des troupeaux de boeufe et de brebis, « de l'or et de l'argent, et toutes choses en abondance^ « votre cœur ne s'élève, et que vous ne vous souvenies « plus du Seigneur votre Dieu, w 'Le Seigneur a placé avant la <orruption des richesses labus des aliments, parce que les riclK ssi s sont les ministres de l'inlempéruace. C'est par elles que le cœur des Juifs « s était appea santi, n'ayant plus d'yeux pour voir, ni d'oreilles pour « entendre, ni de cœur pour comprendre, » parce que celui-ci était comme fermé par la graisse, que le Seigneur avait défendu formellement de manger, en se la réser-
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Tant à iui-méme, pour apprendre ainsi à i%omme à ne pai charger son corps d^embonpoint*
Au reste, celui (1) dont le cœur fut trouYé attentif et debout pluti^t qu appesanti par les aliments, pnt prolon* çer, pendant quarante jours et quarante nniCs, un jei^né qui surpassait les Ibrces de la nature humaine , soutenu en cela par la foi spirituelle. Il vit de ses yeux la gloire de Dieu^ il eiitcudit de ses oreilles la voix de Dieu 5 il médita dans son cœur la loi de Dieu, qui enseignait déjà dans ce moment (( (|ne l*homme ne vit pas seukment de pain, « mais de toute piirole qui vient de Dieu, n taudis que le peuple engiaissé par les viandes ne fut pas même capable de contempler constamment Moïse, qui s'était nourri de Dieu, et dont Tabstinenoe s'était engraissée da nom divin* C'est donc à bon droit que le Seigneur se montra visible* ment dans sa chair» à ce Isollègoe de ses jeÂnes, ainsi qn% Élie. Car ÉHie, par là même qu'il avait appelé la femine sor une terre rebelle, s'était suffisamment consacië aux jeûnes, k Vive le Seigneur! dit-il, le Dieu d'Israël devant « lequel je suis présentement j il n'y aura durant ces an- « nées ni rosée, ni pluie, que selon la parole qui sortira de « ma houehe. » Plus tard, fuyant les menaces de Jézabel, après avoir mangé un seul pain et bu un peu d'eau, que lange avait placà auprès de loi en l'éveillant, il marcha ensuite quatUnte jours et quarante noils, et arriva l'estomae vide et la gorge desséchée à la montagne d*Horeb, où il de« meura dans une caverne* Mak avec quelle bonté Dieu Ty accueillit! «Êlie, que fiiis-tu ici?» lui dit-^il. O parole Wen plus amicale que celle-ci : « Adam, où es- tu ? » L'une menaçait un homme repu^ 1 autre caressait af^réablement un houiiue à jeun. Telle est la prérogative de la tempérance, qu elle fait de Dieu le compagnon de I homme, le
(1) Moïse. Sainl Au^nstin , rommcntfint co passage, dit : Moy ses quia jtjufutvit^ viàU Dominum} poj/uius ^uia manducnvU et Hbit, ùioia fukri^
«EaiVLLIEN. «7â
.^étnblable avec le seniblable. Si, en efiFet, « le Dieu éter- « nel ne connaît pas la faim, comme il l'atteste par la bouche d'Isaïe^ un temps viendra où l'homnie, deTenu régal de Dieu, vivra sans avoir besoin d aliments.
Vn. Noos voici donc arrivés aux exemples qui pronveot quelles flont reifioacité et la puissance d'un exerdce qui réconcilie avec Thomme nn Dieu, même irriié. Israêli rassemblé par Samuel à Maspba, pour y puiser de Teau, avait pécbé -, mais il effaça'si bien sa prévaricadoQ par son jeiine, qu*il échappa aux dangers du combat. Quand Samuel otfrait rholocaiiste, nous ne siichions pas que rien «lit plus provotjué l'indulgence du Seigneur que Tabstiiience du peuple. Les étrangers s'avancaiont pour com^ battre.. Le Seigneur aussitôt tonna avec un bruit terrible sur les étrangers, qui furent frappés de terreur et tombèrent à 1 aspect d*Israêl. Les guenrîers d'Israël sortirent de Bla^ha, poursuivirent les étrangers et les taillèrent en pièces jusqu'à Betchor; liommes h jeun contre des hommes repus, hommes sans armes contre des hommes désarmés. Voilà quelle est la vigueur de ceux qui jeûnent pour Dieu* Le ciel combat pour de pareils athlètes. Tu as ici un exem-
(le l'assistance nécessaire même dans les luttes spiri^ lueiles. Lorsque Sennachérib, roi des Assn riens, déjà maîtte de plusieurs cités, envoyait le blasphème et la me* nace à Israël^ par la bouche de Kabsacès, rien ne fut plus puissant que le jeûne pour le refouler sui^le-champ dans les Ëthiopies. Ensuite, quel autre glaive que Thumilité d'Ézéchias frappa de mort les cent quatre-vingt mille soldats de son armée immolés par Tange? Êzéchiàs, en effet, n^eut pas plus tdt appris le stupide orgueil de ren-^ nemi, qu'il déchira «es vêtements, se couvrit d'tm ciliée et ordonna aux anciens d entre les prêtres d'aller au Seigneur sous le liièuie vêtement, par le moyen d'isaïeson sei*viteur, et en joignant la prière an jeune. C'est tjue le péril n'est pas plus le temps de riiWi nipérauee, que le sac n'est for-inement de l'abondance* Le jeune va toujours de concert
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TE&TUJLLIEM.
avec la douleur, de même que la joie est la compagne nauirelie de rintempcrance. C'est par le jeune, qui va toujours de concert avec la douleur, que ^'inivo, cette cité pécheresse, est délivrée de la ruine qui lui avait été prédite. Le jeûae solennel de trois jours auquel elle se cond^iniiia, fans même excepter les animaux qui n'avaient pu mériter la colère de Dieu, rendit sa péDiteooe agyréable au Seigneur. Sodome et Gomorrhe se seraient sauvées de même, si elles avaient jeûné. C'est ir ce remède que recourut Achab, lorsque, après sa prévarication et son idolâtrie, le prophète Élie vint lui reprocher la mort de Naboth, que Jézabel avait fait périr pour s'emparer de sa vigne. «Tu K as tué Naboth, et de plus, tu t'es empare de son héri- « tage. Ën ce même lieu où les chiens ont léché le sang « de Naboth, ils lécheront ton sanf^. i) Que fait Acliab? Il s'humilie, il couvre sa chair d ua ciiice, il jeûne et dort avec le sac. Alors le Sei^eur parle à Élie : « N'as-tu pas « vu Achah humilié devant moi? Parce qu'il s'est humilié K à cause de moi, je n'amènerai point sur lui, en ses jours, <c les maux dont je Tai menacé ^ mais je les ferai retomber «c sur sa maison, pendant le règne de son fils, » pîu ce que celui-ci ne devait pas jedner.
Le jeune est donc une marque de respect devant Dieu. C usL pai- iai qti Anne, épouse d ilelcaua, stérile jusqu'à ce jour, mérila, en rcconipcnsc de ses jeunes, un fils, et qui plus est, un prophète.
Mais les jeûnes ne se bornent |kis simplement a changer le cours de la nature, à détourner les périls, à effacer les péchés ; ils obtiennent encore de Dieu la oonn<iissance des choses cachées. Regardez l'exemple de DanieU Tous les sages se troublent et se déconcertent dans le songe du roi de Babylone : ils confessent euxrmémes que la sagesse de Thomme est impuissante k Texpliquer. Daniel seul, plein de conliance en Dieu, et sachant bien ce qu'il avait à faire pour allircr sur lui la faveur de Dieu, demande un intervalle de trois joiu^, jeûne avec ses frères, et après avoir
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ainsi intéressé le Seigneur à ses prières, la nature et Texplkatioii du songe lui sont révélées de point point, les sages du tyra» sont épargnés, Dieu est glorifié, Daniel est comblé d'honneurs. Il obtiendra de Dieu une grâce non moins signalée, dans la première amnée du règne de Dfrrias, lorsque, se rappelant les temps prédits par Jérémie, îl humiliera devant Dieu son visage daus le jeûne, le eilice et la cendre. En eflPet, Tange qui lui est envoyé commence par déclarer que telle est la cause des divines miséricordes à son éî^ard. « Je suis venu, dil-il, pour te dire qne tu es (( riuHiane de la compassion, » parce (ju'il jeûnait appa-> remnient. Oui, rhuiiune de la conipassion pour !>icn, mais Thomme de [épouvante pour les lions dans la fosse oii un ange lui apporta son diner, après un jeûne de sii jours.
VIII. Nous passons sous silence tout le reste, pour nous hâter d'arriver aux enseignements nouveaux. Sur le seuii de rËvangile, la prophélesse Anne, fille de Phanuel, qui reconnut TEnfont-Dieu, et parlait de lui à tons ceux qui attendaient la délivrance d'Israël, au titre éminent d\ine longue viduilé et d'un mariage unique, joint encore la gloire du jeûne, nous montrant ainsi quels sont les exercice s qu'il faut apporter dans l'Eglise, et que Thommequi comprend mieux Jésus-Clirist, c'est celui qui ne se marie qu'une foiset jeûne souvent. Le Sei(^ncur lui-même consacra par le jeune son baptême, et dans son baptême ceint de tous les hommes, quoiqu'il lui fût a aisé de changer a les pitres en pains, » et les eaux du Jourdain tout entier en vin , s'il eût été a un homme insatiable et adonné « au vin. n Que dis-je? afin de condamner ce qui était ancien, il initiait Thomme nouveau en lui apprenant à dédaigner les aliments, afin que le démon, s'il essayais encore de le tenter par la faim, le trouvât plus fort que la faim tout entière. Voilà pourquoi il commença par établir la loi (jue le jeûne devait s'accomplir sans tristesse. Pourquoi donc la tristesse dans une œuvre salutaire ? 11 nous apprit en otilre qne c'était par le jeune qu'il fallait lutter
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contre les dénions les plus tyranniques. Faui-il nous étonner que ce qui ouvre l ame à l'Esprit saint en chasse l'esprit de l'iniquité ? Enfin, si le centurion Corneille, avant même d*étre baptisé, est prévenu par les faveurs de VE^ prit saint, et même par la grâce de la prophétie, il le doit à ses jeûnes dont la Toix fut entendue. L'Àp6tre, si je ne me tfompe, après avoir parlé, dans sa seconde épître aux Corinthiens, de ses travaux, de ses périls, de ses fatigues dans la faim et la soif, n'a point oublié ses jeûnes nomlireux.
IX. Le premier degré de l'abstinence qui consiste dans le jeûne, sert de présompiion en Hn eur de 1 uiilité et de la nécessité de certains actes trabslinence moins considérables. En effet, Texception de quelques aliments est un jeûne partiel. Examinons donc si les xérophagies sont quelque chose de si nouveau et -de st puéril, ou plutôt, si elles ne renferment pas une œuvre de religion aussi ancienne qu eificace. le reviens à Daniel et à ses frères. Quoiqu'ils préférassent des légumes aux viandes et aux vins du roi^ leur visage n'en était que pins beau, a6n de rassurer ici ceux qui pourraient craindre pour la beauté de leur corps; et de plus, ils avaient TinteHigence de l'esprit. Dieu M donna h ces jeunes hommes la science et la connais- « sancti de tous les livres et de toiiic la sa^^csse, et à Daniel a l'intelligence de toutes les visions et de tous les songes.» en vertu de laquelle il comprenait de quelle manière il pouvait obtenir de Dieu la connaissance des choses cachées.^ Aussi qu*arriva-t-il ? la troisième année de Cyrua, roi des Perses, pendant qu'il méditait sur le sens d*one vision^ il découvrit un autre mode de supplication. « En ce temps, moi Daniel, je pleurai durant les jours de trois semaines. « Je ne mangeai pas de pain \ la chair et le vin n'entrèrent « pas dans ma bouche, et je ne répandis sur moi aucun K |>arfura, jusqu'à ce que les jours des trois semaines fussent u remplis. » AprCscct inlcrvalle, un an^^c lui lut envoyé,, qui lui parla ainsi : « Daniel, lu es un homme de désirs; d ne crains pas^ car, dès le premier jpur où tu as appliqué
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« ton cœur à compi cndre et à t'affliger en la présence de « ton Dieu, tes paroles ont été entendues, et je suis venu à « cause de tes discours. » Vous le vove^ ; les désirs, les xéropliagics et les abaissements chassent la crainte, ouvrent les oreilles de Dieu, et révèlent les choses cackëes.
Je reviens également à Ëlie. Les corbeaux avaient coutume de le nourrir de pain et de chair. D'où vient qu'à Beraabé, ville de Judée, un ange en le réveilUiiit ne 1ih présente que du pain et de Teau? Les corbeaux man** ^uaient'ils pour le nourrir aussi splendidement? Était^l diificile à Fange d'enlever au Banquet du roi , ou de par** tout ailleurs, je ne sais quel ministre, pour le transporter auprès d'Élie avec un riche festin, de même que le repas des niuissonncurs fut servi à Daniel qui avait faim dans la fosse aux lions? JSoo, sans doute. Mais il fallait établir un exemple qui nous apprit que dans le temps de ladversité) de la persécution ou de quelqtie malheur, nous devons vivre dans la xérophagie. C'est au milieu de ces ahsti* nences que David confesse son péché, quand « il mange K son pain comme une cendre » ande et grossière^ « et « qu'il mêle sa boisson avec ses larmes, » c'est-è-dire qu'il s'interdît le vin. L*abstinence du vin a aussi son mérite et sa gloire; c'est elle qui voue h Dieu Samuel, elle qui eonsacre Aaron. La mère de Samuel dit de lui : « 11 ne boira ni vin, « ni aucune liqueur enivrante ; » car c'était dans cet état qu'elle-même invoquait le Seij^neur. Quant h Aaron, le Seigneur lui parie ainsi : <( Tu ne boiras, toi et tes enfants « avec toi, ni vin, ni liqueur enivrante» quand vous entre- « rez dans le (abemacle, ou que vous monterez h l'autel, 4n de peur que vous ne mouriez. )> Tant il est vrai que la mort attend tout ministre de TÊglise qui pèche contre la sobriété, 11 adresse ce reproche à Israël, son peuple : « Voua « avez présenté a ceux qui m'étaient consacrés un vin dé- « fendu, n Cette restriction apportée à la boisson est une portion de la xéropha|^ie. Il y a mieux. Là où l'abstinence du vin est exigée par Dieu ou promise par l'homme, elle
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fait supposer nécessaii eiuent des limites imposées aux aliments, qui déterminent la nature de la ix)i.sst)u. En effet, tel nianger, tel breuvage. 11 n'est pas vraiseiublabU que l'homme qui imiuoie k Dieu la moitié de la sensualité associe rivresse des viandes à Ja sobriété de Teau. L'Apotre Itti-Qicmc, qui s'était imposé de plus rudes sacrifices, tels que « la faim, la soif, et des jeûnes multipliés; qui avait « répudié les ivrogneries et les débauches de table, 9 oon* Iiaia8ait4l la xérophagîe? Je n^en veux d*autre preuve que ses paroles à Timothée, auquel il conseille « d'user d'un « peu de vin, k cause de son estomac et de ses fréquentes « maladies. » Odv il s'en abstenait, nun a cause de quelque vœu qui Tobligcàt, mai^ {);ir dévotion : toutefois Tusagedu vin devait être plus uiilcà siisanté^ voilà pourquoi il le dissuadait, au nom de la nécessité, d'nne abiitioeuce qu'il conseillait ailleurs comme digne de Dieu.
X. Nos adversaires condamnent également comme indignes de Dieu nos stations dans le jeûne , et taxent de nouveauté celles qui se prolongent jusqu'au soir, en prétendant que ces œuvres doivent être focultatives, et qu'en tout cas elles ne doivent point dépasser la neuvième heure, ainsi qu'ils le pratiquent eux-mêmes. Quant à ce qui concerne la question du jeûne, je répondrai en même temps pour tous les cas. En ce moment, je me renlernu^ dans ce qui fiiit l'obit I de la discussion présente, c esl-à-tiire dans le temps, ei je commence par leur demander sur quoi ils se fondent pour établir que les jeûnes doivent cesser à la neuvième heure. Diront-ilsque c'est sur Tautoritéde Pierre et de ceux qui étaient avec lui, parce que nous les voyons entrer dans le temple à la neuvième heure de la prière ? Mais qui me prouvera qu'ils avaient jeûné ce jour -là, >pour regarder la neuvième heure cpmme la limite de leur jeûne ? Il y a plus. On trouverait facilement encore que Pierre, avant de prendre sa nourriture à la sixième heure, monte au haut de la maison pour puer, afin d'en conclure que la sixième heure est la ûn du je.une, qu'elle semblait
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devoir terminer après la priëre. Or^ puisque, d'après les
commentaires de Luc, ce fut à la troisième heure de la prière que les Apjtres , consacrés par la réception de FEsprit saint, passèrent [K)ur des hommes ivres-, à la sixième qiu Pierre monta au haut de la maison pour prier; à la neuvième que Pierre et ses compagnons entrèrent dans le temple; pourquoi, tout en oonfessant qu'il est libre de prier toujours, partout et en tout temps, ne ro» conna$trions*-DOti8 pas cependant que ces trois heures , les plus remarquables dans les f^oses de la vie bmname* puisqu'elles partagent le jour (1), distribuent les affaires, et retentissent publiquement, sont aussi les pkts usitées dans les prières adressées à Dieu ? Cette observation est conCrmée par l'exemple de Samuel, qui prie trois fois le jour et à des heures particulières qui ne sont pas autres que ces trois lienres les plus remarquables, resîrois heures familières aux Apôtres, c'est-à-dire la troisième, la sixième et la neuvième. J'en conclurai donc que Pierre se confoi^ mait plutôt à Tusage antique, lorsque, observant la neuvième heure, il priait pour la troisième foi» dans la der** nière offrande de la prière.
Je suis entré dans ces détails à cause de ceux qui caroient imiter la conduite de Pierre, tandis qu'ils Tignorent ; non pas que nous méprisions la neuvième heure, puisque, chaque quatrième et sixième férié, nous jciinoos jusqu'à ce moment , mais parce que plus les Ecritures manquent d'anioriré, jusrpi'à ce qu'elles soient confirmées ou corrigées par quelque grâce céleste, plus il est nécessaire d assigner un motif raisonnable à ce qui se pratique en Tertu de la tradition* « Si vous ignorez quelques choses, a est-il dif , le Seigneur vous les révélera. » Ainsi donc » en dehors du Faraclet, qtii confirme toutes œs ofaservanoes, et qui est le maître de la vérité universelle, existe-t-il dbes
(t) l.p malin , le midi , le soir. De là vient que Ic Prophète a UU : Vespere «/ mane et mcridio narrabo et tmmmtimbo.
XERTULLIÉN.
je le demande , quelque motif plus raisonnable, de jeûner jusqu'à la neuvième heure^ et que Ton puisse attribuer à Pierre lui-même, sMl est vrai qu*il ait prolongé sa
station jusqu'à cette heure? Cette coutume a, en effet, sou origine dans !a mort de Notre-SeifT;neur , à laquelle nous devons toujours st m; ;er sans aucutie distinction de h mps, mais plus particuiièreoient néanmoins lorsque nous stmiines sous le drdpeau, conformcment à ce terme lui-nième de station* Les soldats qui ne perdent jamais de vue leur serment, ne sont-ils pas plus âdèles à leur poste ? Il faut donc célébrer jusqu a celte beure la commémoration de ce grand événement où Tunivers, en se couvrant de ténèbres a à la « sixième beure» w prit le deuil du Seignçur qui venait 4c d'expirer, pour revenir ensuite, nous aussi , à la joie, puisque le monde a recouvré sa lumière. S*il est vrai que plus on célèbre la gloire du Christ, plus on entre dans l'essence de la religion chrétienne, je puis également expliquer par le même ordre de faits nos jeûnes prolongés jusqu'au soir. Nous en usons ainsi , comme pour attendre le temps de la sépulture de Notre-Seigneur, lorsque Joseph, après avoir obtenu son corps, l'emporta et renscvelît.
Ensuite, n'est-ce pas une profanation que de soigner la cbair du disciple avant celledu maître (1) ? Mais je n^allègue ce motif qu*entrainé par vos provocadons, pour repousser des conjectures par des conjectures, mais un peu plus solides, si je ne me trompe.
Voyons maintenant si l'antiquité peut nous fournir quelque témoignage S(Miil)!aljlc. Quand Mui^c ùenjeure les bras étendus en croix jns([n'an ruu( lu r du soleil, et combat par la prière confie Aiualec, a est-ce point-là une station prolongée jusqu au soir ? Croyons-nous que Jésus, fils de jNavé, occupé à combattre les Amorrhéens, ait pris son repas le jour oii il ordonna aux éléments de s arrêter?
(i) Allotioa aux aoins de Joseph d'Arimathic, embauma le coi]m de Jlotre-Seiipeiir*
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<v Le soleil 8*aiTéfa en face de Gabaon, et la lane en fece « d*Aialon jusqu'à ce que le peuple se fut vengé de ses
« ennemis. Le soleil s*aprêta au milieu du ciel , et ne se (( coucha pas durant rcspacc d'un jour. 11 n'y eut point, <c avant ni après, un jour aussi lon^, m afin, dit l'Ecriture, « qne le Seigneur obéit à la voix de riiomnie, » mais de rhotumc qui , comme le soleil, vaquait si long-temps à ses fonctions, et prolongeait sa station bien au-delà du soir. Il est certain enoore que Saûl , avant d'enga^^er le combat , ordonna un jeûne solennel : « Maudit soit, dit-il, celui qui « mangera du pain avant le soir, jusqu^à ce que je me « sois vengé de mes ennemis. Et tout le peuple ne mangea « point de pain, et toute la contrée ne dina point, y» Dieu attacha tant d'autorité à l'édit qui prescrivait cette station, que Jonatlias, fils de Saul, ayant goûté à un peu de miel , parce qu'il ignorait qu'un jeûne eût été ordonné jusqu au soir, eut bien delà peine à échapper, malf^ré les j»i irres du peuple, à la mort que le sort avait prononcée contre lui, à la suite de son pcché. Il était, en effet, coupable de gour^ mandise, quoiqu'il eût agi dans la simplicité dncœur. Il en est de même de Daniel, lorsqu'en la première année du règne de Darius il confesse à Dieu ses péchés dans le jeûne, le cilice et la cendre : « Pendant que je parlais encore « en ma prière, dit>il, soudain l'homme que j'avais vii en « une vision au commencement vola vers moi, et me « toucha au temps du sacrifice du soir. » Voilà quel est le caracière de la station. En proiuii^^cant le jeûne jusqu'au soir, elle immole au Seigneur par la prière une victime plus succulente.
!2U. Tous ces détails leur étaient inconnus, je Timagine, puisqu'ils se scandalisent de nos pratiques ; ou bien ils se sont contentés de les lire, sans en pénétrer le sens ni le but, comme le font la plupart des ignorants, surtout chez la vaniteuse multitude des Psychiques. Yoilà pourquoi nous traiterons de chaque espèce déjeunes, de lérophagies et de sUnUonSy afin qu^en prouvant par l'autorité de l'an-*
cien et du nouveau Testament quelle est ratiiité des jeûnes, n'importe leur forme et leur nature , nous réfudons ceux qui les aocu9entcoiiinie choses inulUes. De même, prouver également quel rang ils ont tonjoors tenu dans la religion, ce sera répondre yîclorieuaeiBenC à ceux qui crient à la nouyèaulé. Point de nouveauté là oti la chose a toujours subsisté ; point d^inutilité là oii la diose est si profitable.
Il est connu de tous que de ces exercices, les uns ayant etc presciilb par Dieu, ont eu force de loi; et les autres, ayant été offerts à Dieu volontairement par Thommc, ont pris la forme d'un vœu. Le vœu néanmoins, une (bis agréé par le Seigneur, lait loi pour 1 avenir par l'autorité de celui qui le sanctionne. Approuver un fait , c'est en avoir ordonne raccompiissement. Ainsi donc 1 objection de mes adversaires n'est pas recevable danïB cette matière , quand ils disent : P6int de jnilîen ! Ou c^est une voix spirituelle qui a établi ces institutions \ alors elles viennent de iaux prophètes : ou bien elles ont leur origine dans là présomption humaine, et alors elles sont hérétiques. En effet, ceux qui censurent des exercices dont rexempic lut donne par la loi ancienne, et qui en tirent de^ arguments que les adversaires de i antiquité pourraient eux-mêmes opposer à celle-ci, devront nécessairement ou répudier lantiquité tout entière, ou admettre des exercices qui, quel qu*en soit rinsdtuteur, qu'il soit animé par TEsprit, on simple fidèle, se rapportent au même SÎeu que ceux de la loi ancienne. 11 est certain que chez nous tous, prêtres d'un seul Dieu créateur et de son Christ , Thérésie et la fausse prophétie se reconnaissent à la différence de la Divinité ; voilà jKturquoi je maintiens indifféremmt nt l'une et l'autre proposition , laissant à mes ennemis le choix du terrain sur lequel ils voudront enjja^er la lutte. Il existe un esprit du démon, me dis-tu , 6 Psychique. D'accord 1 mais comment prescrit-il, en l'honneur de notre Dieu, des exercices qu'il n'est permis d'oflrir qu'à notre Dieu ? Ou déclare que le démon agit dans Tinlérét de notre Dieu , ou bien
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transforme le Paraciet en Satan. C'est un hoiiiiue, c'est un nîiîechrist, me répons-lu^ car Jean appelle de ce nom les hérétiques. D'où vient alors que celui-ci, quel qu'il soit par rapport à notre Christ, établit des devoirs qui ont pour bût d'honorer Notre-Seigneur, puisque les antéchrits, s'ils honorent Dieu » combattent au moins cxintre Notre- Seigneur P À qnek traits reconnaîtras-tu donc TËsprit (xirmî nous ? Est-ce quand il ordonne ou approuve des choses qu^a toujours ordonnées et approuvées notre Dieu ? Mais voilà que vous circonscrivez encore Dieu du coté de la grâce comme de la discipline , du coié des miséricordes comme des solennités : qii'arrivera-t-il de là? C'est que les hommnPjes cesseront avec les bienfaits. C'est qu'il vous faudra nier que le même Dieu nous prescrive jusqu'à ce jour des devoirs et des adorations, parce que « la loi et les « prophètes ne vont que jusqu'à .Jean. » Que vous restet-il donc à faire, sinon à supprimer tout ce qui vous parait si oiseux?
XII. Aussi bien déjà vous vous donnez largement carrière sur ce pcânt , livrés à Tamour des richesses et des viandes, n^aocusant plus vos pÀshés qui sont effacés par le jeûne, ne
recourant plus à la science des révélations qui sont méritées par TaLstinence, et ne redoutant même plu.s les guerres qui nous sont propres, mais qu'éloignent les siaUu/is. En vous accordant même que le Paraclel a gardé le silence depuis Jean , nous nous serions servis à nous-mêmes de prophètes dans cette matière, je ne dis pas pour désarmer la colère de Dieu, ni pour obtenir s^ protection ou sa grâce, mais pour nous promunir contre les tribulations des derniers temps, en nous préparant à la lutte par la mortifia cation de la chair. C'est à cette école que le chirétien apprend à supporter la prison, à endurer la faim et la soif, à iiiépî i.ser les privaiions de toute nature, afin de pouvoir entrer dans les cachots tel qu'il en soi lira, c'est-à-dire d'y entrer non |)our v subir un supplier , mais pour obéir à la discipline ^ non pour se mesurer avec ia» tortures du siècle,
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naaîs pour accoii.pl ir un devoir. Aîiisi familiarisé avec la douleur, il niarchera au coiiili.il avec plus d'assurance, n'ayant plus même assez de chair pour que les tourments aient quelque prise sar elle, puisque renfermé dans Taride cuirasse de sa peau, et n'offrant plus aux ongles de fer qu^une corne insensible» il s'est déchargé de bonne heure du ferdeau du sang, comme d*un empêchement importun À Tame , qui , prenant les devants^ a vu souvent de près la mort par les jeûnes et les macérations. En vérité, c*est bien à vous qu'il convienl de présenter aux martyi'S qui chancellent dans les cachots des liqueurs fortifiantes, afin qu'ils ne regrettent pas leurs habitudes, qu'ils ne prennent pas la vie en dégoût, et qu'ils ne soient pas ébranlés dans leur foi par des austérités nouvelles pour eux. Il n'avait Jamais essayé de cette rude discipline , votre Pristinus , qui n'est pas un martyr chrétien. Après avoir suhi une détention libre, oti il se pkii:^ea dans tous les bains, comme s'ils va-» laient mieux que le baptême ; dans toutes les retraites de la volupté, comme si c'étaient les sanctuaires de l^glise ^ dans toutes les délices de la vie mondaine, comme si elles étaient préférables h celles de réternité j ainsi enchaîné , j'imagine, pour mieux échapper à la mort, le voilà qui, au dernier jour, coiiijKuaît à la face du soit iî devant le tribunal dn préteur. Mais le vin que vous lui aviez donné, espèce d'antidote contre le trépas, l'avait tellement énervé, qu'à peine efReuré par les ongles de fer , — car l'ivresse comprenait bien quel maître elle avait à confesser, — il ne put donner aucune réponseau ]»oconsul qui l'interrogeait* On continua de le torturer ; on n'en arracha que des sanglots et des marques honteuses d'intempérance. Il digéra jusqu'au milieu de son apostasie. Venez nous dire encore que prêcher la sobriété , c'est être faux prophète , ou que l'observer, c'est être hérétique. Pourquoi donc, vous qui niez que le Paraclet réside dans Montan , hésitez-vous à croiTt' vu Apicius (1)?
Ct) Fameux gourmand de Rome, qui se tua de peur de mourir de faim.
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XIH. Vous nous opposez comme prescripiioa les Écritures et la tradition des ancêtres, en allirmant qu'il ne faut rien ajouter aux nî)servances , parce (jue toute innovation est iii^thne. £h bien ! restez sur ce terraia, si vous le pouvez. Ea effet, je vous vois non-seulement jeûner k Pâque et les jours où TËpoux a été enlevé, mais encore célébrer de temps en temps des demi-jeûnes, et vons condamner au pain et à Teau) selon que vous le trouvez bon. — Sans doute, répondez-vous ^ mais ces pratiques sont volontaires, au lieu d'être imposées. —■ Vous voilà donc sortis déjà de votre ligne, et vous violez la tradition, puisque vous aca)m[)lissez des piaiiqucs qui ne sont pas ordonnées. Mais quelle démence que d'accorder au caprice ce que Ton refuseau commandement du Seigneur! Quoi donc? la volonté de riiomme aura*t-elle plus de droits que la toutepuissance divine ? Quant à moi, je suis libre, je le sais, mais libre vi84hvis du siècle et non vis-à-vis de Dieu. A moi dW oomplir les devoirs que m'impose le Seigneur, comme à lui de me les prescrire \ je lui dois non-«euleniem Thommage de lobéissanoe, mais la soumission de la fiattetie (1) ; par Tune je lui ténioi^j^ne ma dépendance , par Tautre ma liberté.
ncureusement |X)ur nous que les évéques ont coutume d'ordonner des jeûnes à tout le peuple, je ne dis pas pour lever sur lui des coniributions , comme cela se pratique sur vous, mais souvent par quelque sollicitude pour les besoins die TÊglise. Par conséquent , si , d après l'édit d'un homme, vous vous livrez tous ensemble à desmortifica^ tions prescrites , d ou vient donc que vous censurez dans nous Tonité même des jeûnes, des xérof^iagies et des «ta* tiom y à moins peut-être que nous ne péchions par là contre les sénatus-consultes et les décrets des princes , qui
(i) c Un^ibre awteor ecclésiastique a dit que la majesté de Dien est « si gF'ande, qu'il y a non-seuîenient Ue la gloire à lui consacrer ses services, « mais qu'il y a même de la bienséance ;i tlescenJrc pour l'araour de lui « jiMip'A Ja aolunissiou de la flaUerie. » ( Bomcët^ Sermons. )
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prusciivent nos réunions? Lorsque TEsprit saint prêchait où il voulait et par qui il voulait, prévoyant dans un avenir rapproché, soit les épreuves de rÈj^lise , soit les fléaux du monde, en sa qualité de Paraclet ou d'avocat du genre humain y il lui offrit ces mortifications comme aufnnt de remèdes propres à désarmer son juge. Applique cet exemple à Texerdce de la sobriété et de l*ab«t}neiice. Nous qui avons reçu l'JSsprit saint, noua observons nécessaire* ment ce qu'il a étaUi alors. Regarde les fastes des Juifs ; m ne trouveras aucune nouveauté là on toute la postérité observe avec on respect héréditaire ce qui a été prescrit aux aïeux. De plus, c'est un usaf^e établi dans la Grèce qu'il se tient, en certains lieux détenuiués, des assi [nblées formées de toutes les églises répandues dans \c iiKuule, oii Ton traite en commun les questions les plus importantes, assemblées vénérables qui sont comme la représentation de tout le nom Chrétien. Qu'il est convenable en effet de se réunir tous ensemble sous les auspices de la Foi aux pieds . de Jésus-Christ ! « Qu'il est bon ! qu'il est doux que les « frères habitent ensemble ! » Quant k toi , tu ne sais en*tonner cecanlique qu*à table, avec une troupe de convives. Or, ces assemblées se livrent auparavant aux stations et aux jeûnes. Elles savent <« pleurer avec ceux qui pleurent, « pour se réjouir ensuite avec ceux qui se réjouissent. » Si, mutuel lemenl présents l'un à Tautre en esprit, nous vaquons nous aussi, dans nos diverses provinces, à ces mêmes exercices qu'a défendus le traité actuel, nous nous conformons à la loi du sacrement,
XIV. Nous sommes de nouveaux Galates , dites-vous , « piisque nous observons avee eux les temps, les jours , « les mois et les années » des Jutls. — D'accord , si nous suivons les cérémonies judaïques et les solennités légales. L'Apâtre, en effet, les déconseille en nous apprenant que Tancien Testament a été enseveli dans le Christ au profit Ju nouveau, a Si une uoiiv» Ifu créalion s'est opérée u en Jésus- Christ, » les cérémonies et les prescriptions
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doivent être nouvelle» aussi ; ou bteo , si l'Apôtre a tranché abootument la dévotion des temps, des jours, des mois el des années, pourquoi célébrons-noua la Pâque annuellement au premier mois? Pourquoi passons - nous dans Tallégresse ks cinquante jours qui suivent; Pour- (jiioi cou sacrons- nous le quai rième et le sixième jour p«irdcs stations, et la veille des Icles par des jeûnes? Vons, si vous gardez quelque chose du sabbat , ce n'est que pour jeiuier la veille de Pâque , selon la raison exposée ailleurs. Ckez nous , an contraire, tous les jours, même ordinaires, sont célébrés par quelque consécration. Quon ne nous dise donc plus que TApdtre a prétendu distingua entre ce qui est nouveau et ce qui est ancien. Mais icr, comment ne pas rire de vos contradictions ? Yous nous reproches de suivre les coutumes anciennes, là oii vous cries à la nouveauté !
XV. L'Ajxjirc réprouve encore, direz-vous, ceux qui interdisaient certains aliments. — Sans doute -, mais il était éclairé par l'Esprit saint, il condamnait ainsi d'avance les hérétiques qui devaient prescrire uue abstinence perpé- • tueiie, par haine et par mépris pour les œuvres du Créa* feur. On les trouve chez un Marcion, chez un Tatien, clies un lupiter^yalentîn(t), hier disciple de Pytha^^ore, hérétique aujourd'hui ; mais on ne les rencontre point du cdté du Paradet. En diel, c*est pendant un court intervalle de temps que nous nous interdisons les viandes: Nous n'avons dans tout le cours d'une .uiiiée que deux semaines de xérophagie , encore ne sont-elles pas entières, puisque nous en exceptons le jour du si\h\mi et celui du Seij;rjenr, offrant h Dieu nos abstinences, et sans réprouver des aliments dont nous ne faisons que retarder i'usa^j^e.
Mais il y a mieux-Voilà que TApotre, dans son Kpilre
(t) Tertullien , «nÎTant le commonUtear, lance ce tmit contre Vekntln , qui ciiangea «iiunt «le foU de (loetrinei rdi^feuae» que Jupiter nibit de hoDieiises métamoriilioses.
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aux BomaÎDS, censure les détracteurs de ces pratiques» i K Prenez garde , dit-ii « que pour Tpuloir manger aune « viande^ vous ne détruisiez Tou^rage de Dieu* j> De quell6 œuvre yeut*il parler? de celle dont il dit : ic II est boa « de ne point manger de ehair et de ne pas boire de vin« u Celui qui sert Jesus-Gkrist de cette sorte est agréable à H notre Dieu et approuvé des hommes. L'un croit qu*îl « lui est pcrriiis de manger de toutes choses ; l autrc, au « contraire, qui est faible, ne mange que des légumes, u Queccluiquimangcneméprise point celui qui n'ose man- « ger de tout. Qui êtes-vous pour oser ainsi condamner le « serviteur d autrui ? Celui qui mange et celui qui s'ab^^ « tient I rend grâces k Dieu. » Si Paul ne veut pas que Ton conteste avec la liberté de Tbomme (1), à plus forte raison avec celle de Dieu. G*est ainsi qu*il savait censurer ces hommes qui interdisaient ou retranchaient les aliments par déckin , mais non à titre d*hommages, tandis qu*ii approuvait ceux qui , au lieu dHnsuher le Créateur^ ne voyaient dans celte abstinence qu un acte de respect. II a beau te donner les cîefs du marche, en te peiaiettant de manger de toutes choses, pour mieux en excepter les viandes oiFertes aux idoles, toutefois ce n'est pas dans le marché qu il a enfermé le royaume de Dieu, « Le H manger^ dit-il^ et la boisson ne sont pas le royaume de K Dieu ^ car la nourriture n'est pas ce qiui nous rend « agréables à ses yenx« » Non pas qu'il entende la nourriture sèche et aride , mais pluiét celle qnî est suoeulente et recherchée. 11 ajoute en effet : « Si nous mangeons^ nous « n^aurons rien de plus devant lui; ni rien de moins, si « nous ne mangeons pas. » 11 va ici directement contre toi, qui penses que lu t s |»lus riche devant Dieu quand tu manges , que tu t'appauvris quand tu ne manges pas^ et qui pars de là pour décrier ces œuvres.
(i) L'Apôtro avait dit au commencement du chapitre aiv, épître aux RoiMiiit : « Soatenei ômx» la charité celai <|tii est encon fiiiUe' dan» la tai, « «ans oontMtar avec InL »
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Quel étrange Seigneur tu nous &îs encore à ta fantaiiBÎe dans ce Gbrist qui mangeait et buvait partout ! Il a*a pas manqué de jeûner, â je ne me trompe , celui qui disait : « Heureux ceux qui ont faim et soif , » et non pas, heureux ceux qui sont rassasiés ; qui annonçait un aliment, non pas tel que le pensaient ses disciples, mais qui était la cousuiiiiiiation de l'œuvre divine : u Travailtt lez, non pour la nourriture qui périt, mais pour celfe « qui demeure dans la vie éternelle ; » qui euhn , dans la |)ricre de tous les Jours , nous prescrit de demander du pain 9 et non les richesses d'Attale. Ainsi , !c prophète Isaje ne nia point qu'un certain jeûne ait plu à Dieu; mais il a dit quel était le jeûne qui ne lui pkit pas : « Tous suivez vos caprices en vos jours de-jeâue , et vous « exiges durement le fruit de vos travaux. Vous ne M jeûnes que pour susciter des prooès et des querelles et « pour frapper impitoyablement vos frères. Est-ce lù un <c jcùiic choisi par moi ? »
Il nomme eu>suite le jeûne de son choix. Ne lavoir |)oint retranché, c'est l'avoir contirmé.
XVI. Il préfère, j'en conviens, les œuvres de la justice^ mais non pas toutefois sans le sacrifice d'une a me brisée par les jeûnes. Toujours est-il qu'il est véritablemeot le Dieu auquel ne plurent ni le peuple, ni le prêtre» ni le prophète intempérants. Ils sont encore delmut ces sépulcres de la concupiscenGe où fut enseveli ^ut un peuple avide de viandes, qui fut frappé d*une grande plaie en mangeant des cailles. Le vieillard Héli se brise la téte devant les portes du temple j ses fils succombent sur le champ de bataille; sa bru expire dans Tenfantejiu m. Ainsi avait mérité de périr une famille sans pudeur, qui frustrait Dieu des sacrifices de la chair. Saméas , bomme de Dieu, vient annoncer à Tidolâtrie introduite par le roi Jéroboam , que sa fin approche; il sèche la main du roi et la rétablit dans son premier état ; il brise ensuite Tautel. Le roi, émerveilléde ces signes, Tinviteà sa table; T. vit. 44
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inaîs le prophète 3*e& excuse , parce que le Seigneur lui avait défendu de prendre aucune nourriture en ce tien. Toutefois, trompé quelque temps après par un vieillard qui se disait prophète, il mangea chez lui ; alors, selon la parole qu'il avait entendue parce qu'il était à table, il ne fut pas porté dans le sépulcre de ses pères. Car un lion s'élança sur lui dans sa route, et le tua. 11 fut enseveli chez des ctran^'crs, en punition du jeune qu'il avait violé. Exemples terribles qui doivent servir de leçon au peuple, et même aux évéques spirituels , s'ils s'abandonnent à la gourmandise.
Il n'est pas jusqu'aux enfers on l'avertissement ne retentisse encore. Les festins y sont châtiés dans la personne du riche, de même que les jeûnes y sont réoou) pensés dans la personne du pauvre , tous deux ayant peur précepteurs Moise et les prophètes : « Ordonnez un jeûne a public, s'écrie Joël , et annoncez les hommages. » Il prévoyait dès-lors qu'un jour d'autres apôtres et d'autres prophètes (1) ordonneraient des jeûnes et proclameraient des exercices qui ont pour but de soigner Dieu. De là vient que des inbdèles qui nettoient les idoles, qui parent les autels , et les saluent à toute heure avec un empressement affecté , on dit qu'ils leur rendent des soins.
Mais ne voilà-t-il pas que les païens eux-mêmes connaissent la loi de la mortification et de rabaissement ? Que lë dfil devienne d'airain , que l'année refuse les moissons, ils ordonnent des nudipédales (2), les magistrats se dépouillent de la pourpre , ils éloignent les faisceaux , ils adressent des prières, ils entassent victime sur victime. En outre, dans quelques colonies, vêtus de ciliées, et la léle couverte de cendre, ils reprochent chaque année à leurs idoles la stérilité de leurs jalouses supplications (3)^ les bains, les boutiques sont fermés jusqu'à
(i) Montaiij Prisca et Maximilla.
(s) Sacti^eet qui se Élisaient nu-piâds.
(3) 1« GOimnentateur dit qu'Us cherchent par leurs supplications à pj-
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ia neuvième heure. Il n'y a qu'un feu pour tous , celui qui brûle devant les aut( Is. Il n'y a pms même d'eau dans les plats. Vous diriez le d< uii public de Ninive. Quant au jeûne des Juifs, il est connu partout, puisque , n'ayant plus de temple , ils adressent au ciel leur prière , sur tous les rivages et dans un lieu découvert. Quoiqu' ib célèbrent eette cérémonie avec les vêtements et Tappareil de la douleur, ils n^en restent pas moins fidèles à leur abe* tinence , et attendent en soupirant que l'étoile du soir leur permette de rompre le jeûne. Mais j^aime k t^enteadre , blasphémateur de nos mortifications , les comparer aux. cérémonies sacrées d Atys, d'isis et de Cybèle. J accepte la comparaison ; elle témoif^ne contre toi. Il en résulte que nus rites sont divins , ])iiisqnMls sont imités par le démou , qui se plait à contreiaire ce qui est divin. Ainsi , plus le païen est disposé aitt^ sacrifices , plus tu es ilnréligieux. Le païen immole sa gfonrmandise en Thon** nenr de son idole ^ toi, tu n'en veux rien foire. .Geur tu a9'&it de ton Tentre un dieu , de ton poumon un temple, de ton estomac un autel. Ton prêtre, c'est le cuisinier ; Ion Saim-Esprit , c'est la fumée d'un plat ^ tes grâces,ce sont les sauces et les ragoûts j ta prophétie, c'est le hoquet de la satiété.
XVII. Va, s'il faui dire la vérité, c'est toi qui es ancien ; puisque tu accordes tant à la gourmandise, tu as raison de réclamer ta priorité. Je le reconnais; à le voir courir incessamment après les grives, arriver des larges plaines de la discipline la plus relâchée, et défaillir dans TEsprit, tu sens toujours ton £saQ, le chasseur de bêles fouves. Si je te présentais encore des lentilles cuites dans lui Tin douâ ttt me vendrais 8ur»le-<hamp tes droits d'aînesse; fou agape ixiuillonne dans la marmite^ ta fm s*échauflfo dans les cuisines; ton espènaacit réside au fond des plats. Mais
quer i'hooueur des dieux, afin qu'Us Us protègent de préCéronoe à tout les autre*.
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ta as encore des agapes plus déiicieva : tes jeunes hommes
dorraeiît avec leurs sœurs. La débauche et la luxure ne sont-elles pas les appendices de rinlcmpérance ? L Apolre savait bien qu'elles Tont ensemble, lorsque après avoir dit : « Marchons, non dans les ivrogneries et les festins, » il ajouta a ni dans les impudiciios et les dissolutions. »
Une preuve honteuse de ta gourmandise, c'est qu^un double honneur est rendu à un double titre à ceux qui président chez toi, puisque TApotre veut qu'on les honore comme frères et comme préposés. Quel est le plus saint parmi tous, sinon celui qui donne le plus aouyent à dîner, sinon rhâte le plus splendide, sincm leplushaidiBuTcur (l ) ? Hommes de chair et qui ne vivez que de la vie matérielle, c'est à bon droit que vous répudiez nos dons spirituels. Si les prophètes plaisaient à de pareils hommes, je n en voudrais pas. Pourquoi donc ne prêchez - vous pas constamment : aMaiigeuiis et buvons^ car nous mourrons demain , » de même que nous, nous n hésitons point à répéter hardiment : Jeûnons , frères et sœurs, de peur que nous ne moiu^îons demain. Revendiquons publiquement chacun notre disci-* pline. Quant à nous, nous tenons pour certain « que ceux «r<pii vivent dans la chair ne peuvent plaire à Dieu, » non pas dans la substance de la chair, mais bien dans les soins, dans lamour, dans les œuvres et la volonté de la chair, l.a maigreur ne nous fait pas peur. Dieu ne donne pas plus la chair au poids, qu il u ne donne l'esprit par me- « sure. » Que dis-je? une chair amaigrie passera plus iacilement, s'il y a lieu, par la porte étroite; une chair débarrassée de ses lardeaux ressuscitera plus promj)iement ^ une chair desséchée résistera plus long-temps dans le tombeau. Que les athlètes et les lutteurs des jeux olympiques s'engraissent, à la bonne heure!. C'est à eux que convient Je luxe de la chair» parce qu^ib ont besoin de force, quoi«
(i) On rougit pour le gvnic Je Tei tuUieu de ce loDg amas d'injures conU-c let e<illiolii|tie$.
que cependant ils se fortifient par Tabstinenoe. Mais nous, autres sont nos forces, autre est notre vigueur, autres sont nos combats. « Car nous ayons à lutter, non contre des « hommes de chair et de sang., mais contre les principau- « tés, contre les puissances du monde, et contre les esprits « de malice. » Ce n'est point par la chair et par le sang, mais par la foi et par 1 esprit de force que nous pouvons leur tenir tête. Au reste, un Chrétien bien engraisse est plus nécessaire probable ment aux ours et aux lions (ju'à Dieu, ou, |X)ur mieux dire, il faudraqu ils exerce à la mai-greur contre les bétes elle&-mémes.