CONTRE LES SPECTACLES
I. Serviteurs de Jésus-Christ, qui travaillez en ce mo- 111 t nt à vous approcher de Dieu (1), vous tous qui l'avez déjà confessé et lui avez rendu témoignage, apprenez sur quelles règles de la foi , sur quels principes de la vérité , siir quelle loi de la discipline repose Tobligation de re* noneer aux spectacles , parmi les autres erreurs du siècle, de peur que tous ne péchiez , les uns par ignorance , les autres par dissimulation. Telle est en effet la sé&uctbn des plaisirs, qu'eUe entraîne Tignoranoe dans la chute, on corrompt la conscience par le mépris du devoir. Pour ajouter à ce double malheur, on se prévaut des maximes des |>aieiis qui, dans cette matière, ont coutume de rai^ sonner ainsi contre nous. Qu'importent à la religion, au fond de l'ame et de la conscience , des consolations exté« rieures accordées uniquement à Toeil et à 1 oreille ? Bîea s'offense- 1- il d'un délassement durant lequel l'homme garde toujours la crainte et le respect qu'il loi doit ? Non, en jouir dsms son temps et dans son lieu n*est pas un crime, niosbn ! Mous ayons dessein de démontrer que ces plat-' airs s'accordent aussi peu avec la religion iréritahie qu'avec la véritable soumission à Dieu. Suivant quelques-uns, les Chrétiens, race d hommes toujours prèle à mourir (2),
(i) Les catécbumèues.
(a) BoMuet a dit ; « Genre d'bominw «bstiné à h morti» et «pl fait ainsi nn Crès-bemi sens.
142 T£aïULLl£N.
se forment à Tintrëpidité par la privaii<m des diTertisse-
menls, afin de mépriser plus facilement la TÎe, en coupant les liens qui pourraient les y enchaîner, cl de ne pas regretter uiio chose qu'ils ont rendue inutile. Ainsi, sur ce fondement, il faudrait haïr sa vie plutôt par les conseils d'une sagesse humaine que par soumission au précepte divin* £n effet , ceux qui persévèrent dans le plaisir ne meurent pour IKeu qu*avec regret. Toutefois, s'il en était ainsi , cette mâle constance devrait déjà savoir gré à ces sages précautions.
IL Alais ce prétexte est dans la boudie de tout le inonde : « Dieu, s*écrie-t-on , et nous Tavouons aussi, « Dieu a créé toutes choses et les a données à Thomme. <i Toutes CCS créatures sont bonnes, puisque leur auteur c( tsl Imi. Parmi elles, il faut ran^^^er tout ce qui compose (( uu spectacle : le cheval, le liuLi, les forces du corps, a les a(^réîiienls de la voix. (Vniséquemnient on ne sau- « r^it regarder comme étranger ou ennemi de Dieu ce qui « est scrrti de ses mains ^ ni comme criminel ce qui n*6Sl « paa renncmi de Dieu, puisqu'il ne lui est pas étranger. «Les amphitliéàtres eux-mêmes, qui ne sont que des « pierres, du ciment, des marbres et des oolonnes, août M Touvragede Dieu, qui déposa.ces matières dans la terre « pour les besoins de l'homme ; il y a mieux : les repré* « seniations n'ont-elles pas lieu sous le ciel de la divi- « niié i » O ignorance humaine, que lu es une habile raisonneuse, surtout quand tu crains de perdre quelque joie de cette nature ou quel(|ue avantage du monde ! £nfin, on en trouve uu grand nombre que la crainte de renoncer au plaisir éloigne plus de notre religion que la crainte de la mort. Car, si insensé que Ton soit , ùn ne redoute pas la movt , tribut inévitable. Mais le sage lui^ même se laisse captiver par le plaisir^ tant il a d'asc^* dant I Sages ou insensés, la vie tout entière est pour«nous dans ce root : le plaisir !
^ue Dieu soit le Créateur de toutes choses; que toutes
TBRTULLIEN. 143
ces choses soient bonnes et mises au service dé rfaommCy jK^rsoime ne le conteste, parce que personne n'ignore ce que la nature sug^^ère d elIeMuéme. Mais quand on ne çoimait Dieu qu à demi, par le droit .de ia natiire et non par celui de radoptioa, de loin et noo de près, on ignore oéoemireiiiem eomniem il nous prescrit d'user, lorsqu*il 4oDiis, et quelle puimiice jalouae tend à adultérer (1) epMptamment les crëatioiis divines, parce que Tcd ne oonnaît ni la 'volonté, ni Tantaifoiiifite de celui qae Ton no connaît qu^imparfaitement. il ne suffît pas de considérer par qui 1 universalité des cLrcs a été créée; il faut encore examiner par qui ils ont été pervertis. Par ce moyen , on reconnaîtra à quel usage ils sont destinés, en voyant à quels usof^es ils ne le sont pas. H y a une (grande diiférence entre la corruption ei Tintégrité , parce qu'il y a une grande différeDce entre le comipcenr et Tauteur.
▲u reste, tons les erimes, de quelque nature qu'ils soient, que ks pftos euansiénies défendent et proacri- Tent fDOBune des dioses indubitablement mauvaiaes, se oonsiNnnient avec les œuvres de Dieu. Vous voulez de* venir bomicide par le fer, le poison et les enebantemenis* Mais le fer est Touvragc de Dieu, aussi bien que les herbes vénéneuses cl les ujauvais anges. Leur auteur les a-t-îl destinés cependant h conspirer contre la vie de Thomme? Loin de là ! il étouffe jusqu'à la pensée de riioniicide par cet unique et principal commandement : a Tu ne tueras point, » De mémé iW, l'argent , Tivoire , le bois, tonuas les matières qui servent à tailler des idoles, qui les phfQa dans le monde, sinon le Dieu créateur du monde ? A-t41 prétendu cependant que le nponde les adorât à son préjudice ? Non , assurément, puisque l'idolâtrie est à ses yeux le plus grand outrage. Qu^y a>t-il parmi les cboses qui offensent Dieu qui ne soit k Dieu ? Mais ce qui Toffeosip cesse dètre l'œuvre de Dieu, et loilense dès quil
144 mmuEN.
cesse de Télre. L'homme lui-même, auteur de toutes sortes de crimes, n'est pas seulement l'œuvre de Dieu; iL est encore son image. Ët cependant il &e&i révolté contre son CréaCtfttr, et dans soo ôorps et dans sou intelligence. En effet, nous n'avons pas reçu des yeox pour les feux de la couciipiscence) des oreilles pour les ouvrir aux mauvais discours, une langue pour la prostituer à la calomnie, une boucbe pour les sollicitations de la gourmandise, la virilité pour la tourner aux 'excès de rinoonrînence, des mains pour les consacrer au vol , des pieds pour courir au crime : notre ame n'a point été unie au corps pour devenir un arsenal de fraudes, de meusonge et d iniquité. Je ne Timagine pas. Ainsi donc , s'il est vrai que Dieu , principe de sainteté , haïsse le mal et jusqu'à la pensée du mai, il suit évidemment qu'il n'a point créé pour des fins criminelles ce qu'il condamne, puisque les vt* stmments de nos Ikutes ne deviennent mauvais que par le mauvais usage que nous en feisons. Nous donc qui , en connaissant Dieu, connaissons également son rival; nous qui avons appris & distinguer le Gréàtenr d*aveo le fliussaire, pourquoi nous étonner et douter encore, puisque i adresse de l ange faussaire ci jaloux, après avoir réussi dès l'origine à faire déchoir de son innrxence Fhomme image du Dieu qui Ta créé et maître de l univers, pervertit et tourna contre le Créateur luutes les facultés que Thomme avait reçues du Créateur pour une destination d'innocence et d'intégrité? li avait vu avec douleur que Tempire sur runiversalité des êtres fût écha à l'homme plutdt qu'à lui-même. Que fit-il ? Il souleva contre le Craateur le roi de la créatioii , afin d'élahlir dans la créatbn son propre domaine.
III. Cette doctnne ainsi exposée contre Topinion des païens, occupons-nous plutôt d'instruire les nôtres. En effet, la loi de quek[ues-uns, soit simplicité , soit scru|>u!e, réclame l'autorité des Écritures pour renoncer aux spectacles , hésitant ainsi à s'abstenir de plaisirs que des textes
tËRXULUËN. 145
prédk et ^uraiéb n'nrteRliraieiit pas auft âerviteursde Dieu« SmoB éoate oona ne trouTons nulle part cette défense : Tu n*iras point au Grque ni au thëàfire^ tu n^aasisteras point il des jeni ni à-des représentations ^ textuellement énoncée
comme les préceptes qui suivent : a Tu ne tueras point; « — tu. n'adoras point d iuia^^c taillée; — tu ne commettt 11*38 jx)int d'adultère^ — tu ne déroberas point. » Mais nous trouvons que cette première parole de David concerne celte défense : « Heureux T homme qui n'est pas entré n dans l'awemblée des impies, qui ne s'est pas arrêté dans n la Toie des pécheurs I et ne s est point assis dans la chaire « de oomiption I » B^ea que le Psalmiste semble aiFoir loué le juM de u aroir pris aucune pan au conseil et à rassemblée des Juifr pendant qu'ils délibéraient sur la mort.du Seigneur, toutefois Tioriture admet toujours une interprétation plus large partout oii le sens moral paraît conforme a celui que {n ésente la lettre, de sorte que ricu u'empeche de prendre ces mots pour une prohibition des spectacles. Si le prophète, en effet, a pu nommer quelques Juifs l'assemblée des impies, à combien plus forte raison l'immense multitude du peuple idolâtre? Les païens sont-ib moins impics, moins pécbeifrS) moins ennemis du Christ que les ittifiid'alofs? Même conformité dans tout le reste. Les spectacles ont aussi leurs voies oii Ton s'arrête. On appelle wùes les dqprés circulaires qui iront en pente et séparent les chevaliers d'ayec le peuple. On appelle aussi chaires les sièges de l'orchestre destinés aux sénateurs. Ainsi, par opposition : « Malheureux l'homme qui entre dans 1 as- « semblée des ia^[)les quelle qu'elle soit, qui s arrête dans « la voie des pécheurs, n'importe laquelle, et s'assied dans « telle ou telle chaire de corruption ! » Prenons ces mots dans un sens général , puisque souvent des paroles qui ne semblent s'adresser qu'à quelques-uns s'adressent à tous. Qu^nd Dieu rappelle ses préceptes aux Israélites , où lemr reprocbe leurs crimes , il a en vue l'universalité des hommes. S'il menace TÉgypie et TÉthiopie d'une piine pro-
chaîne, il condamne du même coup toutes les nations pécheresses. Ainsi toiile nation pécheresse est pour lui 1 .Egypte et 1 Éiliiopie^ c est Tespèce pour le genre. Il en use de même pour les spectacles, qu'il ap^^eUe « raesao* f( blée des impies, a C'est le genre pour Topèpe.
IV. . Mais pourque Ton ne s imagine pas que je cherdie des Utilités, j'inToquerai ra^Unité pàqadëoisÎTad^ iMMre sceau baptismaL Lorsque, demiodus daas VeâvL réfrénéistrice , nous avons lait profession de la foi chradtane, en lui empruntant les paroles de sa M, nous aimns déclaré par notre propre bouche que nous renoncions au démon, à ses pompes et à ses anges. Or, où le démon, ses pompes et ses anges dominenl-iis avec plus d'empire que dans l'idolâtrie? N^esl-elle pas comme le trône de 1 esprit immonde et mallaisant? car je ne veux pas m 'étendre davanta^sur ce point. Si donc je déioontre que lappareil et la magni-^ fiœncedes spectacles reposentsiir Fiidolâtrie, j'aumi établi un préjugé certain que (es en|;agements pris à notfejiap» téme impliquent aussi la renondation aux q^eolacles , espèce ^sacrifice que ridolâtriei>flb>Bk Satan, àse^noipes et à ses anges. Nous remonterons doue à Torigine de cth»> que spectacle en particulier , pour savoir comment ils se sont introduiis dans le monde j de là , nous examinerons les titres de quelques-uns, et les nonis dont ils sont appelés; puis viendront Tappareil et les superstitions qui les accompagnent ; les lieux nous montreront ensuite à quelles divinités ils sont consacrés : et enfin la nature de leurs représentations, quels ontéféletira fondateurs. Si quelqu'une de ces choses est étrangère aux idoles , akws elle n aura pea de commun avec Tidolâtrie ni «vec les aeteenia de notre baptême*
V. LWigine des jeux étant obscnte.^t inconnue à k plupart de nos frères , nous n'ayons dû la chercher ni plu» haut là ailleurs que dans les monuments littéraires des païens. Il nous reste plusieurs de leurs écrivains qui ont traité de cette matière. Quant à l'institutiiw première dca
Digili^uG Uy
jeux, ils racontent, d'après Tlmce , que les Lydiens, sortis de TAsie jious la conduite tl Un Tyrrhénus, qui avait été coiUraint de céder le royaume à son frère Lydus, s'établirent dans TEtrurie. Là, entre autres cérémonies superstitieufies, ils fondèrent des spectacles sous un voile de reU- Les RomaÎDS, après avoir appelé chez eux quelquesnos de ces étrangers , leur eoiprantèrent le spectacle , le temps de la célébration, et jusqu'au ttooi qui ledésîgnaît, Imdij de LfMem* I! est wai que Terrai dérive oe terme du verbe kidere, jouer, se divertîç, comme on disait autres fins les jeux luperdens, parcequ'on lescél^iralt en coulant çà et là. Toutefois , il rattache ces jeux de la jeunesse à la célébration de quelque fête, h la dédicace de quelque temple, ou à queltjue niolil relij^ieux.
Mais qu'importe la question des nnms, lorsque l'idolâtrie est ie principe de la chose ? Ainsi les jeux appelés indietinctement libéraux^ indiquaient visiblement un bomma^ izendu à liber ou Bacchus. C'est à liber que lesvil* la^^î^ les consacraient d*abord, en reconnaissance de rtisage du vin, qu'il leuritpparta, bîenfiât qu'ib lui attribuent. De ïk vient que, dans Torigine, les jeux par lesquels on honorait Neptune fnrent appelés œngiudes; car Neptune est aussi appelé Gonsus. Ensuite un Romulus dédie h. Mars les jeux équlricns. Quelques-uns, cependant, attribuent les jeux consualt s à Rom ii lus, qui les aurait institués en l'honneur du dieu Consus, pour le remercier du conseil qu'il lui avait su?^géré d'enlever les Sabines, afin de les unir à ses soldats. Vertueux conseil assurément, regardé encore aujourd'hui chez les Romains comme chose joste, Intime, pour ne pas dire inspirée par un dieui Ptot-on, en effet, regimier œmme bon un conseil qui, souillé à sa naissance , doit son origine à Tesprit do mal, k la fourberie, à la violence, à nn fivtridde, h on viérilal^ fils de Mars? AujourdHiui encore il reste dans le €îrque, auprès des premières limites, un autel Làù sous terre, et consacré au dieu Consus j il porte cette inscription :
148 lEKTULLlEN.
« GoQSiis préside au conseil, Mars à la guerre) les lares k « rassemblée. » Des prêtres» ornés d*im sacerdoce public , y célèbrent des sacrifices aus nonea de juillet* Le fiamine , consacré à Quirinus, et les vestales, y sacrifient le doozièine
jour des kalendes de septembre. Quelque temps après, le même Ronmlus institue des jeux en I^honneur de Jupiter Férétrien, sur lu montaf^ne tarpéienne, d'où ils reçurent le nom de tarpéiens et de capkolinsj au rapport de Pi son ^ Après lui , Numa Pompilius fonda d'autres jeux à la mé- . moire de Mars e^de la .Rouille, car la Rouille fut ellemêÊae transformée en déesse. Vient ensuite Tullus HostH Hua, puis Anctts-liartius, puis tous les autres» Voulez^ . TOUS connaître le nom, le nombre et les idoles ausquelle» ils dédièrent ces solennités? lisez Suétone em les devanciers de Suétone , qui lui transmirent oeadétaib, Mais voilà qui suffit pour convaincre ces jeux d'orîf^ine idol&trique.
VI. À ce témoignage de Tantiquité se joignent les siècles postérieurs qui, en nous apportant avec eux les dénominations de ces époques, nous attestent , par ces tifTes, à quelle idole et k quelle superstition étaient consacré ces jeux de Tune et de Tautre espèce (1). En effet, ceux qu'on nomme œégaliens, apollrnaires, céréales, neptnnauz, flo* réaies, latiaiies, se cél^rent publiquement cbaqne année. Les autres ont leur motif dins ût naissance, le jour natal, les avènements des rois, les prospérités publiques et les f^tes superstitieuses des municipes. Dans cette catégorie entrent aussi les représentations par lesquelles des légataires honorent la mémoire de leurs parens, coutume qui remonte à une haute antiquité 5 car dès les premiers temps on divisa les jeux en deux classes, les jeux sacrés et les jeux funèbres, ceux-là pour les dieux des nations, et ceuxci pour les défunts. Mais à nous, que nous importe à quel titre et sous quel nom existe cette idolâtrie, pourvu que lea mêmes esprits auxquels nous avons renoncé y exercent
(s) I«B jonx dn Citqm el ém théilre.
nRTfltUfiN
leur empire sous le nom de ces morts ? Qu'ils glorifient leurs dîeoi) cest tocyonrs à des morts qu'ils sacrifient; de fMrtet d'autre, même oonditkxn, même îddàtrie, et pour QOQS mâme pceieslàlion contre l'idolâtrie.
YVL Puisque Torigine de ces doubles jeux est la même , et les dénpminatioiisoQmmuiies, comme profenant de cau^ ses semblableis, il faut nécessairement qu'ils empruntent aux crimes de 1 idolâtrie, leur mère, des pompes qui leur sont communes. Toutefois, ceux du Cirque surpassent tous les autres en mntjuificence : c'est pour eux que semble avoir été i(iiagiu€ le mot pompe. A défaut de ce nom, la profusion des simulacres^ l'armée des images , des chars > des litières 9 des bnuwards, des sièges, des dépouilles, le dirait assez. En outrey que de oérémonies» que de sacrifices précèdent, aœompagnent, infesroppent ces jenxl CSomUen de collèges d'augures ! eombieu de saoenlooes divers! coaoUen de! fonctions mises en moarement! Les habitants de cette Tille où les démons ont étabK le siège de leur empire ne rignorent pas. Que si les provinces dé» ploient dans ces représentations moins de magnificence, à cause de rinférioritë de leurs ressources, en quelque endroit cependant qu'on les célèbre , il ne faut pas perdre de Yue ieur origine : leur berceau fait leur souillure. Ainsi le ruisseau le plus faible est empoisonné par la source dont il sort ; ainsi la branche naissante participe à la mauvaise qualité de.la tige* Qu'importe la pompe oui'indigence? les jeux du cirque, quels qu'ils soient 5 offensent le Seigneur. On n'y promène qu'un 00 deux simulacres, dîtes-YOus! LHdolâtrie réside dans une seuleidole. On n'y iraînequ'un cbar. Fort bien ! mais c'est le char de Jupiter. Toute idolâ» crie, opulente ou pauvre dans aon appareil, est riche et splendide en crimes.
VÏII. Pour en venir maintenant aux lieux , conformé- ■ment à notre dessein , le Cirque est principalement consacré au Soleil ^ son temple est bâti au milieu de l'enceinte , et son image rayonne siir le snmmet de l'édifice, parce
150 TERTULLlEir..
qu'ils ont cru qu'il ne fallait pas enfermer sous une voûte celui qui brille à découvert. Comme ils assurent que ce Spectacle leur vient de Gircé, qui Tiostitua la première en Thooneur du Soleil son père , c'est de Giroé q;u*ils dérivent le nom du Cirque. £q -vérité, ia magicienne a bien servi la cause des déarons et des anges dont elle était la prétresse. GMttbIen didolâtries dans les formes eitérieores da lien lui-même! ReGonnaissex-le.: ehacon des ernements du Cirque est % lui seul un temple. Ici des œvA consaerés à Castor et à Pollux par ceux qui ne rouvrissent pas de croire qu'ils sont nés d un œuf, après la métamorphose de Jiipi^ 1er en cygne. Là , des colonnes vomissent les dauphins de Neptune j elles soutiennent les Sessies qui président aux semailles , les Messies aux moissons , les ïutelines aux fruits : devant chacune d'elles se dressent trois autels dédiés à autant de dieux, aux grands, aux puissants, aux forts. On pense qu'ils sont venus de Samothrace. •
La niasse du ^gantesque obélisque est, comme rassure flermatèle, prostituée au Soleil : ses hiéroglyphes , dénonciateurs de son origine , témoignent que c*est une superstition envoyée par l'Egypte. L'assemblée des démons eût langui dans la torpeur sans la Grande-Mère : aussi vientelle les présider sur le bord de rEuripe(l). Cousus, nous lavons déjà dit, se cache sous la terre, près des bornes Murciennes, dont il a fait aussi une idole. Car on veut que Murtia soit la déesse de rAmour, auquel ils ont élevé un temple dans cette partie de Tédifice* Considère , ô Chrétien ! quelle légion de noms inftmes a envahi le Cirque. Une religion où s'agitent tant d*esprit8 immondes, peut» elle être ta reUgion ?
Puisque noua en sommes sur les lieux , prémions id ^ une demande. Quoi donc , me direz-vous , si je vîsiiftis le Cirque hors du temps des spectacles , courrais-je le risque de m'y souiller?— Les lieux ne sont point interdits en eux-
(i ) Canal cpii cnvinmiuit ie Cirque.
TERTLLLÏÉ*. 151
nlmest on Mrviteur de Dieu peut aller sans péril nonleulemedt aux endrmts où l'on s'assembie ponr ces repré* aenialioiis, nmÎ9 «noore awt lettipks palefins , pourm qu^il «it une tabou lé^ilime , indépendante diis ibnctions ou des propriétés do œ lien. Di'atlleurs , les nles*^ les places pti-» bliquLs, les bains, les hôtelleries, nos maisons même, ne Sont-elles pas peuplées d*idoles? Satan et ses an^es ont rempli le monde. Mais, pour d(M)ieurer cncoîe dans le inonde , nous n*avons punt perdu Dieu : on le perd en participant aux crimes du monde. Pontife , ou simple adorateor, je monte au Gajpttote, ou bien au temple du dieu SègtKfk ; c'est alors que je pemb IKeu ^ de même qne ai je vais an Cimfm Wk an tbëÂM poar en confoDider les spe<> todes. La sâmUare ne Tient pas des lîeùx proprement dits ; die Tient de ce qui se passe dans ces lieux « de ce qm «nriHe les liens mêmes , ainsi qne je Tai démontré : la corruption communique la corruption. Nous rappelons à quelles divinités sont consacrés ces lieux, afin de mieux établir que tout ce qui s'y lait appartient spécialement aux divinités qui y président.
IX. Maintenant, un mot sur la manière dont se représentent les jeox du Giitpie. L'usagé des dievaux , simple aotrefeis et commtin k tous , n'avait rien de cotipable -, mais éepnis qu'il a été appliqué k la célébration des jenx | le présent de la divînilé est devenu rinstrament des démons* Amn iaitKm honnenr de cette invention nonvellè à Castor etàFollnx : Mensare, ainsi que nous Tapprend Srésichorey leur donna des chevaux à cet effet. A leur suite arrive un Neptune , équestre selon les Romains , hippios selon les Grecs. Le cbar à qiuitre chevaux est consacré au Soleil 5 lo cbar à deux chevaux est consacré à ia Lune. Mais 9
Kricihffll le premier, par un eSoti sublime, Om plier au joug quatrà coanim fougueux , Èly porté sur on Au, s'élancer avec «tx*
Or, tneduMi, frnit hidenx de la Terre, qn reçnt les
prostitutions de Minerve et de Vulcam , est un monstre démoniaque , ou plutôt un démon véritable et non un reptile. S'il est vrai que ce ïrochile d'Argos soit l^inveiiteur du char , il dédia son ouvrage à Junon , adorée dans M patrie. Enfin , si c'est Romuliis qui atela le premier un quadrige à Rome, il doit être rangé lui-même an nombre des idoles» puisqu'il se confond avec Quiriiius* Teb onl ëlié les inventeurs des chars à quatre chevaux, le ne m*éionne plus maintenant qu'ils aient couvert des livrées de Tidolatrie les conducteurs de ces chars. Duns TorigiDe , ces livrées n'ctaiciu que de deux couleurs, l'une blanche et consacrée à l hiver, à cause de l'éclat de la neif^e ^ Tautre rouge, et consacrée à Teté, h cause des rayons du soleil. Dans la suite, grâce aux progrès du plaisir et de la superstitioii , le rouge fut affecté à Mars» le bUnc aux zéphyrs» le vert à la terre, mère du genre humûn, ou au printemps ; Fazur au ciel ^ à la mer ou à Tautomoe. Mais Dieu ayant prononcé anathème contre toute esçèce d'idolâtrie» il ne fiîut pas douter qu'il ne condamne aussi ces profimes consécrations aux élâients du monde.
X. Passons maintenant au théâtre, dont lorigine, les litres et Tadministraiion sont les mênjes que ceux du Cirque, comme 1 atteste sa première dénomination de jeux. L'appareil du premier ne diffère presque point de l'appareil du second. Pour se rendre à l'un ou à l'autre, il laut, au sortir des temples» des autels» du sang des victimes et d'un encens criminel , marcher parmi les flûtes et les trompettes SOUS la conduite du désignateur et de Taruspoe» chefs inilmes » l'un des sacrifices f Tautire des funérailles.
De. même que rorigioe des jeux nous a conduit tout à rheure an Cirque , de même, à propos du théâtre^ nous commençons par eiaminer Tinûimie du lieu. Le théfttre» à proprement parler, est le sanctuaire de Vénus. Ce genre d'édifice n'a paru dans le monde que sous cet étendard. Autrefois, lorsqu'il s élevait quelque nouveau théâtre , il
arrivait souvent aux censeurs de le détruire dans Tintérét
TERTOLLIEN. 1$S
des mœurs : ils savaient qu'il y avait péri! immense pour elles dans ces représeatatiom iascÎTes» de sorte que le fiémoîgnage da paganisme lui-même noiis donne gain de cause, et nous apprend à redoubler nou^mémes de sévérité» Yoiyi poorâiioi Pompée le Gnnd, dont la grandeur ne le cédait qu à eelle de son diéltre^ après aivoir bâti cette vaste dtiKlelle de tontes les infamies, craignant pour sa mkamre la vindicte de la censure , convertît IMdifice en sanctuaire (1), puis convoqua par uu édit tous les citoyens à la dédicace de ce qu'il appelait , non plus un théâtre, mais le temple de Vénus. « Nous y avons ajouté, « dit-il, quelques degrés pour les spectacles. » Par îà il couvrit du titre de temple un édifice condamné et cou-damaable, en même teiiipe quHl se joua des lois sous un ^în prëteite de religion.
Le théfttre consacré à Yénos Test égiriement à Baechns : ces denx démons de Tivresse et de la débauche se tiennent par la. main et marchent de front* Aussi le palais de Vénus est-il^ même temps le sanctnaîrede Bacchus. En effet, certaines représeniation s. théâtrales s'appelaient autrefois jeiuc libératiXy non-seulement parce que , dédies à Bacchus, ils étaient la même chose que les djonisiens dis Grecs, mais encore parce qu'ils avaient Baccîius pour ibndateur. Au reste, Bacchus et Vénus ne régnent pas moins sur les.arts auxiliaires de la scène. Par le geste et les mouvements dissolus du corps , infamie particulière à ' la scène comique, de misérables histrions sacrifient leur hoDnenr à Yénns et à BacdMiSf œux-«i en déj^edant leur aeie, oeux4à par d*impudic|iics pantomimes. Quant an reste, musique, vers, insMments et lyre, tout cela est sous la garde des Apollon , des Muses, des Minerve , des Mercure. Disciple de Jésus-Christ, ne riras-tu point des trivolilés dont lu ne peux l'empëcher de iiair les inventeurs?
(i) Il y A ki un dooblfl aena : TertnUleii veut dire oa que Pimipit dMo^M I*inacripUon de l'édifice » on 011*11 y fit ajoater un petit sROctueiie ca l'IioMiév de Véuot.
164 iraTULUSK.
Nous voulons maintenant dire un mot des arts ©t des inventions de ceux que nous détestons jusque sous ces Qoais. Les noms des morts, nous ie «awms, ne sont rien , pas plus que leurs simulaores. MaiS' noas n^ignorons pas ^«fis sont ceux qui , sous oes mm et ces simulacres d empruDt) agÎMot, triomphent, et coutristent' la dÊmiiéf c*€sl<*À-<Ure les esprits maifainnlB au ta démons. Il est manifestefar Ik que les^mons théâtrales sont eonsacrées à ceux qui se sont réfugiés sous le nom de leurs inTen* teurs, et par conséquent que les jeux, dont les fondateurs sont regardés pour cette raison comme dés dieux , sont entachés d iciolâd ie, li y a plus : quant à ce qui concerne ce^ inventions, j'aurais dû établir avant tnut que les démons, prévoyaot dès Torigine que le plaisir des spectacles serait un des moyens les plus actîlb pour introduire dans le monde Tidolâtrie, arracher rhomme k son Créateur et Tenehiâner à leur propre culte, révélèrent eux-^mémes à Thomme ces iaventms criiAinelles* À eux, en efifel, dHn» spiierce qui démit tourner à leur çknrs ! Fdur^enseigifer cette seienoe lalale, ils ne devaient pottït etnployar d*att» très instruments que les hommes sous le nom, le simulacre et ra|xjthéose desquels ils se proposaient de tromper Tunivers.
XI. Pour demeurer fidèle à notre plan , arrivons aux combats athlétiques. Leur origine est h peu près ta même que celle des autres jeux. Aussi les divise-t-on en jeux funèbres et sacrés, là dédiés aux morts, ici aux dieux des natidns : de là leurs titres idolfttriques« Les jeux oàym'» piques honorent Jupiter : à Borne, ils se nomment capi* tolma^ ApolloDUsesjeux pythiens^ Herenlesesnénéens, HeptuiA ses isthméens. (hnntaux autres, Hsiseoflèhfeiit h k mémoira des morts. Qu'y a-t-il d'étonnant que IHdo^ làlrie souille Tappareil de ces jeux? J'y vois des couronnes profanes 5 des pontifes y président ^ des prêtres y sont députés par leurs collèges ; enfin le sang des victimes y coule par torrent. Pour achever ce qui coucerne oe lieu ,
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TSaïUiLIEN.
de même qu'au Girqite oa ao théâtre, s'agitent des bandes tle joueurs Je flntes consacré(\s h xVIinerve, à Apollon et aux Muscs , de uiéiiie des bandes consacrées a Mars anilueot, au bruit de la trompette, les combattants du stade qui est le temple , et le temple même de l'idole dont il iséièbi^ les solennités. Ne aaitroo pas que les Castor, les Hercule et les Mercure sont les inventeurs. de k lutte ? ' , XII. Il nous reste à signaler le. plus fameux et le plué agréable de tous, ks spectacles. On Ta d^abord itfppdé detwr, comme qui dirait office^ parce qn'olfice et dk^dSr signifient la même diose. Les anciens s^imaginatent que ces spectacles étaient un devoir rendu aux morts, surtôut depuis qu'ils eurenl tempéré la barbarie de ces hommages. Autrefois, en effet, ihm la persuasion que le sanaj humain apaisait les ames des morts, on égorgeait sur leurs tombeaux les captifs , ou des esclaves de mauvais alot achetés dans ce but. On trouva convenable, dans la suite, de coavirir des voiles du plaisir cette exécrable impiété. Après ^ue Ton avait instruit ces misérables à maAî^ des annesi qilMIes armes et comment? peu importait, pourm qu'ils apprissent à s'eiitre<-taeiv on les immolait sur d|es tombeaux, le jour marqué pour les sacrifiées funèbt^. C'est ainsi que l'on consolait la mort par Thomicide. Telle fut l'orii^ine du devoir. Peu à [icu il devint d'autant plus agréable qu il fut plus cruel. On ne se contenta plus du fer (1) ^ il fallut que les dents et les ongles des bétes féroces déchirassent le corps de Thomme. Les victimes étaient regardées comme un sacrifie^ en Thonneur des morts : idolâtrie véritable, puisque Tidolàtrie est une es* pèce de culte rendu aux morts» Des deiix cdtési, boonemv funèbres et idelètrie, ou trouve le culte des-raoris. Or, dea démons séjournent dans ks idoles; celi nous conduit à considérer eu ce moment les titres. Qnolqué ce spec^ tacle ait passé de Thonneur des morts à Thonneur des
( I ) Nous avoxis lu fcrrum avec pkttieurs éditions, an lieu de ferunm»
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TnraafSy je veux dire des questeurs, des magistrats, des pontifes et des flamioes , comme ces dignités touchent à Tidolâtrie , tout ce qui se pratique sous le voile de ces dignités doit être nécessairement souillé et corrompu, puisque la source en est infecte. Même reproche à Tappareil qui acc/^mp^rne ces honneurs. La pourpre, les bandelettes, les couronnes, les harangues, les pradamatioDs, les festins de la veille, qu'est-ce que tout cela, mm la pcuape de Satan , sinon 1^ plaisirs des déinons ? Que dii« de ce lieu exécrable, dont les parjures ne rachètent pas 1 mfemie ? £n eflfet, dans l'amphithéâtre siègent des divinités plus cruelles «t pins nombreuses que dans le Ca- ]Mlxde InUméme. Il est le temple de tous les démons. Là aulant d'esprits knmondes que d'hommes. Enfin, pour achever ce qui concerne les arts. Mars et Vénus président aux deux exercicas de l'amphithéâtre.
Xin. Il est sullîsaïnment démontré, j'imagine, en combien de manières les spectacles sont coupables d'idolâtrie, par i orif^ine, les titres, lappareil et le lieu. Quant aux sacrifices , nous sommes certains qu'ils ne c^bviennent nullement à des Chrétiens qui ont renoncé deux fols aux idoles. « Non pas, suivant le langage de l'Apdtre, qu'une a idole soit quelque chose dans le monde, mais parce que « les sacrifices offerts aux idoles s'adressent aux démons » qui habitent dans ces idoles , soit qu elles représentent des morts, ou ce qu'on appelle des dieux. Or, ces deux espèces d idoles étant de semblable nature, puisque morts et dieux ne sont qu une même chose, nous nous interdisons également l'une et l'autre idolâtrie. Nous tenons en égal mépris les temples des dieux et les sépulcres des morts. Nous n approchons pas plus des autels de ceux là, que nous n'adorons ies images de ceux-ci. Mous ne feîsons pas phis de* sacrifices aux uns que d'ofinndes aux autres; nous ne mangeons pas plus la chair des victimes immolées aux premiers que les viandes présentées aux seconds, parce que « nous ne jwuvons nous asseoir en
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« même laemps à la table du Seigneur et à la lable dei « démons. » Si donc nous préservons notre bouche et notre estomac de ces souillures, quel motif plus impérieux en-* core d*élQigner nos yeux et nos oraillés, organes plus aih* gustes, de tout plaisir impur consacré aux morts ou aux idoles, aliment qui ne va pas i>€ perdre dans 1 estomac, mais que digèrent 1 aine et l'esprit. Or, la pureté de l'esprit et de la me est plus agréable aux regards de lUeu que celle du corps.
XIV. Maintenant, quoiqu'il soit établi que Tidolâtrie esl le liand de tous les «spectacles, motif qu'il sul&sait d^exposer pour nous engager à y renoncer^ prouvons-le comme par surcroit » .à cause de ceux qui se prévalent de ce qn*ailcun ttexte fixmd ne défend d*assister aux wpto^ tades, comme si la loi gardait le silence» « dès qu'elle « nous interdit toutes les convoitises du siède. » Sd effet , de même que l'argent, la bonne chère, les honneurs, les voluptés charnelles et lambition, le plaisir a aussi sa convoitise : or, les spectacles sont une espèce de plaisir. Les convoitises, à mon jugement, prises en {général , renferment en soi les plaisirs^ de même les plaisirs, entendus dans une signification générale, comprennent les spectap des. Au reste» en parlant plus haut de la nature de ces lieux, nous avons dit qu*ils ne souillent pas par eux-mêmes, mais par les dioses qui s'y passent : ils boivent le poison de Tîniamie , et le répandent sur les spectateurs.
XY. L idolâtrie, nous l'avons démontré, est le principal motif qui coiidarane ces spectacles : prouvons que tout ce dont ils se composent est contraire aux préceptes de Dieu. Dieu nous recommande d'accueillir avec la tranquillité, la douceur et le calme de la paix , l'Esprit saint , (jui de sa nature « est tendre et doux \ » il nous dëiend de le contrister par la fureur^ la colère, la vengeance et la douleur : comment pourra-t-il s'accommoder des spectacles» qni-ne vont jamais sans le trouhie de l'ame ? Là où il y a plaisir, il y a passion \ autrement le plaisir sendt insipide.
TERTDIXIEN
-là où il y À passion^ arrive aussi la jaloQsie; ratrement la pasnon serait insipide. Or la jabusie traîne avec elle k fureur, la vengeanice , la colère, . la doulear et loat le corté^ des passions incompatibles avec la'rè^e«*ie venr même qv'nne personne assiste aux spectacles avec la modestie et la gravité que donnent les fonctions , Tâge ou le jiaiarel : ne croyez pas cependant que Tame dteineure immobile et sans quelque secrète agilatioii ; on n'éprouve point un plaisir sans affection ^ on n'éprouve [xjiiu cette affection sans en ressentir les effets; ces effets à leur tour allument railection. D'ailleurs si Taffection languit, point de plaisir : dès-lors, quelle coupable inutilité que de se vendre à un lieu oii il n'y a aucun profit k &ire ! Car une action vaine et stérile ne nous convient pas, que je sache. Il y a mieux; on se condamne soi-même en venant sW leoir parmi ceux dont on se déclare Tennemi en ne voulant point leur ressembler. IVmr nous, il ne nous suffit pes de ne rien faire de pareil : il faut éviter même la ressemblance avec ceux qui le lont. « Si tu voyais un voleur, « dit le prophète, tu courrais avec lui. » Plui h Dieu que nous ne fussions pas contraints de vivre dans le monde avec eux ! Mais nous leur laissons les choses mondaines, parce que^ si le monde est k Dieu , les oeuvres du monde sont au démon.
XVL Mou» interdire, la fureur, c'était donc nous interdire toute espèce de spectacles, et le Cirque surtout» dans lequel règne particulièreilient la furmr. Yoyes le peuplade poussant vers ces représentations ! Ouelle agitation ! quel tumnlle !- quel aveuglement ! Quelle anxîélé sur le vainqueur I Le préteur eat trop lent au grc de son inipatience : ses yeux roulent, pour ainsi dire, dans Turne, remués avec les sorts. On attend en suspens le sip^nal du préteur. Une même exfravafjance arrnclie mille cris extravagants. Je reconnais leur démence à la démence de leurs discours. «Il Ta jetée 1 » s'éerieniriis. £t tous de tfanncmcer lëoiproqaenMBt ce que tous ont vu à la fins.
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J*ai en main le lemoif^nage de leur ave uf^le ment : ils ne voient pas ce qni est tombé , ils le prennent poUr une serviette (1)^ mais ce n'est rien moins que l^imagedutiéiiion précipité du ciel dang l'eDl<a% Puis les foreurs, le» aDi<« raosités, les discordes et tout ce qui est iatenfit aux pdiH tîle^tle la paix. De là tant d'impréGaltcms et d'injure, sans haine qai les justifie ; 4aDt de suffrages, sans amoor. qui les provoque. Q«ci profit peuvent eqpérer peur eumêmes des qpectafenrs qui ne sont pas è ens-mémes , si ce n'est peut-être qu ils gagnent de n'être plus à euxmêmes I lis s'attristent du maiheur d autrui -, ils se réjouisseut du bonheur d'autruî. Tout ce qu'ils souljaitcnt , tout ce qui la maudissent leur est étranf^cr. Leur atFection est aussi ?aiae que leur haine e&t injuste. Peut-être serai t-il ptu* pmnh d*aimer sans motif que de hsar iniosiemeQt ? Bu moins Dieu nous défend-il de bair mémejsvec raison , puiaqn'il oons u oidonne d'aimer nos ennemis. » Il noos défend également de mandire qui que œ soit « m^me avec raison :kTu bénin» ceux qui te mamKnsflnt^w dis-îL Mais quoi de plus amer que le Cirque, où les spectateurs n'épargnent ni princes, ni concitoyens! Si quelqu'un de ces empt:>rtements du Cirque est permis au Chrétien, assurément ils lui sont perrais également dans le Cirque : lui sont-ils interdits partout ? ils le sont aussi dans le Cirque.
XVn. Il nous est prescrit au même titre de iialr toute knpiidicité. Ce précepte nous Iferme done le iMàtre, sîe^ partkolier de la diisolntioa « où rien n^est approuvé qae ce qni est doMpproavié partent ailleam. - Aussi emprontefr4l aordinaire son.phis pand charme à la repréNotatien
(i) On dminnit le signal des jeux avor une serviette. Cassiodorc nous apprend l'orip^ine de Cet i]sa<i(C. Un jour que Néron prolon^i^cail sou dîner, Ae peuple soUicitait à grands cris l'ouverture du spectacle. L'empereur voulant ««liabfre catte impalienee, jais U lenrialie qn'il CanaSt k |a onia , pour indiquer que Ton pouvait commeiifiw. La ooulunia ^eu eoiuerva depuis» 11 paratt néaiuiioiiM ptr dctJrers d'Ënnius, que nous devons à tnia citation de TerUiUien, que cet umqb e$t bien plus ancieiàqne Néron^
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de quelque infamie, qu un histrion tascaii traduit dan» des gestes, qu'un ruiiirditri met en relief en abdiquant son sexe sous des habirs d( ictume, de sorte que Ton rougit plus voloatierfi dans l'intérieur de la maison que sur la soèœ.^ mfitmie.enûii, qu*UQ pantomime subit dans son oorps dès sa première jeunesse^ afin de Tensei^ner un jour. 11 y a mieux ; les malheureuses victimes de la lubricité publique soot urainées elles -mêmes sur le thëfttrei d'autant plus infortnnëes quHl leur fiiut rougir en présence des femmes à qui elles araient eu scsin jusqu'alors de cacher leur liontc : on les expose à la vue de loul le monde, de tout âge, de toute condition ; un crieur public annonce à ceux qui n en avaient pas l)esoin, leur loge, leur beauté, leur tarif!.... Mais arrêtons^nous, et n'an'acbons pas aux ténèbres de honteux secrets, de peur qu'ils ne souillent la lumière. Que le sénat lou^psse , que toutes les classes vouffisseiit.! Ces malheureuses qui immolent leur pudeur, en craignant d'étaler au grand jour et devant le peuple rindécence de leurs gestes, savent du moins' rougir une fois Tan (1>
Si tKMS devons avoir en afanmination toute espèce d'jm-
pureté, pourquoi nous 9era-t'<>il permis d*entendre œ qu'on ne pourrait proleier sans crime ? iNe s<ivons-nou3 pas que Dieu <t interdit toute plaisanterie et toute {larole « inutile ? » Pourquoi nous serait-il permis de regarder ce qu il nous est défendu de taire ? Pourquoi les mêmes «choses qui souillent Thomme par la langue, » ne le souilleraient-elles pas également par les yeux et par les oreilles^ puisque les oreilles et les yaix sont les ministres de Tame, et qu'il est difficile que le coeur soit bien pur quand les organes chargés de le servir sont corrompus ? voilà donc le théâtre condamné par Tanalhimc porté contre l'impudicité.
XYIII. Si nous devons mépriser les doctrines de la
(i) Aux sacriikeft de ïkm.
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science mondaine, parce qaelks ne sont a^x yeu|L<ie Dieu ■qu'extra'ragpance , ce précepte nous inieniit suffisamment les 8peeiacleB|^ se déploie tonté 1^ acience mondaîne) je veiuL dire la scène tragique et la seène eonuque. La tragédie »t la comédie étant une éoole de crimes et de dissolutions» de 8afl| et de débauche ^ d*lmpieté et de blasphèmes^ le récit d'une action violente ou honteuse aest pas plus permis que faction elle-même. Ou repousse çelle-cij pourquoi adopter celui-là?
Mais le stade est nommé dans l'Kcriiure , direz-vous ? D'accord ; mais avouez aussi avec moi qu'il est indigne de -vous de regarder ce qui sè passé dans le stade, les coups de pied, les coups de poing, les souffleta elles mille, insolences qui dégradent la majesté de Thomme, image ide Dieu* Vous ne parviendrmc jamais à approuyér ces ooiirses Insensées» ces dBTortspoor hmoer le disque, et ces sauts non moins extravagants ; jamais imis ne louerea cette vigueur inutile ou fatale, encore moins cette science qui travaille à nous donner un corps nouveau, comme pour réformer rœuvru de Dieu, Non, non, vous haïrez ces hniuines que l'on n en j'omisse que pour aninser l'oisiveté des Grecs. La lutté est uue invention du démon : c'est le démon qui renversa ndS premiers parents. Qu'est-ce que le mouvement des lutteurs? Une souplesse semblahle à celle du serpent y vigeurituse pour saisir, oblique pour supplanter, glissante^ pour échapper* Tous n'avee pas faesoia' de cou* vanties ; etipoufqooi rechercher les plaisirs pour miériter des coorotmes ? %
XIX. Demandons maintenant aux Ecritures si elles condamnent Tamphithéàtre ? Si nous |X)uvons soutenir que la cruauté , la barbarie , Timpiété nous sont permises , allons à l'ara phithéâtre. Si nous sommes tels qu'on nous suppose, prenons plaisir au sang de l'homme^ Je vous entrâds : « Il est bon que les scélérats soient punis. Qui peut « le nter, sinon les soélérats eux-mêmes? D!acco«rd$ mais 1 -heÎBnneile bien ne peut se réjenir du supplicè d*un