BE LA FUITE
PENDANT LA PERSÉCUTION; A RàBIUS.
I, Tu m'as demandé dernièKmeDt» mon JneilHutaë Fa«> bios, 6*il est permis <ni non de fuir pendmt la persécution, pbrce qu'il se préparait je ne sais quel événement. Tai écrit quelques mois surcette roàtièrey en tenant compte du temps et du K€ta , et à hi sollicitation de certaines personnes. J*aî emporté avec moi cette ébauche, d'ailleurs fort iucûmplète, pour la remanier ici avec plus de force et de développemènt, puisque tu le désires, et que d'ailleurs les circonstances paraissent le réclnmer. Plus les persécutions sont fréquentes, plus il est à propos d'examiner comment la foi doit les accueillir. H vous importe snrtout de Tczaminer, vous, qui peut-^ être, si vous n*avez pas reçu le Plaraclet, « de qui viennent toutes les vérités, » avez à bon-dvoiiroreille du cœur fermée "à cesqtiestions, comme à toutes les autres. Ainsi, pour mettre de l'ordre dans cette question, bousremarqnons qu^il fiiut commencer par établir la- nature de la persécution elle-même , en cherchant si elle vient- de Dieu ou du démon, afin qu'il nous âûil pluâ facile d'eu déterminer leâ conséquences. Car la
174 TERTDLUEN.
discussion d'un fait devient beaucoup plus claire, quand on en connaît la cause.
On pourrait se contenter de cette fin de non-reccToir : Rien n^arrive sans la Yolonté de Dieu. Mais nous ne voulons pas, en posant ce prinqpe, ouvrir la porte à mille question^ qui nous détourneFflient de la discussion présente, puisque Ton ne manquerait pas de nous répondre : « Le mal ^ le. pédié viennent 4ûnc ausâi de Dieu. Rien « ne Tient donc du démon m de noua-mémes ! » H s*agit en ce moment de la persécution. Ceàtdonc en<par]ant surtout de la persécution, que je dis : « Rien n'arrive sans la <t volonié de Dieu, parce je regarde la persécution comme « digne de Dieu, et , pour ainsi parler, comme nécessaire « pour éprouver ou pour réprouver ses serviteurs. » Qu estce, en effet, que la persécution dans sou but et ses résultats , sinon Tépreuve et la réprobation , k Taide de laquelle le Seigneur a examiné les siens? La persécution est le tribunal devant lequel l'homme est déclaré éprouvé ou réprouvé, .ûr le jugement n'appartient qu à Dieu. C'est le vfn a au moyen duquel le Seigneur purifie son aire a qui ek rÊglise ëllc-méine) en agitant de son souffle ce con^ fus amas de fidèlt», ppiir séparer le finnient .divin dès martyrs d*avec, k paille siépile des apoemts. CeU encove rédiellê que Jacob vit en spn§e,. par laquelle les icaa montaieat au eiel, tandis que les autres desçendaswit veus la terre. Il faut donc regarder la persécQtioii comme uiie arène ? Qui invile au combat , sinon celui qui promet la colironne et les récompenses i' Tu lis dans TApocalypse la proclaLiiatioii tjui uous appelle au combat, et par quelles récompenses il encourage les vainqueurs, ceux surtout qui auront vaincu dans la persécution, après avoir u lutté, non « pas contre la chair et le sang» mais contre les puissances n spirituelles du mal. » Par là tu pourras reconnaître que le jttgç du combat est le même qui invite à la récompense. Tout ce qui se fait dans la persécution , se fiiit à la gloire de Dieu ^ qui éprouve et réprouve^ qui élève «t ipii almm*
Or, ce qui intéresse la gloire de Dieu , n'arrivera aussi que par sa Tolontë. Quand croit-on plus fermement à Dieu^ sinon quand on re4oute davantage, sinon dans temps de la persécution ? Alors i'Ëglke est dans la stupeur. Alors la foi est plus «ctiyei, plus soumise à k règle, plus assidue aux jeûnes, aux Teilles, à la-pri^, aiut exeroicei àe rbnmilité, de la «harité euTers Dieu et le produûit, dévouée à la sainteté et à la tempér^noe en toutes choses. L*hoiiiiiie n*a pour 0kpbiles que la çrainte et Tespéranee* li nest donc pas pamis d'attribuer au démon un événement qui a pour conséquence de purifier les serviteurs de Dieu.
II. w L Iniquité ne vient pas de Dieu, raedirez-vouspeut- « être, mais du démon. Or, la persécution est une criante « iniquité. Quelle iniquité plus criante que de traiter « comme les plus vils criminelfv les pontifes du Dieu vé- « ritable , les adorateurs de la vérité par excellence i La « persécution par conséquent ne semble pouvoir venir que « du démon, père de Vinjipûté, dçmt se ferme la [^eniécii- « tîon. B
Paisfjpet d'une partf la persécution ne peut aUer sans riniqiiilé du démon, m Tépreuve de la foi sans la petsé*» eutiimt nous devons sâymr que Tiaiqnilé est nécessaire k répreuve de la foi^ non pas qu'elle justiSe la pérséeiition,
mais comme instrument: La volonté de Bien qui éprouve la foi est la cause première de la persécution. Arrive ensuite l'iniquité du démon , qui est le moyen par lequel s'accomplit Tépreuve. Dailleurs, autant Tiniquité est Tennemie de la justice, autant elle sert à rendre témoignage à sa rivale, afin que la justice se perfectionne dans Tiniquîté , de même qve^ a la ibrce se perfectionne dans la « fiables^. Car Dieu a. chçîsi les foibles selon le, mondes « poiir.confondre les forts : il a choist les moitfa sages pour « confondre les sages. » Voilà pourquoi il est perrnis à Tinîquité.de lever l^téte., afin qve la justice soit éprouvée et Tiniquité confondue. Son ministère n'est' donc pas le sgéuistère d*un agent libre, mais d*un instvumenl passif •
T£EXULU£N.
L'a;^( Qt, c'est le Sei{ifncur qui déchaîne la persécution pour éprouver la foi; l'instrument , C'est l'iniquité du dénaon qui forme la persécution. L'épreure , au lieu de ve* nir du dt irioiu nous vient par le démon.
Satan n a aucun pouvoir sur les serviteurs du Dieu vivant , à moins que le Sei^eur ne le lui accorde , soit pour lui écraser la tête' par la foi des élus, yicforiease dans Tassaut; soit pour attester que ceux qui se sont rangés sous ae» drapeaux lui appartiennent déjè. Nous avons Texemple de Job que le démon ne put tenter, à moins 'd*en ànÂr r^çu.la permission du Seigneur. Que dis^je? Il' ne put même Tattaquer danif se& biens avant que Dieu lui eût dit : <c Voilà que je te donne puissance sur tmt ce qui est à lui; c< mais ne porte pas ta main sur lui. » EfFectivement , le déiuon n'étendit la main sur Job que quand il eut reçu cette permission ; '< Voilà qu'il est en ta puissance j mais « igarde-toi d'attenter à sa vie. »
De méniL- il sollicita la permission de U ntt r les Apofres ; car de lui-même il ne l'avait pas. Témoin la parole que le Seigneur adresse à Pierre dans l^Ëvan^le : « Voilà que « Satan a désiré te passer au criblé» comme le froment. « £t moi , j*ai prié pour toi, afin que ta foi ne défeillît « pas; » c'est^jinUre , qu^il ne (ut pas donné au démon de pousser répreuve jusqu'à mettré^ta foi en péril. Il soit de là que Tattiique et laprotectbn de la foi sont Tune et Tau-^ tre dans les mains de JH^u , puisque 'Satan lui demande la première et le Fils^e Dieu la seconde. D'ailleurs, le Fils de Dieu» ayant en sa puissance la protection de la foi, qu'il a demandée à son Père, a de qui il a rrvu umie puissance « dans le ciel èt sur la terre, » corn nu ut le démon aurait-il en lui la faculté d'attaquer la foi? Lorsque, dans l'Oraison dominicale, code abrégé de la loi, nous disons au Père : « Ne nous induisez point en tentation , » et quelle est la tentation comparable à celle de la persécution? nous déclarons soi^nellement qiie la tentation vient de celui auquel nous demandons de nous eu préserver.
TMIULLIEN. 177
Voilà pourquoi nous ajoutons : « Mais délivrez - nous du
« mal. » Qu'est-ce à dire? Ne nous abandonnez pointa la tentation en nous livrant à l'esprit du mal. (''est nous arracher aux mains de Satan que de ne pas nous livrer à ses tentations.
Le démon , qui s^appelait Légion , n aurait pas même eu de puissance sur les pourceaux , si Dieu ne la lui eût ac** ooitlée ; comment en aurait*il même sur les brebis du Seigneur ? Je dirai plus ; les soies de ces pourceaux étaient alors comptées, à plus forte raison les cheveux de ses saints. Si le démon parait exercer quelque puissance particulière > ce ne peut être que sur ceux qui n'appartiennent pus an Seigneur 9 sur les Gentik, « qui sont devant « Dieu comme une goutte d*eau dans un vase d'airain y « an grain de sable dans une balance , une vile matière « que la bouche rejette, » domaine qui n*a pas de maître, et livré par là même aux incursions de Satan. Mais sur les serviteurs de Dieu , il n'a aucune puissance en propre. En quel Heu, dans quel temps lui est-il permis de les attaquer? L'Ecriture sainte nous le montre par plus d'un' exemple. Le droit de les tenter lui est accordé par intervalle pour éprouver les justes , soit que Dieu devance ou écoute ses sollicitations, comme dans les exemples précédents. Quelquefois le pécheur réprouvé est livré à ses tortures , comme les criminels au bourreau ; ainsi de SaûL « L*esprit de TEternel se retira de Saûl j et Tesprit mau- « vais le tourmentait par Tordre du Seigneur, v Quelque* fois aussi cette épreuve a pour but de nous corriger. Té* moin les paroles de V Apôtre : « Un aiguillon a été donné' « à ma chair comme un ange de Satan pour me souffle- « ter. » Il n'est permis à Satan d'humilier ainsi les saints par la tribulation de la chair, que pour exercer leur patience « et fortifier leur vertu par le sentiment de leur faiblesse. » Voilà pourquoi le même Apùtre « livre au dé- « mou Phyfrèle et Hermogène. Il veut qu'ils se corrif^^ent, u mais non quiU blasphèment. » Tu le vois, le démon
178 TERTULUEN.
peut recevoir sa puissance des mains des serviteurs de Dieu . Tant s'en faut par conséquent qu'il ait lui-même sur eux quelque puissance.
III. Si la persécution amène surtout avec elle ces tribalatioDS ; si c'est alors que nous sommes éprou vés et réprouvés, humiliés et amend&y il faut bien que ces tentations générales soient ordonnées ou permises par celni qui ordonne ou permet les tentations particulièves } à voir, par celui qui a dit : « G^est. moi qui fois h paix et VL envoie les fléaux, t» c'est-à-dire la guerre; car c'est le contraire de la paix. Or, quelle guerre -plus formidable pour notre paix que la persécution? Si les résultats de la persécution nous aj)p()itent la vie ou la mort, la blessure ou la gaërison , elle a |X)ur auteur celui qui a rendu cet oracle : « C'est moi qui frappe et qui guéris^ moi qui tue « et qui fais vivre. » — « Je les purifierai , dit-il ailleurs, « comme on puriQei argent, et je les éprouverai comme on « éprouve l'or. » C'est qu'en efifét notre foi s'épure au creuset de la persécution. Les voilà ces traits enflammés qui nous brûlent et nous éprouvent , d'après la volonté de Dieu cependant. Je ne sais qui peut en douter, sinon , une foi frivole et Ircnde, une foi qui se glisae à pas timides dans rSglise. Car vous dites : Quand nous nous rendons de toutes parts et en foule à l'église , les Gentils nous dénoncent : nous craignons qu'ils ne prennent ombrage de notre multitude. Mais ne savez-vous pas que le Seigneur est le maître de tous ? Que Dieu le veuille, vous souffrirez la persi ( iif ion ; que Dieu ne le veuille [>as, les nations resteront dans le silence. Tu dois le croire, si tu crois ( n ce Dieu, « sans la volonté duquel un seul passereau nctombc « pas sur la terre. Or, nous valons mieux que beaucoup « de passereaux. »
lY. Maintenant que nous savons de qui vient la persécution , nous pouvons aborder ta demande, et tirer des principes établis plus baut la conséquence qu'il ne faut pas fuir dans la persécution. Car s*il est vrai que la per-
lERTULLIEN* 179
sécution vienne de Dieu, il ne faut , sous aucun prétexte, f uir ce qui vient de Dieu. T>'n illeurs deux raisons nous le défendent. D'abord on ne doit pas éviter, ensuite on .ne peut éviter ce qui vient de Dieu. On ne doit pas Féviter^ parce que cela est bon , puisqu'une chose qui a paru l|onnc à Dieu Test nécessairement. N'est-ce pas pour cela qu'il est écrit dans la Genèse : « Et Dieu vit que cela était faon ? » non pas qu*il eut besoin de voir rceiivre pour juger qu elle étoit bonne, mais pour nous apprendre par là que ce qui a paru bon à Dieu ne peut manquer de Vétre.
Sans doute il y a bien des choses qui , tout en venant de Dieu , arrivent pour le mal de quelques-uns r cela ne les empêche pas d'éire bonnes en elles-mêmes, puisqu'elles viennent de Dieu, en tant que divines et raisonnables. Gomment une chose pourrait-elle être divine sans êlre bonne et raisonnable? Qu'y a-t-il de bon sans être divin ? Qu'importe le juj^ement de chacun ? Le jugement de Thomme n est pas antérieur à l'essence de la vérité, mais l'essence de la vérité au jugement de l'homaie. L'essence est quelque chose d'absolu , d'immuable, qpii, imposant sa loi à Topinion , veut que Ton estime Tessence ce qn*elle esCvéritriileoienl.Si tout ce qui vient de Dieu est bon dans soaessenoe-y car rien ne peut venir de lui qui ne soit bon , parce que chez lui tout est raisonnable et divin ; éy d^aut^ part y cette même chose parait » au jugement de l-boaune, mauvaise , sachons-le ! Tessence est immuable, mais notre jugement faillible. La chasteté, la vérité, la justice, qui déplaisent au plus grand nombre, sont essentiellement Ixjnnes. Faudra-t-il pour cela que l'essence se soumette au jugement?
Il en va de même de la persécution : bonne par ellemême, puisqu'elle n'est rien moins qu'une disposition raifionnabie et divine^ elle déplaît au jugement de ceux pour le mal de qui elle arrive. Tu le vois néanmoins ; ce prétendu mal s'accorde toujours avec la sagesse de Dieu , soit que la persécuticm jette le Chrétien hors des voies du m-
180 TERTULUEN.
lut , soit qu elle tofonie à son profit et à sa gloire. A moiM de soutenir que le Seigneur condanme ou sauve sans raison , qui pourra donc appeler du nom de mal la persécution qui , dans les mains de la sagesse divine , tourne au proiiL du bien , même par le mal qu'elle feit? A quelque titre que la persécution soit bonne , puisque son essence nous est connue , nous avons droit d affirmer qu'il ne fiaut pas fuir ce qui est bon , parce que c'est un péché de fuir ce qui est bon , surtout ce que Dieu a estimé bon. Nous ajoutons d'ailleurs qu il est impossible de l'éviter, parce que c'est Pieu qui l'envoie, et que l'on ne ]uuî se soustraire à sa volonté. Ainsi ceux qui veulent fuir, ou repiodient à Dieu le mal , s'ils fuient la persécution comme un mal 9 car on ne se dérobe point à une cbose avantageuse 5 ou bien ils se croient plus forts que Dieu, puisqu'ils s'imaginent qu'ils pourront édiapper, si Dieu veut qu'il arrive quelque chose de semblable.
Y. — « Mais je fuis autant qu'il est en moi, dit-on, de peur de mt perdre, si je renie ma foi* A Dieu de me rame^ncr au miUeu des persécuteurs que j'ai fuis > si telle est sa volonté !»
Ré|>onds-iiiui d'abord, ila-ia certain ou non que tu renieras tn foi en rie fuyant pas? Si tu en es certain, tu l'as déjà reniée, parce que conjecturer que tu la lenieras, c'est avoir pris rengagement de ce qui établit tes conjectures, et alors tu fuis vainement \xjur ne point apostasier, puisque ton apostasie est consomiinV, si tu doisapo- '
stasier. S, au contraire , tu n'en es pas sûr, pourq lol, cuire deux chances également incertaines, ne pas espérer que tu auras la force de confesser ta foi , admettant la possibilité de ton salut pour ne pas fuif, de même que tu admets la possibilité de l'apostasie pour prendre la fuite ? La victoire ou la défaite sont tout entières entre nos maina^ ou tout entières dans les mains de Dieu. Si la confession ou l'apostasie dc^pend de nous , pourquoi n'embrasserions- . nous pas l'espérance la méilkure, c'est-à-dire que noua
TBRTULLlEMf
confesserons coura[:;( nsement, à moins que tu ne veuilles bien coaiesser, mais sans souârir ? Or» ne pas confesser hautement, c est renkr.
Si, au contraire» tout est entre les mains de Dieu, pour^ quoi nabandonnoDS-iiOQS pas le tout à sa volonté, en re-< conoamaiit la vertu et la puissance de celui qui pe^ également ou ramener le fugitif en face des persécuteurs, ou coump da fûkl» de sa protection ceux qui n*ont pas ' lui , que dis-je ? œuxqui continuent de se montrer au milieu du peuple!^
Etrange conduite vraiinent ! S'agit-il de fuir, tu rends hommage à Dieu , en reconnaissant que tout fugitif que tu es, il peut te ramener au milieu des persécuteurs. Mais s'agit-il de lui rendre publiquement témoif^nage, tu 1 insultes en désespérant de l'elUcacité de sa protection ! Pourquoi , armé de fermeté et de confiance en Dieu, ne dis-tu pas : « Pour moi , je fais mon devoir, je reste à mon poste ; » I>ieu saura bien me protéger, s'il le veut. » Oui, tel est notre devoir , rester en nous remettant à la volonté de Dieu-, pluiàt que de fuir en nous confiant à la nôtre* Le trèMiint martyr Rutilius, ayant fui tant de fois de contrée en contrée pour échapper à la persécution , ayant même cru se racheter du péril à prût d'argent, au inilieu de la . latisse sécurité qu'il avait tant travaillé à acquérir, fut saisi à rimpnmste, conduit devant k gouverneur, appliqué à de longues tortures, sans doute pour châtier sa désertion : enfin il fut livré aux flammes , et remporta par la miséricorde de Dieu la couronne du martyre auquel il se déroba long-teiiip.s. Quel autre enseignement le Seigneur a-t-il voulu nous donner par cet exemple, sinon (|u il ne faut pas fuir, paroe que la fuite est inutile, si Dieu ne le veut pas ?
VI. — Vous vous trompez^ dites plutôt qu'il a rempli le précepte en fuyant de cité en dté.
— Ainsi a voulu raisonner un Chrétien , qui lui-roéme avait pris la fuite ^ ainsi le veulent tous ceux qui refusent
182 TERTULUISN.
de comprendre cfuel est le sens de cet oracle de ]\ûtre-Seigueur, pour en faire un rcmp irt qui défende leur pusillanimité, puisque ce précepu- est assujéti à des conditions de personnes, de temps et de causes. « Lorsque Ton com- « mencera de vous persécuter, dit-il, fuyez de ville en « TÎlli. M Nous soutenons que ce précepte s'adressait persûnnellemeDt aux Ap6tres, ainsi qu'aux lieux et aux circonstances dans lesquels ils vivaient, comme le démontre* ront les textes fnrécédents et suivants, qui ne conviennent qu^aux Apôtres : «N'allez point vers les nations, et n'en- « tresE pas dans la ville des Samaritains ; mab alleE- pkitâl « vers les brebis perdues d'Israël. i> Pour nous, la voie des nations nous est ouverte, puisque le Seigneur nous y a trouvés et que nous y marchons encore ; point de ville qui nous soit lerniéc, puisque nous prcchoDs par tout Tunivers. Aucun soin pariiculici jxjur Israël ne uous est recommandé, sinon que nous devons évanepéliser toutes les nations. De plus, si nous sonmies saisis j>ar les persécuteurs, ce n'est pas devant l'asseinljU^e des Juifs que nous serons conduits, ni dans leurs synagogues que nous serons battus de verges; c est aux puissances et aux tribunaux de Bome que nous serons livrés. Ainsi le précepte de fuir regardait spécialement les Apôtres, parce qu'il fidlait d'abord prêcher devant les brebis perdues de la maison d'Israël. Il était nécessaire que la prédication s'amnnplit là ottello éevait s'accomplir en premier lieu, aânque <i le « pain éà la parole fût distrilmë aux en&nts de la maison ft avant les animaux immondes. » Voilà pourquoi le Seigneur ordonne à ses Apôtres de fuir pour un temps, non pas pour leur apprendre à se dérober a la persécution en elle-même (car il leur prédit qu'ils souflrii-aient des persécutions, et il leur enself^nait à les supporter ), mais dans le but de propager la tlocirine, de peur que s ils eussent été mis à mort sur-le-champ, r£vaugiie ne lut étouffé à son berceau.
D ailleurs, s'ils avaient à fuir dans une autre ville, ce
n^élait point en secret , inais pour annoncer partout la parole, et cons^quemment s-ezposer à de noayelles persëcuûooBy jusqa^ œ qu% eussent rempli la contrée de leurs prédications* « Tous n'adieverez pas, leur dit-il , de par^ « courir toutes les villes dé k' Judée, n Tant il est mi que le précepte de flxir était renfermé dans les limites de la Judée. Pour nous, notre prédication n'est point enfermée dans la Judée, )) depuis que l'Esprit saint a répandu ses effusions sur toute chair. » Aussi Paul et les Apôtres, se rappelant les ordres de leur maître, font-ils cette déclaration devant Israé l, qu'ils avaient déjà rempli de leur doctrine : « C'était à vous qu'il fallait annoncer première- « ment la parole de Dieu ; mais puisque vous la rejetez « et que vous tous jugez vous-mêmes indignes de la vie « éternelle, voilà que nous allons vers les Gentils. » Ils tournèrent en effet leurs pas ailleurs , comme l'avaient institué leurs prédécesseurs; ils marchèrent dans la voie des nations, et ils entrèrent dans les cités des Samaritains, <c afin que leur voix retentit par toute la terre, et que leur ce parole fût portée jusqu^aux extrémités du monde. i» Si la barrière des nations est tombée , si Tinterdiction des villes de Samarie a cessé, pourquoi le précepte de la fuite, qui avait la même origine, n'aurait-îl pas cessé aussi ?
Enfin du jour où Israël lut rassasié et où 1rs AjKkres passèrent chez les nations, ils ne fuirent plus de ville en ville, et n hésitèrent plus à souffrir. Paul lui-même, qui avait consenti à s'échapper de sa prison en se faisant descendre le long de la muraille, parce qu'alors la fuite était obligatoire, sur la fin de son apostolat et lorsque le pré^ cepte n'existait plus, ne se rendit point aux supplications de ses disciples, qui le conjuraient avec larmes de ne point se rendre à Jérusalem, où Agabus avait pi.^it qu'il souffirirait le martyre. Loin de là : « Pourquoi, leur dit-il, <t contristez-vous mon cœur par vos gémissements ? J*ai « souvent désiré, non pas seulement d'être encbidné, maïs (( iuimolé à Jérusalem , |>our le nom de Jésus-G'arist mon
TSRXULUEN.
« Seigaeur. » Alors tous les disciples lui répondirent : a Que la volonté du Seigneur soit faite ! » Ouelle était la volonté du Seigneur? Que désormais on ne se dérobât plus à la pt rsecutlon. Cependant ceux qui auraient mieux aimé que Paul évitât la persécution , auraient pu alléguer le premier commandement du Seigneur qui prescrivait la fuite. Conséquemment, le précepte de îiiir, temporaire sous les Apôtres, ainsi que plusieurs autres de mâme nature, ne peut subsister pour nous, puisqu'il avait déjà cessé parmi nos docteurs, quoiqu'il n*eût pas été donné véritablement pour eux. Ou bien » si le Seigneur a voulu qu'il demeurât toujours en vigueur, les Apdtresont fidlli, puisqu'ils n'ont pas continué de fuir jusqu'à la fin.
YII. Eacaminons maintenant si les autres préceptes dn Seigneur s'accordent avec cette injonction de fuite perpétuelle. D'abord, si la persécution vient de Dieu, comnieut admettre que celui qui nous l'amène nous ordonne de la fuir ? S'il voulait que le Chrétien Févitât, il ferait mieux de ne pas l'envoyer, afin que sa volonté ne parût pas se contredire par une autre volont<: . Ou il veut que nous souf- • frions l'épreuve, ou il veut que nous la fuyions. Si nous
la fuyons, comment la souffrir ? Si nous la souffrons, comment la fuir ? Quelle choquante contradiction dans celai qui nous ordoime de fuir, et nous invite à la soufirance, qui est le contraire de la fuite ? u Quiconque m'avouera « devant les hommes » moi aussi je l'avoumi devant mon « Père. » Gomment l'avouer en le fuyant? comment fuir en l'avouant ? « Celui qui me renonce devant les hommes» « moi aussi je le renoncerai devant mon Père. » Si je me dérobe au martyre , c'est que je rougis d'avouer mon maître. « Heureux, dit-il ailleurs, ceux qui aurcmt souf- <( fcrt la persécution à cause de moi ! » Malheureux , par conséquent, ceux qui en fuyant n'auront point obéi au précepte ! «Celui qui persévérera jusqu à la fin sera sauvé. » Comment peux-tu m'orduiin<.r à la fois de fuir et de persévérer jusqu a la Qn? Une pareille contradiction répugne
'miTULUEIf.
à la sagesse divine. Donc, encore un coup, le ptëoeple de la fuite avait alors sdu but 9 comme nous TaYons dé* montré.
Biais Dieu , nôus dit-on, prenant en pitié la faibleaie de quelques-uns» en vertu de sa compassion n&mmoins, a ouvert la fuite comme un port de salut*
Dieu, sBnsdoule, n*éw pas capable de proléger pen* dant la persécution ceux dont il connaissait la âiblèsse, sans le secours d*une fuite si honteuse, indigne manœuvre des esclaves. Non , Seignear, au lieu d'encourager les faibles, les répudie toujours, en leur apprenant avant tout qu'il ne faut pas fuir les persécuteurs, ou plutôt qu'il ne faut pas les redouter, « Ne craignez point ceux qui tuent c( le corps et ne peuvent tuer Tame; mais plutôt craignez « celui qui peut précipiter lame et le corps dans l'enfer. » Ensuite que dit-«il ^ la pusillanimité ? « Celui qui estime « sa vie plus que moi n'est pas digne de moL Celui qui ne (( porte pas sa croix et ne me suit pas^ ne peut être mon «disciple. » Enfin, dans F Apocalypse, il est si loin de permettre la fuite à la faiblesse» qu'il « lui réserve ime « place dans Tétang de soufre et de feu , qui est la seconde « mort* »
Vin. Le Christ lui4Déme a fui plus d^une Sois la violence, mais par la même raison qu'il prescrivit -aux Apdtres de fuir, jusqu'à ce qu'il eut rempli sa mission. Ce grand œuvre
une fois achevé, nou-^culcmeut il demeura ferme ^ nonseulement il ne demanda point à son Père le seeours de ses anges et de ses léf^ions , mais il blâma Pierre d'avoir tiré le glaive. Sans doute il avoua fc que son ame était « triste jusqu'à la mort >> et ( que sa chair était faible,» pour apprendre d abord par la tristesse de son ame et la faiblesse de sa chair, qu'il réunissait dans sa personne les deux substances humaines» afin que Ton ne supposât pas, comme Tout &it quelques-uns de notre temps, que sa chair ou que son ame était différente de la nôtre ; ensuite pour nous montrer^ après avoir déclaré la nature, de ces
TEITIJLLIEN.
substances, que sans l'esprit elles sont impuissants par elles-mêmes. Voilà pourquoi il ajoute : « L'Esprit est « prompt , » aEn qu au souvenir de ces deux substances» tu reoonnaisses que tu portes en toi-même la force deTesprit aussi bien que Tinfirmite de la chair, et que tu saches par [à en yertu de quel principe tn dois agir, et qui doit comniander, c'estè-dire le plus fort au plus faible, au lieu de prétexter, comme tu le éiis dans ce moment, l'infirmité de la cbair, en dissimulant à dessein la force de l'esprit.
Le CShrist lui-même demanda à son Père « d*ëloigner )i de lui, si cela était posnble, le calice de sa passion. » Eh bien! demande-le toi aussi , mais en demeurant comme lui , mais en te bornant à demaudor , mais en ajoutant avec lui : « Que votre volonté soit faite, ei non la mienne! » Or, si tu iLiis, comment le demanderas - tu , puisque lu . prends sur toi d éloigner le calice d'amertume, faisant ta propre volonté, mais non celle de ton Père?
IX. Les Apôtres ont tout enseigné , tout cvangélisé , conformément à la doctrine de Dieu . Où trouves-tu qu'ils aient rétabli le précepte de fuir de ville en ville? Assurément ils ne pouvaient imposer Td^ligation de fuir, si contraire à leurs propres exemples, eux qui, du fond des cachots et des lies où les avait relégués la persécution, non pas potur avoir fui , mais^pour avoir confessé le Seigneur, écrivaient aux Eglises. Paul ordonne de soutenir les faibles^ bien entendu qu'ils ne fuyaient pas ; comment aurait-on pu soutenir des absents? S'il dit qu'il faut soutenir par la patience ceux qui ont failli par la faiblesse de leur foi , consoler les pusillanimes , ce n'est pas les engagera fuir. Quand il nous reconmiande « de ne pas donner entrée au démon, » il ne nous donne le conseil de fuir, mais il nous apprend à modérer la colère. S'il dit u qu'il faut raclictcr le temps « parce que les jours sont mauvais , » c'est par la sagesse de notre vie et non par la fuite qu'il veut que nous met* tions le temps à profit. D'ailleurs, « celui qui nous ordonne « de briller comme des enfants de lumière , n ne nous or-
donne pas de nous caohelr oomme des enÊins de ténèbres. « Il nons prescrit de rester kieliranlablcs^ » est-ce pour Ittir? « de oeîadre nos reins ; » esN» pour tourner le dos k rÉvangile, ou pour aUer à sa renéontre? Il nous pairie aussi d'armes qui ne seraient pas nécessaires à des fugitif, et parmi elles d'un « bouclier pour repousser les traits du « démon,)) en lui résistant, sans aucun doute, et en soutenant tous ses assauts. Jean nous ordonne « de livrer notre « vie pour lios 1 rères *, » à plus forte raison pour le Seigneur : ce sacrifice ne peut s'accomplir en fuyant. Enfin , se souvenant de son Apocalypse, dans laquelle il avait entendu la sentence prononcée contre les pusillanimes, il nous avertit dans le même sens que la crainte sera réprouvée. « La «rainte , dit- il , n est pas oti est l'amour. «Mais Tamour parfait chasse la crainte; car la crainte « aura pour supplice 1 étang de feu. Celui qui craint n'est « point parfait dans î^amour^ » o^est-indire dans l'amour de IHeu. Or, qui fuira, sinon celui qui craint? Qui crainr dm, sinon celui cpii n'a point aimé? Ifois si vous interrogez l'Esprit (1), quel langage est plus agréable à l'esprit que celui-là ? En efiFet , ce n'est pas à la fuite, mais au martyre, ou peu s en faut, qu'il nous exhorte, si nous voulons être admis au nombre des siens (2). « Il est bon, dil-il , « que TOUS soyez exposés aux regards des hommes. Celui « qui n est pas exposé aux recjards des hommes , est exposé « aux regards de Dieu, ^ie rougissez pas lorsque la justice « humaine vous traduit devant elle. Et de quoi rougir iezn vous? TOUS reencîllez la louange. L'empire de Dieu s'é- « tablit, pendant que les hommes vous Tegardent(3). » De même ailleurs : «Ne demandez pas à mourir dans vos lits, « dans des fièvres aiguSs on des maladies de langueur, n
(i) Montan.
(a) Celle pliraae est susceptible d'un double sons. Quelques commentateurs l'eulendent ainsi : pour citer les parafes. L'Om/^io^nium de Moraau se décide pour le sens que nous avons adopté.
{3) PnophéUes de Moutan.
/rERTmiJEN.
mais plutôt a dans les tortures du martyre , aûn de glori^ » fier celui qui a souffert pour vous (!)• »
X. Mais, ouMiaut toutes les exhortatknis divines, quelques-uns aiment mieux s'appliquer ce rm grec aune sagesse toute mondaine :
Le Midit qui hjêit pvot verair oonbatt»^
pour s*en(uir encore apparemment. Et quand sera -«t- il
vainqueur celui qui est vaincu en fuyant? Quel excellent
soldat il iuurnit au Christ son chef, celui qui, arme de toutes pièces par TApotre, pour le jour de la persécuilon , abaudonne son \^^)s^e aussitôt (jii il entend sonner la trompette de la ] )ersécution ! A ia sagesse du siècle je répoudrai par la sagesse du siècle :
Mourir ««ti-il donc si lerrible 7
Vainqueur ou vaincu, il fiuidra mourir* Si vous reniez votre foi au milieu des tourmens, vous avez du moins lutté contre les su^^lioes. J'aime mieux avoir à vous plaindre qvkk rougir de vous. Un soldat perdu sur le champ de bataille est plus beau qu'un soldat sauvé par la foite. Tu trembles devant un homme^ ô Chrétien ! toi que les anges doivent craindre , puisque « tu jugferas les anges ; » toi que les démons doivent craindre , puisque tu as reçu puissance sur les démons ; toi que Tunivers tout entier doit craindre, puisque c'est en loi que le monde est jugé. Tu as revêtu le Christ, le jour où tu as été bapiisé dans le Clirist. En fuyant devant le démon , tn déshonores le Christ qui est en toi : tu te rends au démon comme un transfuge. Mais en fuyant le Seigneur, tu prouves h tous les fugitifs Tinutilité de leur dessein, il avoit fui aussi le Seigneur ce courageux prophète qui était passé de Joppé à Tarse,
(i) Prophéliei de BfonUn. •
TERTULUEN. fS9
comme pour mettre vuire Dieu et lui T immensité des raers-, lu^iîs je le retrouve, je ne dirai pas dans les ûots, ni sur la terre, mais dans les flancs d'un animal, où il resta trois jours sans pouvoir mourir, ni par là même échapper à Dieu. Qu'il est bien meilleor aenriteur de Dieu celui qui, soit que l'ennemi de Dieu menace, ne prend pas la Doiie devant lui , mais le méprise en se ocmfiant dans la proteo* lion de Dieu \ soit qu'il redoute le Seigneur, n'en est que plus résolu à demeurer,sotts ses yeux» en se disant à lui* même : « Le Seigneur existe, il est puissant : tout TuniTer» « est à lui y en quelque lieu que je sois, n'importe , je siûs « sous sa main : que sa volonté s'accomplisse , je ne me c( retire point ; s'il veut que je périiï6e, qu'il me perde lui- « nièiiie, pourvu que jc me sauve pour lui! J'aime mieux « rejeter sur lui l'odieux de ma murt, en périss;iul par sa a volonté, qu'exciter sa colère, en m éciiappaat jpar la « mienne. »
DL Ainsi doit penser, ainsi doit agir tout serviteur de Dieu, même dans les degrés indérieunif afin de pouvoirs'élever à un degré supérieur, en montant plus haut par son intr^iidité à souffrir la persécution. Mais quand les ohefii, je > veux dire quand les diacres, les prêtres et les évéques euxmêmes prennent la fuite, comment un laïque pouiraTiFil comprendre dans quel sens il a été dit : « Fuyes de ville « en ville ? » Si les che& se retirent , quel est le simple soldat qui voudra les écouter lorsqu'ils conseilleront de ne pas lâclier pied sur le champ de bataille ? Certes, « le bon . « pasteur donne sa vie pour ses brebis, » semblable à Moïse qui , avant que le Christ , dont il était la figure , se fût en- , core manifesté, s'écrie : « Si vous détruisez ce peuple, <( faites-moi périr avec lui. Au reste, puisque le Christ sanctionne ses propres symboles , en disant : a Le mauvais . «t pasteur est celui qui prend la fuite à l'aspect du loup , « et le laisse piller le troupeau, )» un pasteur de cette nature sera chassé de la métmrle, son salaire lui sera retenu . en compensation chi dommage; que dis-je ? son pécule par-
190 TBRTULUBK.
ticulîer lui sera enlevé pour réparer les torts que sa négii<« genoe a occasionnés à son maître* « £a effet, à celui qui «possède, il sera donné; à celui qui n*a pas, même ce (i qa'il semble avoir lui sera enlevé.» Zacharie adresse des menaces semblables : « O glaive , éreiUe-lDi ! va frapper « le pasteur et dispme les brebis ! En ce jour, j'étendrai « ma main sur les posfeurs. » Ézécbiel et Jérémie pour« suivent aussi de leur indignation ces mauvais pasteurs qui, non conittils de se repaître méchamment de la chair du troupeau, le dispersent et Tabandonnent sans ^ide h toutes les bétes féroces de la plaine. Reproche qui n est jamais plus vrai que quand le clerc abaiulonnc ) É^^lise pendant . la persécution ! Quiconque recounoîîr a 1 Fsprit , comprendra qu il s adresse aux pisteurs fugitiis. Or, s'il n'est pas convenable, que cîis-je? s'il n'est pas permis à ceux qui gardent le troupeau , de prendre la fuite à Tapproche du loup (car r Esprit a déclaré mauvais et par conséquent a condamné un pareil pasteur^ op, tout ce qu'il condamne est illicite), il suit de là que les préposés de l'Église ne doivent ptis fuir pendant la persécution. D'ailleurs, si le troupeau avoit le droit de se disperser, il ne seroit pas ' raisonnable d'exiger que le chef du troupeau demeurât, puisqu'il demeurerait inutilement pour défendre un trou* peau qui nWait pas besoin de défense, par la permission qu'il à eue de fuir.
XII. Quant k ce qui concerne ta demande , mon frère bien-aimé, tu as notre réponse et notre exhortation. Mais quiconque examine s'il faut fuir la pcrsérnfion , doit nécessairement résoudre la question qui en déi ivc : S'il n'est pas permis de fuir !a persécution, [leut-on dit moins s'en racheter à prix d ai i;t nt? Je répondrai moi-même à cette difficulté , en commençant par établir qu'il ne faut pas plus se racheter de la persécution que fuir devant elle. Il n'y a ici de différence que l'argent. Si la fuite est une sorte de rachat gratuit, le rachat à prix d'argent ëst une sorte de fuite. Assurément c'est la pusillanimité qui in«
XEaTiLLI£^(. 191
spire ce subterfuge. Tu te rachètes de ce que tu redoutes, donc lu fuis. Ton pied est resté immobile ; mais tu cours dans la personne de ton or. En deux mots , par là même . qpie tu es resté à prix d'argent, ta fuite. est réelle. Mais racheter à prix dVrgent ton corps et ton ame que le Sei- ^ goeur a rachetés au prix de son san^, qnelle lâcheté inr-^ digne de Dieu ! quelle contradiction avec les plans de celm> qui a pour, loi n a pas épargné son propre Fils» afin qu'il <- « devînt anathème pour nous , parce qa^il «voit dit d'«"> « vance : Maudit celui qui est suspendu au hois; «de celui > 4c qui fut conduit à la mort comme une victime ; qui n'oti* {( vrit pas plus la bouche qu'une brebis sous la main qui la K tond ; qui abandonna ses épaules à la flagellation, et ses ({ jt>ucs aux soulUeis; qui ne détourna poiut sou visage de « rignuminie des eiaelials ; qui fut confondu avec les plus « vils criminels, et enlin livre à la mort et à la mort de la (( croix ! » Tout cela pour nous racheter de nos péchés ! Le soleil a été éclipsé par l'éclat de notre rédemption : notre ^ émançipation a vaincu Tenfer lui-même, et notre afiran"* fhjfff iiif ni nous a ouvert les cienx. « Les portes éternelles «sê éônt pour laisser entrer le Roi de gloire , le i
« Seigneur des.vertus, » qui. venait de radieter Thomme' du monde e| de l'enfer pour le replacer dans les oîeux. Quel est donc le rdbelle qui lutte contre lui , que dis-je ?: qui l'insulie et souille misérablement ce qu*il acheta si cher, c'est-à-dire avec le sang le plus précieux? WmSj fuis, plii((Jt que d'avoir de toi des sentiments si basque de payer à vil prix riioiimie qui a coûté si cher au Seigneur ! Le Clirisr l a racheté des anges qui habitent ce monde, des puissances spirituelles du mal, des ténèbres du siècle présent, du jugemtnt éternel , de la mort sans fin* Ët toi, tu voudrais traiter pour lui avec un délateur, avec un soldat, avec quelque juge prévaricateur, entre la tunique et le sein, comme dit le proverbe, radietant ainsi dans 1 ombre celui que le Christ a racheté , que dis-je ? qu'il a affranchi h la face du monde ! L'estimeras*tudonc
TCRTOLLIEN.
libre, et croiras-lu le posséder, à moins d'une rançon aembiable à celle du Seigneur, comme nous lavons dit, à saToîr la rançon du sang? Pourquoi, en rachetant un Chrétien dans lequel réside le Christ, acheter le Christ à un homme? Ainsi essaya de le faire Simon, lorsqu'il offrit de Targent aux Apâtres pour qn'ili lai vendissent TKaprit do Cthvist. Voilà pourquoi celui qui» en se rachetant» achète TEsprit du Christ , entendra aussi ces paroles : « Périsse « am: loi ion argent ! car tu as cru que le don de Dieu « peut s'acquérir avec de l'argent. .»
Vraiment , qui pourrait mépriser un pareil apostat ? En effet, que lui dit le concussionnaire? Donne-moi de l'argent ! Pour ne pas le dénoncer, à coup sûr, car il ne te Tend que ce que tu lui demandes pour ton argent : en le payant, tu ne veux donc pas être livré à la justice ; en refusant d'être livré à la justice , tn rduscs d être mis en évidence. Donc, lorsque ne voulant pasétre livré, tu neveux pas être mis en évidence , tu as consommé Tapostasie par ce refus , puisque tu ne veux pas parjdtre ce que tu es.
Voua vous trompez , dis-tu ! En ne voulant point pa-* rattre ce que je suis, j'ai déclaré que j'étaiis ce que je ne voulais pas paraître, c^est-à-dire Chrétien.
~ Je te conseille à ce prix de revendiquer les palme» du martyre , puisque tu crois avoir généreusement confessé le Christ. Hais non , en te rachetant , tu ne Tas pas confessé. Ou bien tu lui as rendu témoignage peut-être devant un seul homme ; mais en refusant de le confesser devant un grand nombre , tu l'as renié. Je ne veux d autre preuve de ton apostasie que la vie qui t'est conservée. Celui-là est doue un parjure, qui a mieux aimése dérober au péril : car le refus du martyre est une secrète apostasie... Eh quoi ! un Chrétien se sauve à prix d'arfîjent ! Il a des trésors pour se dispe nser de souffrir! Il est riche contre Dieu! Mais le Christ fut riche de son sang pour lui. « Heureux donc a les pauvres, dit-il, parce que le royaume du ciel est à ceux it qui ne peuvent payer qu*avec leur vie. « Si nous ne pou-
ï£aTUiU£N
« vous servir à la fuis Dieu etMammon,^) pouvons-nous être rachetés à la fois par Dieu et par Mammon? Or, qui servira mieux Mammon que rhomme racheté par Mammon ?
Enfin , par quel exemple justifieras- tu ce rachat de la dénonciation ? Quand yoi&-tu les Apôtres , poursuivis par tant de persécutions, 8*en délivrer à prix d'argent? L'ar<gent néanmoins ne leur manquait pas : on déposait à leurs pieds le prix de ses terres; des Chrétiens opulens, hommes ou femmes, mettaient entre leui:s mains des trésors, ou les aidaient dans leurs pécessités? Â quelle époque Onésiphore, Âquiia ou Etienne, leur offrirent-ils jamais une pareille ressource dans les temps de persécution ? Lorsque Félix espérait que les disciples de Paul lui donneraient de Targent pour leur maître, lorsque ce ^uuverneur en avait même glissé quelques mots a l'Apotre , Paul ne donna |xis une obule pour soi-même, pas plus que ses disciples pour lui ; ces mêmes disciples qui , le conjurant avec larmes de ne point se rendre à Jérusalem et de se dérober aux supplices qui lui étaient annoncés , finissent par lui dire : a Que la vo- « lonté de Dieu soit faite ! » Quelle était cette volonté ? qu^il souffrit pour le nom du Seigneur, et non qu'il se radietàt. Car il faut « qu*à Texemple du Christ^ qui a donné « sa vie pour nous, nous donnions la nôtre pour lui , non- « seulement pour lui, mais pour nos frères à cause de « lui. » Par cet enseignement , Jean ne nous dit pas : Tu paieras pour tes frères, mais : Tu mourras pour eux.
Que t'importe pourquoi tu ne dois ni acheter ni racheter un Chrétien ? Telle est la volonté de Dieu. llt'i;ardc la disposition des royaumes et des empires, établie par Dieu, « dans les mains duquel sont les cœurs des roisi » Que de ressources p >nr alimenter tous les jours le trésor public , des cens, des impots, des cotisations, des douanes! Jamais ils n Qnt songé à exiger des Chrétiens une rançon ni à imposer leur foi , quoique Ton pût lever des sommes immenses sur une si grande multitude, qui n*est un secret pour personne.