‹ Les pères de l'église; (volume 2)Chapitre 149 sur 374 · V. Infra, § 72, ix, sub fin · texte numérisé non relu

V. Infra, § 72, ix, sub fin

Pères de l'Église, T. II 13

tin jure avec l'abondance de Chrysostome ! A l'homilète grec il faut souvent deux heures; un quart d'heure suffit plus d'une fois au prédicateur latin. Mais le sermon de Tévêque d'Hippone impose à l'orateur aussi bien qu'à l'auditeur un tout autre effort que le sermon du patriarche de Constantinople.SaintAugustin,quianettementdélimitéson sujet, y avance sans prendre ni laisser le temps de respirer, les yeux constamment fixés sur le but, entraîné par une logique de fer, si abstrait parfois que nombre de ses auditeurs ont beaucoup de peine à le suivre. Saint Chrysostome, lui, se plaît aux digressions; volontiers il s'arrête à cueillir des fleurs sur le bord de sa route ; il fatigue moins, en charmant davantage ; tel de ses sermons semble une mosaïque, formée de morceaux parfaitement indépendants.

S'agit-il d'exposer quelque vérité? La parole de Chrysostome moins tendue, a plus d'effusion. Jamais l'envie ne prend saint Augustin de s'attarder aux exemples et aux images; saint Chrysostome, au contraire, est d'avis que les rapprochements font plus que les analyses philosophiques ou morales, et il possède une incontestable maîtrise à rendre toujours l'idée sensible par l'image et à montrer en toute chose les images de la vérité. Saint Augustin, il est vrai, sait dédommager, sinon ses auditeurs, du moins la partie intellectuelle de son auditoire, par les brillantes antithèses, par de spirituelles alliances de mots et les jeux de mots de toute sorte; autant de figures de langage que Chrysostome relègue à l'arrière-

plan.

Saint Chrysostome, enfin, bien plus que saint Augustin,

a le mérite de l'actualité, au meilleur sens du mot; personne, dans l'exorde surtout et dans la péroraison, ne s'entend mieux que lui à tenir compte des préoccupations du moment, à y rattacher son sujet, à tirer parti des circonstances extérieures.

Les discours qui nous restent de Chrysostome sont presque tous des homélies. Saint Augustin de son côté nousa laissé, outre ses Sermones, nombre à* Enarrationes et de Tractalus sur des textes seripturaires. Mais les deux orateurs représentent des principes exégétiques bien différents.

L'évêque d'Hippone paie largement tribut, pour ne rien dire de plus, à Tallégorisme. Le patriarche de Constantinople, au contraire, un ancien élève de l'école d'Antioche, se montre toujours et partout le tenant de la méthode historique et philologique. Ce qu'il veut avant tout mettre en relief, c'est le sens littéral ; pour y parvenir, habituellement il débute par une introduction historique et il ne dédaigne pas de s'arrêter aux questions de grammaire.

Ainsi, sur Isaïe, i, 22, il n'a garde de condamner l'interprétation allégorique ; mais il préfère le sens littéral comme t plus vrai (1) ». A l'occasion d'Isaïe, v, 7, a c'est une loi invariable de l'Ecriture, dit-il, que toutes les fois qu'elle allégorise, elle dit elle-même le sens de l'allégorie (2) ». Encore sur Isaïe, vi, 6 et s., mention faite de l'interprétation figurée, « pour nous, continue Chrysostome, nous nous en tenons au sens historique (3). »

Bref, sans partager les idées exclusives d'un Théodore de Mopsueste,mais avec autant de netteté que de logique, saint Chrysostome fait valoir ce système de l'école d'Antioche. A coup sûr, il compte parmi les maîtres et les gloires de cette école. Mais, ce qui le caractérise et le distingue, c'est, ici comme partout, le talent d'ajuster ensemble, dans une alliance harmonieuse, la science et la vie, la raison et le cœur. Nul autre exégète n'a su unir autant de solidité, de calme et de froid bon sens dans l'interprétation

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