‹ Les pères de l'église; (volume 2)Chapitre 166 sur 374 · V. Supra, § 56, m · texte numérisé non relu

V. Supra, § 56, m

Les discussions qui s'élevèrent entre Cyrille et Nestorius n'aboutirent pas. Les deux patriarches recoururent au pape saint Célestin, et le pape célébra en 430 à Rome un concile pour examiner la question ; il y déclara Nestorius hérétique et le menaça de déposition, si, dans un délai de dix jours à dater de la réception de la sentence, il ne rétractait pas ses erreurs. Cyrille était chargé de notifier la décision du concile à Nestorius et de l'excommunier, le cas échéant, au nom du Saint-Siège.

Cyrille, de son côté, réunissait dans Alexandrie un concile (430) et lui soumettait une lettre destinée à Nestorius, comme une dernière monition. Cette lettre, après avoir exposé de la façon la plus précise le dogme catholique, se terminait par douze anathématismes , qui démasquaient et acculaient l'hérésie nestorienne. Le patriarche de Constantinople riposta par douze contre-anathématismes ; la grande guerre éclatait.

Les anathématismes de Cyrille n'étaient pas encore parvenus à Constantinople (19 novembre 430) que déjà Théodose-le-Jeune, à la prière de Nestorius, convoquait un concile à Ephèse pour le jour de la Pentecôte, 7 juin de Tan 43i. Le pape s'y fît représenter par Cyrille. Dès sa première session 431, le concile déposa Nestorius, l'excommunia et approuva la lettre synodale de Cyrille avec ses douze anathématismes.

Cyrille était et resta l'âme de l'assemblée ; au milieu des difficultés et des tribulations sans nombre, il sut, à force de prudence, de courage et de fermeté, remplir sa tâche jusqu'au bout. Les évêques orientaux (1), Jean d'Antioche à leur tête, s'étaient séparés avec éclat de la majorité conciliaire et prononcés plus ou moins explicitement en faveur de Nestorius. Un schisme était imminent ; de

1. L'Orient, dans l'acception propre de ce terme était le patriarcat d'Antioche. Ce patriarcat comprenait toute la province civile de Syrie, dont te gouverneur était appelé comte d'Orient. (S. des T.).

son regard d'aigle, Cyrille aperçut le péril, sa modération et sa charité le conjurèrent. Sans rétracter ses anathématismes, il se garda bien d'en imposer l'acceptation aux dissidents ; il promit de les éclaircir, et tandis que d'une main il contenait les ferments de monophysisme dans son parti, aux dépens de sa popularité, de l'autre, en 433, il signait avec les évêques orientaux une formule d'union, rédigée selon toute apparence par le savant Théodoret de Cyr, et qui reconnaissait, non sans insister sur la distinction des natures, la divine maternité de Marie.

C'en était fait officiellement de la dissidence des évêques syriens ; Cyrille dut néanmoins consacrer le reste de sa vie à en étouffer les derniers germes. Il mourut le 27 juin 444.

Dans l'histoire des dogmes, pas un Père grec, saint Athanase excepté, qui puisse rivaliser avec Cyrille d'influence et de gloire; de tous les Pères de l'Eglise, saint Augustin est le seul dont l'Eglise entière, par la voix des conciles généraux, ait invoqué avec autant de respect les ouvrages et proclamé aussi souvent l'autorité doctrinale.

III. L'ouvrage contre Julien. — On peut ouvrir la liste des écrits de Cyrille, par son Apologie du christianisme contre les livres de C athée Julien (1). Cet ouvrage, dédié à l'empereur Théodose II, ne parut que vers l'an 433. Les trois livres de Julien Contre les chrétiens remontaient aux années 362-363; mais au v° siècle, ils devaient encore jouir sur les esprits hostiles au christianisme d'un singulier crédit, et « faire beaucoup de mal ».

Il est à croire qu'originairement, Y Apologie de saint Cyrille contenait trente livres; nous n'avons plus que les dix premiers ; des dix livres suivants, il nous reste des fragments grecs ou syriaques.

Les dix premiers livres battent en brèche le premier

j 1. Miciw, P. G., lxxvi, 503-506.

livre de Julien et s'occupent à leur tour des rapports du judaïsme avec le paganisme, puis de ceux du christianisme avec la religion juive et avec les cultes païens. Le christianisme, au dire de Julien, n'est qu'un judaïsme dégénéré, avec un alliage d'éléments hellénisitiques. Cyrille suit pas à pas son adversaire, et, à l'exemple d'Origène dans sa réfutation de Celse, il reproduit exactement le texte de Julien ; sans lui nous ne saurions à peu près rien de l'œuvre, aujourd'hui perdue, du misérable empereur.

Cherchons bien moins dans le travail de l'apologiste, l'aisance et l'élégance du style que la précision des termes et l'impitoyable logique du raisonnement.

IV. Théologie polémique. — Les écrits théologiques de Cyrille ont tous, sans exception, les allures et le ton de la polémique.

Les premiers en date sont les deux grands ouvrages sur la Trinité : l'un, le Livre des trésors (1), en trente-cinq articles OU thèses, l'autre, rcepi «-(ton; te xat âpouuaio'j Tpidtôôç (2),

en sept dialogues, où l'interlocuteur de Cyrille est un de ses amis, du nom d'Hermias. Ces deux ouvrages sont dirigés contre les Ariens et vont avant tout à prouver la divinité du Fils. En comparaison des autres travaux christologiques du même auteur, la théorie de l'union des deux natures en Jésus-Christ y accuse je ne sais quelle imperfection et quel vague de style comme de pensée.

Un autre travail sur la Trinité (3), plus court et d'accent populaire, une trouvaille du cardinal Mai, doit être tenu pour apocryphe. C'est, à n'en pas douter, la première partie (4) d'un plus long ouvrage, dont le cardinal Mai nous a aussi rendu la suite, en exhumant l'écrit De tin-

i. P. <?., LXXT, 9^54.

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