‹ Les pères de l'église; (volume 2)Chapitre 263 sur 374 · Six capitis ». Prœfat. v · texte numérisé non relu

Six capitis ». Prœfat. v

d'y vivre désormais pour Dieu et pour son salut. Dans les premières années du v* siècle, il lit un voyage à Rome ; il y survécut peu; on ne connaît ni le lieu, ni la date précise de sa mort.

A Tâge de cinquante-sept ans, en 404 ou 405, Prudence réunit et fit paraître ses œuvres, qu'une foule de manuscrits nous ont conservées. Ecoutons-le, vers la fin du Prologue, résumer et caractériser nettement ses divers ouvrages : « Enfin, mon âme pécheresse dépouillera sa folie; si je ne puis honorer Dieu par mes actions, je veux du moins le célébrer dans mes vers. Avec mes hymnes je sanctifierai les heures du jour, et la nuit ne restera pas en arrière pour chanter le Seigneur. Je veux lutter contre l'hérésie, défendre la foi catholique, abattre les autels, des païens: je veux jeter l'invective, ô Rome, à tes idoles; consacrer un poème aux martyrs et chanter la gloire des apôtres. »

L'œuvre de Prudence comprend sept poèmes, qui, hormis un seul, portent tous des titres grecs. On y reconnaît aussitôt deux parties fort distinctes, qui diffèrent par le choix des sujets comme par celui des mètres dont l'auteur s'est servi : Tune contient ses poésies lyriques, l'autre, en vers hexamètres, ses poèmes didactiques et polémiques.

C'est par un recueil d'hymnes que s'ouvre le volume. Le Cathemerinon (chants pour toute la journée) nous offre douze odes pieuses en neuf mètres divers, destinées à célébrer et à sanctifier les diverses heures de la journée et certains jours de la semaine ou de l'année, la pratique du jeûne, les funérailles chrétiennes, les solennités de Noël et de l'Epiphanie (!). L'autre recueil des poésies lyriques de

1. Ici Prudence a visiblement imité saint Ambroise ; avec son cadre, il lui a emprunté dans l'exécution plus d'une idée, plus d'un détail. Mais la brièveté de saint Ambroise tranche avec l'ampleur de Prudence. L'évêque de Milan, un homme de gouvernement, ne perd jamais de vue le but qu'il poursuit ; Prudence, un poète, ne veut pas seulement édifier le public, il veut aussi lui

Prudence, le Peristephanon ou livre des couronnes, forme l'avant-dernier livre du volume. Les quatorze pièces qu'il renferme, dont quelques-unes ont l'étendue de véritables poèmes, sont consacrées à redire, dans les mètres les plus divers, la passion et la gloire des martyrs d'Espagne, de Rome et d'Italie.

Visiblement, les deux recueils, tout inspirés du dogme chrétien, se rattachent par un lien étroit à la vieille liturgie de l'Espagne. Ils ont été les premières et les meilleures assises de la renommée du poète. Les strophes enflammées de Prudence jaillissent du fond de son cœur, portées sur les ailes d'une ferme foi et d'un ardent amour, dans une langue étincelante d'images et de couleurs. Prudence a rompu décidément avec les traditions de Gommodien ; il reste fidèle dans sa versification aux règles et aux souvenirs de l'époque classique. Chez lui, le style rivalise pour le moins de pureté avec celui des poètes païens de son temps, hormis Claudien. On a reproché, non sans raison, à l'auteur du Peristephanon tant de peintures raffinées d'horribles supplices (1).

Dans ses poésies dogmatiques et polémiques, Prudence manie le vieil hexamètre avec une aisance remarquable. On y dislingue trois poèmes : Y Apothéose défend la divinité de Jésus-Christ contre les objections des Pat ri passiens, des Sabelliens, des Juifs; YHamartigénie bat en brèche le dualisme des Gnostiques, surtout celui de Marcion, et montre la source du mal dans la liberté de la créature ; les Deux livres contre Symmaque vont, le premier à combattre le paganisme en général, le second à

plaire. Là où l'évoque se contente d'un trait, le poète fait un tableau ; ce qui n'est chez Ambroise qu'une allusion, devient, sous la plume de Prudence, un long récit. (N. des T.).

1. C'est véritablement, remarque M. Boissier, La fin du paganisme, t. H, p 143, un goût du pays. Il y avait déjà des descriptions semblables ches Sénèquc et chez Lucain ; et, plus tard les peintres espagnols ne nous les épargneront pas dans leurs tablaux. (S. des T.).

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réfuter, après saint A mb roi se, la fameose requête, dans laquelle le Préfet de Rome (f vers -W5) avait demandé le rétablissement de l'autel de la Victoire au Sénat. Cette réponse à Symmaqae fat écrite à Rome dans les années 402-404 ; peu d'apologies chrétiennes respirent pi os de conviction, pins de chaleur, plus de sincère enthousiasme (1), et de nos jours, on Ta fréquemment signalée comme le chef-d'œuvre do poète.

En ce qui touche YApothéose et VHamartigénie, il est malaisé, faute d'en connaître assez la genèse historique, de les apprécier d'une manière définitive. Des deux poèmes, Rœsler (1880) fait avant tout deux machines de guerre contre l'hérésie de Priscillien (2). C'est aussi le rôle qu'il assigne à la Psychomachie, tableau brillant et animé des batailles dont l'âme est l'enjeu, entre les vertus chrétiennes et les vices païens. On range cette œuvre en vers hexamètres, tantôt parmi les poèmes didactiques, tantôt, à cause de l'action qui s'y déploie, parmi les épopées. La Psychomachie dut être fort goûtée des contemporains du poète; elle ouvre, dans la littérature de l'Occident, le cycle des compositions purement allégoriques, et l'influence en a été grande sur le Moyen âge et sur son symbolisme.

Les dernières pages du volume de Prudence contiennent, sous le nom de Dittochœon, un recueil de quarante-

\. On admire la courtoisie du poète envers Symmaque ; pas un mot qui l'irrite ou le puisse blesser. On sent que le poète aime vraiment lame de son adversaire et s'efforce do la disputer à l'erreur. Aussi bien, les polémiques religieuses do la fin du it° siècle, sont-elles rarement déshonorées par l'injure et rinvcctlvo ; généralement elles n'empochent pas entre les adversaires des rapports polis, presque affectueux. 11 faut remarquer encore le patriotisme romain d'un poète si profondément espagnol par son caractère. Gomme saint Jérôme, comme saint Augustin, comme saint Paulin, etc., l'Espagnol est devenu Romain do cœur comme de nom, et, sans désespérer peut-être d'un certain réveil de sa nationalité, il n'entrevoit pas de plus grand malheur dans l'avenir que de cesser d'être Ilomain. (N. des T.).

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