Ibid., xvi, 10, 22 : col
§ 42. — coup d'œil général 3
mules abstraites et d'étudier sous leurs divers aspects, aux clartés de la philosophie, les mystères de la Trinité et de l'Incarnation. Une première phase, que va fermer le deuxième concile œcuménique de Constantinople, en 381, verra les dogmes de la divinité et de l'humanité du Rédempteur sortir plus lumineux dés nuages que les Arius, les Macédonius, les Sabellius, les Apollinaire avaient amoncelés à F envi (t). La seconde phase, qui se prolonge à travers les querelles du nestorianisme et de l'eutychianisme jusqu'à Tan 451, précise les rapports du divin et de l'humain dans l'homme Dieu, et les six cents Pères de Chalcédoine proclament l'union sans mélange et sans confusion des deux natures en une seule personne.
III. Ecoles de théologie. — Dans ces circonstances la science théologique devait prendre, et elle prit en effet, au iv6 et au vf siècle, un puissant essor, A couvert des violences du dehors, elle put se déployer à Taise et produire de riches moissons ; la lutte contre l'hérésie lui fournit un nouvel aliment. Dans le champ clos de la théologie, on vit s'élever, en des contours plus saillants et plus nets qu'aux siècles passés, différentes écoles, chacune avec son esprit, toutes avec des divergences plus ou moins graves, qui allèrent jusqu'au contraste, jusqu'à l'antagonisme. On distingue au premier coup d'œil et d'une façon précise trois écoles et trois esprits.
La nouvelle école d'Alexandrie, les yeux fixés sur Origène, marche par une voie nouvelle au même but que lui. Elle se garde soigneusement des écarts et rejette notamment le subordinatianisme de son illustre devancier. Sans relâche, elle travaille à se rendre compte des dogmes et à étayer des données de la philosophie les vérités de la foi ; mais elle tient expressément la foi pour la norme immuable de la science. A la tête de cette école apparaît
1 . Sur l'arianisme et sur les erreurs de Macédonius, de Sabellius et d'Apollinaire, v. Infra, § 43.
saint Athanase. Avec les trois docteurs de la Cappadoce, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze et saint Grégoire de Nysse, la gloire de l'école atteint son apogée. Saint Grégoire de Nysse, toutefois, professe sur la résurrection les idées d'Origène, et, plus tard, Didyme l'aveugle aussi bien qu'Evagre le Pontique encourront l'anathème, pour avoir soutenu les thèses origénistes sur la préexistence des âmes et l'apocatastase. Le prétendu Aréopagite sait allier une rigoureuse orthodoxie avec de très larges emprunts à l'école néoplatonicienne, Synésius de Cyrène, au contraire, sous sa robe d'évêque, demeure a grec de la tête aux pieds. » Au-dessus d'eux enfin, saint Cyrille d'Alexandrie fait revivre, sur son siège et dans son rôle, la grande figure d'Athanase.
Au pôle opposé se dresse Y école dAntioche, nommée d'ordinaire l'école des exégètes, parce que c'est avant tout à l'exégèse qu'elle s'est adonnée. L'école d'Antioche, réprouvant la passion des Alexandrins pour l'allégorie, tient décidément leur méthode pour l'ennemie mortelle d'une saine exégèse ; elle ne veut recourir qu'à la méthode objective ; c'est à l'histoire et à la grammaire qu'elle demande l'interprétation du texte sacré. Les envolées de l'école d'Alexandrie n'excitent chez elle que méfiance et humeur ; ici, point de sentiment profond, nulle tendresse de cœur ; le dernier mot est toujours au bon sens, ennemi des excès et amoureux par dessus tout de la mesure.
L'école semble avoir eu pour fondateur le martyr saint Lucien (1), le maître d'Arius. Parmi ses plus illustres représentants, elle compte Diodore de Tarse, saint Jean Chrysostome, Théodore de Mopsueste, Polychronius et l'évèque de Oyr, Théodoret. La plupart des membres de l'école, Théodore de Mopsueste à leur tête, s'engagèrent dans les voies du rationalisme, au point de contredire la