Cf. supra, § 29, xvm
§ 42. — coup d'œil général 5
doctrine traditionnelle de l'Eglise. Ce fut précisément du faîte de sa gloire (370-450) que l'école d'Antioche versa presque toute dans le nestorianisme. La lutte de saint Cyrille et de Nestorius ne fut guère que le dernier acte, le dénouement du long conflit des deux écoles rivales, des deux esprits d'Antioche et d'Alexandrie.
A côté de ces deux écoles, le iv* siècle en voit surgir une autre, caractérisée par sa tendance exclusivement traditionaliste, ennemie déclarée de la spéculation philosophique. Elle commença par s'acharner contre Forigénisme ; elle finit par s'inscrire en faux contre les droits de la science et de la critique. Dès le ni0 siècle, nombre d'écrivains ecclésiastiques, et notamment saint Méthode, avaient énergiquement et justement protesté contre plusieurs thèses d'Origène. Mais, dans la réaction qui monta, sous la conduite de saint Epiphane, à l'assaut de l'origénisme, les intérêts de personnes parlaient plus haut que les intérêts de l'Eglise ou de la science, et l'on s'abaissa plus d'une fois à des moyens inavouables. Les querelles origénistes dénonçaient une crise de la théologie grecque. A dater du milieu du ve siècle, l'esprit de vie commence à délaisser l'Orient.
Sur l'école d'Antioche, V. Hornung, Schola Anliochena de Scripturae interpretatione quonam modo sit mérita, Neuetadt, 1864, in-8°. — H. Kiho , L'importance de l'école d'Antioche sur le terrain de V exégèse, Wurtzbourg, 1866, in-8°. — Hergennœther, V Ecole d'Antioche, Wurtzbourg, 1866. — H. S. Nash, The exegesis of the School of Antioch, dans le Journal of bibl. Utcrature and exegesis, 1892, t. XI, p. 22-37. — A. Barrent, Les écoles d'Antioche, essai sur le savoir et renseignement en Orient au ive siècle après Jésus-Christ, Paris, 1898, in-12.
IV. La littérature ecclésiastique : Prose. — La période où nous entrons est l'âge d'or de la littérature patristique. Dans presque tous les domaines de la science règne une
infatigable activité; plus de terres incultes, plus de champs en'friche.
Apologétique. — Le caractère et le ton de l'apologie se sont, avec la'situation de l'Eglise, sensiblement modifiés. Les rôles sont intervertis, l'accusé se fait accusateur et de la défensive passe à l'offensive. Le côté polémique, aux mains des] apologistes antérieurs, était communément resserré dans les limites des besoins de la défense ; il empiète maintenant sur les autres côtés et les déborde.
Il y a sans doute encore plus d'une attaque à repousser; saint Grégoire de Nazianze, saint Chrysostome, saint Cyrille d'Alexandrie, Philippe de Side, vengent leur foi des railleries et [des calomnies de l'empereur Julien. Eusèbe de Césarée, Apollinaire le Jeune et Macarius Magnés se mesurent avec le néoplatonicien Porphyre ; Eusèbe prend à partie Hiéroclès ou plutôt Philostrate. Mais dans leurs apologies d'un caractère général, Eusèbe, saint Athanase et Théodoret songent bien moins à défendre la vérité qu'à réfuter l'erreur.
Les Juifs en particulier essuient les attaques d'un saint Grégoire de Nysse (?), d'un Diodore de Tarse, d'un saint Chrysostome. Le système du Perse Manès (f vers 277), qui, sousjun voile chrétien, présente au fond les idées dualistes de la Perse, rêvant un royaume de lumière et un royaume de ténèbres avec leurs séries respectives d'Eons, se propageait rapidement au ive siècle dans l'empire romain. Il provoqua nombre de passes d'armes et de réfutations.
Polémique et synthèses théo logiques. — La littérature théologique se consacre avant tout aux questions doctrinales qui passionnent le plus les esprits, et prend décidément les allures et le ton de la polémique. Au ive siècle, on voit, entre autres, Eusèbe, saint Athanase, les trois docteurs de la Gappadocè, Didyme l'aveugle et saint Epiphane guerroyer contre l'hérésie ; au v* siècle, saint Cy-
§ 42. — coup d'œil général 7
rille d'Alexandrie et Théodoret leur succèdent dans le combat.
Saint Denys dit l'Aréopagite embrasse, d'un coup d'œil vaste et sûr, toutes les parties de la science théologique et en ébauche la synthèse dans une suite d'ouvrages qui, pour la plupart, sont malheureusement perdus. Le précis de théologie que Théodoret avait annexé à son histoire des hérésies, nous offre également un essai de synthèse théologique et mérite, à ce titre, une particulière mention. Nous devons quelques chapitres de théologie positive à la plume de saint Cyrille de Jérusalem, de saint Grégoire de Nysse, de saint Epiphane.
Théologie scripturaire. — La critique textuelle des Livres saints est abandonnée. Personne, à l'exception sans doute de saint Epiphane, n'entend plus l'hébreu. L'archéologie biblique, qui avait attiré déjà l'attention d'Eusèbe, est redevable au saint évêque de Salamine de précieux travaux.
Saint Grégoire de Nysse eut occasion d'expliquer et de justifier les règles herméneutiques de la nouvelle école d'Alexandrie. Les principes de l'école d'Antioche furent exposés et soutenus par Diodore de Tarse et par Théodore de Mopsueste en des écrits spéciaux. L Introduction aux Saintes Ecritures d'Adrien, un vrai manuel d'herméneutique, est animée du même esprit. Hors du ressort de l'école d'Antioche, la méthode allégorique prédomine partout. C'est de l'allégorisme que s'inspirent, dans leurs Commentaires, notamment Eusèbe, saint Athanase, saint Grégoire de Nysse, Didyme l'Aveugle, saint Cyrille d'Alexandrie. Les exégètes d'Antioche témoignent presque tous d'une rare fécondité. Entre les commentaires proprement dits, ceux de Théodoret se signalent par leur éminente perfection de forme et de fond ; mais saint Chrysostome, dans ses homélies, fait preuve d'une science exégétique pour le moins égale.
Histoire de rEglise. — Les études d'histoire ecclésiastique, inconnues des trois premiers siècles, atteignent d'un bond à leur apogée. Au berceau de l'histoire de l'Eglise on aperçoit Ëusèbe. Il a pour continuateurs Socrate, Sozomène et Théodoret. L'anoméen Philostorge écrit son Histoire de rEglise avec les passions et dans l'intérêt de la secte arienne. Nombre d'historiens du ve siècle, Philippe de Side, Hésychius de Jérusalem, Timothée de Béryte, Sabinus d'Heraclée, sont aujourd'hui perdus. Le macédonien Sabinus publia, le premier, une histoire des conciles. L'histoire des hérésies occupa saint Epiphane et Théodoret.
Théologie morale. — La littérature ascétique et morale fut très cultivée et très en vogue au sein de ce monde monastique dont l'Egypte, la première, vit la puissante éclosion, et dont les essaims peuplèrent tour à tour, à la voix de saint Hilarion, la Palestine, à la voix de saint Basile le Grand, l'Asie-Mineure. Saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, saint Ghrysostome écrivirent des manuels ascétiques à l'usage des clercs ou plutôt des moines. Ce fut à peu près dans le même but, dans un but d'édification, que saint Athanase publia la Vie de saint Antoine, que Timothée d'Alexandrie et Palladius firent paraître leurs Vies des Pères du désert. Les Catéchèses de saint Cyrille de Jérusalem, les homélies et les sermons de saint Chrysostome éclipsent de leur éclat toutes les œuvres du même genre.
V. Littérature ecclésiastique : Poésie. — A partir du iv0 siècle, l'Eglise, par sa poésie et dans ses chants, dispute la palme au paganisme mourant. L'Eglise grecque pourtant reste en arrière de l'Eglise syriaque et de l'Eglise latine, Arius composa des chants populaires, pour répandre ses opinions théologiques. Les deux Apollinaire de Laodicée, Nonnus (?), l'impératrice Eudocie, s'évertuèrent, sans trop y réussir, à jeter sur des pensées chré-
§ 43. — l'arianisme, etc. 9
tiennes le manteau des vers antiques. Au premier rang de ses poètes durant cette période, l'Eglise grecque salue saint Grégoire de Nazianze et l'évêque de Cyrène, Synésius. On ne rompt pas généralement avec l'ancien mètre. Mais saint Grégoire ne laisse pas ici et là d'employer une forme nouvelle, qui se gravait mieux dans les oreilles et dans le cœur du peuple. Le mètre, dans cette poésie nouvelle, est remplacé par le rhythme; de la distinction, des syllabes longues et brèves il n'y a plus trace ; l'accent tonique est devenu le seul principe d'harmonie.
§ 43. — UArianisme, V hérésie de Macédontus, le Sabellia-
nisme} C Appollinarisme .
I. Arianisme. — A la christologie de saint Lucien d'Antioche se rattache, comme le fleuve à sa source, l'hérésie d'Arius, prêtre d'Alexandrie, mort en 336. Lucien avait été le maître d'Arius, et sa christologie, malgré les ombres qui l'enveloppent, était, à n'en douter pas, imprégnée de l'idée subordinatienne (1). Arius soutint que le Verbe ou Fils de Dieu n'est qu'une « créature, tirée du néant » par le libre vouloir de Dieu, avant tous les siècles, pour être son instrument dans la création du monde. « Le Fils n'a pas toujours été ; il fut un temps où il n'était pas ; il n'était pas avant d'être fait ; mais il a eu, comme toutes les autres créatures, un commencement (2). Le Fils, par sa nature, diffère donc totalement du Père (3), qui seul est éter-
!. Cf. Supra, § 29, xtiii.
2. Oûx ^v rcpiv ftvrjtai, oXX' àp^rjv *oû XTtÇeaOai e'j^e xal aàxcSç. Arius, Thalie, ap. S. Ara., Orat. c. Arianos, i, 5 : Migri, P. G. xxvi, 21.