Possid., Op. c
Au commencement de 391, Augustin quitta, momentanément pensait-il, son asile champêtre, pour un voyage à Hippone, Uippo Regius, port de mer important de la Numidie. Déjà sa réputation de piété et de science s'était répandue au loin ; comme il se trouvait dans l'église d'Hippone, le vieil évêque Valérius exposa à la communauté réunie pour l'office le besoin qu'on avait d'un nouveau prêtre. Aussitôt tous les regards se portèrent sur Augustin et le peuple le demanda pour prêtre, à quoi l'humble élu ne consentit qu'après une longue résistance. L'avenir se chargeait de justifier pleinement le choix populaire. Pour attacher Augustin par un lien durable à l'Eglise d'Hippone, Valérius, en 394 ou 395, le fit sacrer comme évêque coadjuteur par Mégalius de Galame, primat de Numidie. Bientôt après, en 395 ou 396, Valérius mourut et son coadj uteur lui succéda.
Evêque d'Hippone, Augustin continua de mener, en communauté avec son clergé, la vie monacale inaugurée dans la campagne de Tagaste. Il se voua avec un zèle tout particulier au ministère de la prédication. 11 n'était pas rare He le voir monter en chaire cinq jours consécutifs, et jus- 1l 'à deux fois en un même jour. Il était également infatigable dans le soin des pauvres ; pour les nourrir ou pour racheter les captifs, si besoin était, comme Ambroise, il brisait et faisait fondre les vases sacrés (1).
Mais c'est dans ses travaux littéraires que se trouvait le centre de son activité. De bonne heure écrire était devenu pour lui une sorte de besoin; c'était de plus maintenant un délassement au milieu des travaux et des fatigues de la charge pastorale. Avant tout, les grandes controverses alors agitées dans l'Eglise réclamèrent son attention. Les combats contre l'hérésie et le schisme ne finiront qu'avec son dernier soupir. Dès le lendemain de son baptême, du-
i. Ibid., 24.
rant son séjour à Rome, il avait ouvert la campagne litta raire contre le manichéisme ; il la poursuivit avec d'autan plus d'énergie que l'Afrique et Hippone même comptaienl un très grand nombre de Manichéens. Quant au ton et I l'esprit de sa polémique, ils sont tout entiers dans cette bell< parole d'un écrit anti-manichéen de 390 ou 397 : « Qu< ceux-là se déchaînent contre vous, qui ne savent pas c( que la conquête de la vérité coûte de peines et combien il est difficile de se préserver de Terreur... Pour moi, je dois vous traiter avec la même patience que mes amis m'onl témoignée lorsque j'errais, aveugle et plein de rage, dan* vos doctrines (1). »
Une deuxième grande question était celle du schisme donatiste, cette plaie vivace au flanc de l'Eglise d'Afrique(2). Depuis son ordination sacerdotale Augustin ne cessa de combattre cette secte par la plume et par la parole, de discuter avec ses chefs dans des colloques publics, d'échanger des lettres avec eux. Ce fut à son corps défendant et à contre cœur, forcé par les violences chaque jour croissantes des Donatistes, qu'il adhéra à la résolution de ses collègues catholiques, d'invoquer le bras séculier pour la répression du schisme et le rétablissement de l'union dans l'Eglise. 11 remporta un éclatant triomphe dans la conférence générale tenue à Carthage.au mois de juin 411, entre 286 évêques catholiques et 279 évêques donatistes. Augustin y fut rame du parti catholique et le vrai héros du jour ; il mit à néant tous les arguments des adversaires, il mit à nu toutes leurs ruses.
Dès Tannée suivante, 412, Tévêque d'Hippone entra en lice contre un nouvel ennemi de la foi catholique, le P^'a* gianisme. C'est à cette lutte qu'il consacra jusqu'à sa mort ses meilleures forces ; c'est à elle surtout qu'il doit sa gr&n-
1. « IUi in vos tueviant qui nesciunt cumquo labore vcruminveiii*tur*,ewr Contra episU Manich. quant vocant fundamcnti, 2 et 3 : Migki, »"» *"'