Possioius, Vita S. Aug.> 18 : xxxu
parle une langue noble et châtiée. Mais dans ses prédications et dans d'autres écrits populaires, il s'abaisse volontiers à parler la langue du peuple. Les Enarrationes in psalmos se glorifient à plusieurs reprises de leurs « barbarismes »9 intelligibles à la foule, et ne craignant pas de choquer le purisme des « Grammairiens (1) ». Le Psaume contre le parti donatiste renonce à la forme métrique pour éviter des termes moins familiers à la masse des fidèles (2). De même, le De agone christiano est écrit à dessein dans une langue populaire, humili sermone (3).
La seule énumération des titres des ouvrages de saint Augustin a montré suffisamment la diversité des matières traitées; on a eu aussi déjà plus d'une occasion d'insister sur la valeur et l'importance de ses enseignements. Ces écrits reflètent une individualité prodigieusement douée, un cœur plein de vie et d'amour, un esprit dont la pénétration dialectique n'a d'égale que la profondeur métaphysique. Saint Jérôme a été proclamé le plus savant des pères; saint Augustin en est le plus grand, le plus original, le plus complet. Il unit la puissance créatrice d'un Tertullien et l'esprit ecclésiastique d'un Cyprien, le sens pratique du Romain et la vivacité d'intelligence du grec.
11 s'intéresse, avant tout, aux obscurs problèmes de l'anthropologie théologique : rapports de l'homme avec Dieu, séparation et réunion, péché et grâce. C'est sur ce terrain aussi qu'il est le maître incomparable. Assurément, il ne présente pas ses vues comme un système tout fait et arrêté. La polémique l'aidant, parfois même le for-
1. « Quid ad nos quid grammatici velint? Melius iu barbarismo nostro vos intelligitis quam in nostra disertitudine vos descrti cslis ». Enarr. in ps. 30, sermo 3, 6. « Potui illud dicere cum tracto vobis : sippe enim et verba non latina dico ut vos intelligatis ». Enarr. in ps. 123, 8. « Melius est reprelien. dant nos grammatici quam non intelligant populi ». Enarr. in ps. 138, 20.