Ibid
tion de l'orateur, nombre d'autres pendant le carême ou aux quatre-temps.
Jamais prolixes, parfois même d'une remarquable concision, ces prédications se déroulent d'un ton grave et solennel. Les philologues y ont admiré la pureté de la langue ; les théologiens y relèvent surtout de beaux témoignages sur la primauté romaine, son institution divine, sa durée perpétuelle et retendue des pouvoirs qu'elle renferme. A l'un des anniversaires de son élévation sur le trône pontifical, il disait, pensant à saint Pierre : « Dans mon humble personne l'on doit voir, l'on doit honorer celui qui, avec la garde des brebis» a encore celle de tous les pasteurs, celui dont la dignité demeure entière même dans un indigne héritier (1) » . 11 disait une autre année à la même occasion : « Dans le monde entier, le seul Pierre est élu pour être préposé, et à la vocation de toutes les nations, et au collège des apôtres, et à toutes les parties de l'Église, de telle sorte que, encore que le peuple de Dieu ait beaucoup de prêtres et beaucoup de pasteurs, Pierre régisse véritablement tous ceux dont le Christ est le conducteur principal (2) ». Au jour natal des saints apôtres, Pierre et Paul, il apostrophe ainsi la ville éternelle : « Ce sont eux qui t'ont élevée à cette gloire d'être la nation sainte, le peuple élu, la cité sacerdotale et royale, par le siège sacré de Pierre, la tête de l'univers, et d'étendre ton autorité religieuse par delà les limites de ta terrestre domination. Si loin que tant de victoires aient porté ta puissance sur terre et sur mer, l'empire
1. « In persona humilitatis meœ ille intelligatur, Ole honoretur, in quo et omnium pastorum sollicitudo cura commendatarum sibi ovium custodia persévérât et eu jus dignitas ctiam in indigno hœrede non déficit. » Serm. 3, 4.
2 « De toto mnndo unus Petrns eligitur, qui et universarum gentium congregationi et omnibus apostolis cunctisque Ecclesiœ partibus proeponatur, nt quamris in populo Dei multi sacerdotes sint multique pastores, omnes tamen proprie regat Petrus, quos principaliter régit et Christus. » Serm. 4, 2.
que le labeur guerrier t'a conquis n'égale pas celui que t'a soumis la paix chrétienne (1) ».
La correspondance de saint Léon (2) comprend cent soixante-treize pièces, dont trente lettres à lui adressées ou autres pièces insérées. Les cent quarante-trois lettres du pape, qui vont de l'an 442 à l'an 460, sont sans exception de nature officielle; la plupart sortent manifestement de la chancellerie pontificale et non de la main de saint Léon. Des questions de droit ou de discipline ecclésiastique en sont le sujet ordinaire; plusieurs attestent et défendent la doctrine de l'Eglise touchant la personne du Sauveur contre le monophysisme; d'autres nous renseignent sur le brigandage d'Ephèse, sur le concile de Chalcédoine et les événements qui s'y rattachent; d'autres enfin traitent du calcul de la Pâque, surtout pour les années 444 et 445, où il y avait divergence entre le comput de Rome et celui d'Alexandrie.
Il y a lieu d'insister tout particulièrement sur un écrit déjà mentionné, la lettre 28* à Flavien de Gonstantinople, appelée par excellence Epître dogmatique^ saluée et célébrée avec enthousiasme par les Pères du concile de Ghalcédoine comme la fidèle expression de la foi de l'Eglise (3). Dans une large exposition, se fondant sur la tradition catholique, le Pape explique, avec une clarté et une précision inimitables, le dogme de l'unité de la personne et de la dualité des natures dans le Christ, à rencontre des erreurs de Nestorius et d'Eutychès. « Le Fils de Dieu, dit-il, est donc venu dans ce bas monde, descendant de son
1. « Isti sunt qui te ad hanc gloriam provexerunt, ut gens sancta, populus electus, civitas sacerdotalis et regia, per sacram beati Pétri sedem caput orbis effecta, latius prœsideres religione divina quam dominatione terrena. Quamvis cnim multis ancta victoriia jus imperiitui terra marique protuleris, minus tamen est quod tibi beilicus labor subdidit quam quod pax christiana subjecit. » Serm. 82, 1.