I. La Didaohé ou la doctrine des douze apôtres. — De
tous les monuments littéraires du christianisme, de tous ceux du moins qui ont survécu, le plus, vieux sans doute, après le Nouveau Testament, est le petit livre de la Doctrine des douze Apôtres, que Mgr Philothée Bryennios a mis au jour en 1883. On n'en connaît encore qu'un seul manuscrit, lequel remonte à Tan 1056. L'opuscule s'y nomme lui-même la Doctrine de Notre-Seigneur annoncée par les douze Apôtres aux nations ; la table des matières, à la fin du manuscrit, l'intitule en quatre mots, Doctrine des douze Apôtres, oioa^ *wv $u>8exa dbïoatoXwv. Le premier de ces deux titres n'est pas seulement ;le plus ancien, il est fort probable qu'on doit le tenir pour le titre primitif. 11 peut offrir un double sens : l'auteur anonyme voulait exposer la doctrine du Sauveur, prèchée aux Gentils par les Apôtres, et comme la ramasser en un abrégé concis ;
peut-être aussi veut-il dire que l'exposition qu'il présente à ses lecteurs est d'origine apostolique, que l'écrit luimême remonte aux douze apôtres. L'opuscule a presque la longueur de TEpître aux Galates; on y compte environ 10700 lettres ; mais l'authenticité du passage qui s'étend du chap. i, 3, au chap. n, i, est très contestée.
La Doctrine des douze Apôtres se divise en deux parties, Tune morale (1), l'autre disciplinaire. Dans la première, ch. i à vi, les préceptes essentiels de la morale sont exposés sous l'image de deux voies, la voie de la vie et la voie de la mort. Allégorie familière à la littérature ecclésiastique primitive — par un ressouvenir sans doute du texte de saint Mathieu (2) — et qui notamment se retrouve dans les chap. xvm à xx de l'épître de saint Barnabe. La seconde partie, chap. vu àxvi, revêt l'aspect d'un cérémonial, d'un rituel ou code liturgique. Sauf quelques digressions, on y traite d'abord des principaux actes religieux des chrétiens, le baptême (3), le jeûne, l'eucharistie (4) puis de l'organisation de la société chrétienne et de ses chefs, apôtres, prophètes, docteurs, évêques et diacres (5) ; la finale (6) est une exhortation à veiller sur soi-même, dans l'attente du retour prochain du Sauveur. Le début de la seconde partie fait voir que la première partie était destinée à renseignement des catéchumènes ; ce mot pourtant n'y est pas prononcé.
Le premier peut-être, Clément d'Alexandrie atteste formellement l'existence de la Didaché ; car, outre qu'il y puise en maints endroits, sans la nommer, il la cite comme
1. M. Sabatier, M. Harris, le P. Savi, Barnabite, etc., tiennent la première partie pour un écrit juif d'Alexandrie, destiné probablement, du temps de Notre-Seigneur, aux prosélytes de la justice, et retouché par une main chrétienne, dans la seconde moitié du I er siècle. Mais leur thèse est vivement combattue par M. l'abbé Dcchbskb, Bull, Critique , 1887, p. 361-364 ; M. Furk, M. l'abbé Jacquier, etc. (N. des T.). — 2. vu, 13-14. — 3. Ch. vu-vin. — 4. Ch. ix xiv. La Didaché ne contient pas une description complète de la liturgie eucharistique primitive ; les paroles de l'institution n'y sont pas mentionnées. Y. l'explication de M. de Rossi, qui s'appuie sur la discipline du secret, Bull, di archeol. crist. t 1886. p. 20 21 ; contra, M. l'abbé Duchesxb, Bullet. crit. ; 1887, p. 363. (N. des T.). — 5. Ch. xv. — 6. Ch. xvi.
Ecriture sacrée dans ses Stromates (1), probablement vers la fin du n a siècle. Eusèbe (2) la range parmi les livres apocryphes ou non canoniques, ol voôot, sous le titre des soi-disant doctrines des Apôtres. Saint Athanase (3) l'inscrit sur la liste des manuels à l'usage des catéchumènes et l'appelle la Doctrine dite des Apôtres, 81007^5 xaXounîvT) -cS»*
Au iii° siècle, la Didaché est connue en Occident, elle y est même traduite en latin. On en trouve la trace certaine, sinon dans le De Oratione de Tertullien (4), où il est dit que « la discipline chrétienne s'appelle aussi une voie *, du moins dans Y Advenus aleatores (5)— opuscule faussement attribué à saint Cyprien — , où une citation, rappelant aussitôt certains passages de la Didaché (6), est donnée expressément pour un emprunt de la « Doctrine des Apôtres, in Doctrinis Apostolorum » .
Longtemps avant, on aperçoit déjà entre certains ouvrages et la Didaché le plus surprenant accord. La seconde partie de Tépître de saint Barnabe (7) offre avec la première partie de la Didaché tant de points de contact, entre plusieurs passages du Pasteur d'Hermas (8) et la Didaché il y a comme une entente si parfaite, qu'on ne saurait méconnaître d'un livre à l'autre une étroite dépendance, une filiation immédiate. Toute la question est de savoir lequel de ces livres a paru le premier. Mgr Bryennios admet l'antériorité de l'épître de saint Barnabe, celle même du Pasteur, et place la rédaction de la Didaché entre les années 120 et 160; c'est aussi l'opinion de M. Harnack, etc., M. Hilgenfeld et M. Bonet-Maury, hantés de l'idée que le texte de la Doctrine a été fortement interpolé par les Montanistes, en rejettent la rédaction définitive vers Tan 200. M. Funk, au contraire, et avec lui, Zahn, Schaff, Lightfoot, M. Sabatier, Dom Gabrol, etc., croient la Doctrine des Apôtres antérieure à Tépître de saint Barnabe comme au
1. i, 20 : Migre, P. G. vin, 817. — 2. Hist. eccl. m, 25 : Migrb, P. G.xx, 269.
— 3. Ep. fest. 39 : Migre, P. G. xxvi, 1437. — 4. Ch. xi : Migre, P. L. i, 1166.
— 5. Ch. iv : Migkb, P. L. iv, 830. — 6. Ch. xiv, 2;xv, 3. — 7. Ch. xvui-zx. — . Mand. ii-xh.
Pasteur y et, par suite, en reportent la composition avant la fin du i" siècle. Quoique tous les doutes ne soient pas ôtés, cette opinion nous paraît la plus probable.
C'est peut-être dans la Syrie ou dans la Palestine, à Antioche ou à Jérusalem, qu'il faut chercher le berceau de la Didachè.
L'opuscule est court, mais la valeur en est inappréciable. On y trouve la clef d'une foule d'énigmes, dont est parsemée l'histoire littéraire du christianisme primitif, et les données de la seconde partie sont, pour l'histoire du dogme et pour Parchéologie chrétienne, d'une importance souveraine.
Philothée Bryeanios, Aioa^-rç ?a>v 8a>8exx àiro<jt6Xu>v, £x toû 'IepojoXufi'.Tixoù xetpo-ypdupou vùv irpa>tov hcSiSopivi)... Constantinople, 1883, in-8% 149, 75 pages. Ce manuscrit, de la main du notaire Léon, en 1056, avait passé, en 1680, de Jérusalem & Constantinople, dans la bibliothèque du couvent du Saint-Sépulcre, lequel relevait du patriarche grec de Jérusalem. Il est rentré depuis lors à Jérusalem. En 1875, un prélat de l'Eglise grecque, Mgr Bryeanios, évêque de Sérès (Macédoine), plus tard métropolite de Nicomédie, avait publié le premier, d'après ce manuscrit, trois pièces du plus haut intérêt pour la littérature chrétienne primitive, le texte complet de l'épitre de saint Barnabe et celui des deux épitres de saint Clément (§ 8, ix). Les feuillets qui contiennent la Didaché (fol. 76 a jusqu'à 80 b), ont été photographiés ; J. R. Harris en a donné un fac-similé (10 tables) dans sa belle édition de la Didaché Baltimore, 1887.
On doit la réédition du texte de Constantinople, ou mieux, des éditions nouvelles de la Didaché, à MM. Hilgenfeld, Leipzig, 1884, Novum Testamentum extra canonem receplum, fasc. 4, 2 e éd.; J.J. Prins, Leyde, 1884, in-8« ; A. Harnack, Leipzig, 1884 et 1893 (Textes et recherches, 1. 1, faec, 1. 2) et de nouveau Leipzig, 1886, La doctrine des Apôtres et tes Deux Voies juives. J. Fitzgerald, New-York, 1884, in-8°; St-Orris, lbid., 1884, in-8°; H. de Romestin, Oxford et Londres, 1884, in-12°, 2* éd. 1885 ; G. Spence, Londres, 1885, in-8°; Paul Sabatier, Paris, 1885, in-8° ; Ph. Schaff, New-York, 1885, in-8°, 2* éd. 1886, 3« éd. 1889 ; R. Majochi, Milan, 1885, in 8°, 2« édit., 1887; Funk, Tubingue, 1887 (Opp. Patrum apostol., 1. 1, éd. nova, puis éd. à part); Lightfoot-H armer, Londres, 1891, The Apostolic Fathers, etc. Indépendamment de l'édition princeps, les édi-
tions de MM. Harnack, Sch&ff et Funk (éd. à part) méritent d'être spécialement signalées.
M. 0. von Gebhardt reconnut dans le Thésaurus anecdoiorum novissimus de D. Martène, t. IV, 2 e part., un fragment d'une ancienne version latine de la Didaehé et l'inséra dans l'édition de Harnack, Leipz. 1884 et 1893, Prolég. p. 275-286. Ce fragment provenait d r un manuscrit de Melk. Depuis Funk a retrouvé dans la bibliothèque de Metk le manuscrit lui-même, lequel est unique, et a publié le morceau dans son édition séparée, p. 102-104. Cf. Funk, dans la Revue trimestrielle de théologie, Tubingue, 1886, t. LXV1II, p. 630-655. Les éditions dont nous avons parlé contiennent, pour la plupart, des traductions en langues modernes. M. Bonet-Maury a aussi publié une traduction française, avec commentaires, de la Doctrine des douze apôtres, Paris, 1884 ; M. l'abbé Duchesne en a fait paraître une autre dans la Controverse, 15 octobre 1884, etc.
Parmi les principaux travaux, livres ou articles de revues, que la nouvelle découverte a provoqués en foule, contentons-nous de citer : Funk, dans la Revue trimestrielle de théologie, 4884, t. LXVI, p. 381- 402, 1887, t. LXIX, p. 276-306, p. 355-374, 1894, t. LXXVI, p. 601- 605. — Zahn, Recherches sur Vhistoire du canon du Nouveau Testament... 3 9 partie, p. 278-319, Erlangen, 1884. — Le même, Saint Justin et la Doctrine des douze apôtres, dans la Revue d'histoire eccl., 1885, 1886, t. VIII, p. 66-84. — Krawuztky, dans la Revue trimestrielle de théologie, 1884, t. LXVI, p. 547-606. — K. Muenchen, La Doctrine des douze apôtres, un Hure du i or siècle, dans la Rev. de th. catholique, 1886, t. X, p. 629-676. — G. Taylor, The Teaching of the Twelve Apostles, with illustrations from the Talmud, Cambridge, 1886, in- 8°. — Le même, An Essay on the Theology ofthe Didaclie, Ibld., 1889, in-8°. — G. Wohlonberg, La Doctrine des douze apôtres et le Nouveau Testament, Erlangen, 1888, in-8°. — 0. Knoop, La Doctrine des douze apôtres et le dogme chrétien (Progr.), Posen, 1888, in-4°, — J. Héron, The Church o\ the Sub- Âposlolic Age... in thelightof the « Theaching of Twelve Apostles », Londres, 1888, in-8°. — Ph. Scbaff, dans son édition (New- York, 1889), a dressé de toute la littérature jusqu'à 1889, un inventaire très exact, p. 140-138, p. 297-320.
Citons encore, dans les années qui ont suivi : Minasi, S. J., La dot-
trina dei Signore detta la do Urina dei dodici apostoli, Rome, 1891,
in-8°. La Didacfié aurait paru vers le milieu du 1 er siècle, vers l'an 50 de noire ère. — K. Jacquier, La Doctrine des douze apôtres et ses enseignements, Paris, 1891, in-V\ — P. Savi, La Dottrina dei dodici apostoli, Rome, 1892, in-4°. — C. Hoole, The Didache, or Teaching of the Twelve
Apostles, Londres, 1894. — Funk, UBpitre de saint Barnabe et la Didaché, dans la Rev. trim. de th., 1897, t. LXXIX, p. 617-679.
II. La Discipline ecclésiastique des apôtres et le VIP livre des Constitutions apostoliques. — La Didaché fait comme le thème, comme la matière commune des deux écrits pseudo-apostoliques dont nous venons de rappeler les noms.
La Discipline ecclésiastique des apôtres, publiée par J. W. Bickell (1) en 1843, se divise — indépendamment de l'introduction, ch. i à ni, et de la finale, ch. xxx — en deux parties, consacrées, la première, ch. iv à xiv, à des règles de morale, la seconde, ch. xv à xxix, à des décisions de droit. Ici et là, ce sont les apôtres qui se prononcent, chacun à son tour : « Jean dit, Mathieu dit », etc. La première partie n'est, après tout, qu'une deuxième édition, légèrement retouchée, du commencement de la Didaché (2). De la seconde partie, et notamment de ce fait que l'office du lecteur est, de tous les ordres mineurs, le seul mentionné, on peut conclure que l'ouvrage a paru dans la première moitié du m* siècle ; l'Egypte, selon toute apparence, en a été le berceau.
La Discipline ecclésiastique des apôlres doit à Bickell le nom qu'elle porte aujourd'hui. Dans le manuscrit de Vienue, qui seul nous a transmis intégralement le texte grec, et qui, probablement, date du xn e siècle, nous lisons ce titre : Les ordonnances de Clément et les canons ecclésiastiques des saints apôtres; mais les premiers mots, cd SiaxatYûù ai Sià kXtîjxsvtoç xaï, sont, à n'en pas douter, une
1. Bien avant Bickell, Wansleb, Histoire de l'Église d'Alexandrie, p. 241, et suiv., Lcdolf, Comment, in hist. A2th., p. 314 etsuiv., Grabe, Essay. upon two Arabie manuscripts (17 '11) avaient appelé, sans grand succès, l'attention sur ce recueil. Bickell, le premier, avec sa rare érudition et sa critique sûre, a frayé la voie à toutes les recherches ultérieures. Le premier, il a suivi d'Age en âge l'histoire du recueil, épuisé, pour en apprendre les diverses phases, les sources de l'Orient, étudié le manuscrit de Vienne signalé par Grabe, et, avec le secours des textes éthiopien et latin de Ludolf, publié le texte grec. (N\ des T.) — 2. Ch. i, 1-iv, 8.
interpolation (1). Il est presque sûr que, dans ce recueil de canons ecclésiastiques, il faut reconnaître le « livre ecclésiastique » dont parle Rufin, intitulé, dit-il, les Deux voies ou le jugement de Pierre (2).
Le titre des Deux voies, s'explique par la distinction ou plutôt par la description des deux voies, la voie de la vie et la voie de la mort. Si Ton a intitulé l'ouvrage entier le Jugement de saint Pierre, c'est que Pierre y parle plus fréquemment que les autres apôtres, c'est surtout qu'il y a le dernier mot.
Ce livre a été le code des Églises égyptiennes; il paraît mêmeavoir.encore maintenant, force de loi chez les Coptes.
Le septième livre des Constitutions apostoliques n'est, dans sa première moitié (3), que la Didaché remaniée et grossie. La seconde moitié (4), avec des formules de prières à l'usage des Eglises et des familles chrétiennes, contient des instructions sur le baptême et un catalogue des évêques sacrés par les apôtres (5). L'ensemble remonte aux premières années du v e siècle ; il a probablement pour patrie la Syrie ou la Palestine (6).
C'est encore un remaniement de la Didaché que le Syntagma doctrinœ de saint Athanase (Cf. infra, t. II, § 45, vi) ; mais l'authenticité de l'ouvrage est très suspecte.
V. Bickell, Histoire du droit canonique, t. I, p. 107-132, Giessen, 1843. — De Lagarde, Heliquix juris ecclesiastici antiquissimœ grxce, p. 74-79, Leipzig, 1856. — Gard. Pitra, Juris ecclesiastici Grxcorum hisloria et monumenta, t. I, p, 77-86, Rome, 1864. — M. Hilgenfeld a présenté la Discipline des apôtres sous l'étiquette des Deux voies ou du jugement de saint Pierre, dans le Nov. Teslam. extra canonem receplum, fasc. 4, Leipzig, 1866, p. 93 106, 2« édit., 1884, p. 110-121. Plusieurs éditeurs de la Didaché (Cf. supra i), entre autres, Mgr Bryennios, MM. Harnack, Schaff, Funk (édit. séparée), ont aussi publié en regard, comme terme de comparaison, la Discipline des Apôtres. On en trouve une version
1. Cf. sur ce titre interpolé infra iv et v. — 2. Comment, in Symbol. iiiviii : Migsb, P. L. xxi, 374. Cf. S. Jérôme, De viris ill. : « Liber judicii (scil. Pétri) inter apocryphas scripluras 1. — 3. Ch. i-xxxu. —4. Ch. xxxnxux. — 5. Ch. xuv. — G. Cf. infra, iv.
éthiopienne, avec sa traduction latine, dans Ludolf, Ad suam Historiam xthiopicam antehao editam Commcntarius, p. 313-323, Francfort, 1691, in -8*. — M. Tattam a fait paraître un texte en dialecte memphitique ou de l'Egypte du nord, avec une traduction anglaise, The Apostolical Constitutions, or Canons ofthe Âpostles in Coptic, p. 1-30, Londres, 1848. — M. de Lagarde a inséré une traduction grecque du manuscrit égyptien, dans les Analecta Ante-Nicxna de Bunsen, t. II, p. 451-460, Londres, 4854, in-8°. — La version éthiopienne et celle de l'Egypte du nord proviennent, Tune et l'autre, d'une version tbébaine ou de l'Egypte du sud. M. de Lagarde Ta publiée, sans traduction, dans ses JEgyptiaca, p. 239-248, Goettingue, 1843. — De même, M. U. Bouriant, Les canons apostoliques de Clément de Rome, dans le Recueil des travaux relatifs à la philo L et à la Varchéol. égypt. et assyr., t. V, p. 202-206, Paris, 1883-1881. — II reste une version syriaque des chap. iii-xiv, de la Discipline ecclésiastique ; mais on n'en connaît que les variantes, recueillies par M. de Lagarde, dans ses Reliquix juris eccl., p. xxi, Leipzig, 1856. — A. Krawutzcky, dans la Revue trimestrielle de théologie, 1882, t. LXIV, p. 359-445, travail magistral. — A. Harnack, Les sources de la « Discipline ecclésiastique des apôtres », avec une élude sur l'origine du leclorai et des autres ordres mineurs, Leipzig, 1886 {Textes et recherches,.,, t. II, faso. 5). — Funk, dans la Rev. trimestr. de théoL, 1887, t. LXIX, p. 276-306, p. 355-374.
La première parlie du VII e livre des Constitutions apostoliques (cb. iixxn) se trouve dans les éditions de la Didaché, publiées par Mgr Bryennios, par MM. Harnack, SchafT, Funk (édit. sépar.). — Sur les éditions des Constitutions apostoliques, V. infra, iv. — Funk, Les Constitutions apostoliques, p. 113-132, Rotlenbourg, 1891.
III. La Didascalie ou Doctrine des apôtres et des disciples du Seigneur. — En 1854, M. de Lagarde rendit à la science un ouvrage syriaque de la même famille que ceux dont nous venons de parler, mais d'une bien autre étendue : c'était la Didascalie catholique ou la Doctrine des douze apôtres et des saints disciples de notre Sauveur. Le texte syriaque représentait un travail de seconde main; impossible d'en douter; et Ton s'aperçut aussi, au premier coup d'œil, que l'original grec, aujourd'hui perdu, n'était qu'une recension abrégée des six premiers livres des Constitutions apostoliques, publiées en
grec dès 1563 (1). Une seule question se posait : des deux recensions, laquelle est l'original? Les six premiers livres ou \sl Didascalie? La recension brève est-elle un résumé de la recension longue? ou bien dans la plus longue faut-il voir une amplification de la plus courte? M. de Lagarde, sans ombre d'hésitation, se prononça pour la seconde hypothèse; et si,dans le cours de la discussion, quelques voix discordantes se sont élevées, l'opinion du premier éditeur de la Didascalie a fini par rallier presque tous les suffrages (2).
Le livre syriaque se divise en vingt-six chapitres. Il s'ouvre par des adjurations contre l'avarice, la vengeance, la luxure, etc. La lecture de l'Écriture sainte est recommandée instamment, la lecture de tous les ouvrages païens proscrite. Ceux des chapitres suivants qui correspondent au deuxième livre des Constitutions apostoliques, traitent à fond des vertus et devoirs de l'évêque et du diacre. Les prêtres, toute proportion gardée, attirent beaucoup moins l'attention de l'auteur. 11 se tourne ensuite vers les veuves chrétiennes et règle dans le dernier détail leurs droits avec leurs obligations. D'autres chapitres s'occupent longuement de l'aumône dans l'Eglise, et surtout du soin des orphelins. On célèbre le martyre, mais on fait un devoir de la prudence et de la prévoyance dans les persécutions. Dans les derniers chapitres, l'auteur parle des schismes et des hérésies, et met en lumière les rapports du christianisme avec le judaïsme et le paganisme.
Vers la fin (3), les apôtres et les disciples de Notre-Seigneur disent : « Nous avons attesté la vérité et l'excellence de cette doctrine catholique, et nous l'avons laissée à l'Eglise en souvenir et en réconfort aux fidèles. »
L'auteur anonyme doit avoir vécu dans la première moitié du m e siècle, en Syrie (4). La constitution et la discipline de l'Eglise prennent, sous sa plume, l'aspect
1. Cf. infra, iv. — 2. Fnm et après lui Holzhhy, La Didascalie Syriaque dépend-elle de la Didaché ? tiennent que la Didascalie découle immédiatement de la Didaché, qu'elle en est une édition revue, augmentée, appropriée aux idées et aux besoins du temps. — 3. Ch. ti, 18 dans le grec. — 4. C'est-àdire dans le pays du Pseudo-Pierre, dont la Didascalie s'est servie. V. M. Duchesïib. Bull, cri*., 1893, p. 103 et s. (N. des T.)
qu'elles avaient revêtu, nous le savons par ailleurs, au commencement du m e siècle. Lorsqu'à maintes reprises [{), il adjure énergiquement l'évêque d'accueillir le pécheur repentant, il arrête peut-être ses yeux sur le schisme de No va tien (251); mais, peut-être aussi qu'il vise les Montanistes ou d'autres rigoristes du même temps.
Diduscalia Aposiolorum $yriace y ed. P. de Lagarde, Leipzig, 1854, in -8°. M. de Lagarde a retraduit le syriaque en grec, el cette traduction a paru dans les Analecta Ante-Nic&na de Bunsen, t. H, p. 45-224, Londres, 1854, combinée avec le texte des six premiers livres des Constitutions apostoliques, dont les additions sont imprimées en plus petits caractères. Sous le titre de Didascalia purior, M. de Lagarde a fait suivre, p. 225.338, son premier travail d'an travail nouveau, qu'il apprécie lui-même, p. 43, en ces termes : « Didascalias formam probiorem ad calcem libri Ha exhibui, ut, iis quse ab interpolatore profecta sunt omnissis omnibus, ea tan tu m darem quae communia Graeco et Syro sunt, lacunas orationis si quae extant e Syro supplens. • — V. aussi les fragments recueillis par Hilgenfeld, iVov. Testam. extra canonem rec. % fasc. 4, 2* éd., 1884, p. 75-86. M. Funk dans ses Constitutions apostoliques, p. 28-75, Rottenbourg, 1891, a étudié à fond la Didascalie (2).
IV. Les Constitutions apostoliques. — Il nous est parvenu, sous le titre de Constitutions apostoliques (StaTavaï ou SiaTà£Ei<; twv dhroTcoXwv), un vaste recueil, dont les diverses parties, puisées à des sources diverses, sont empreintes par là même d'un cachet très différent.
Les six premiers livres ou la première partie de cette œuvre composite ne sont, nous l'avons déjà vu (3), qu'un remaniement de la Didascalie. A la forme première une forme nouvelle a succédé, celle d'une Epître des apôtres et des prêtres à tous les chrétiens de la Gentilité. Le passage
1. V. notamment, h, 11-18 dans le grec ; u, 24, Fauteur s'appuie sur l'Evangile de la femme adultère, saint Jean, vn, 53-vtii, 11. — 2. Un docte Méchitariste, le P. Dachian, a publié, d'après les manuscrits, une version arménienne de la Didascalie et de trois autres écrits pseudo-apostoliques, Vienne 1896. Selon le savant éditeur, cette version a été faite sur un texte syriaque et remonte à la première moitié du t 6 siècle ; le texte original, vers la fin du même siècle, aurait été fortement interpolé. (X. des T.). — 3. V. supra, m.
delà Didascalie syriaque (1) où la doctrine catholique nous apparaît comme un legs fait expressément à l'Eglise universelle, s'y retrouve ainsi développé : « Nous vous avons envoyé cette doctrine catholique, à vous évêques et à vous tous prêtres, par notre collaborateur Clément, notre fidèle et dévoué fils en Jésus-Christ, par Barnabe, par notre bien-aimé fils Timothée et par notre cher fils Marc... » Du reste, l'interpolateur s'est contenté en général de paraphraser et d'orner le texte de la Didascalie; il Ta enrichi de mots ronflants, de citations scripturaires, et plus encore d'exemples empruntés à l'Ancien Testament, sans laisser néanmoins de glisser çà et là des conseils et des ordres nouveaux.
La seconde partie des Constitutions, le VIP livre, nous offre, dans sa première moitié, nous le savons (2), une recension fort délayée de la Didaché des apôtres ; l'autre moitié contient surtout des formules de prières.
Dans le huitième livre, la dernière et la plus précieuse partie du recueil, on rencontre une liturgie complète de la messe (3), des formulaires pour le sacre des évêques et pour l'ordination des prêtres, des diacres, des sous-diacres, des lecteurs, des exorcistes, pour la célébration des heures de prière, etc. Le chapitre final (3) renferme les Canons des apôtres. C'est de ce livre que le titre de Constitutions, Biotta-rat ou 8iaxa£et;, a passé au recueil tout entier.
Nul doute que cette troisième partie des Constitutions ne soit, comme les deux autres, une compilation et une refonte d'ouvrages antérieurs (4). Cela supposé, ni la forme particulière de cette troisième partie, ni ses contradictions réelles avec quelques passages des livres précédents n'autorisent à dénier au recueil entier des Constitutions apostoliques son unité d'origine (5). Pour les deux premières
1. vi, 18. — 2. V. supra, u. — 3. Ch. vi-xv. — 4. Ch. xlvii. — 5. Déterminer les sources du VIII e livre n'est pas chose facile. On peut cependant tenir pour certain que, dans les deux premiers chapitres, le rédacteur a mis à profit l'ouvrage de saint Hippolyte sur les Charismes, V. infrd, t. I, § 25, v. Peutêtre même que ce travail de saint Hippolyte a servi de base aux chapitres concernant le sacre des Evoques, les ordinations et les degrés de la hiérarchie.
parties, interpolations Tune de la Didachê, l'autre de la Didascalie* on doit tenir pour extrêmement probable, sinon pour sûr, qu'elles sortent d'une seule et même main. Dans la deuxième partie (1), on renvoie en termes exprès à une prescription de la première (2), et cette prescription ne se trouve pas dans la Didascalie ; elle est tout entière du fait de Tinterpolateur. En outre, les passages de l'une et de Vautre partie, analogues pour la forme ou pour le fond, leur parenté littéraire, leur commune transmission manuscrite, tout annonce un seul et même rédacteur.
Un ensemble d'indices nous obligent à conclure que la compilation tout entière parut dans les premières années du V e siècle (3), probablement en Syrie ou en Palestine. En reporter l'apparition, comme le faisaient naguère presque tous les critiques, au milieu du iv e siècle, c'est prendre pour guide une pure hypothèse, celle que saint Epiphane, mort en 403, aurait connu et mis à profit, les Constitutions. M. Funk a démontré que, des passages allégués de saint Epiphane, aucun n'a trait aux Constitutions apostoliques, mais qu'ils se réfèrent tous à la Didascalie. Le compilateur des Constitutions n'a point fait œuvre de polémique en faveur d'un dogme ou de la hiérarchie dans l'Eglise. Il avait une vocation spéciale pour remanier les vieux documents ecclésiastiques (4), et n'a rien cherché, semble-t-il, hors ce genre de plaisir.
Un concile, en réprouvant les Constitutions apostoliques, a sanctionné les Canons, sur lesquels se ferme le recueil. Le deuxième canon du Quini-Sexte (692) s'exprime
Pure hypothèse d'ailleurs, puisque du livre sur les Charismes nous ne connaissons rien, que le titre. (N. des T.). — i. yii, 22 : irpdTspov Siexad-aiiEta. — 2. m, 17. — 3. C'est la date proposée par M. Funk, lequel fait du compilateur des Constitutions un Apollinariste de la dernière heure. M. l'abbé Duchesne, qui croit avoir affaire à un Arien, — non pas un Arien militant, mais un Arien, sinon triomphant, du moins confiant et calme au sein d'un clergé officiel — voit dans ce compilateur un contemporain des empereurs Constance et Valens. Cf. Bull, crtt., 1892 f p. 81-85. (N. des T.). — 4. C'est encore lui qui a interpolé les lettres de saint Ignace et complété leur collection, en ajoutant six lettres apocryphes aux sept primitives. Y. infru, t. I, $ 10, m. (N. des T.).
ainsi (1)-... « Le saint Synode décide que les quatre-vingt cinq canons qui nous ont été transmis sous le nom des saints et vénérables apôtres... doivent demeurer à jamais fermes et immuables. Dans ces canons (2), il nous est enjoint» il est vrai, de recevoir de la main de Clément les Constitutions des mêmes saints apôtres. Mais comme, depuis très longtemps, les hérésies les ont altérées par des interpolations apocryphes et contraires à la piété... nous avons jugé à propos de condamner les sus-dites Constitutions, î L'Occident n'a connu que les cinquante premiers canons ; il les a repoussés. Le célèbre décret du pape Gélase (3) déclare apocryphe le livre qui s'intitule Canons des apôtres.
Editions: — C'est à Fr. Torrès qu'est due la première édition du texte greo des Constitutions apostoliques, y compris les canons des apôtres. Venise, 1563, in-4°. — Une particulière autorité s'attache encore de nos jours à l'édition de ces deux écrits par J. B. Gotelier, Paris, 1672 (Patres œvi apostolici, t. I). Edition reproduite dans Gallaud, BibL vet. Patrum, t. III, Venise, 1767, et, sauf toutefois les canons, dans Migne, Patr. Gr., t. I, Paris, 1857. — On doit de nouvelles éditions des deux ouvrages aux soins de W. Ueltzen, Sohwérin et Rostock, 1853, in -8° ; de MM. de Lagarde et Bunsen, Londres, 1854 (Bunsen, Analecta Ante Nicœna, t. II). M. de Lagarde seul, Leipzig et Londres, 1862, in-8°. (Constitutiones Âposlolorum ; on trouve les Canons, dans les Reliquix ;um eccL antiquissimœ grœce, p. 20-25, Leipzig, 1856); à ceux du cardinal Pitra, Juris eccl. Grœcorum hist. et monum., 1. 1, Rome, 1864. M. Funk fait espérer une édition nouvelle. Sur les dernières éditions de la première partie du septième livre des Constitutions, V. supra, n. — Dans les manuscrits, très souvent certaines parties des Constitutions se présentent isolées, comme des écrits indépendants. Ainsi, sous le titre de la Doctrine des saints apôtres touchant les Charismes, les Reliquiae de M. de Lagarde, p. 1-4, nous donnent les deux premiers chapitres du huitième livre ; les chap. iv, v, xvi — xxviii, xxx — xxxiv, xlu - xLvr, de ce huitième livre y figurent, p. 5-18, avec le titre de canons des mêmes saints apôtres, touchant les ordinations par Hippolyte. Les canons
4. Mamsi, SS. Conc. Coll., xi, 940. — 2. Canon 85, v. infra, v. — 3. Micm, Patr. la t., ux, 178 ; Cf. A. Thiel, De décrétait Gelasii Papx de recip. et 7ion recip. libris, p. 25, Braunsberg, 1866.
des saints apôtres sur le culte my nique, publiés par le Gard. Pitra, Juris ceci. Grxcor. hist. et mon., t. I, p. 49-72, sont, à n'en douter pas, un extrait des Constitutions, aussi bien que le Résumé des Canons, ex twv 8ta- ?à£eujv xtcpotXata, ibid., p. 96-100. — On a conservé, des six premiers livres des Constitutions apostoliques, une version arabe et une version éthiopienne ; ils portent ici et là le titre de Didascalie, M. de Lagarde, dans ses Reliquiae, p. 4, n. 3, dresse un catalogue des manuscrits du texte arabe. Le texte éthiopien, qui s'arrête, il est vrai, au chap. xxn = iv, 13, a été publié, avec une traduction anglaise, par Th. Pell, Platt, The Ethiopie Didascalia... received in the Church of Âbyssinia, Londres, 1834, in-4*. M. de Lagarde a fait paraître une version en dialecte thébain ou de l'Egypte du Sud d'une recension plus courte du huitième livre des Constitutions, JEgyptiaca, p. 266-291, Qœttingue, 1883.
Travaux . — Von Drey, Nouvelles recherches sur les Constitutions et les Canons des Apôtres, Tubingue, 1832, in-8<>. — Bunsen, Analecta Ante-Nlc&na, t. VIII, p. 343-417, Londres, 1854. — Funk, Les Constitutions apostoliques, Rothenbourg, 1891, in-8°. — Le même, Le huitième livre des Constitutions apostoliques et les écrits analogues, Tubingue, 1893,in-8°. — La liturgie de la messe dans les Constitutions apostoliques (liv. Vllf, ch. vi-xv), a été spécialement étudiée par F. Probst, Liturgie des trois premiers siècles chrétiens, p. 258-295, Tubingue, 1870, in-8° ; par J. Brûckner, La liturgie du huitième livre des Constitutions apostoliques, dans les Etudes et critiques de théologie, 1883, t. LVI, p. 7-32 ; par Kleinert, Remarques sur la liturgie de saint Clément, ibid., p. 33-59. — On trouvera l'inventaire de l'ancienne littérature des Constitutions apostoliques dans Richardson, Bibliographical Synopsis (cf. supra, §3, i), p. 87-83.
V. Les Canons des apôtres. — Le Quinisexte parle de 85 canons, soi-disant remontant aux apôtres et rédigés par saint Clément de Rome, leur disciple (1). De ces canons, il n'en circula dans l'Occident que 50, traduits du grec en latin, vers Tan 500, par le moine romain Denys le Petit. De là, deux séries de canons, Tune pour l'Occident, l'autre pour l'Orient. Mais tous ces canons, dans Tune comme dans l'autre série, s'occupent à peu près exclusivement du clergé, du choix et de l'ordination des clercs, de leur conduite morale, de leurs devoirs d'Etat, etc. Leur style rappelle tout à fait le style ordinaire des canons des
(1) Cf. supra, it.
anciens conciles. Maints statuts sont empruntés aux Constitutions apostoliques ; plus nombreuxencore paraissent être ceux que l'on a puisés dans les conciles du iv e siècle, notamment dans le concile d'Antioche de l'an 341. L'auteur ou le compilateur des Canons et celui des Constitutions ne font qu'un.
Le Canon 85 et dernier énumère les « vénérables et saints livres » ; il omet l'Apocalypse ; mais aux livres canoniques il ajoute c deux Lettres de Clément, et les Constitutions en hui t livres que moi, Clément, je vous ai remises à vous autres éveques, mais que la doctrine secrète y contenue ne permet pas de répandre partout ». La série des canons que l'Occident a connus, ne forme pas le moins du monde un recueil à part, d'une plus haute antiquité. M. Funk a démontré que Denys le Petit avait tiré les 50 canons des Constitutions Apostoliques.
Nous avons déjà cité (supra, iv), pour la plupart, les éditions des canons apostoliques. C'est par ces canons, ajoutons-le, que s'ouvrent d'ordinaire les collections des conciles ; témoins le P. Hardouin, Conc. Coll., t. I, col. 9-32 ; Mansi, SS. Conc. Coll., t. I, col. 29-48 ; H. Th. Bruns, Bibliotfieca eccl., t. I, pars l a , p. 1-13, Berlin, 1839 ; Hé fêlé, dans la deuxième édition de son Histoire des conciles, Fribourg, 1883, a annexé au premier volume, p. 793-827, en appendice, les Canons des Apôtres. — Le traduction latine par Denys le Petit des 50 premiers canons se trouve dans la plupart des éditions du texte grec, notamment chez le P. Hardouin, l.c, 1. 1, 31-38 ; chez Mansi, /. <?., t. I, 49-57; chez Héfélé, etc.. Un texte syriaque (83 canons), avec la traduction latine, se rencontre chez Mai, Scriptor.veter. nova Collée tio t t.X, parsi\ p. 175-184 ; p. 8-17, Rome, 1838. M. de Lagarde a inséré un autre texte syriaque (82 canons) dans ses Beliquiœ juris eccl. antiquiss. syriace, p. 44-60, Leipzig, 1856. On doit à W. Fell un texte éthiopien (57 canons), avec une traduction latine, Canones apostolorum asthiopice (Diss. inaug.), Leipzig, 1871, in -8°. H. Tattam a publié 85 canoës dans la langue du nord de l'Egypte ou dialecte memphitique, avec une traduction anglaise, The Apostolicat Constitutions , or Canons of the Apostles in Coptic, p. 173*214, Londres, 1848. Avec ce texte du nord de l'Egypte, M. de Lagarde en a fait paraître un autre dans le dialecte du sud de l'Egypte ou dialecte thébain, contenant 71 canons, jEgyptiaca, p. 209-238, Qœttingue, 1883. M. U. Bouriant a donné le texte thébain seulement, Les Canons apostoliques de
Clément d'Alexandrie, dans le Recueil de travaux relatifs à la phi Loi. et à l'archéol. égypt. et assyr., vol. VI, p. 109-115, Paris, 4885.
L'étude des canons nous a valu les travaux de MM. Von Drey» Bunsen, Funk (Cf. supra, iv). On trouve la littérature plus ancienne dans Richard son, Bibliograph. Syn. p. 88-89.
VI. Les livres apocryphes du Nouveau Testament. — C'est encore parmi les écrits .pseudo-apostoliques qu'il faut ranger la plupart des livres apocryphes du Nouveau- Testament. Voir à cet égard, supra, § i, V. (1).
1. Peut-être néanmoins .y a-t-il lieu de rappeler ici, à cause de leur vogue littéraire et de leur importance historique, les Actes des apôtres apocryphes. Romans religieux, qui, sous l'étiquette de itspfoâot oudeitpxÇeiç, prétendaient ouacun, au profit des idées de l'auteur et de la curiosité publique, à raconter en détail les faits et gestes de ses héros, mais où l'imagination déployait ses ailes hardiment et se jouait de tout, de la géographie comme de l'histoire ; en maintes pages, on dirait les aventures des Mille et une nuits. De provenance gnostique pour la plupart, ces Actes, pour la plupart aussi ont été retouchés et refondus, à travers les siècles, par des mains catholiques, sans laisser de eonserver ici et là quelques traits de leur physionomie première. Le texte original a péri, sauf les fragments que l'étude des manuscrits nous a peu h peu rendus, et avec lesquels, en Allemagne, on a essaye uo refaire sur le plan primitif certains Actes, notamment ceux de saint Thomas (V. Macii, Revue trimestr. de théoU, 1874, p. 7 et s.) et ceux de saint Jean (Y. Lipsius, Actes des «p. apocryphes, i, p. 508 et s ) ; le texte que nous possédons ne semble pas pouvoir remonter au-delà du ix e siècle.
Parmi les Actes apocryphes des apôtres, plusieurs datent du m e siècle, quelques-uns même probablement remontent au ir 3 . Tels, par exemple, les Actes de saint Jean, qui offrent un particulier intérêt. Zahh, Acta Joannis, Erlangen, 1880 (M. James vient d'en publier un long et important fragment, Apocrypha anecdota, t. II, Cambridge, 1897, in-8°) ; les Actes de saint Paul, que l'Eglise d'Alexandrie avait d'abord admis dans le canon des Ecritures, et où les plus anciens Pères ont peut-être puisé plus d'un renseignement ; les Actes de saint Paul et de sainte Thècle, qu'un zèle indiscret inspira, selon Tertullien {de Baptismo, 17), à un prêtre de l'Asie mineure, et que Dom Cabrol tient pour un miroir fidèle des mœurs de l'époque primitive. {La légende de sainte Thècle, dans Gethsémani et le Monde, juin 1895). M. C. Schmidt vient d'en retrouver à Heidelberg une version copte, v. Comptes-rendus de l'Académie de Berlin, 1896, p. 839 ; les Actes de saint Thomas, où l'on voit l'apôtre s'embarquer h Jérusalem pour les Indes, et y semer à foison des prodiges assez peu évangéliques. A la liste des Actes apocryphes sont venus plus tard s'ajouter les Actes de saint André", comprenant, avec les Actes fabuleux de l'apôtre, son Martyre ; les Actes de saint Pierre, qui se divisent en catholiques et en gnostiques, ceux-là historiquement plus sûrs, ceux-ci bien plus fréquemment cités ; les Actes de saint Philippe, qui, selon toute apparence, n'eurent qu'un médiocre succès (cf. Battifol, Analecta Bollandiana, t. IX, 2*
§6. — Les Pères apostoliques.
Le titre de Pères apostoliques est, depuis le xvii* siècle, l'apanage de quelques écrivains ecclésiastiques, contemporains des apôtres, ou de la génération qui les a immédiatement suivis. Le premier, Jean-Baptiste Gotelier (f le 12 août 1686), groupa, sous le litre de Pères apostoliques, cinq de ces écrivains, l'auteur de l'Epître de saint Barnabe, saint Clément de Rome, Hermas, saint Ignace d'Antioche, saint Polycarpe, et publia de leurs ouvrages une édition qui, pour son temps, est un chef-d'œuvre. Plus tard, l'usage a prévalu d'associer aux grands noms que nous venons de rappeler, le vieil évêque d'Hiérapolïs, Papias, et l'auteur de la Lettre à Diognète, ce dernier surtout parce qu'il se donne lui-même pour un disciple des apôtres, àirorcôXcov fxaeî)x>j<:. Mais le passage en question est d'une authenticité fort suspecte, et l'auteur anonyme de la Didachèy laquelle, il est vrai, n'a été connue qu'en 1883, pourrait avec bien plus de raison prétendre au titre de Père apostolique.
Les écrits des Pères apostoliques ne nous apportent que les épaves mutilées de la littérature chrétienne primitive. Go sont, pour la plupart, des exhortations courtes et vives, appropriées aux circonstances comme aux besoins des esprits, et l'épître en est la forme la plus ordinaire. Le Pasteur d'Hermas prêche la pénitence sous la forme d'une apocalypse, dans une série de visions. Du livre de Papias, il
et 3* (asc, p. 204-249) ; les Actes de saint Matthieu, simples extraits des Actes de saint André. Plus tard encore, vers la fin du v e siècle, on rédigea dans Vile de Chypre les Actes apocryphes de Barnabe.
Tischendorf avait publié, en 1851, les Acta Apostolorum apocrypha. Lipsius et un français, M. Bonnet, ont enrichi son recueil de nouveaux fragments, notamment des Actus Pétri cum Simone, découverts dans la bibliothèque du chapitre de Verceil, et ils en ont fait paraître une seconde édition à Leipzig, en 1891. V. aussi Lipsius, Ilist. apocr. desapôtres t Brunswick, 1890. (N. des T.)