G. — LES PÈRES APOSTOLIQUES
ne nous reste que de misérables débris, qui ne sauraient nous permettre de mesurer et d'apprécier le plan de l'édifice primitif.
Editions. — Parmi les éditions complètes des Pères apostoliques, nous ail on s citer les plus importantes : J. B. Cotelier, Patres œvt apostolici sive ss. Patrum qui temporibus apostolicis floruerunt... opéra édita et inedita, vera et supposititia, una cum démentis, Ignatii et Polycarpi actis atque martyriis, 2 vol, in-fol., Paris, 1672. Edition réimprimée par La Clerc, à Anvers, 1698 (cf. Ittig, De Bibliothecis et Catenis Patrum, p. 629-635, Leipzig, 1707) et à Amsterdam, 1724; reproduite, arec addition des fragments de Papias et de l'Epître à Diognète, par Galland. Bibl. vet. Patrum, t. I, II, III, Venise, 1765, 1767, avec de plus amples suppléments, par Migne, Patr. grecque, 1. 1, II, V, Paris, 1857. — G. Jacobson, S. Clemcntis Rom., S. Ignatii, S. Polycarpi, Patrum apostoticorum, quœ supersunt. Accedunt S. Ignatii et S. Polycarpi martyria, 2 vol. in-8° Oxford, 1838; éd. 4", 1863. — C. J. Héfélé, Opéra Patrum apostoticorum, Tubingue, 1839, 8° ; 4 e éd., 1855. M. Funk en a publié une cinquième édition, revue et enrichie de Prolégomènes et de notes, t. I, Tubingue, 1878, nouv. éd., aveo la Doctrine des douze apôtres, 1887; t. II, contenant divers ouvrages apocryphes et des fragments de l'âge apostolique, 1881. — Dressel, Patrum apostolicorum opéra, Leipzig, 1857, in- 8° ; 2 S éd. 1863; 3 e édition, revue et augmentée par 0. de Gebhardt, Ad. Harnack, Th. Zabn, Fasc. I, Barnabœ epist. t grœce et lat., Clementis R. epp. recens, atque illuslr., Papix quœ supersunt, Presbyterorum reliquias ab Irenœo servatas, vêtus eccl. Rom. symbolum, ep. ad. Diognelum adjecerunt. 0. de Gebhardt et < Ad. Harnack, Leipzig, 1875. Fasc. 1, 1" partie, 2* éd. : démentis R. epp. y texlum ad fidem codicum et Atexanirini et Constantinopolilani nuper inventi rec. et ill. 0. de Gebhardt et Ad. Harnack, 1876. Fasc. 1, 2 e partie, 2 e éd., Barnabœ épis t., Papix quœ supersunt, etc., adjec. 0. de Gebhardt et Ad. H. 1878. Fasc. 2, Ignatii et Polycarpi episiulx, martyria, fragmenta rec. et ill. Th. Zahn, 1876. Faec. 3, Hermœ Pastor grœce, addita versùme lat. recentiore e cod. Palatino, rec. et ill. 0. de Gebhardt et Ad. Harnack, 1877 (Pair. apostoL opp., rec. 0. de G. et Ad. H., Th. Z., editio minor, Leipzig, 1877, nouv. éd., 1894). — Ad. Hilgenfeld, Novum Testamentum extra canonem receptum (/. Clemens R., IL Barnabas, III. Hermas, IV. Evangeliorum sec. Hebrœos, sec. Petrum, see. JEgyptios, Matthiœ traditionum, Pétri et Pauli prœdicationis et actuum, Pétri apocalypseos, etc., quœ supersunt.), Leipzig, 1866, in-8 , 2 e éd., 1876- 1884. — J. B. Lightfoot, S. Clément of Rome. The two Bpistles to the Co-
rinthians..., Londres et Cambridge, 1869, io-8°. Le même, S. Clément of Rome. An Appendix, containing the newly recovered portions..., Londres, 4877, in-8°. Le même, The Apostolic Fathers, comprenant les lettres (authentiques et apocryphes) de saint Clément de Rome, leB lettres de saint Ignace, celles de saint Polycarpe, la Doctrine des douze apôtres, etc.. Edition publiée et complétée par J. H. Harmer, Londres, 1891, in -8° (1). Travaux sur les Pères apostoliques. — Ad. Hilgenfeid, Les Pères apostoliques. Etudes sur l'objet et Vorigine des écrits qui portent leur nom, Halle, 1853, in-8*. — Ch. E. Freppel, Les Pères apostoliques et leur époque, Paris, 1859, in-8°, 4 e éd., 1885. — J. Donaldson, A. critical history of Christian literature and doctrine from the death of the Apostles lo the Nicène council. Vol. I, The Apostolical Fathers..., Londres, 1864, 2* éd., 1874. — E. Skworzow, Etudes patrologiques, Leipzig, 1875» in-8°. — J. Sprinzt, La théologie des Pérès apostoliques, une monographie sur Vhistoire du dogme, Vienne, 1880, in-8°. — Lesquoy, De regimine ecclesix j u~+u Patrum Apostolicorum doctrinam... (Inaug. Diss.), Louvain, 4881.
§7. — VEpître de saint Barnabe .
I. Destination, but et objet, unité et intégrité de l'Epitre. — La lettre connue de toute l'antiquité sous le nom de saint Barnabe, ne porte ni adresse, ni signature. Les chrétiens à qui elle est destinée, y sont traités de c fils et de filles (2) », de « frères (3) », « d'enfants (4) », « d'enfants d'allégresse (5) », d'enfants d'amour (6) », d'enfants d'amour et de paix (7) ». L'auteur avait prêché l'Evangile au milieu d'eux (8). Rien pourtant n'indique l'Eglise dont il s'agit.
L'occasion de la lettre fut le danger qui menaçait la foi d'une assemblée de fidèles. Les tendances étroites des chré-
1. M. l'abbé Panhéleux a publié, sous un titre qui annonce peu la nature et l'objet de son travail, une traduction des Epîtres de saint Clément, de saint Ignace et de saint Polycarpe : V. La divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans la primitive Eglise, Paris, 1882 (N. dbs T.). — 2. Ch. i, 1. — 3. Ch. h, 10; m, 6; tî, 10. Cf. ch. iv, 14; v, 5; vi, 1. — 4. Ch. xt, 4. — 5. Ch. vn, 1. - 6. Ch. xx, 7. - 7. Ch. xxi, 9. - 8. Ch. i, 4. 9; ix, 9.
§ 7. — l'ÈPITRE DE SAIKT BARNABE 57
liens judaïsants se remuaient parmi eux et levaient la tête, appuyées sur les idées que saint Paul et saint Barnabe avaient déjà dû combattre dans Antioche (1). Les destinataires de la lettre couraient le risque de retomber dans le judaïsme; l'auteur croit devoir conjurer le péril (2).
Indépendamment de l'exorde, ch. i, et de la conclusion, ch. xxi, le corps de l'Epître se divise en deux parties, d'étendue très inégale. La première partie, ch. n à xvn, cherche à mettre en pleine lumière le caractère et le rôle de l'ancienne Loi. Mais l'auteur ne se contente pas d'enseigner, avec saint Paul, que la Loi ancienne a perdu sa valeur, que le rituel mosaïque est abrogé; il va plus loin. A l'entendre, la Loi ancienne, d'une façon générale, n'a jamais eu un caractère obligatoire ; le Judaïsme avec ses observances et ses cérémonies n'a pas été d'institution divine. Les juifs n'ont point compris leur loi; cette loi voulait être entendue, non selon la lettre, mais selon l'esprit. Ge que Dieu avait demandé, c'était non des sacrifices sanglants, mais un cœur contrit (3), non un jeûne corporel, mais des bonnes œuvres (4;, non une circoncision physique, mais la circoncision de l'oreille et du cœur, la foi et la charité (5), non l'abstinence de certaines viandes, mais la fuite des péchés, figurés par certains animaux (6). Qu'estce donc, au fond, que l'Ancien Testament ? C'est la prophétie mystérieuse du Nouveau. Tout annonce ou figure, soit les vérités de la religion chrétienne, soit les faits de l'histoire évangélique. La circoncision même des 318 serviteurs d'Abraham (7) est une mystérieuse allusion au crucifiement du Sauveur; car dix-huit s'écrit en grec ^ et nous donne les deux premières lettres du nom de Jésus; trois cents s'écrit T, qni est le signe même de la croix (8).
Avec le ch. xviii, l'auteur passe « à une autre gnose et à un autre enseignement, M ètépav yvwiv xoî StSax^ »• M peint sous de vives couleurs les deux voies opposées que les
1. Act. xv, 1 et suir. — 2. Cf. ch. n, 6. — 3. Ch. n. — 4. Ch. m. — 5. Ch. ix.Ch. — 6. x. Cf. infra, n. — 7. Gen. xvn, 27. Cf. xiv, 14. — 8. Ch. ix.
hommes suivent ici-bas, la voie de la lumière (1) et le. voie des ténèbres (2). On ne saurait guère douter, nous l'avons remarqué déjà (3), que l'auteur n'ait pris la première partie de la Didaché pour modèle et n'y ait puisé à pleines mains.
Nul doute non plus que notre Lettre, dans sa forme actuelle, ne soit une et homogène. Nombre de critiques ont contesté autrefois l'authenticité des derniers chapitres xvin à xxi, surtout parce qu'on ne les trouve pas dans la vieille traduction latine de PEpître; mais Clément d'Alexandrie et Origène avaient sous les yeux TEpître telle que nous la possédons aujourd'hui; car ils allèguent l'un et l'autre les chapitres contestés tout comme le reste de l'ouvrage. On a aussi parlé naguère de remaniement, d'interpolation ; mais ces hypothèses, après un éclair de faveur, sont maintenant discréditées. Les idées ne s'enchaînent point, le raisonnement ne marche pas, soit! Mais n'est-ce pas donner de ces défauts une explication bien plus simple et bien meilleure, de s'efi prendre à la médiocrité littéraire ou plutôt à la visible impuissance de l'écrivain?
II. Auteur de l'Epître. — À la question de savoir quel en est le véritable auteur, toute d'une voix l'antiquité répond en nommant saint Barnabe, ce compagnon, ce collaborateur de saint Paul, à qui les Actes (4) mêmes ont décerné le titre ft apôtre. Le plus vieil auteur où la Lettre soit textuellement citée, Clément d'Alexandrie (5), n'hésite pas à l'attribuer à saint Barnabe. Origène (6) en fait autant, et qualifie la lettre de catholique, probablement, parce que dès lors elle ne portait pas d'adresse déterminée. Il y a plus : Clément, et peut-être aussi Origène, l'ont élevée au rang des livres canoniques. Eusèbe (7), il est vrai, la range parmi les écrits non canoniques, parmi les vie* ou les
i. Ch. xix. — 2. Ch. xx. — 3. Supra, § 5, 1. — 4. Actes, xiv, 4, 14; Cf. l t Cor. îx, 5-6 ; Gai. n t 9. — 5. Slrom, h, 6, 7, 15, etc. ; Migxb, P. gr. vm, 965, 969, 1005 — 6. C. Celsum, î, 63 : Migsh, /. c. xi, 777. — 7. Hist. eecl. m, 25; vi, 13 : Micne, l. c, xx, 269-548.