Eus. Op. o. vi
2. "Qpa el |i^, tà^a, èîtiarf^ov el (inî, etos y?^ ToXfif 4 <rai.
qui se croit obligée d'épuiser toutes les possibilités, bien des fois, pour laisser en fin de compte au lecteur le soin de décider qui, très souvent aussi, entre dans de longues explications dogmatiques et morales, pour suivre le prétendu sens caché de l'Ecriture.
X. Origène exégète. — Origène, le premier, composa sur les livres de l'Ancien et du Nouveau Teslament des commentaires à la façon moderne. Il commence d'ordinaire par expliquer le tçxte biblique dans le moindre détail, grammaticalement et, s'il y a lieu, au point de vue du sens, pour se livrer ensuite, à l'occasion de ce texte, à des digressions philosophiques et théologiques de plus d'une sorte.
C'est dans ces digressions que gît la différence principale entre les commentaires d'Origène et ceux de notre temps, différence qui provipnt au fond de la différence des principes d'herméneutique. L'exégèse dite alexandrine reçut d'Origène son plein développement et sa dernière perfection. Par analogie avec la trie hotomie platonicienne, Origène distingue dans l'Ecriture trois sens, le sens somatique, le sens psychique et le sens pneumatique. <r Comme l'homme lui-même, l'Ecriture, donnée à l'homme pour son salut d'après le conseil de Dieu, est composée de corps, d'âme et d'esprit (l). » Ailleurs, il est vrai, il ne distingue que deux sens, le somat ique et le pneumatique, la lettre et l'esprit, et, en réalité, cette dernière division répond bien mieux à sa pensée.
Mais pour faire valoir comme il convient cet esprit enclos dans la lettre, Origène ne se fait pas scrupule de sacrifier complètement la lettre qui n'est qu'un simple voile. Il y a, dit-il, des passages de l'Ecriture qui ne sauraient être pris à la lettre, dont il faut se contenter de chercher
2. De princ.t iv, Il : Miche, P. G. t xi, 3 5. Cf. In Lecit., hora. 5, ch. v: Migkb, xn, 455.
Tàme et l'esprit (1). Dieu a voulu qu'il se rencontre dans l'Ecriture des choses choquantes, scandaleuses, impossibles, afin que les clairvoyants ne s'arrêtent pas à la lettre, mais que, pénétrant plus avant, ils découvrent un sens digne de Dieu. Dans ce but l'Ecriture raconte des histoires qui en réalité ne sont pas arrivées et parfois tout à fait impossibles ; dans ce but l'Ecriture contient des lois que les hommes ne sont pas capables d'observer (2). Et cela ne s'applique pas seulement à l'Ancien Testament ; les apôtres aussi « avaient mission de dire la vérité, lorsqu'il se pouvait, à la fois selon la lettre et selon l'esprit ; mais, lorsque les deux étaient incompatibles, de donner la préférence à l'élément spirituel, si bien qu'alors la vérité spirituelle est renfermée, on pourrait dire, dans le mensonge littéral (3) ». Persuadé qu'il faut chercher et trouver partout de profonds mystères et de sublimes vérités, Origène ne craint pas d'imputer à la parole de Dieu le mensonge et le blasphème. Cette exégèse a trouvé sans doute bien des choses justes et belles — son principe avait une part de vérité, l'existence du sens spirituel, et elle eut de très habiles représentants — ; mais elle prêtait par trop à l'arbitraire, à la fantaisie, et devait nécessairement aboutir aux plus dangereuses erreurs.
XI. Origène et le dogme. — Origène, dans son ouvrage De principiis, nous offre le premier essai d'une dogmatique scientifique. Clément d'Alexandrie, en s'étendant longuement sur les enseignements de la foi chrétienne, n'avait nullement prétendu en donner un exposé complet et systématique. Origène, lé premier, entreprit de construire l'édifice régulier et harmonieux de la dogmatique chrétienne. À la vérité ce fut précisément à l'occasion du