L'ÉPITRE DE SAINT BARNABE
àvTiXsYOfieton Yp«©it ; saint Jérôme (i), de son côté, la relègue dans la classe des écritures apocryphes ; mais, sans balancer, ils affirment l'un et l'autre qu'elle est bien l'œuvre de saint Barnabe. Leur opinion a régné sans partage durant tout le moyen âge.
De nos jours elle est détrônée (2). Non pas certes que l'authenticité de notre Epître ait manqué jusqu'à nous de défenseurs ! Mais la plupart des critiques ne laissent pas de l'attaquer résolument et de la rejeter. Il va de soi qu'en pareille matière, le témoignage de l'antiquité ne saurait trancher la question. Du fait que notre Epître n'a pas trouvé place dans le canon des Ecritures, on ne peut assurément rien inférer de décisif contre son authenticité, quoiqu'il semble après tout étrange qu'une lettre doctrinale d'un apôtre n'ait pas été inspirée d'en haut. Mais le contenu même de la Lettre trahit une supposition. La doctrine de l'auteur sur l'Ancien Testament contredit la doctrine des apôtres, celle en particulier de saint Paul; impossible, par conséquent, delà mettre sur les lèvres de saint Barnabe. Les apôtres saluent dans l'Ancien Testament, dans ses lois rituelles, etc., une institution de Dieu. Selon notre Epître, les prescriptions de la Loi ancienne touchant les sacrifices et les jeûnes auraient dû s'entendre dans un sens figuratif, non pas, avec les Juifs, se prendre à la lettre (3). La pratique de la circoncision n'avait pas été non plus commandée de Dieu ; elle était née de l'imposture d'un mauvais ange (4). La distinction des animaux purs et impurs, des mets licites et des mets défendus, n'a sous une forme symbolique qu'un sens moral, et
1. De vir. ill. % c. 6 : Migive, P.I., xxiii, 619. Conim. in Ezech., 43, 19 : Pair, lat., ixt, 425. — 2. Au xtii« siècle, un bénédictin français, Dom Ménard, émit le premier des doutes sur l'authenticité de la Lettre, sans se prononcer formellement ; Cotelier, une des gloires de la Sorbonne, était déjà plus explicite, il inclinait vers la négative. Depuis, Noël Alexandre, I). Ceillier, et de notre temps, Hug, Hé fêlé, Funk, etc., ont attaqué vigoureusement l'authenticité de l'Epitre; Isaac Voss, E. Dupin, Moehler, Mgr Freppel, Les Pères apostol., p. 86-95, Mgr Fessier, Inst. Patrol., éd. Jungmann, t. 1, p. 171-176, Xirschl, etc. ont défendu le terrain pied à pied, mais sans succès, pour maintenir l'apôtre en possession de son œuvre ÇS. des T.). — 3. Ch. ii-m. — 4. Cli. ix.
la fidélité servile des Juifs au texte de la Loi n'entrait nullement dans les desseins de la Providence ; elle n'a été que le fruit de leur aveuglement d'esprit (1). Peu s'en faut même que l'auteur ne place le culte mosaïque sur la même ligne que les cultes idolâtriques des païens, « Les Juifs, dit-il, ont presque rendu à Dieu dans son Temple un culte idolâtrique (2). » Vouloir concilier ces idées avec celles des apôtres, c'est, au mépris de toute saine interprétation, torturer le sens naturel des mots et démentir le but manifeste de l'Epître.
Ce que l'auteur nous apprend du temps où il a vécu, ne dépose pas davantage en faveur de l'authenticité de notre Lettre. Sans doute, au soir du jour où saint Barnabe se sépare de saint Paul (3), l'ombre s'étend sur sa vie, et la date de sa mort spécialement reste incertaine. Toutefois saint Paul, pendant son premier emprisonnement à Rome, avait à ses côtés saint Marc (4), celui-là même que saint Barnabe avait pris pour compagnon et emmené avec lui dans l'île de Chypre (S) ; la conséquence naturelle est que, dès cette époque, c'est-à-dire vers l'an 62, saint Barnabe avait quitté la terre. En tout cas, on peut tenir pour certain que saint Barnabe n'a pas vu la destruction du temple de Jérusalem en 70, événement qui, pour l'auteur de l'Epître, est déjà du domaine du passé (6). Enfin, l'opinion la mieux fondée place la composition de l'Epître sous le règne de Nerva (96-97) ; mais il est hors de conteste qu'à la fin du i" siècle, saint Barnabe depuis longtemps n'était plus.
III. Date et lieu de la composition. — Il faut renoncer à fixer avec une précision rigoureuse la date de notre Lettre. A première vue, le passage (7) où il est parlé de la ruine de Jérusalem et du temple, « que les serviteurs mêmes de ses ennemis vont rebâtir, *> nous offre un point de repère. Dans l'hypothèse qui prête à l'auteur la pensée de désigner ainsi le temple de Jérusalem, visiblement il s'agit ici
1. Ch. x. — 2. Ch. xti, 2. — 3. Act. xr, 39. — 4. Col. ir, 10 ; Philem. 24. — 5. Act. xv, 39. — 6. Ch. xvi. — 7. Ibid.