S 34. — PROLÉGOMÈNES
période. — Ce n'est qu'avec la seconde moitié j. 11 e siècle qu'on voit apparaître les écrivains ecolésiasques latins. Ils sont, dans la période qui nous occupe, ssez clairsemés ; la plupart d'entre eux et les plus grands n\ pour patrie l'Afrique du nord. Par un frappant conraste avec la littérature grecque, dès sa première étape a littérature latine se montre imprégnée d'un esprit émiaem aient pratique ; la spéculation est reléguée à l'arrièreplan, on court d'abord au plus pressé ; les besoins les plus urgents ou seulement l'avantage de l'Eglise, voilà l'objet et la fin de toutes les œuvres littéraires.
Quelle variété pourtant et quelle originalité dans les auteurs de la période que nous étudions ! Chez quelquesuns d'eux, quelle fécondité ! Le malheur des temps assure \a prédominance de l'apologie ; c'est l'âge de Minucius Félix, de Tertullien, de Cyprien, de Gommodien, d'Arnobe, de Lactance. Dans les productions du génie de Tertullien, la polémique s'est aussi réservé une large place. Les ouvrages proprement didactiques servent presque tous la cause de la discipline ecclésiastique et de la morale chrétienne. Lactance, dans se3 Institutions, aborde également et traite les plus graves problèmes de la Théologie. Les commentaires de saint Victorin de Pettau sur l'Ancien et le Nouveau Testament marquent les premiers pas de l'exégèse biblique latine, et le De mortibus persecutorum écrit en 313 ou 314, donne le premier exemple d'une narration historique. Gommodien, enfin, ouvre la série des poètes latins chrétiens.
Henry, Des origines de la littérature latine chrétienne et de ses caraclèret jusqu'au temps de saint Jérôme, Montpellier, 1891, in-8*.
§ 35. — Minucim Félix.
L L'OcUvius. Analyse. — Le champ de l'apologétiq^ chrétienne latine s'ouvre, aux yeux de la plupart des entiques modernes, par le dialogue de l'Qctavius : défensr populaire et philosophique du christianisme, « livre d'or > dont l'éclat ne pâlit point devant les travaux des apologistes grecs. L'auteur a-t-il connu ses devanciers grecs, spécialement Athénagore? On ne sait. Ce qu'il y a de sûr. c'est qu'il a emprunté son plan au De naiura deorwn de Gicéron. Gomme Cicéron, il met aux prises, non des personnages imaginaires, mais des gens de son intimité ; il n'y a que trois interlocuteurs en scène, Fauteur même, qu'on appelle Marcus(l), et deux de ses amis, un païen. Cecilius Natalis, et un chrétien, Octavius Januarius, qui donne son nom à l'ouvrage. Les personnages étant réels, on est fort tenté de croire que les circonstances le sont aussi.
L'auteur et ses amis ont profité des vacances de sep* tembre pour quitter Rome et se diriger ensemble vers Ostie. Là, pendant qu'au lever du jour ils suivent la plage, ils rencontrent une statue de Sérapis. Cecilius aussitôt la salue, selon l'usage, en approchant sa main de ses lèvres et lui envoyant un baiser (2). Octavus, qui le voit faire, en témoigne sa peine et reproche à Marcus de laisser un de ses meilleurs amis « dans l'aveuglement de l'ignorance populaire (3) ». La promenade continue ensuite sur ces