Tbrt., De cultu fen\. y l t
cet esprit inquiet ne sut pas s'accommoder longtemps du montanisme ; il se fit du moins, au sein du Montaniscne lui-même, chef de secte ou de parti. Il y avait encore, dan> les premières années du v° siècle, des Tertullianistes à Garthage (1). 11 paraît que Tertullien atteignit un âge très avancé (2), qu'il prolongea sa vie jusqu'au milieu du nr siècle. Rentra-t-il avant sa mort au giron de l'Eglise ? On Ta supposé parfois, sans pouvoir jamais l'établir.
II. Génie littéraire. — Tertullien, dans toute l'histoire delà littérature chrétienne latine, est l'un des génies les plus féconds, les plus originaux et les plus puissants. Il n'a pas marqué sa trace dans la poésie ; du moins, des vers qui portent son nom, pas un seul qu'il ait signé. Mais il n'est pas rare que sa prose s'élève sur les ailes de la vraie poésie. Plus fréquemment sans doute, on sent courir dans sa phrase le feu d'une sombre passion ; mais de ce feu, n'attendez ni lumière ni chaleur. Presque toutes les œuvres de Tertullien sont plus ou moins des ouvrages de polémique. La lutte est l'atmosphère naturelle de sa vie et de son talent. Lui-même s'en plaint, et du fond du cœur: « Malheureux, s'écrie-t-il, je suis toujours en proie à la fièvre de l'impatience (3) ! » Le prêtre de Garthage est, aux yeux de Schwegler, une âme pleine de contradictions sauvages, pleine d'une énergie sans repos, une nature impériale de l'ancienne Rome. Mais ce portrait demande, suivant Ebert, un dernier coup de pinceau, et Ton ne saurait oublier ni « la sensualité punique, ni l'imagination orientale » du grand écrivain.
Quoiqu'il en soit, aux qualités littéraires les plus rares et les plus variées, Tertullien joignait une intelligence pénétrante, un vaste savoir, une éloquence qui enlève, un esprit étincelant, toujours prêt à la riposte. Que si très
i. S. Aug., De kœretibus, ch. lxxxyi : Migkb, P. La t., xlii, 46.