Ibid. t
thode, frappa vivement les esprits ; traduite bientôt en grec (1), la chrétienté entière l'adopta et elle devint, es Orient comme en Occident, la défense de F Eglise menacée.
Ce n'était pas pour le prêtre de Garthage son coup d'essai. Quelques mois auparavant et selon toute apparence dans l'été de Tannée 197, il avait préludé à YApotogétique par les deux livres Aux nations. Ebauche tracée visiblement à la hâte, du premier jet, au souffle de l'inspiration, mais qui ne nous est parvenue que très mutilée et très incomplète.
Entre les deux ouvrages néanmoins éclate une différence qui tient à leurs caractères respectifs. U Apologétique qui avait affaire aux magistrats romains, est un modèle de discussion juridique ; les livres Aux nations, destinés au grand public païen, sont, avant tout, œuvre de rhétorique et de philosophie. Le ton y est animé et respire la passion: ici encore, à chaque page l'auteur passe de la défensive à l'offensive, et le second livre va tout entier à prouver le néant des divinités païennes. La parole évangélique rappelée par Tertullien, peut servir d'épigraphe à l'ouvrage entier : « Arrachez la paille de votre œil, ou plutôt arrachez-en la poutre; vous ôterez ensuite la paille de l'œil d'autrui. »
Quinze ans plus tard (212), la lettre A Scapula, lettre éloquente et pure de tout excès, ramassait en 5 chapitres, pour les jeter à la face de l'odieux proconsul, les arguments qui remplissent Y Apologétique et les deux livres Aux nations. Proconsul d'Afrique de 211 à 213 environ, suivant J. Schmidt, Scapula se distinguait par sa cruauté contre les chrétiens. Tertullien l'adjure de craindre et
1. IIarkack, La version grecque de VApol. de Tertullien, Leipz., 1892, a montré que la version grecque de VApol. n'est pas de Tertullien loi-mémo ; elle aurait paru d'abord en Orient et serait peut-être de JuUub Afrieanus.
"éviter les vengeances divines, qui ont atteint plus d'une ois déjà, les persécuteurs.
Rntre temps un petit livre d'or, l'opuscule Du témoignage de Cdme % s'employait à développer une des preuves ie Y Apologétique (1), empruntée primitivement à YOcta- )ius 9 le témoignage de l'âme en faveur du christianisme. L'âme de l'homme, écrit Tertullien, est naturellement chrétienne, écoutez le païen lui-même dans les cris qui lui échappent, et généralement dans son langage de tous les jours ; il atteste malgré lui, pour ainsi dire, l'existence et l'unité de Dieu, l'existence des esprits mauvais, notre propre immortalité ; la foi religieuse qu'il exprime ainsi naturellement, cadre à merveille avec le dogme chrétien.
lie livre Contre les Juifs (14 chap.) à en croire l'auteur, ne serait avec des retouches que le récit d'une discussion entre un chrétien et un prosélyte juif, à peu près comme le Dialogue de saint Justin contre Tryphon. Presque tout l'ouvrage est consacré à prouver que les prophéties messianiques de l'Ancien Testament se sont pleinement accomplies en Jésus de Nazareth.
VI. Tertullien théologien polémiste. — En face de l'hérésie et spécialement de la gnose, le chef-d'œuvre de Tertullien est son immortel traité Des prescriptions contre les hérétiques, De prxscriptionibus h&reticorum. Tertullien, quand il l'écrivit, n'était certainement pas encore sorti du sein de l'Eglise ; impossible toutefois de fixer plus précisément la date de l'ouvrage. L'auteur y prend à tâche, dans les 44 chapitres, de défendre la foi catholique en général, ou mieux d'opposer une fin de non-recevoir à toutes les hérésies, au seul titre d'hérésie, sans distinction de nom ni de couleur.
Le mot de c prescription » était, à Rome, un terme de
i. Aptil. t ch. XTU.
droit; il s'entendait d'une exception que soulevait le dé-" fendeur dans un procès civil, et qui allait, lorsque le jus> * en reconnaissait le bien fondé, à faire débouter immédiatement le demandeur et à l'empêcher de reproduire jamais la [même demande. Cette arme, Tertullien l'emprunte à la procédure romaine ; c'est, selon lui, par !.. prescription que l'Eglise catholique doit, sans phrase e; du premier coup, vider sa querelle avec les hérésies.
Point d'hérésie qui ne se targue de posséder la vérité que Jésus -Christ est venu nous annoncer. A quoi bon un examen scrupuleux de cette prétention, une étude attentive des raisons alléguées par l'hérésie? Rien de moin? nécessaire. Il est visible que l'Eglise catholique a seule reçu d'en haut le dépôt de la vérité chrétienne. Et de fait, le moyen de ne pas convenir que Notre-Seigneur a conOé à ses apôtres la prédication de sa doctrine ? Mais que s'ensuit-il ? sinon que les églises fondées par les apôtres et les églises en communion avec celles-là et à ce titre justement honorées elles-mêmes du nom d'apostoliques, peuvent seules servir de témoins à la tradition. Les hérétiques ne sauraient être recevables à déposer sur la vérité (1).
La même exception se tire c de la priorité de la vérité et de la postériorité du mensonge (2). » C'est la vérité qui a existé et paru la première ; ce qui n'est apparu que plus tard est nécessairement faux. Or, la doctrine catholique est la doctrine primitive, toute hérésie est une nouveauté. De quel droit les hérétiques en appellent-ils à l'Ecriture Sainte? La Sainte Ecriture est la chose de l'Eglise catholique; l'Eglise l'a reçue des mains des apôtres. Ecoutons plutôt son éloquente apostrophe aux hérétiques : « Qui êtes-
1. Hino igitur dirigimus prœscriptionem, si dominus ehrUtus Jésus apottolos misit ad prœdicandum, alios non esse recipiendos prœdicaiora quam (quoi) Chris tus instituit. Ch. xxi.