Ch. xt, 2; xviii, 3; nx, 1. — 2. Ch. th
montre le jeune Clément assailli sans cesse de doutes sur l'immortalité de l'âme, sur l'origine du monde, etc. Tout à coup, il apprend que le Fils de Dieu a paru en Judée» et voilà qu'il se décide aussitôt à partir pour l'Orient. Là il rencontre saint Pierre et trouve auprès de lui, avec l'apaisement de ses doutes, la lumière tant souhaitée. Disciple de l'apôtre, Clément l'accompagne dans ses voyages et assiste, notamment, à ses discussions, dans Césarée, avec Simon le magicien (1).
Ce n'est que plus tard, à Antarados, qu'il confie à l'apôtre sa situation de famille. Faustinien, son père, et Matthidie, sa mère, étaient de la famille de César. Clément n'avait guère que cinq ans, lorsque Matthidie, sur la foi d'un songe qui lui prédisait des malheurs, s'était enfuie de Rome avec Faustin et Fauste, ses deux fils aînés. Depuis, on avait totalement perdu leurs traces, et Faustinien, s'étant mis lui-même à la recherche de sa femme et de ses enfants, n'était plus revenu (2). Mais, après une si longue séparation, les divers membres de la famille de saint Clément vont bientôt se retrouver. Saint Pierre, appelé dans l'île d'Arados, y découvre la mère de son disciple sous les traits d'une pauvre mendiante ; deux autres disciples et compagnons de l'apôtre, Nicétas et Aquila, se font reconnaître de Clément, qui revoit en eux Faustin et Fauste, ses frères; enfin, saint Pierre leur rend aussi leur père Faustinien.
Cette série de reconnaissances, i^d^thizic, recognitioncs , habilement ménagées, explique et justifie le titre principal de l'ouvrage, qui s'intitule encore Y Itinéraire de Pierre ou de Clément, irepîooot, YHistoire ou les Gestes de Clément, Historia, Gesta démentis* etc. Aussi bien, sommes-nous en présence d'une œuvre de propagande, non d'une œuvre d'histoire ; ce que l'auteur avait en vue, ce n'était pas d'écrire la biographie de saint Clément, c'était de mieux répandre ses opinions particulières, en les abritant sous ce grand nom. Il nous a laissé
i, h, 20-ni, 48. — 2. vu, 8-10.
un roman théologique. Mais la traduction ne nous a rendu que d'une façon très incomplète la théologie de l'original. Rufin nous avertit, dans sa préface, qu'il circulait deux rédactions du texte grec, et que toutes deux contenaient des erreurs, celles entre autres d'Eunomius et de Manès, qu'il avait cru devoir supprimer.
Par la seconde rédaction, Rufin, à coup sûr, entend les vingt Homélies, que nous possédons en grec. Ces vingt Homélies ou entretiens sont précédés de deux épîtres à saint Jacques de Jérusalem. Dans la première Lettre (1), le prince des apôtres recommande à l'évêque de Jérusalem de tenir soigneusement cachées les prédications qu'il lui a fait parvenir. Clément, dans la seconde Lettre, informe saint Jacques que saint Pierre, peu avant de mourir, Ta revêtu lui-même de la dignité épiscopale, et qu'il Ta en même temps chargé d'adresser à Jacques un compterendu détaillé de son apostolat et de sa vie. Il s'acquitte maintenant de sa mission, en adressant à saint Jacques l'abrégé des discours que saint Pierre lui avait déjà envoyés. Saint Jacques recevra donc l'ouvrage sous ce titre : Abrégé par Clément des prédications apostoliques de Pierre (2).
Dans les Homélies, plus encore peut-être que dans les Reconnaissances, la biographie de saint Clément n'est, après tout, qu'un canevas sur lequel on a brodé un tissu doctrinal. Ici et là, le récit sert de passeport aux idées ; ici et là, mêmes personnages, dans les mêmes rôles. Les divergences ne valent pas la peine d'être signalées : ainsi, les Homélies nomment le père de Clément Fauste, ses frères Faustin et Faustinien. Pas plus que les Homélies, les Reconnaissances ne sont un produit de l'orthodoxie pure. Mais, tandis que les Reconnaissances cherchent à se rapprocher de l'enseignement de l'Eglise, la doctrine des Homélies n'est autre que l'Ebionitisme : la religion chrétienne et le vrai mosaïsme ne font qu'un ; le Christ est le même prophète qui s'était autrefois révélé en Adam et en Moïse, et, comme Moïse avait eu mission de restaurer la