Ch. i. — 2. Ch. xx
religion primitive, obscurcie et altérée par le péché, ainsi une nouvelle révélation dans le Christ était devenue nécessaire, parce que la loi mosaïque à travers les siècles avait perdu sa pureté originelle (1). Mais au théisme juif s'allie, d'une étrange façon, le panthéisme stoïcien : Dieu a tiré le monde d'une matière éternelle qui émane substantiellement de Dieu dans ses quatre éléments et ne se développe que par des syzygies, couples antithétiques d'êtres mâles ou bons et d'êtres femelles ou mauvais (2).
Enfin, les deux Epitomés résument le récit des Homélies et le prolongent jusqu a la mort de saint Clément, dont ils racontent l'apostolat dans Rome et le martyre, en laissant de côté la discussion des doctrines.
Les Epitomés sont assurément postérieures en date aux Reconnaissances et aux Homélies. Mais de ces deux derniers ouvrages, lequel a paru le premier? La question n'est pas encore résolue. Les Homélies n'étaient, aux yeux d'Hilgenfeld, qu'un remaniement des Reconnaissances ; Uhlhorn et, avec lui, Mgr Freppel, tenaient les Reconnaissances pour une édition expurgée des Homélies ; selon Lehmann, il y avait dans les Reconnaissances deux parties bien distinctes, Tune, livres I-I1I, antérieure, l'autre, livres IV-X, postérieure aux Homélies. Plus près de nous, M. Langen place la composition des Homélies à Césarée, vers la fin du n* siècle, et celle des Reconnaissances dans les premières années du m* siècle, à Antioche.
Les deux ouvrages respirent manifestement l'ébionitisme. Mais M. Langen, vieux catholique, a voulu mettre en relief les visées hiérarchiques des Pseudo-Clémentines, auxquelles il fait jouer un grand rôle dans l'histoire de la suprématie du Saint-Siège. Pour lui les Pseudo-Clémentines sont le manifeste de l'Orient contre les prétentions de l'Eglise romaine : elles sont une refonte ou plutôt la contre-partie d'un livre aujourd'hui perdu qui confisquait sur Jérusalem au profit de Home la primauté de l'Eglise universelle. Mais, depuis 135, l'Eglise de Jérusalem n'était
1. h, 38 et suiv. — 2. Cf. Kradb, llist. de VÊglise, t. I, p. 148.
plus ; que pouvait contre la capitale du monde et sa florissante Eglise la voix d'Antioche et de Césarée? L'usurpation de Rome, favorisée par les conjonctures politiques, se consomma sans décret conciliaire, peu à peu et pratiquement. Pures hypothèses qui trahissent les préjugés du sectaire et que rien ne justifie.
VI. Les deux Epîtres aux Vierges. — C'est encore le nom de saint Clément qui figure en tête des deux Epîtres aux Vierges ; entendons les vierges de l'un et l'autre sexe. On ne les possède intégralement que dans un texte syriaque, et ce texte, on Ta tenu fréquemment pour l'original. Plus fréquemment toutefois on a reconnu que l'original a dû être écrit en grec, et les Pandectes d'un moine de la Palestine, Antiochus(l), contiennent de longs fragments grecs des deux Epîtres.
La première, en 13 chapitres, part de ce principe que la virginité, sans les œuvres de la foi, ne saurait par ellemême donner l'espérance du salut (2); puis, elle retrace, avec l'excellence, les labeurs et les sacrifices de la virginité (3) ; enfin, elle donne des règles de conduite aux vierges, les prémunissant 'par-dessus tout contre la cohabitation des deux sexes et contre l'oisiveté (4).
La deuxième Lettre en 16 chapitres s'ouvre par un tableau de la vie que mènent les vierges sous les yeux de l'auteur (5). Parcourant ensuite l'Ancien Testament, elle montre à ses lecteurs, par une foule d'exemples, les devoirs et les périls de leur état ; elle termine en ramenant leur esprit au type parfait de la virginité, à Notre-Seigneur(6).
Contre l'authenticité de ces deux Lettres (7) on en appelle au style de l'écrivain et à l'emploi qu'il a fait de
1. Cf. infra, § 87, m. — 2. Ch, n-m. — 3. Ch. iv-ix. — 4. Ch. x-xi. — 5. Ch. ,. Y i. — 6. Ch. yii-xv. — 7. Après Wetstein et Gallnnd, Mgr Villecourt (v. infra xii) et Mgr Freppel (Les Pères apost., 10 e leç.) en France, Mgr Beelen, à Lonvain (v. infra, xn), etc., ont chaudement défendu l'authenticité de nos deux Lettres. Attaquée, au xvm e siècle, par Lardner en Angleterre et en Hollande par Venema, cette authenticité va toujours perdant du terrain. Cf. Fera, Opp. Pair» ap. t. II, Prolêg. p. xu et s. (X. des T.).
l'Ecriture sainte, spécialement du Nouveau-Testament. Les abus qu'il a certainement (levant les yeux en proscrivant la cohabitation des deux sexes, n'éclatèrent qu'au 111 e siècle ; ce qui reporte à cette date la composition de nos deux Epîtres ; ce qui explique aussi pourquoi personne, avant saint Epiphane(l) et saint Jérôme (2), n'en a fait mention.
VII. Autres ouvrages apocryphes. — Si puissante a été l'action de saint Clément dans l'Eglise primitive et si glorieux, malgré les ombres de sa biographie, est resté son souvenir, que les œuvres anonymes de l'antiquité sont venues en foule s'abriter sous son nom. Discipline des apôtres y Constitutions apostoliques, Canons apostoliques, tout est censé rédigé par lui (3). Vers le milieu du ix e siècle, le faux Isidore insère dans sa collection, au frontispice des décréfales pontificales, cinq lettres de saint Clément, fabriquées en grande partie avec d'anciens documents, notamment avec les Pseudo-Clémentines. Les Syriens jacobites attribuaient aussi à saint Clément une liturgie, qu'il faut bien distinguer de la liturgie du vin # livre des Constitutions apostoliques ; Renaudot en a publié une version latine.
VIII. Ouvrages sur saint Clément. — Maistre, Saint Clément de Rome : son histoire, ses écrits... son glorieux martyre, 2 vol. ia-8*. Paris, 1883. M. Maistre crut pouvoir démontrer l'authenticité de tous les écrits répandus sous le nom de saint Clément, et il les analyse en les paraphrasant. — Sur Tordre chronologique des premiers papes, V. L. Ducbesne, Le liber pontificalis (Biblioth. des Ecoles françaises d'Athènes et de Rome, 2* série, n° 3). T.I, p. lxxi-lxxiii, Paris, 1886. — J. B. Lighlfoot a longuement discuté les données de l'antiquité sur saint Clément, The Apostolic Falhers, Part. I, vol. I, p. 14-103. 104-115. 201- 345, Londres, 1890. — Le Martyrium S. démentis Papje Romx vient d'être publié par Funk, 0pp. Patr. ApostoL, u, 28-45. Littérature complète dans Chevalier, Répert. des sources hist., 465*466. 2520.
1. Uœr., \ix, 15 : Migre, P. G., xu, 432. — 2. Adv. Jovin., i, 12 : Miche, P. L. xxiii, 228. — 3. V. supra, § 5, u, ir, t.