LE PASTEUR D'HERMAS
91, p. 427-431. — A. Ehrhard, Rev. trim. dethéol., 1892, LXXIV, p. 294-303.
Aucun des trois manuscrits ne donne donc la fin du xte. Faussaire émérite, Simonidès fabriqua aussi ces derères pages qu'il publia avec d'autres pièces : 'OpBoMgwv \\^u>v OeoXoYtxai Ypasatxédjap^, Londres, 1S59. Draeseke et Hilenfeld s'y laissèrent prendre ; l'un publia le fragment dans i Revue de théol. scient., 1887, t. XXX, p. 172-184 ; l'autre 'en servit pour donner une édition intégrale du texte grec. lermae Pastor grœce integrum ambitu primum, édit. Hilg. ^eipz., 1887, in-8°, Cf. Funk, Le Pasteur grec (ÏHermas, lans la Revue trim. de théol., 1888, t. LXX, p. 51-71.
VIII. Anciennes traductions. — Avant 1856, on ne connaissait le Pasteur d'Hermas que dans une vieille version latine, publiée la première fois par Le lèvre d'Etaples, Paris, 1513. On l'appelle d'ordinaire la Vulgate, pour la distinguer d'une autre version latine dont nous allons bientôt parler ; et Gotelier, puis Galland, Migne, Hé fêlé (Cf. supra, § 6), l'ont insérée dans leurs éditions des Pères apostoliques. La meilleure édition de la Vulgate est celle de M. Hilgenfeld : Hermx Pastor ; veterem latinam interpretalionem e codicibus eiidit, À. H., Leipzig, 1873, in -8*. Celte édition ne s'est pourtant point assez servie des manuscrits arrivés jusqu'à nous; cf. l'édition que MM. V.Gebhardt et Harnack ont donnée du texte grec, p. xiv-xxii (cf. supra, vu).
En 1857, M. Dressel publia, d'après un codex Palati no- Vatican us du xiv* siècle, une deuxième version latine du Pasteur, la P a la Un a : Patr. apostoL opp., Leipzig, 1857; 2 e éd., 186?. Là critique du texte doit beaucoup aux utiles travaux deW. Hollenberg : Pastor em Hermx emendavit, indicem verborum addidit, G. H., Berlin, 1861, in-8°. Bien meilleur est, au fond, le texte de la Palatine, dans l'édition du texte grec de MM. V. Gebhardt et Harnack : Cf. J. Haussleiter, Remarques de critique textuelle sur la version Palatine du Pasteur d'Hermas, dans la Bévue de théologie scientifique, 1883, t. XXVI, p. 345-356. — Funk, La version Palatine du Pasteur d'Hermas, dans la Revue des Gymnases d'Autriche, 1885, t. XXXVI, p. 245-249. C'est l'opinion commune, que la Vulgate a suivi de près la composition de l'original, qu'en tout cas elle est du n° siècle, que la Palatine au contraire ne remonte pas au-delà du v« siècle, et a eu probablement la Gaule pour berceau. Tel n'est pas le sentiment de J. Haussleiter, De versionibus Pastoris Hermx /a/ûm, Erlangen, 1884, in-8°.
98 PREMIÈRE PÉRIOliE. — ÉCRIVAINS GRECS
M. À. d'Abbadie découvrit en 1847, dans un monastère d'Ethiopie epublia en 1860 une version éthiopienne du Pasteur : Hermae Po* jEthiopice primum edidit et /Ethiopica Latine verlit A. d'À., Leipzig, l x Cette version éthiopienne, à laquelle on ne peut assigner uoe date pr.cise, remonte assurément très haut. Elle est faite sur le texte grec ; rr.^> le traducteur s'est mis à Taise avec l'original, supprimant ici, résuma:: ailleurs, et Tunique manuscrit découvert par M. d'Abbadie ne laisse p: d "être assez défectueux.
IX. Travaux. — Jachmann, Le Pasteur a" Her mas, Kœnigsberg, ifcik in- 8°. — Kikûm, Doctrine et orthodoxie du Pasteur d'Hermas (Propr.i Clèves, 1863, in-4°. — Gaâb, Le Pasteur d'Hermas, Baie, 1866, in-S". - Th. Zahn, Etude sur le Pasteur d'Hermas, Gotha, 1868, in 8°. -- Ledrain, Deux apocryphes du n* siècle, avec une élude sur la date du Pei*.Vv d'Hermas, Paris, 1871. — G. Heyne, Quo tempore Hermx Pastor scrii:\> sit, Kœnigsberg, 1872, in-8°. — Behm, V auteur du livre intitulé le Psleur, Rostock, 1876, in-8°. — J. Nirschl, Le Pasteur d'Hermas, élude fattorique et critique, Passau, 1879, in-8°. — M. du Colombier, Le PasUu: d'Hermas, analyse accompagnée d'une notice, d'extraits et de notes, Paris. 1880. — Rambouillet, L'orthodoxie du livre du Pasteur d'Hermas, Pari?. 1880, in-12°; Un dernier mot sur l'orthodoxie d'Hermas (1), Paris, 18*0. in-12°. — A. Brûll, Le Pasteur d'Hermas, Fribourg, 1882, in-8°. — Ad. Link, La personne et l'œuvre du Christ dans le Pasteur dïHermas, Marbourg, 1886, in-8°; L'unité du Pasteur d'Hermas, Ibid., 1888, in 8°. - P. Baumgartner, L'unité du livre du Pasteur, Fribourg, 1889, in-8°. — E. Hûckstaedt, La doctrine du Pasteur, contribution à V histoire des dogmes au n« siècle, Anclam, 1889, in-8°. — C. Taylor, The witness of Hermas to ihe four Gospels, Londres, 1892, in-4°. — V. la littérature complète dans Chevalier, Hépert. des sources hist., 1050, 2648; et dans Richardson Bibliographe Synopsis, 30-33.
X. Le canon de Muratori. — On appelle ainsi, du nom de Muratori qui découvrit le fragment à YAmbrosiana de Milan et le publia en 1740, un catalogue des livres duNou-
1. M. Rambouillet, dans son premier écrit, avait essayé de venger la christologie du Pasteur des attaques de M. l'Abbé Duchesne, Revue du monde catholique, 15 avril 1880. Puis à la réplique de M. Duchesne, qui en appelait avant tout au texte grec, Bulletin critique, 1" juillet 1880, M. Rambouillet opposa, sans plus de succès, son deuxième opuscule. M. Duchesne, jugeant inutile ■!<» prolonger la discussion avec un adversaire insuffisamment préparé, ne répondit pas. (X. dis T.)
§ 10. — SAINT IGNACE d'aNTIOCHE 99
/eau Testament, mutilé au commencement, peut-être en- 2 ore à la fin, et qui est, les critères internes en font foi, une cjjuvredu n 8 siècle. Il fut rédigé probablement à Rome; on n'en connaît pas l'auteur. Le texte latin semble bien être la traduction d'un original grec perdu. Selon une conjecture de J. B. Dunelm (1), ce fragment nous a conservé une de ces «f»8a{ e!ç 7ca<jau xà; Ypacpà; que la statue de saint Hippolyte, à Rome, attribue au grand docteur (2), et il fut écrit originairement en vers (3).
On en trouve une nouvelle recension dans les Anaiecla de Preuschen, Fribourg, 4893. Cf., pour plus amples dé tari s, les Introductions au Nouveau Testament. Cf. aussi Th. Zahn, Ris t. du canon du Nouv. Testant., t. II, 1, p. 1-143, Erlangen, 1890. — G. Kuhn, Le fragment de Muratori sur les livres du N. T., Zurich, 1892, in-8°. — Koffmane, La vraie date et l'origine du canon de Muratori, dans les Nouvelles Annales de théoL allem. t 1893, t. II, p. 163-223.
§ 10. — Saint Ignace cTAntioche.
I. Saint Ignace, sa vie et sa mort. — Clément de Rome et Ignace d'Antioche sont les deux plus grands noms de la période obscure qui suit les apôtres et précède les apologistes et les docteurs. Pour Ignace comme pour Clément, les renseignements positifs ou détaillés manquent et, de sa personne, de sa condamnation et de sa mort, on ne saurait presque rien dire, tant il y a peu d'incontestable dans son histoire !
Saint Ignace, nommé aussi Théophore, gouvernait, à la fin du 1 er siècle et au commencement du n e , l'Eglise d'An-
1. Pseudonyme de Lightfoofc. — 2. V. tn/ra, § 25, ix, sub fin, — 3. The 4 car 4emy, 21 sept. 1889, p. 186-189.
tioche, en Syrie. Selon Eusèbe (1), il avait eu pour prédécesseur Evodius, qui avait succédé lui-même à sain Pierre; c'est la tradition qu'attestent aussi Origène ,2, -.' saint Jérôme (3). Eusèbe, dans sa Chronique (4), fait vivrsaint Ignace de Tan 2085 à Tan 2123 de l'ère d'Abrahacc, de la première année du règne de Vespasien à la dixièmr année du règne de Trajan. En vain, de nos jours (1S7* M. Harnack a-t-il essayé de prouver que la liste épiscûpale d'Antioche avait été remaniée dans la Chroniqu d'Eusèbe, et s'est-il appuyé sur ces prétendus remaniements, pour rapprocher de nous saint Ignace, pour abaisser jusque vers Tan 138 la date de sa mort ; nulle par: il n'a trouvé d'écho.
Quelques autres données, venues de sources diverse?, ne méritent guère créance. Ainsi, au dire des Constitutions apostoliques (5), Evodius ef Ignace s'assirent en même temps sur le siège d'Antioche, l'un sacré par saint Pierre et l'autre par saint Paul. Une relation de la mort de notre saint, le Martyrium Colbertïnum ou Martyrium Antiocl^num (6), l'appelle disciple de Jean ainsi que Polycarpe, et saint Jérôme a pris soin d'enregistrer ce détail (7;. Selon Siméon Métaphraste, Ignace aurait été ce petit enfant que le Sauveur plaça au milieu de ses disciples et leur proposa comme un modèle d'humilité (8) ; mais cette conjecture, probablement, ne repose que sur l'interprétation du nom de Théophore, « porté par Dieu ».
C'est sous Trajan (98-117) que saint Ignace fut conduit à Rome et livré aux bêtes dans l'amphithéâtre. D'après le Martyrium Uolbertinum (9), Trajan avait prononcé luimême la sentence, pendant qu'il séjournait à Antioche et qu'il se préparait à marcher sur l'Arménie contre les Parthes, dans la neuvième année de son règne (26 janvier
1. H Ut. ecct., m, 22, Migse, P. G., xx, 256. — 2. Hom. 6 in Luc, : Mien. I. c, Ain, 1814. — 3. De rir. W. % cxvi : Migxk, P. Lat., xxiii, 033. — A. Ed. Sckœnc, il, 158. 102. — 5. vu, 46 : Mihse, P. G., i, 1049. — 6. C. i, l ; m, 1 . Opp. Patr. apost.* Ed. Fr*K, i, 254-258. V. sur le Martyrium* \nfva % vi. — 7. Chron. ad. ann. Abr.. 211(5, 3* do Trajtin Eusede, Chron. éd. Schœne, n,l ctt. — 8. N Mat 1 h , uni, 1 et s. — «J. C!i. u.
fi^HWWi
§ 10. — SAINT IGNACE D'aNTIOCHK 401
0(> — 20 janvier 107). Ce récit, pourtant, soulève de graves îîficultés. Que penser d'abord de l'arrêt rendu par Tem- >ereur en personne? Le moyen de concilier cette inerveniîon personnelle de l'empereur avec les indications, es prévisions, les craintes des Lettres de saint Ignace (1) il d'expliquer que le Martyrium soit seul entre tous à connaître le fait? 11 y a plus, la date fixée par ces Actes est une injustifiable erreur matérielle; car la guerre des Parthes n'a commencé qu'en 112, et il reste encore à démontrer que Trajan, avant cette expédition, en avait d\r\gé lui-même une autre en Orient. Les auteurs de nos Actes ont beau se donner pour les compagnons de saint Ignace, dans son voyage d'Antioche à Rome, pour les témoins oculaires de son martyre; leurs contradictions avec les Lettres mêmes d'Ignace les trahissent ; nous n'avons ici qu'un document apocryphe et qui ne mérite, à ce titre, qu'une confiance très limitée.
Saint Ignace mourut, selon nos Actes (ch. vu, i), le
20 décembre, sous le consulat de Sura et de Sénécion,
c'est-à-dire, l'an 107 (2). L' Eglise grecque, aujourd'hui
encore, célèbre la fête du saint martyr le 20 décembre (3) ;
l'Eglise latine, au contraire, la célèbre le i* r février*
Que saint Ignace soit mort à Rome, l'antiquité l'atteste
tout d'une voix. Un chroniqueur de la seconde moitié du
vi° siècle, Jean Malala (4), veut que le courageux évêque
ait été martyrisé dans l'amphithéâtre d'Anlioche, à
Tépoque de l'effroyable tremblement de terre qui désola
cette ville, le 13 décembre 115; aucun historien sérieux
n'admettra cette assertion.
II. Les sept véritables Epîtres de saint Ignace. — Pendant son voyage d'Antioche à Rome, saint Ignace écrivit sept Lettres, qui nous ont été conservées. 11 est probable
1. In f i-a, ii. — 2. La date de la mort de saint Ignace ne laisse pas d'être très discutée. Cf. Kraus, Hist. de VEglise, éd. fr., t. I, p. 125 et 212. Un seu point est bien établi, c'est que l'évêque d'Antioche fut martyrisé sous Trajan. i^. des T.). — 3. L'institution de cette fête ne date que du v« siècle ; au iv« siècle, l'Eglise d'Antioche célébrait l'anniversaire d'Ignace le 17 octobre. $. des T.). — 4. Chronogr., xi, éd. Dindorf, p. 276; Migm, P. G., xcvii, 417.
que d'Antioche il alla s'embarquer à Séleucie et fît voile pour la Cilicie ou la Pamphylie ; après quoi, — ses lettres ne laissent là-dessus aucun doute, — il traversa par terre PAsie-Mineure. A Smyrne, les soldats qui conduisaient Ignace firent une courte halte, et les délégués d'une foule d'Eglises de l'Asie s'empressèrent auprès du saint confesseur, pour lui témoigner leur vénération. Lui, de son côté, remit aux délégués des lettres, où il exprimait à leurs Eglises toute sa reconnaissance. C'est de Smyrne que partirent les lettres aux chrétientés d'Ephèse, de Magnésie et de Tralles.
En les remerciant, le noble prisonnier les exhorte à se serrer le plus possible autour de leurs évoques et les prémunit avec force contre les Judaïsants et les Docètes, ou, d'une façon peut-être plus exacte, contre les Docètes Judaïsants, qui, pour parler avec saint Ignace, vivent en Juifs (1) et dénient au Sauveur une vraie nature humaine, réduisant sa passion à une simple apparence (2). Comment déjouer les séductions de ces hérésies? Le moyen le plus sûr, répond Ignace, qui ne se lasse pas de recommander ce moyen, c'est une soumission joyeuse aux chefs de l'Eglise, ce Ayez à cœur de tout faire en union avec Dieu, èv ôjjiovoiqt oso5 ; car l'évêque préside à la place de Dieu, les prêtres forment autour de lui un autre sénat apostolique, aux diacres... est confié le service de Jésus-Christ (3). Révérez les diacres comme Jésus-Christ ; révérez pareillement l'évêque, qui est l'image du Père, et les prêtres qui sont le sénat de Dieu et le collège des apôtres. Sans eux (sans les supérieurs ecclésiastiques), il n'y a pas d'Eglise (4) ».
De Smyrne, saint Ignace écrivit une quatrième lettre à l'Eglise de Rome. Peut-être se doutait-il que les chrétiens de Rome avaient, dans l'entourage de Trajan, quelque protecteur assez puissant pour l'arracher à la mort; il avait été régulièrement condamné par le légat de Syrie; mais la sentence pouvait toujours être cassée ou commuée
1. Magn., yiii, i ; x, 3. — 2. Tral!., x. — 3. Magn., vi, i. — 4. Tratl., m,i.