S 10. — SAINT IGNACE D'ANTIOCHE
faux contre l'authenticité des sept lettres. Mais l'évêque anglican de Chester, Pearson, la défendit victorieusement dans ses Vindiciœ Ignatianœ (1), véritable chef-d'œuvre de science et d'érudition.
La question entra dans une phase nouvelle, quand, au xix° siècle, H. Tattam découvrit et que W. Cureton publia, Londres 1845, le texte syriaque des trois lettres de saint Ignace à saint Polycarpe, aux Ephésiens et aux Romains. Texte notablement plus court que celui de la plus courte récension qu'on eut encore possédée. Cureton n'hésita pas à préférer le texte de la version syriaque au texte grec de la récension brève, qu'il déclara le fruit d'une interpolation faite au iv° siècle, et nombre de théologiens, en Angleterre surtout, embrassèrent l'opinion du savant éditeur. La thèse opposée, qui jusque dans le camp protestant ne manque pas de défenseurs, fait du texte syriaque un simple abrégé du texte grec, et le triomphe de cette thèse paraît aujourd'hui généralement assuré.
Mais les sept Epîtres de la plus courte des deux recensions grecques sont-elles vraiment l'œuvre de saint Ignace? Il s'en faut que la question soit unanimement résolue. De nos jours encore, une partie des théologiens protestants persistent à dépouiller Ignace de ses lettres, dont ils placent l'origine au milieu du n° siècle, ou même après. Que l'on soit dans l'alternative de n'accepter au- ' cune des sept lettres, ou de les admettre toutes, c'est en général, dans les deux camps, une sorte d'axiome. Quelques critiques ont bien essayé de l'ébranler, et de scinder le sort des Epîtres d'Jgnace : ainsi, de toutes les Epîtres, M. Renan n'admettait que l'Epître aux Romains. M. Wœlter, lui, tenait toutes les Epîtres, hormis celle aux Romains, pour authentiques. Purs jeux d'imagination, après tout, que ces hypothèses où la fantaisie prend une trop large part.