‹ Les pères de l'église (volume 3)Chapitre 25 sur 228 · V. L'authenticité des sept lettres. — L'authenticité des · texte numérisé non relu

V. L'authenticité des sept lettres. — L'authenticité des

1. Cambridge, 1672 ; nouv. édit. Oxford, 1852. Migne en a reproduit la J" édition, P. G. % v. 35 472.

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sept lettres, attestée par une chaîne ininterrompue rfê témoignages qui remontent aux premières années da h' siècle, ne saurait, pour un esprit impartial, être mise en question.

Eusèbc (1), on l'a plus d'une fois rappelé, nous dit que les sept lettres formaient ensemble un recueil d'Epïtre? sous le nom de saint Ignace d'Antioche : il les énumere dans l'ordre où elles furent composées, il en rapporte dri extraits. Origène (2) cite deux passages de saint Ignace, l'un tiré de l'Epîtreaux Ephésieos (3), qu'il a trouvé «dans une des lettres, èv h^tùv immlû* » du martyr, l'autre tiré do l'Epître aux Romains (4). Avant lui saint lrénée (o citait un passage de l'Epître aux Romains et le mettait dans la bouche du saint évèque ; a quemadmodum quidam de nostris dixit, propler martyrium in Deum adjudicatus aJ bestias ». Lucien de Samosate, qui publiait en 167 son curieux petitroman, De lamort de Peregiïnus,en avait emprunté plusieurs traits, non seulement à l'histoire, mais aux lettres mêmes de saint Ignace, si bien qu'on ne peut guère se refuser à croire qu'il se soit servi, sans dire mot, des ICpîtres de notre saint. La lettre de l'Eglise de Smyrne touchant la mort de saint Polycarpe a toujours semblé, doua un passage significatif de son chap. ni, un écho do i'fipître aux Romains (6). Enfin saint Polycarpe luimême écrivait aux Philippiens (7): ■ Quant aux Epîtres d'Ignace, qu'il m'a envoyées, et à toutes celles que je possèdo de lui, je vous les transmets, comme vous l'avei souhaité. .Ib les joins à ma lettre. Vous pourrez en tirer un grand" profit, car elles contiennent la foi et la patience avec toute édification relativement à Notre-Seigneur. j» Si péremptoire est ce témoignage de saint Polyenrpe, rcmlu peu après la mort du martyr d'Antioche, à l'authenticité des lettres dont il s'agit que nos adversaires se voient contraints de rejeter pareillement comme apo-

i. BUt. ml. m, :

Dit, 70 et If»*. - 3

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cryphe VEpîtrede saint Polycarpe, ou du moins de tenir pour interpolés les passages relatifs aux lettres de saint Ignace (1).

Contre les preuves de tradition ou d'autorité, on se plaît à soulever des objections intrinsèques. On prétend qu'il n'est pas croyable que l'évêque d'Antioche ait été condamné à mourir sous la dent des bêtes à Rome; qu'au temps de saint Ignace l'hérésie n'avait pas encore acquis l'importance ni pris dans l'histoire intérieure de l'Eglise la place que les Epîtres supposent, et surtout que la constitution de l'Eglise nous y apparaît si parfaitement achevée qu'on est ramené forcément à la fin du n* siècle.

Sans doute, on s'étonne presque de la précision rigoureuse avec laquelle nos lettres distinguent l'évêque des simples prêtres ; partout le caractère monarchique du gouvernement des Eglises est présenté comme un fait accompli. Mais, s'il est vrai, comme il Test, qu'Hégésippe (2) et, peu après, saint Irénée (3) dressaient déjà une liste des évêques de Rome qui remonte jusqu'aux apôtres; si Tévêque saint Polycrate, dans sa lettre au pape saint Victor, vers l'an 195, pouvait en appeler à ses prédécesseurs sur le siège d'Ephèse (4), c'en est fait nécessairement de la thèse qui ne place qu'au commencement du n 9 siècle le berceau de l'épiscopat?

On ne saurait non plus faire de nos lettres des plaidoyers en faveur de l'autorité des évêques. Elles n'en ont pas le ton, et pas n'était besoin qu "elles le prissent. Elles parlent toujours de l'épiscopat comme d'une institution solidement établie et partout reconnue: la légitimité de cette institution ne soulève pas l'ombre d'un doute ; de rivalité entre l'évêque et ses prêtres, il n'y a trace nulle part.

Bien moins encore a-t-on le droit d'alléguer l'histoire des hérésies contre l'authenticité de nos Epîtres. Pas un des hérésiarques du n e siècle n'y est nommé une seule fois, et

1. Cf. t/i/ra, § li, n. — 2. Cf. Eca. Hist. ecc?., iv, 22. — 3. Adv. Hœves., m, 3. - 4. Cf. Eos. Ibid., v, 24.

c'est bien en vain qu'on y a cherché les traces d'une : lémique contre la gnose de Valentin. Les doctrines <\ nos lettres poursuivent, sont avant tout des spoculatic judaïques, mêlées de gnosticisme, comme celles que pr-\ fessait déjà Gérinthe, au temps de l'apôtre saint J-ean.

Le martyre de Tévêque d'Antioche, avec tous I«?s déta/.consignés dans ses lettres, n'a rien qui jure avec les 11": et les mœurs du temps. L'appréciation qui refuse le naturel au caractère de saint Ignace, ne relève après tov*' que du sentiment personnel et n'en peut avoir que la valeur relative et changeante.

VI. Actes de saint Ignace. — Nous avons cinq récits différents du martyre de saiut Ignace. Deux de ces narrations sont des travaux de première main qui ne dépendent pas l'un de l'autre ; les trois autres sont des remaniements et des combinaisons diverses des deux premières.

Le texte grec des Actes que nous avons fréquemment cités (cf. supra y r> fut publié en 1689 par Dom Ruioart, d'après un manuscrit de la bibliothèque de Colbert, et de là leur nom ordinaire de Marlyrium Colbertinum» C'est le seul manuscrit grec qu'on ait encore retrouvé. Ces Actes se donnent pour l'œuvre do témoins oculaires du martyre de saint Ignace ; ils seraient, s'ils étaient authentiques, le plus ancien ouvrage de ce genre. Mais l'impossibilité de les concilier en maints passages, soit avec les Epttres du saint Evoque, soit avec l'histoire du règne de Trajan, fait que la plupart des critiques modernes les ont décidément rejeté» parmi les apocryphes et en ont abaissé la date au iv* ou au v siècle. — A. Brùll, L'authenticité des Actes de saint Ignace d'Antioche, dans la Reçue trimestr. de théologie, 1884, t. LXVI. p. 607-620, voudrait s'en tenir au témoignage que le livre se rend à lui-même. Un chanoine de Lucerne, M. Dûret, en soutient aussi l'authenticité, non sans talent, dans le Journal de ta Suisse catholique, 1890, t. VI, p. 207-337. 466-493. 1891, t. VII, p. 54-68. M. Funk Ta résolument combattue. Rev. trim. de théol , 1893, t. LXXV, p. 456-465.

Depuis 1689 la plupart des éditions des Epttres de saint Ignace ont fait une place au Martyrium Colberlinum. V. Migne, P. G., v, 979-988. V. de nos jours, Zahn, Ignatii et Polycarpi epislulx, martyria, fragmenta, p. 301-306, Leipzig, 1876 ; —Funk, 0pp. Palr.apostol., i, 254-265 ; — Lighl-

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t, The Apostolic Fathers. Part. II, vol. II, p. 473-491. Londres, 1885- *9. Lightfoot a inséré, /. c. p. 443-652, une vieille version latine que Ussher avait déjà publiée en 1647. Une version syriaque, dont Mœeinger le premier a fait paraître en 1872 le texte complet, figure ns la dernière édition de Lightfoot, /. c. p. 687-708, publiée par • Wright.

D'autres Actes grecs, totalement indépendants du Martyrium ColbéHitim, ont été publiés pour la première fois en 4857, par M. Albert ressel, d'après un manuscrit du Vatican ; de là leur nom de Martylum Vaticanum. Mais, entre temps, on a retrouvé deux autres mauscrits du texte grec, à Oxford et à Paris. Ces actes, qui remontent •eut-être au v« siècle, n'ont pas de valeur historique. D'accord avec le larlyrium Colbertinum, ils font prononcer par l'empereur en personne a condamnation de saint Ignace; mais, à les en croire, ce n'est pas lans Antioohe, c'est à Rome que se déroule le procès. Aussi Lightfoot A8&5) a-t-il donné aux premiers de ces Actes le nom de Martyrium Anliochenum, aux seconds celui de Martyrium Romanum. Le texte grec de ce douzième Martyrium a été publié naguère par Th. Zahn, /. c, p. 307-316 ; — par Funk, /. c, n, 218-245 ; — par Lightfoot, /. c. 9 p. 492- 536. Une traduction dans le dialecte du nord de l'Egypte (memphitique) aété publiée par le P. Renouf. V. Lightfoot, /. c, p. 865-881.

Les Actes qu'on appelle du nom de leurs premiers éditeurs, le Martyrium des BoUandistes, et dont nous n'avons plus que la version latine, sont une combinaison des deux Actes précédemment cités. M. Funk en a donné une nouvelle édition, /. c. y 259-275.

Les Actes dont nous n'avons qu'une ancienne version arménienne publiée par J. B. Aucher, sont aussi empruntés, librement d'ailleurs el non sans art, aux deux premiers textes grecs. On en doit une nouvelle édition à J. H. Petermann, S. Ignatii Patris apostol. qux feruntur épistoi», p. 496-549. Leipzig, 1849. M. l'abbé Martin en a publié quelques fragments dans les Analecta sacra du cardinal Pitra, t. IV, p. 2-5.280-281. Paris, 1883.

Nous avons enfin de Siméon Môlaphraste (x e siècle) des Actes grecs où plus qu'ailleurs les premier? textes ont été mêlés confusément et arbitrairement remaniés. Depuis J. B. Cotelier, ils ont été publiés de nouveau par Th. Zahn, /. c, p. 316-325; et par Funk, /. c, n, 246-258. Sur ces Actes en général et sur leurs rapports mutuels, V. Zahn, Ignace d'Antioche, p. 2-56, et Lightfoot, /. c, p. 363-470.

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