‹ Les pères de l'église (volume 3)Chapitre 26 sur 228 · VII. Tradition du texte grec des Epîtres ; éditions. — Du · texte numérisé non relu

VII. Tradition du texte grec des Epîtres ; éditions. — Du

recueil des sept lettres ignsliennes qu'Eusèbe avait sous les yeux, il ne nous reste pas de manuscrit. C'est le recueil mixte (cf. supra, m) qui

nous a transmis sans interpolations Je texte primitif de ces lettres. Ml ce recueil, avec le teite original grec, ne nous est parvenu que dansv manuscrit unique et défectueux du xi* siècle, le Codex Mediceo-Lavr. tianus de Florence, où manque totalement une des Epttrea authentiqte; l'EpUre aux Romains. Le texte primitif de l'Bpttre aux Romains, ?: chassé dans le Martyrium Colbertinum, ne nous a été rendu que par c: manuscrit delà Bibliothèque de Golbert, aujourd'hui à la bîbliothè:.' nationale. Mais la vieille version latine du recueil mixte peut rivaliser d'importance avec le manuscrit grec de ce recueil ; on dirait u: décalque serfile du .texte grec, et, partant, elle a pour la critiquée; texte original une très haute valeur. On ne saurait non plus oublier c la version syriaque, malheureusement très mutilée, ni la version ara*nienne. Enfin le texte grec de la récension longue des lettres de sair. Ignace mérite lui-même toute notre attention.

Ce texte interpolé nous est conservé dans plusieurs manuscrits. D* quatre manuscrits principaux le premier est sans contredit on code: du x* ou du xi* siècle, le Codex Monacensis, olim Augustanus, qui servi'. de base à l'édition princeps, Dillingen, 1557. V. pour plus amples détails, Funk, Opp. Patr. apostol., h, xxv-xxxviu.

La première édition des sept Epttres authentiques fut l'œuvre d'Isa*; Vossius, Amsterdam, 1646, d'après le codex de Florence, complétée pa: Dom Ruinart, Paris, 1689, d'après le manuscrit de la bibliothèque de Colbert. Galland, Bibl. vet. Pair., t. I, p. 243-303, reproduit le text; de T. Smith, S. lgnatii epùtolœ genuinœ, Oxford, 1709. Migoe, P. Gv, 625-728, emprunte celui d'Héfélé, Opp. Patr. apostol., 3» éd., Tabingue, 1847. Parmi les éditions les plus récentes et les meilleures, on compte celles de Zahn, Patr. apostol. opp... fasc. 2, Leipzig, 1876 ; — d> Funk, Opp. Patr. apostol., t. I, Tubingue, 1878, 1887 ; — de Lightfoot, The Apostolic Fathers, Part. II, 2 vol., Londres, 1885, 1889.

La récension longue des lettres ignatiennes a été publiée pour la première fois en grec par V. Hartung, dit Frid, Dillingen, 1557. Vinrent ensuite les éditions de G. Morel, Paris, 1558, et de Gesner, Zurich, 1559. V. sur ces trois éditions, Funk, dans la Revue trimestrielle de théologie, 1879, t. LX1, p. 610-628. Migne, P. G., v. 729-941, donne la récension longue d'après Gotelier, Patres asvi apostol. y t. II. On en doit des éditions nouvelles à Zahn, /. c, p. 174-296;-— Funk, /. c, h, 40- 213 ; — Lightfoot, /. c.,n, 709-857.

VIII. Anciennes versions des Epîtres. — Il nous reste une version latine de la récension longue des lettres ignatiennes aussi bien que du recueil mixte. Mais la récension longue n'a pas la lettre de Marie de Cassobolis, et c'est au recueil mixte que rempruntent d'ordinaire le*

S 10. — SAINT IGNACE d'aNTIOCHE 145

iteurs de celte récension. M. Funk a étudié les éditions et les man usité de le récension longue, dans la Revue trimestr. de théologie, 1881, LX1II, p. 137-145. Editions non Tel les de Zahn, /. c, p. 175-296 ; — de unk. L c. y u, 47-213. M. de La garde a fait paraître en deux colonnes arallèles la récension la plus longue et le recueil mixte : Les versions itines de saint Ignace, Gœltingue, 1882, in-4°. Le recueil mixte a été Médité de nos jours par Funk, Nouvelle défense, de l'authenticité des Utres de saint Ignace, p. 151-204, Tubingae, 1883 ; et par Lightfoot, . c, u, 597-652.

On trouve dans cetie édition de Lighlfoot, l. II, 659-687, une version sy- •iaque des trois lettres à saint Polycarpe, aux Ephésiens, aux Romains» jous leur forme abrégée, — la version publiée en 1845 par Curelon — et de divers fragments des autres épttres authentiques sous leur forme primitive. Sur les précédentes éditions et études de ces textes syriaques, V. Nestlé, Grammaire syriaque, 2* part., p. 54, Berlin, 1888. Il fut fait de cette version syriaque, vers la fin du v e siècle, une traduction arménienne qui s'est conservée tout entière. Pétermann en a tenu un grand compte dans son édition des lettres ignatiennes, S. lgnaiii Patris apostol. quœ feruntur epistolx una cum ejusdem martyrio..., Leipzig, 1849, in-8°. — Lightfoot n'a pas inséré dans son édition la traduction arménienne. En revanche, il nous donne, u, 861-864, des fragments de la lettre apocryphe à Héron (ch. viii-ix) et des fragments de la lettre authentique aux Smyrniotes (ch. i-vi) dans le dialecte du sud de l'Egypte (thébain). M. l'abbé Martin a fait paraître ces fragments dans le même dialecte et en latin, Ânalecta sacra du cardinal Pitra, t. IV, p. 225257. 277.279, Paris, 1883.

IX. Laus Heronis. Les Epîtres qui n'existent qu'en latin. Liturgie syriaque. Extraits arabes et éthiopiens. — On trouve la version latine du panégyrique de saint Ignace par Héron dans Zahn, L c, p. 297 ; — Funk, i. c, u, 214 ; —Lighlfoot, /. c, u, 893. Lightfoot donne encore de la prière une version en dialecte memphitique, p. 881- 882, et un essai de restitution du texte grec, p. 893-894.

Les lettres qui n'existent qu'en latin, celles à l'apôtre saint Jean et à la Très sainte Vierge, avec la réponse de celle-ci, se trouvent dans Migne, L c, v, 941-946 ; — dans Zahn, L c, p. 297-3000 ; — Funk, /. c, u, p. 214-217 ; — Lightfoot, L c, u, 653-656.

Les Jacobites de la Syrie se servent d'une liturgie qui porte le nom

de saint Ignace ; Renaudot en a publié le texte latin. Liturg. Orient.

Coll., t. Il, p. 215-227, Paris, 1716. On le retrouve dans la Patrologie

Qrecque de Migne, v, 969-978.

G. Mœsinger, en 1872, et dernièrement Lightfoot (ou plutôt W. Wright)

/. c, h, 883-890, ont publié des extraits arabes de prétendues letir* ignaliennes. A. Dillmann avait déjà fait paraître une version éthiopien de ces extraits arabes. V. Gureton, Corpus Ignatianum, p. 256-262, &• , lin, 1849.

X. Littérature moderne. — Sur saint Ignace et sur la date : son martyre, V. J. Nirschl, La mort de saint Ignace ËAntioehe et les trc-j campagnes de Trajan en Orient, Passau, 1869, in-8°. — Th. Zahn, lgn&\ d'Antioche, Gotha, 1873, in-8°. — A. Harnack, Saint Ignace et la chrvralogie des évêques d'Antioche jusqu'à Tyrannus, d'après Julius Africanu*: les historiens postérieurs, Leipzig, 1878, in-8*. — V. la littérature pU complète dans Chevalier, Répert. des sources hist , 1107-1103 ; 2657-265:, et dans Richardson, Bibliograph. Synopsis, 12-15.

Sur les lettres de saint Ignace, v. Duesterdieck, Quse de Ignatianaw epistolarum authentia duorumque textuum ratione et dignitate hucusqv. prolatm sunt sententix enarrantur et dijudicantur (Progr.) Gœttingue, 1843, in-4 # . — W. Gureton, The ancient Syriac version of the Epùtles ! St lgnatius to St Polycarp, the Ephesians and the Romans, Londres, 1845, in-8*. — Le môme, Vindicix Ignatianœ ; or the genuinewritings ofSt lgnatius, as exhibited in the ancient Syriac version, vindicaled from the change of heresy, Londres, 1846, in-8°. — Le même, Corpus Ignatianum, Londres et Berlin, 1849, in-8°. — Bunsen, Ignace d'Antioche et son temps. Sept lettres au D* Néander, Hambourg, 1847, in-4°. — Le même, Les trou lettres authentiques et les quatre lettres apocryphes d'Ignace d'Antioche, Hambourg, 1847, in-4°. — F. Chr. Baur, Les lettres d'Ignace et leur dernier critique, réponse à If. Bunsen, Tubingue, 1848, in-8°. — H. Deozinger, L'authenticité du texte grec des Eptlres ignatiennes, Wurzbourg, 1849, in-8°. — A. Lipsius, Relation du texte des trois Epitres syriaques de saint Ignace avec les autres recensions de la littérature ignatienne, Leipzig, 1859. Lipsius, qui soutenait ici l'authenticité de la récension syriaque, a plus tard abandonné sa thèse; cf. Rev. de théol. scientif., 1874, t. XVII, p. 211, note 1. — A. Junius, De oorsprong der brieven van lgnatius, Thiel, 1859, in-8°. — Th. Dreher, S. Ignatii episc. Antioch. de Christo Deo doctrina (Progr.) Sigmaringen, 1877, in-4 p . — A. Brûll, Vépiscopat et U$ Epitres de saint Ignace, dans la Rev. trimestr. de théol. , 1879, t. LXl, p. 248-257. — J. Nirschl, La théologie de saint Ignace, disciple des apôtres et évéque d'Antioche, d'après ses lettres, Mayence, 1880, in-8°. — Fank, Linterpolateur des Epitres ignatiennes et l'interpolation des Constitution apostoliques, dans la Rev. trim. de théol., 1880, t. LXII, p. 355-383. — Le môme, Nouvelle défense de l'authenticité des Eptlres ignatiennes. Avec un supplément littéraire : La vieille version latine des Epîtres de saint Ignace et de saint Polycarpe dans le recueil d'Ussher, Tubingue, 1883, in-8°. Faok,

m s ses Constitutions apostoliques, 281-355, Rothenbourg, 1891, tient jcidément que l'interpolateur des lettres ignaliennes et le compilateur es Constitutions apostoliques ne font qu'un. — W. D. Killen, The Ignaan Epistles etitirely spurious, Edimbourg, 1886, in-8*. — D. Voelter, La •ylution de la question ignatienne, dans la Theologisch Tijdschri/t, janier f 1886, p. 114-136. — /. van Loon, dans la Theologisch Tijdschr. juin, 886, p. 569-586. — D. Voelter, Ibid., mars 1887, p. 272-326. — J. van .oon^ Ibid.» avril, 1888, p. 420-445. — D. Voelter, Les lettres ign atténues, eur origine, Tubingue, 1892, in-8°. — J. van Loon, Theol. Tijdschr,, nars, 1893, p. 275-316. — Jeqkins, Ignatian difficulties and historié ioubts y Londres, 1890, in-8*. — J. Réville, Etudes sur les origines de VEpiscopat ; la valeur du témoignage d'Ignace d'Antioche, Paris, 1891, in-8°. — E. Bruston, Ignace d'Antioche... Etude critique suifie d'une traduction annotée, Paris, 1897, in-8°, ouvrage savant, mais très paradoxal.

§11. — Saint Poli/carpe de Smyrne.

I. Biographie. — A côté de la figure austère et passionnée du martyr d'Antioche, l'Asie-Mineure du i ,r et du n° siècles nous en offre une autre, d'un relief peut-être moins puissant, non d'un moindre attrait, l'énergique et calme figure de ce Polycarpe qu'unissait à saint Ignace une affection mutuelle, et en qui l'Orient révérait le dernier témoin de l'âge apostolique, le dernier écho de la voix des apôtres et du Sauveur. Comme la figure de saint Clément et de saint Ignace, celle de Polycarpe est enveloppée d'ombres. C'est à saint Irénée surtout que l'on doit les rares jets de lumière qui traversent ces ombres et font ressortir, avec le zèle de Polycarpe pour la foi, sa haine vigoureuse de l'hérésie. L'évêque de Lyon avait été son disciple vers l'an 140. Jusque dans sa vieillesse il garda nette et vivante au fond âe son âme l'image du maître vénéré.

« Je pourrais encore, écrit saint Irénée à l'un de ses an-

ciens condisciples (1), te dire le lieu où était assis le bienheureux Polycarpe, lorsqu'il prêchait la parole de Dieu. Je le vois entrer et sortir : sa démarche, son extérieur, son genre de vie, les discours qu'il adressait à son peuple, tout est gravé dans mon cœur. Il me semble encore l'entendre nous raconter de quelle manière il avait conversé avec Jean et avec les autres qui avaient vu le Seigneur, nous rapporter leurs paroles et tout ce qu'il avait appris d'eux touchant Jésus-Christ, ses miracles et sa doctrine ». « Polycarpe, écrivait ailleurs saint lrénée (2), n'enseignait jamais rien qu'il ne l'eût appris de la bouche des apôtres, que l'Eglise ne le proclamât, et que, partant, cela ne fût vrai. » C'est, à n'en pas douter, de l'apôtre saint Jean qu'il s'agit dans la lettre à Florinus ; Tertullieii (3) ajoute même que l'apôtre saint Jean avait établi Polycarpe évêque de Smyrne ; mais saint lrénée (4) se contente de dire que « les apôtres » l'avaient élevé à l'épiscopat. Eusèbe (5)suHsaint lrénée, saint Jérôme Tertullien (6). Quand saint Ignace dans son pénible voyage passa par Smyrne, saint Polycarpe y remplissait déjà la charge épiscopale (7). Sous le pontificat de saint Anicet, de 154 à 166, nous trouvons saint Polycarpe à Rome, traitant avec le pape, selon saint lrénée (8), diverses affaires, selon Eusèbe (9) et saint Jérôme (10), la question du jour de la célébration de la Pâque. Leurs entrevues n'eurent pas tout le succès désiré ; a car Anicet ne put décider Polycarpe à rompre avec une coutume qu'il avait toujours observée avec saint Jean, le disciple de Notre-Seigneur, et avec les autres apôtres qu'il avait connus, et Polycarpe ne décida pas non plus Anicet à se rallier à cet usage, le pape déclarant qu'il devait s'en tenir àl'usage de ses prédécesseurs, ™>v *po xjtoî irpeffj3oTâpwv. Aucune mésinteligence ne s'éleva néanmoins

i. Ep. ad Florinum, ap. Eusèrb, Hist. eccl., v, 20 : Migab, P. G. xx, 4S5.

— 2. Adv haeres., m, 3, 4. — 3. De prcesfirijU., ch. xxxii, Migne, P. L. % h. 45.

— 4. Adv. hœr. m, 3, 4 : Migje. P m G, vu, 851. — 5. Hist. eccl.^ m, 36 : Miasb, /. c, xx, 288. — 6. De vir ML, ch. xvu : Misse, P. £., xxin, 635. — 7. Cf. supra* § 10, h. — 8. Ep. ad. Vietorem ; Eus. II. eccl., v, 24. — 9. Hîst.eccl., iv, 14.

— 10. De vir. %ll. % 17.

entre eux ; Anicet fît même à Polycarpe l'honneur de l'inviter à célébrer les saints mystères à sa place, et ils se quittèrent en paix H) ». A Rome, saint Polycarpe convertit beaucoup de Valentiniens, de Marcionites et d'autres hérétiques a à l'Eglise de Dieu (2) ». Un jour, dit saint Irénée (3), qu'il rencontra Marcion, — dans les rues de Rome, selon saint Jérôme (4), — l'hérésiarque lui demanda s'il le connaissait. — « Oui, répartit l'évêque, je te connais pour le premier né de Satan. » Peu après son retour de Rome, saint Polycarpe couronnait sa vie par le martyre. Une Lettre de l Eglise de Smyrne, écrite peu de temps après la mort du vieil évêque, nous en apprend avec détails les circonstances. Sommé par le proconsul de maudire le Christ : « 11 y a quatre-vingt-six ans que je le sers, répondit Polycarpe, et il ne m'a jamais fait de mal ; comment pourrais-je outrager mon roi et mon Sauveur (5) ?» 11 fui condamné au bûcher, et, comme les flammes l'épargnaient, un coup de poignard l'acheva (6). C'était un samedi ; le deuxième jour du mois Xanthicus (23 février), sous le proconsulat de Statius Quadratus (7). M. Waddington, le premier, est parvenu à fixer approximativement, à un an près, la date de ce proconsulat : Statius Quadratus a été proconsul d'Asie, soit en 154 et en 155, soit en 155 et 156. Ce qui fait placer en 155 la mort de saint Polycarpe, c'est que le 23 février de cette année-là tombait réellement un samedi.

II. L'Epître auxPhilippiens. — Saint Irénée (8) parle dé lettres que saint Polycarpe adressa, «les unes aux Eglises voisines, pour les affermir (dans la foi), les autres à quelques frères, pour les instruire et les admonester». Ailleurs (9), il écrit : « Nous avons aussi de Polycarpe une lettre très forte, ixavorci-cT), aux Philippiens, où ceux qui songent et veulent travailler à leur salut peuvent apercevoir le caractère de sa foi et sa manière de prêcher la vé-

1. !&£*., /. c. — 2. lus*., Adv. hœres. m, 3, 4. — 3. L. c. — 4. L. c. — 5. MarL S. Polyc. ix,3. — 6. lbid. % xvi. — 7. Ibid., xxi. Cf. vin, 1. — 8. Ep. ad Florin., ap. Eus., Hist. eccl. t v, 20. — 9. Adv. hœres. , m, 3, 4.

rite ». Eusèbe (1) cite de cette lettre deux longs passages, ayant trait à|saint Ignace et à ses Epîtres. et remarque plus loin (2) que saint Polycarpe fait dans sa lettre plus d'un emprunt à la première Epître de saint Pierre. Saint Jérôme enfin nous apprend (3) que la lettre de saint Polycarpe aux Philippiens se lisait encore publiquement de son temps dans les Eglises de l'Asie, « in Asiœ conventu (4) ».

Grande avait été l'activité apostolique de Polycarpe ; il ne nous en reste toutefois qu'un seul monument ; sa lettre aux Philippiens, ses autres lettres ne sont pas arrivées jusqu'à nous. Philîppes était une des villes où saint Ignace avait séjourné en traversant la Macédoine ; et les Philippiens, dociles à la recommandation du martyr, avaient félicité l'Eglise deSyrie delà paix qu'elleavait recouvrée (5). Ils avaient chargé saint Polycarpe de transmettre leurs félicitations aux fidèles d'Antioche ; en même temps, ils priaient l'évêque de Smyrne de leur envoyer une copie des Epîtres que saint Ignace avait écrites aux Eglises de l'Asie- Mineure et à lui-même. Polycarpe se renditâleurs vœux, et il accompagna son envoi de la lettre qui nous occupe.

Cette lettre est une précieuse exhortation morale, « pleine à chaque page d'enseignements clairs et simples, selon le ton de l'exégèse sacrée dans l'Eglise » (6), Polycarpe y trace rapidement le tableau des devoirs généraux de la vie chrétienne ; après quoi il passe aux devoirs d'état ; il prémunit d'abord contre l'avarice, qui est la racine de tout le mal ; puis, les époux, les veuves, les diacres, les jeunes gens des deux sexes, les prêtres, reçoivent de pressants conseils appropriés à leur condition. Polycarpe, en maints endroits, reproduit à peu près littéralement l'Epître de saint Clément de Rome aux Corinthiens (7). Il est persuadé que saint Ignace « occupe à côté de Notre-Seigneur

1. BUt. «ri„ ni, 36. — 2. iv, 14. — 3. Le vir.ill., 17. — 4. L'eipression IBoaqui du iicllelfi. PeuMlrs saint Jérôme l'avait- il empruntée d'un auteur plu? ancien (jni nous est inconnu. Personne, avant lui, n'avait signalé l'emploi liturgiqiH* (le la lettre aux Philipiens. Cf. Ilarnack. Aperçu de l'antienne Hit. gAtét., t. I, p. 71. (N. dis T.). — 5. Cf. supra, § 10, tt. — 6. P»o- TiïB, llibl. sud. U'tt : MiiuE, P. G., cm, 408. — 7. CI. supra, g a, ir.

la place qu'il a méritée » (1), mais il demande en terminant qu'on lui donne quelques détails sur le martyre, dont il ignore les circonstances (2) ; la lettre par conséquent a suivi de près la mort de l'évêque d'Antioche.

Cette lettre aux Philippiens proclame l'authenticité des Epîtres de saint Ignace (3). Pour en infirmer le témoignage, les adversaires des Epîtres ignatiennes ont tantôt nié l'intégrité, tantôt rejeté l'authenticité de la lettre de saint Polycarpe. A les entendre, l'auteur des Epîtres ignatiennes aurait encore fabriqué, pour cacher sa première fraude, sinon toute la lettre de saint Polycarpe, du moins les passages de cette lettre qui se rapportent à l'évêque d'Antioche et à ses Epîtres. Mais ce dernier soupçonne tient pas contre une étude attentive du texte de notre Epître : l'unité de style et de ton, les réminiscences de la première Epître de saint Clément qu'on trouve d'un bout à Vautre, tout y atteste hautement l'œuvre d'une seule et même main. La lettre de saint Polycarpe doit donc être admise tout entière ou rejetée tout entière. Mais la seconde hypothèse a contre elle, nous l'avons vu, le témoignage écrasant de saint Irénée. 11 y a plus, on n'a jamais voulu se défaire de F Epître aux Philippiens, que parce qu'elle proclame l'authenticité des Epîtres ignatiennes. Admettons, par impossible, que tout, Lettre de Polycarpe et Lettre d'Ignace, soit décidément apocryphe ! Gomment tout attribuer au même faussaire ? Le pseudo- Ignace n'aurait été fabriqué que pour assurer sur le système presbytérien le triomphe de l'épiscopat, et le pseudo- Polycarpe non seulement ne défend pas l'épiscopat, mais le passe complètement sous silence ! Le nom d'évêque, i7:i<jKoito;, n'y est pas une seule fois prononcé !

III. Fragments sous le nom de saint Polycarpe. — Dans une Chaîne latine des quatre évangiles, F. Feuardent le premier trouva sous le nom de saint Polycarpe quelques fragments latins assez courts sur divers passages du récit évangélique, et les publia en 1639, dans son édition de

i. Ch, ix. — 2. Ch. xiii, t. — 3. Cf. iupra, % 10, y.

saint Irénée. Le compilateur de cette Chaîne , peut-être Jean Diacre, dans la seconde moitié du xi* siècle, les avait empruntés aux Responsionum capitula de Tévêque Victor de Gapoue, mort en 554, lequel, en les citant, les attribuait à l'évêque de Smyrne. L'authenticité de ces fragments est, on ne peut plus, suspecte. Par contre, il est bien sûr qu'il faut ranger saint Polycarpe parmi ces anciens, irpsjSjTepot, dont saint Irénée nous a conservé diverses sentences (1).

Page 1