VI PRÉFACE DE L'ÉDITION FRANÇAISE
Les écrits des Pères, poursuit Bossue t f m produisent un fruit infini dans ceux qui les étudient, parce que ces grands hommes sont nourris de ce froment des élus, de cette pure substance de la religion, et que pleins de cet esprit primitif qu'ils ont reçu de plus près et avec plus d abondance de la source même, souvent ce qui leur échappe et qui sort de leur plénitude est plus nourrissant que ce qui a été médité depuis. »
Bossue t se fait cette objection : Les temps sont bien changés depuis les Pérès ; on trouve dans leurs écrits beaucoup de « choses qui, pour être moins accomodées à nos coutumes et aux erreurs que nous connaissons, peuvent paraître inutiles. » On doit répondre d f abord que les erreurs auxquelles le christianisme a affaire et les objections qu'il rencontre , sont les mêmes au fond dans tous les temps. Ne faut-il pas ajouter que, depuis Bossuet, le temps a fait un nouveau pas, ramenant, hélas ! sur bien des points précisément les mêmes erreurs que les Pères ont eu à combattre; leurs écrits, mieux que ceux des théologiens dun autre âge, nous apprendront à les vaincre.
Pour les hommes d'étude étrangers à la foi chrétienne, les œuvres des Pères de l Eglise ne laissent pas de conserver un immense intérêt* étant le document essentiel pour C histoire de cette antique société chrétienne, où, qu'il le veuille ou non et quelles que soient ses erreurs, le monde moderne plonge ses plus vivaces racines. Aussi peut-on dire que, bien revenue, à Fégard des saints Pères, des dédains dun autre âge, f Europe savante n'a pas aujourd'hui de plus cher sujet <f étude historique. Les éludes patris tiques , en plus dun pays, remplissent les articles des Revues, les programmes des Universités, les séances des Sociétés savantes. Deux Académies, érudites entre toutes, s'honorent en ce moment en pu-
préface r»E l'édition française vu
b liant, tune un Corpus des Pères latins, C autre une collection des Pères grecs des trois premiers siècles (1).
Il saute aux yeux que Von ne saurait aborder de plain pied et sans préparation un domaine littéraire d'une telle étendue, tfune telle variété. Le moyen dC explorer sans guide les 400 in-quarto de Migne ?
Nous croyons faire une œuvre utile, nécessaire, en donnant à la France ce manuel. Les travaux analogues qu'elle possède sont surannés, encore qu'il y en ait qui ne comptent que trente ans de date. Ils ont vieilli de bonne heure, malgré tout leur mérite, par deux causes extrinsèques, dont il y a sujet de s* applaudir, par les nombreuses et importantes découvertes de vieux textes chrétiens au cours du demi-siècle qui s'achève (2) et par les travaux sans nombre sur toutes les parties de la Patrologie. Il en résulte que la science patristique se renouvelle promptement et qu'un guide un peu ancien, sur bien des points, se trouvera lui-même en pays inconnu ; il restera muet ou donnera des indications fausses.
Entre les manuels que nous offre la savante Allemagne nous avons choisi le plus récent et le plus estimé, celui auquel M. Harnack lui-même se plaît à rendre hommage, la Patrologie du D r Bardenhewer de Munich.
Avec la permission de t auteur, nous ne nous sommes pas toujours contentés dune traduction pure et simple : ce que nous avions fait pour /"Histoire de l'Eglise du If Kraus
i. Cf. inlra, p. 26 et 30.
2. Qu'il suffise de rappeler ici la découverte de la Didaché, d'une partie de VEpitre de saint Clément aux Corinthiens, de V Apologie éC Aristide, des Logia d'Oxyrinque, des Philosophumena, des Actes et de V Apologie de saint Apollonius, du monument de saint Aberoius, de la Peregrinatio Silviae des Traités de Prisoillien, etc. Dans le champ delà littérature arménienne et surtout de la littérature syriaque, notre dge a accompli les plus heureux défrichements.