‹ Les pères de l'église (volume 3)Chapitre 31 sur 228 · Ch. tu. — 2. Ch. ix. — 3. Ch. x · texte numérisé non relu

Ch. tu. — 2. Ch. ix. — 3. Ch. x

§ 15. — l'ÉPITRE A DI0GNÈTE 133

« docteur des gentils ». Les révélations de Dieu avec ses grâces et ses bénédictions ne sont échues en partage qu'aux croyants, aux disciples de la Vérité, qui gardent fidèlement l'héritage de la doctrine reçue. Mais la science toute seule enfle, la charité édifie. La science et la vie sont dans une intime corrélation et dans une dépendance réciproque. Ce n'est pas en vain que Dieu, dans le paradis terrestre, avait planté, l'un à côté de l'autre, l'arbre de la science et l'arbre de la vie. Les vrais croyants sont des arbres chargés de fruits, avec leur riche parure de science et de vertus.

II. Inauthenticité des ch. XI et XII. — Ces deux derniers chapitres, loin de faire avec ce qui précède un tout homogène, forment un morceau entièrement disparate, que l'on a détaché primitivement d'un autre ouvrage, et qui s'est égaré, par suite d'une méprise, à la place où nous le rencontrons aujourd'hui. La tradition de notre Epître est on ne peut plus défectueuse et insuffisante: c'est sur un seul et unique manuscrit que repose, en définitive, tout ce que nous savons de la Lettre à Diognète. Or, cet unique manuscrit offrait une lacune entre le ch. x et le chap. xi. Le sujet de la Lettre, que les premiers mots exposent et limitent, est épuisé visiblement avec le chap. x. De là aux pensées des chapitres suivants il n'y a pas de transition naturelle ; il faut faire effort pour coudre ensemble les deux morceaux.

La différence du style saute également aux yeux : la langue des chap. i-x, énergique et pleine de vie, ne laisse pas d'être à la fois d'une exquise simplicité et d'une clarté lumineuse ; les chap. xi et xn respirent la recherche et l'afféterie ; l'expression a quelque chose de vague et de pénible. La Lettre, ch. i-x, n'est qu'une réponse à des questions précises; l'auteur des ch. xi et xn se donne pour un «c disciple des apôtres » et un « docteur des Gentils ». Les chap. j-x ne s'adressent qu'au seul Diognète, et, par conséquent, n'emploient jamais que le singulier ; les ch. xi et xn s'adressent en général à tous ceux « qui veulent être disciples de la vérité », et se servent

toujours du pluriel. Il y a mille raisons de voir en ces deux chapitres un fragment d'homélie ou de traité en forme d'homélie (1).

III. L'auteur et le destinataire de la Lettre. Date de sa composition. — Le manuscrit qui nous a conservé TEpître à Diognète et que le bombardemennt de Strasbourg en 1870 a détruit, ne datait que du xin* siècle. On eût dit le second tome des œuvres complètes de saint Justin ; la Lettre en question y portait aussi le nom du philosophe martyr. C'est le seul renseignement que les âges précédents nous aient laissé sur l'origine de l'Epître. La lettre à Diognète n'est citée, que nous sachions, nidans l'antiquité ecclésiastique, ni dans le moyen âge.

Sur la foi du manuscrit de Strasbourg, Henri Estienne, qui la publia en 1592, lui garda le nom de saint Justin, et ne trouva pas, un siècle durant, de contradicteurs. Tillemont (1691), le premier, s'autorisant de l'opinion c d'une personne habile et judicieuse », comme il l'écrit lui-même, prit à partie et rejeta le témoignage du manuscrit. On en reconnaît aujourd'hui généralement l'inexactitude. La pureté classique et le vif éclat du style de notre Epître jurent bien haut avec la négligence, la nudité, la froideur extrême du style de saint Justin; et d'ailleurs, oubliât-on le saisissant contraste des formes, on suit dans la Lettre à Diognète un courant d'idées qui nous éloigne tout à fait, en définitive, du grand apologiste chrétien.

Tillemont recule la composition de notre Epître jusqu'avant la ruine du temple de Jérusalem, en l'année 70; ses raisons ne rallièrent que peu de suffrages. L'auteur de l'Epître pouvait parler des sacrifices de la loi ancienne comme d'une chose actuellement en usage (2), sans que le temple fût debout ; rien n'est plus naturel que cette façon de parler, qui prête au passé la couleur et la vivacité du présent. Kn appelant le christianisme « une insti-

i. M. le professeur Olto do Vienne (Cf. tn/ra, v) y reconnaît, non sans grande vraisemblance, la main d'un gnoslique orthodoxe, qui aurait vécu a Alexandrie vers le m« siècle. ÇS. dhs T.). — 2. Ch. m-iv.

§ 13. — l'épitre a diognète 135

tution nouvelle » (1), Fauteur ne nous permet pas davantage de préciser la date de son œuvre, et le titre de « disciple des apôtres »! qu'il se donne (2), outre qu'il figure dans un passage réputé apocryphe, [se prête à plus d'une interprétation.

Peu de critiques ont fait remonter aussi haut que Tillemont l'origine de notre Epître. De nos jours, on s'est généralement contesté d'en rechercher approximativement la date, et c'est entre le r r et le m* siècle qu'on Ta fait osciller. Bœhl la place au déclin de l'âge apostolique ; Mœhler, sous le règne de Trajan, 98-117; Héfélé, avant la seconde guerre des Juifs, 132-135 ; Semisch, à l'époque de saint Justin ; Zeller, à la seconde moitié, sinon aux dernières décades du n° siècle. L'Epître peut à la rigueur être du m* siècle, selon M. Renan ; elle est du n* ou du m\ selon M. Funk. En 1866, Donaldson s'avisa de présenter notre Epitre comme une œuvre de la Renaissance, comme un exercice de style ou de rhétorique, et d'y reconnaître, sinon peut-être la main du premier éditeur, H. Estienne, au xvi e siècle, du moins celle d'un de ces réfugiés grecs qui passèrent, au xv e siècle, de Constantinople en Italie. Pure fantaisie, dont les notes marginales du manuscrit de Strasbourg ont fait bonne et prompte justice. En 1872, la thèse d'Overbeck, qui faisait de Y Epître à Diognète un ouvrage postérieur à Constantin, s'écroula de même sous les coups de presque tous les critiques conjurés. Car enfin, le moyen de croire que le tableau des persécutions de l'Eglise n'ait été tracé par notre Epître qu'après redit de tolérance de l'année 313 ? que l'auteur n'ait pas écrit sa christologie avant le concile de Nicée, etc., etc. ?

En repoussant les imaginations de Donaldson et d'Overbeck, M. Draeseke (1881) et M. Kihn (1882) ont reculé le berceau de la Lettre jusqu'au milieu du n* siècle. Et, de fait, il n'y a rien, ni dans les questions du destinataire, ni dans les réponses de l'auteur, qui ne puisse s'accorder, aux yeux d'un critique impartial, avec la date proposée.

i. Ch. i, n, ix, xi. — 2. Ch. xï.

La description de la vie des fidèles, les données sur les violences haineuses des païens et des Juifs contre les chrétiens, l'âpre censure du judaïsme, tout reflète, à nombre de lignes et de traits, l'état des choses et des esprits vers le milieu du n e siècle.

L'auteur même delà Lettre n'est pas encore découvert; on finit en général par se résignera Pignorer.Baratier, en 1740, avait prononcé le nom du pape saint Clémeni; Galland, en 1765, et Lumper, en 1783, celui d'Apollon, le disciple de saint Paul (1). Le ton de la Lettre envers le judaïsme a décidé de nos jours Bunsen à l'attribuer à Marcion ; le destinataire de l'Epître pour Bunsen, qui se fait ici Técho du P. Halloix (1636), n'est autre que le philosophe stoïcien et peintre Diognète, l'un des futurs maîtres de Marc-Aurèle. Plus près de nous, M. Draeseke, moins heureux dans sa dernière hypothèse que dans sa polémique contre Overbeck et Donaldson, attribue notre Lettre, la supposant empreinte de gnosticisme, à la plume du marcionite Apelles. M. Kihn incline à croire que la Lettre fut adressée directement à l'empereur Adrien, et lui donne Aristide pour auteur. Avant lui, M. l'abbé Doulcet, en France, avait émis déjà (2) cette ingénieuse conjecture, qui s'appuie sans doute sur de nombreuses et frappantes analogies entre l'Epître à Diognète et l'Apologie du philosophe athénien, mais qui, forcément, ne saurait atteindre à la certitude.

IV. Tradition. — Le manuscrit de l'Epître à Diognète, ce manuscrit sur papier du xiu° siècle, qui formait probablement le tome II des œuvres complètes de saint Justin, étail entré de 1793 à 1795 dans la bibliothèque de la ville de Strasbourg ; il y formait le cod. gr. 9. Le 24 août 1870, il est devenu, dans l'incendie delà bibliothèque, la proie des flammes. Pour établir le texte, il faut maintenant recourir à deux copies de ce manuscrit : Tune prise en 1580, par M. B. Hausius et qui se trouve à la bibliothèque de l'université de Tubingue; l'autre prise par

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