Ch. ii-viii. — 2. Cf. Apoî. ii
146 PREMIÈRE PÉRIODE, -r- ÉCRIVAINS GRECS
à convenir que la philosophie de Platon est elle-même impuissante à contenter l'esprit et le cœur de l'homme Voulez-vous, continua le vieillard, donner la paix à votrâme ? 11 faut passer de l'école des philosophes à celle des prophètes. Antiquité, sainteté, miracles et prédictions, tout accrédite les prophètes comme les organes du Saint- Esprit et les interprètes de la vérité ; c'est dans leurs écrib qu'on puise la connaissance du Créateur de l'univers, de Dieu le Père, et celle de Jésus-Christ, qu'il nous a envoyé : la grâce nous en ouvre l'intelligence, et la grâce s'obtient par la prière.
Justin ne revit jamais plus son vieux maître; mais cet entretien l'avait mis sur la voie ; depuis longtemps ému de la constance des martyrs chrétiens, l'étude des prophètes et de ladoctrine duChristle conduisirent bientôt du platonisme à l'Evangile. En quelle année précise? On ne saurait le décider. Saint Justin pourtant date lui-même son Dialogue avec Tryphon delà seconde guerre des Juifs, 132-135 (1); il avait donc embrassé déjà le christianisme.
Chrétien, il ne rompit pas avec la philosophie, et loin de rougir de ses anciens maîtres, qu'il juge avec autant ' de sympathie que de largeur, il se plut à montrer partout dans le christianisme une philosophie nouvelle, « la sente qui soit sûre et utile » (2). Justin continua même de porter à travers le monde le manteau des philosophes (3), I défendant sa foi de la parole et de la plume contre tous venants, hérétiques, juifs et païens. Il était persuadé que « pouvoir dire la vérité et la taire, c'est mériter la colère de Dieu » (4).
On ne sait pourtant à peu près rien de certain sur son
i. Cf. Dial., ch. i et ix.