Dial. y ch. lxxxii
apostolat. Il doit avoir fait de fréquents séjours à Rome. A.u dire d'Eusèbe, il y avait son domicile, xà<; Siaxpifà; 'z-xottlzo (1). Simple laïque, il ne laissa pas d'y ouvrir une sorte d'école théologique, telle que sera plus tard la célèbre école catéchétique d'Alexandrie. A Rome, nous le voyons aussi entrer en lutte avec le cynique Crescens, qu'il convainc d'ignorance et d'immoralité et qui lui voue dès lors une haine sans mesure (2). Peut-être même est-ce à la haine de Crescens qu'il faut imputer la mort de saint Justin (3). Dénoncé, il fut déféré, avec six autres chrétiens, à la justice romaine; après un bref interrogatoire, ils furent tout aussitôt fouettés et décapités. Les Actes de saint Justin, qui, sauf quelques lignes de préface, remontent au ii e siècle, placent leur martyre sous la préfecture de Rusticus. Or, Junius Rusticus, l'ami et le plus intime confident de Marc-Aurèle, fut préfet de Rome de 163 à 167. Les titres de philosophe et de martyr, que Tertullien décernait à Justin (4), ne se séparent plus de son nom.
II. La première Apologie. — Saint Justin avait déployé une rare activité littéraire : réfutation des sectes hérétiques, controverse avec les Juifs, polémique contre les païens, il avait tout abordé. Presque tous ses livres sont perdus. Par contre, on lui a plus tard attribué nombre d'ouvrages dont il ne saurait être l'auteur, et de ceux-là mêmes qui portent encore son nom, trois seulement, après avoir passé par le feu de la critique, ne lui sont plus disputés, les deux Apologies et le Dialogue avec Tryphon. La première Apologie, d'après la suscription, est adressée à l'empereur Antonin le Pieux, à son fils Verissime (Marc-Aurèle), à son fils adoptif Lucius Vérus, au sacré Sénat et au peuple romain. Ici, comme partout, le