NOTION ET OBJET DE LA PATHOLOGIE
Denys de Rome et saint Deiiys d'Alexandrie, deux évoques d'autrefois, qui l'un et l'autre avaient déjà soutenu la consubstantialité du Fils. Puis, le grand docteur, prenant à partie les Ariens, les presse de ses adjurations : « Gomment pouvez-vous rejeter le concile de Nicée, puisque vos Pères mêmes y ont souscrit ? (vos Pères, surtout Busèbe de Gésarée qu'il vient de nommer)... Où sont vos ancêtres ? Où sont vos devanciers ? Quoi 1 Vous appelleriez vos Pères ceux dont vous repoussez la profession de foi ! » Ep. ad Afros, 6 : Migne, P. G. XXVI, 1040. Ici, Pères et Evoques, spécialement Pères et Evoques du premier âge, c'est tout un.
Les évoques ont, à ce titre, dans l'Eglise charge d'enseigner. Mais il ne s'ensuit nullement que des écrivains ecclésiastiques ne puissent point à leur tour, sans être évêques, rendre témoignage à la foi de l'Eglise. Saint Augustin, compte, par exemple, saint Jérôme parmi les témoins de la foi au dogme du péché originel. Contra Julian. I, 34. Cf. II, 33. 36 : Migne, P. L., XLIV, 665 ; Gf. 697. 699. Prévoyant les protestations de Julien d'Eclane, d'avance il lui ferme la bouche ; car il relève magnifiquement l'érudition extraordinaire et la sainteté d a solitaire de Bethléem, et montre avec force qu'à défaut de l'épiscopat, tout, science et vertu, nous oblige h tenir uu si grand homme pour un interprèle authentique de la foi chrétienne. Le concile d'Ephèse (431), dans sa première session, se fit lire des passages « des saints et religieux Pères et Evêques, comme aussi de plusieurs martyrs ». Mansi, S5. Conc. coll., iv, 1148. Les Pères sont ici visiblement les écrivains dont les ouvrages ont attesté et défendu la foi de l'Eglise des premiers temps. Là-dessus, pas d'équivoque possible. Ouvrons le Commonitorium, que saint Vincent de Lérins composa, il nous l'apprend lui-même, ch. 29, trois ans environ après le concile d'Ephèse. Vincent, le champion le plus résolu du principe de la tradition catholique, comprend, lui aussi, constamment sous le nom de Pères ou de saints Pères, les plus anciens témoins de la foi de l'Eglise, c'est-à-dire les écrivains ecclésiastiques de l'antiquité, c. 29-31 : Migne, P. L., t. L, 678-681. Les Pères du concile de Chalcédoine, après avoir entendu la lettre de saint Léon-le-Grand à Flavien de Gonstantinople, s'écrient : « Telle est la foi des Pères, telle est la foi des Apôtres 1 * Act. ii : Mansi, vi,972. C'est « en suivant les traces des saints Pères » (Act. v : Mansi, vu, 116) qu'ils prononcent sur la vraie foi; ils disent anathème à quiconque altère « la doctrine des Pères ». Alloc. ad Marcian. imp. : Mansi, vu, 465.
II. Pères de l'Eglise. Ecrivains ecclésiastiques. Docteurs de l'Église. — La postérité n'a pas décerné à tous les écrivains ecclésiastiques de l'antiquité le beau titre de
Pères (1). Dès 434, saint Vincent de Lérins, qui nous recommande, à toutes les pages de son Commonitorium, de garder la doctrine des saints Pères, sent le besoin d'expliquer ou plutôt de restreindre la portée de ses recommandations. Dieu, dit-il, pour éprouver les chrétiens, a laissé tomber dans Terreur jusqu'à des docteurs éminents(2). L'exemple si frappant d'Origène fait bien voir aux catholiques qu'ils doivent avec l'Eglise écouter et saluer les docteurs, mais que jamais ils ne doivent avec les docteurs abandonner la foi de l'Eglise. Quant à Tertullien, ses excès et sa chute finale ont rejailli, selon la juste remarque de saint Hilaire de Poitiers (3), sur ses meilleurs ouvrages et en ont amoindri, sinon ruiné, l'autorité (4). Où donc chercher la règle suprême de la foi et de l'exégèse biblique? On ne la peut demander qu'à l'accord unanime des Pères véritables, qui, dans leur doctrine, sont restés fidèles inviolablement à la foi de l'Eglise (5), et qui, dans leur vie, ont été jusqu'au dernier soupir des modèles de vertu chrétienne (6).
De fait l'Eglise elle-même, dans sa pratique de tous les jours ou par une déclaration solennelle, n'a honoré du nom de Pères que les écrivains dont la rigoureuse orthodoxie comme la sainteté répondait pleinement au portrait tracé par Vincent de Lérins. Depuis qu'il est passé en usage de réserver ce titre aux écrivains des premiers âges (7), on ne le donne d'ordinaire qu'à ceux qui réunissent quatre conditions : X orthodoxie de la doctrine, la sainteté de la vie,
1. Cette auréole manque aux fronts de Tertullien, d'Origène, d'Arnobc, do Lactance, d'Eusèbe de Césaréc, etc. (N. des T.). — 2. Op. laud. y c. 10. — 3. Comtn. in Matth , c. 5 : Migne, P. L , IX, 943. — 4. Commonit., c. 18. — 5. Sur des points que l'autorité souveraine n'avait pas encore définis, quelques Pères ont pu se tromper. Saint Irénée a versé dans le millénarisnie, saint Cyprien a contesté la validité du baptême conféré par les hérétiques; d'autres ont étendu le privilège de l'inspiration divine à YEpitre de saint Barnabe, au Pasteur d'IIermas, etc. Erreurs isolées, accidentelles, où la témérité non plus que l'esprit sectaire n'avaient rien à voir I Xi l'orthodoxie, ni la sainteté de °es Pères n'en sont restées entachées (N. des T.). — 6. « Eorum dum taxât patrum sententia: conferenda; sunt, qui in fide et communione catholica... permanentes, vel mori in Christo fideliler vel occidi pro Christo féliciter nicruorunt ». C. 28; cf. C. 20. — 7. Cf. infra, m.