‹ Les pères de l'égliseChapitre 113 sur 149 · V. Supra · texte numérisé non relu

V. Supra

toute la tête son émule. Après six années de séjour à Gon. stantinople, saint Grégoire ne sait pas un mot de grec(l). Ne lui demandez ni l'art de la composition, ni l'élégance de la Forme, il n'en a nul souci.

Remarquons-le toutefois : le contraste des deux grands hommes tient beaucoup moins aux talents personnels de chacun d'eux qu'à l'esprit général des temps où ils ont vécu. Le siècle de saint Grégoire est un siècle de profonde décadence, de barbarie littéraire, un siècle où depuis longtemps on ne rencontre plus ni vigoureux élans ni puissance créatrice, où Ton a grand peine à conserver et à transmettre les conquêtes des âges passés. A chaque siècle échoit sa tâche et sa mission. Le vi* siècle n'a plus affaire aux subtilités de l'hérésie; c'est contre le déchaînement de toutes les passions individuelles, contre le désespoir des vaincus et la brutale arrogance des conquérants qu'il faut lutter. Ce qui importe, ce n'est pas de satisfaire aux besoins de l'esprit, c'est d'épurer et de fortifier la volonté. Ce siècle a trouvé dans saint Grégoire un aide et un sauveur providentiel. Jamais peut-être il n'y eut connaissance plus parfaite des plaies du cœur humain, analyse plus fine de ses faiblesses et de ses aspirations, indication plus claire et plus pénétrante des véritables moyens de salut. Grégoire tire ses avertissements de l'Écriture et des trésors de sa propre expérience.

Point d'idées particulières, nulle singularité dans sa doctrine. Peut-être faudrait-il parler ici de sa croyance à la fin prochaine du monde; mais ce n'est pas la croyance personnelle de saint Grégoire, c'est l'attente de tout son siècle. Dans les catastrophes inouies de la nature et les calamités de la guerre, le grand pape a vu les présages

1. Cf. Registr. vu, 32 : « Quamvis grœcœ linguœ nescius, in contentione Umen vestra judex resedi ; Ibid., xi, 74 : Nos nec grœce novimus noc aliquod opus aliquaado grœce conscripsimus. »

du jugement dernier : « Les villes, écrivait-il, sont dévastées, les châteaux abattus, les églises incendiées, les monastères d'hommes et de femmes détruits, les terres ravagées et abandonnées des laboureurs; le sol délaissé reste en friche, ses maîtres n'y séjournent plus, les animaux ont envahi ce que remplissaient autrefois les foules. Et des autres parties du monde je ne sais rien. Mais, sur cette terre où nous vivons, le monde ne nous prédit plus sa fin; nous y assistons (1)... Voici que le monde dans ses flancs n'a plus de sève... Partout la mort, partout les larmes, partout la désolation... La fin de ce que le temps mesure fait voir le profond néant de tout ce qui a pu passer ; cette grande ruine montre le quasi néa nt des choses passagères, avant même qu'elles soient passées (2). »

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