‹ Les pères de l'égliseChapitre 119 sur 149 · Homilia detriumpho ecclesiœ oh conversionem Golhorum · texte numérisé non relu

Homilia detriumpho ecclesiœ oh conversionem Golhorum

le plus savant de son siècle et pour le restaurateur des sciences en Espagne. Après la mort de son arni, l'évêque de Saragosse, Braulio, joignit au De viris illustrions, le catalogue des ouvrages de l'auteur, avec un éloge enthousiaste de son érudition et de son rôle providentiel (1). En saint Isidore, le huitième concile de Tolède, de Tan 653, se plut à saluer « le grand docteur du siècle, la moderne gloire de l'Eglise catholique, le dernier des docteurs dans Tordre des temps, mais non pas le moindre par la science, et, pour mieux dire, le plus savant qui fût jamais (2).

De fait, saint Isidore a parcouru et sillonné en tous sens le champ de la science du vu* siècle, et, parmi les auteurs ecclésiastiques de l'Espagne dans l'antiquité, pas une plume ne saurait rivaliser de fécondité avec la sienne. Jaloux d'enrayer la marche de la barbarie, qui s'attachait aux pas des envahisseurs, saint Isidore s'était voué à propager le culte des lettres, et ses travaux lui ont mérité, avec la plus vive reconnaissance de l'Espagne, sa patrie, celle de l'Occident tout entier. Emule des Boèce et des Cassiodore, c'a été sa mission de recueillir ce qui surnageait des trésors de la science romaine et d'en transmettre les précieux restes au monde nouveau, debout sur les ruines de l'ancien. Durant tout le moyen âge, l'archevêque de Séville a exercé sur la science et la littérature de l'Occident une grande, une incalculable influence.

Le saint docteur, sans doute, a pou d'idées à lui ; l'originalité n'est pas son fait. Ce n'est pas à des études personnelles qu'il dépense les richesses de son talent ; mais

1. « Quem Deus post tôt defectus Hispanko novissimis temporlbus suscitons, credo ad restauranda antiquorum monumenta, ne usquequaque rusticitate veterasceremus, quasi quamdam apposuit destinam. » Prœnotatio librorum Divi Jsidori, ap. Migre, P. L., lxxxi, 10-17.

2. « Nostri sœculi doctor egrcgius, ecclesiœ catholicno novissimum decus prœcedentibus œtatas postremus, doctrinro comparationc non infimus, et, quod ma jus est, in sœculorum fine doctissimus : » Mm si, SS. Conc. Coll., x,

il étend ses prises le plus loin possible et ramasse tout ce que son siècle a connu. Si bien qu'en présence de cette lecture et de cette ardeur à compiler, on ne saurait, pour peu qu'on songe à l'état social de l'époque, se défendre d'un profond étonnement. Les ouvrages de saint Isidore sont chacun des tissus d'extraits où se condensent des bibliothèques entières ; collections d'autant plus précieuses pour la postérité que la simplicité et la clarté des termes les met à la portée de tous les esprits. Maints traits y trahissent assurément cette décadence du goût qui caractérise, entre autres, l'agonie d'un âge et d'une société ; rien de plus naturel et de moins surprenant. Le style, avec les locutions et les tournures visigothes dont il est émaillé, offre, pour l'histoire de la langue espagnole, un particulier intérêt.

Le plus grand des ouvrages de saint Isidore, celui dont l'influence a été le plus sensible et le plus prolongée, porte le titre d 1 Etymologies ou $ Origines. L'auteur y a travaillé, peut-on dire, jusqu'à la veille de sa mort ; la division en vingt livres est du fait de Braulio, que saint Isidore avait chargé de corriger son manuscrit. C'est une encyclopédie abrégée de toutes les sciences, avec une méthode à part ; l'auteur, dans les diverses matières scientifiques, ne les expose et ne les explique qu'en remontant à l'étymologie des mots qui les désignent ; tout repose d'un bouta l'autre sur l'étymologie ; et que d'étymologies arbitraires et bizarres ! Mais enfin, le titre de l'ouvrage est par là même justifié.

Les vingt livres traitent, selon leurs titres spéciaux, le premier, de la grammaire ; le second, de la rhétorique et de la dialectique ; le troisième, de quatuor disciplinis mathematicis, de l'arithmétique, de la géométrie, de la musique, de l'astronomie ; le quatrième, de la médecine ; le cinquième, des lois et des temps, sans oublier un abrégé d'histoire universelle jusqu'à Tan 627; le sixième, des

livres et des offices de l'Eglise ; le septième, de Dieu, des anges, des différentes classes de fidèles ; le huitième, de T Eglise et des sectes ; le neuvième, des langues, des peuples, de l'armée, de la population civile, des degrés de parenté ; le dixième, des étymologies ; le onzième, de l'homme et des monstres; le douzième, du règne animal ; le treizième, du monde et de ses parties, c'est-à-dire du ciel, de l'air, des vents, des eaux; le quatorzième, de la terre, continents, îles, montagnes, etc.; le quinzième, des habitations de l'homme et de la campagne ; le seizième, des pierres et des métaux ; le dix-septième, de la culture des champs et des jardins ; le dix-huitième, de la guerre et des jeux ; le dix-neuvième, des vaisseaux, des édifices et du costume ; le vingtième, des mets, boissons, ustensiles de ménage et instruments aratoires.

La vogue prodigieuse de l'ouvrage a forcément amené dans le texte une foule d'altérations ; mais jusqu'ici la critique textuelle n'a que trop chômé ; l'étude des sources et du mode de leur emploi n'en est, elle aussi, qu'à ses débuts. Presque partout, les Etymologies, à la façon d'une mosaïque, se composent d'une masse énorme d'extraits; nombre de ces extraits sont empruntés de première main à des ouvrages chrétiens ou païens de la basse latinité, qui ne nous sont pas parvenus; plus d'un extrait figurait déjà dans d'autres compilations. Les Etymologies, malgré tant de défauts, ont été pour le moyen âge une vraie mine de connaissances. Elles sont restées notamment le modèle et la source principale des dictionnaires.

Ce n'est pas, dans l'œuvre de saint Isidore, un monument isolé ; plusieurs autres ouvrages du saint docteur s'y rattachent, esprit et plan, de la manière la plus étroite. A côté des deux premiers livres des Etymologies, sur la grammaire, la rhétorique et la dialectique, on voit prendre place les deux livres Des différences , l'un, De differentiis verhorum, un dictionnaire de synonymes, l'autre, De différent

tiis renim, un catalogue de définitions théologiques. Au premier livre des Différences il faut aussi joindre les deux livres sur les Synonymes , Synonyma ; recueil qui doit à, la forme originale dont l'auteur Ta revêtu, son autre titre, quelque peu étrange, de Livre des lamentations, Liber lamenta tionum .

La physique même, au sens de l'Ecole, attira l'attention de saint Isidore ; pour répondre au vœu du roi des Visigoths, Sisebut, il a compilé, sous le titre de De natara re- ?~um, un manuel d'histoire naturelle extrêmement curieux. Dans son travail Sur l'ordre des créatures. De ordine creaturarum, il étudie le monde des corps et celui des esprits. La chronique universelle du cinquième livre des Etymologies est l'abrégé rapide d'une autre Chronique antérieure, que l'archevêque de Séville avait puisée, aux termes de la Préface, dans Julius Africanus, dans la version d'Eusèbe par saint Jérôme, dans Victor de Tunnuna, et qui s'arrêtait à l'an 615.

C'est un ouvrage de même famille et de même air que YHistoria de regibus Gothorum, Wandalorum et Suevorum, chronique des Visigoths, suivie de deux courts appendices qui retracent à grands traits, selon Tordre des temps, Thistoire des Vandales et celle desSuèves. Ici encore, nous n'avons, au fond, qu'un travail de marqueterie, qu'une compilation d'autres histoires. Il y a de l'ouvrage qui nous occupe deux éditions, l'une plus courte, qui s'arrête à la mort de Sisebut (621), l'autre plus ample, qui s'étend jusqu'à la cinquième année du règne de Suintila, le successeur de Sisebut.

Saint Isidore a publié un troisième ouvrage historique, le De viris illustribus ; nous en avons parlé plus haut (1),

i. § 2, ii. Cf. la belle élude critique de Gustave von Dzialowslri, Saint Isidore et saint Jldefonse, historiens littéraires, Munster, 1898, in-8°. Le De viris illustribus de saint Isidore nous est parvenu dans deux recensions d'inégale longueur, et qui contiennent, Tune trente-trois, l'autre [quarante-cinq

§ 2, IL On dirait presque un pont jeté par l'infatigable ouvrier entre ses œuvres d'histoire et ses œuvres de théologie.

Dans cette seconde classe, il faut ranger, d'abord, sous le titre de De ortu et habitu patrum qui in scriptura laudibus efferuntur, une histoire des personnages les plus marquants de l'Ancien et du Nouveau Testament; puis, deux écrits qui se font pendant, l'opuscule intitulé Allegoriœ quœdam sacrœ scripturœ, sur les types les plus importants que nous déroule l'histoire sacrée, et le Liber numerorum qui in sanctis scripturis occurrunt, explication mystique des nombres de l'Ecriture sainte ; enfin, divers recueils d'exégèse, In libros veteris ac novi testamenti proœmia, De veteri et novo testamento quœttiones et Mysticorum expositiones sacramenlorum seu quœstiones in vêtus tesiamentum, sorte d'anthologie qui embrasse l'Ancien Testament, depuis la Genèse jusqu'aux Livres des Rois, avec un court appendice sur le Livre d'Esdras et sur ceux des Macchabées.

Un ouvrage apologético-polémique, dans lequel saint Isidore, la Bible à la main, convainc les Juifs d'ignorance ou d'aveuglement, mérite une particulière attention ; ce sont les deux Livres De fide catholica ex veteri et novo testamento contra Judœos. L'auteur les a dédiés à sa sœur

chapitres. Les douze chapitres qui manquent à la recension la plus courte, sont, aux yeux de G. von Dzialowski, parfaitement authentiques ; saint Isidore les aurait même écrits et publiés les premiers, à part, vers 610-615 ; les tron te- trois autres chapitres n'auraient paru qu'après, et c'est plus tard qu'on aurait fait des deux opuscules un seul tout. Cette opinion se heurte, quant à présent du moins, aux données des manuscrits ; les plus vieux manuscrits renferment la recension courte, et la recension longue ne se trouve que dans les manuscrits de date postérieure. — Le critique, sans méconnaître la conscience qui préside au travail de saint Isidore, y relève souvent des traces de précipitation. Ici et là, le compilateur reparait ; pour parler d'ouvrages qu'il a lui-môme entre les mains, saint Isidore emprunte a d'autres historiens leur pensée et leur langage. La maltresse partie du livre est naturellement celle que l'auteur consacre aux théologiens espagnols (N. dis T.).

Florentina ; de bonne heure ils ont été traduits en plusieurs langues vulgaires, en allemand notamment.

Les trois livres de Sentences, Libri très sententiarum, si célèbres au moyen âge et le modèle du genre, nous offrent une compilation de maximes puisées dans les Pères de l'Eglise, surtout dans saint Grégoire-le-Grand, et qui forment un vrai manuel de dogme et de morale.

Des deux livres Sur les offices ecclésiastiques, De officiis ecclesiasticis, le premier est consacré au culte divin, De origine officiorum f le second au clergé, De origine ministrorum.

Dans son zèle pour la vie religieuse, qu'il saluait comme le berceau et l'asile des études, saint Isidore avait aussi tracé une Règle de la vie monastique.

Sa correspondance compte peu de pages. Les hymnes qui se parent de son nom sont toutes apocryphes.

IV. Littérature concernant saint Isidore. Autres écrivains espagnols. — F. Goerres, Léandre, évéque de Se ville et métropolitain de la province ecclésiastique de Bétique (depuis584 environ jusqu'au 13 mars 600 oa 601), dans la Revue de théologie scientifique, 1886, t. XXIX, p. 36- 50. — La Règle monastique et le Discours de saint Léandre, dans Migne, P. Lat. 9 lxxii, 873-898.

La meilleure édition des œuvres de saint Isidore est celle qu'a donnée F. Arevalo, Rome, 1797-1803, en 7 vol. in-4°. Oa la retrouve dans Migne, P. La t., lxxxi-lxxxiv.

Sur les Etymologies, v. le tableau de la littérature (études des manuscrits» éditions à part de quelques courts fragments, contributions à la cri» i que des sources), dans Teuffel-Schwabe, Hist. de la littérature romaine, 5« édit., p. 1295. — H. Dressel, De lsidori originum fontibus, Turin, 1874, in-8°. — M. Michel, Le livre des origines d'Isidore de Se ville, dans la Revue internationale de l'enseignement, 1891, t. XXII, p. 198-224. — M. Klussmann, Excerpta Tertullianea in lsidori HispaUnsis Etymologiis, collegit et explanavit M. K. (Progr.), Hambourg, 1892, in- 4°.

Du livre De natura rerum nous avons une édition spéciale par G. Becker, Berlin, 1857, in-8°.

On doit une édition nouvelle des œuvres historiques à Th. Momm — se n, Chroniea minora sxc. iv, v, vi, vu, l. IL {Monum. Germ. hist. Auctantiquiss., l. xi, Berlin, 1894/, p. 241-303 : hidori junioris episc. HispaU Historia Gothorum, Wandalorum, Sueborum ad a. 604 (p. 304-390, divers appendices) ; p. 391-488. Chroniea majora éd. primum a. 615, Chronicorumepitome éd. a. 627 (p. 489-506, Auciarium chronicorum majorum ad a, 624, avec d'autres appendices). — H. Hertzberg, Les Histoires et les Chroniques d'Isidore de Séville. l r0 partie, Les Histoires, Gœttingue, 1874, in-8°. — Le môme, Sur les Chroniques d'Isidore de Séville dans les Etudes d'histoire allemande, 1875, t. XV, p. 289-360.

K. Weinhold, Les fragments en vieil allemand de V opuscule de saint Isidore de Séville De fide catholica contra Judœos. Paderborn, 1874, in-8*. G. A. Ilench, Saint Isidore en vieux haut allemand. Fac simile du codex de Paris, avec un texte critique des fragments de Paris et autres, Strasbourg, 1893, in-8°.

Sur leB poésies qui portent le nom de saint Isidore, v. M. Manitius, Histoire de la poésie chrétienne latine, Stuttgard 1891, p. 414-420.

Sur la vie et les œuvres de saint Isidore, v. P. B. Gams, Histoire de l'Eglise d'Espagne, X. Il, sect. n, Ratisbonne 1874, p. 102-113;— Ad. Ebert, Histoire générale de la littérature du moyen âge en Occident, trad . franc. , t. I, p. 621-636 ; — M. Menandez Pelayo, Saint Isidore et l'importance de son rôle dans l'histoire intellectuelle de l'Espagne, Trad. franc, dans les Annales de philos, chrét. nouv. série, 1882, t. VII, 258-269.

Licinianus, évoque de Garthagène (Carthago Spartaria sur la côte sud-est de l'Espagne, sous le règne de l'empereur Maurice (582-602), nous a laissé trois lettres (1). La seconde lettre soutient vigoureusement l'immatérialité des anges (2).

Pour plus de détails sur Licinianus, v. Gams, Histoire de l'Eglise d'Espagne, u, 2, p. 49-55.

Un contemporain et ami de Licinianus, Sévère, évêque de Malaga, prit à partie dans un écrit, selon saint Isi-

Page 1