Supra, § 17, m
On ne saurait trop louer sa méthode exégétique. Il suit en général les vues de l'école d'Antioche et se rapproche surtout beaucoup de la manière de Théodoret. S'il trouve peu de prophéties messianiques directes, il voit partout les figures du Messie et de l'Eglise. Dans ses discours et ses hymnes, il interprète ou applique volontiers l'Ecriture au sens allégorique.
IV. Ecrits métriques : Discours et Hymnes. — Ephrem a employé la forme métrique dans un très grand nombre de ses écrits, non seulement dans ses hymnes, destinées au chant des fidèles, madrâschê, mais encore dans ses discours, mêmrêy mîmrê. Son vers est généralement de sept syllabes, si bien que notre saint a donné son nom à ce mètre. Les hymnes sont composées de strophes de longueu r très inégale, de quatre jusqu'à douze vers. Un certain nombre sont des acrostiches alphabétiques. Les rimes sont rares, sans règles fixes, et le plus souvent non voulues. Selon l'opinion régnante, la versification syriaque reposerait uniquement sur le nombre des syllabes, qui est le même dans tous les vers de la même pièce. Mais H. Grimme a entrepris, non sans succès, de prouver que la métrique syriaque et en particulier celle de saint Ephrem est gouvernée tout entière par le principe de l'accent tonique et que, comme le soupçonnait déjà G. Meyer, la poésie rythmique de Byzance et plus tard de l'Occident est un emprunt fait à la Syrie.
Saint Ephrem passe pour le plus grand de tous les poètes de sa nation, bien qu'il ne soit pas exempt du défaut général de la poésie syriaque, la diffusion qui fait languir l'intérêt, les répétitions qui fatiguent. Ce qu'il y a de mieux comme vraie poésie et comme mérite littéraire, ce sont les pièces de sentiment, les élégies, les hymnes funèbres. Il réussit également à peindre avec beaucoup d'âme, avec une saisissante profondeur, le bonheur de la foi et de l'amour divin. Les sujets de ses maîtresses pièces
sont pris de l'Ancien Testament. Noeldeke pense avec raison que « nous apprécierions certes mieux les côtés brillants d'Ephrem, si nous pouvions acquérir quelque peu le vif sentiment de la langue, comme le possédaient ses compatriotes ».
La matière des écrits métriques d'Ephrem est extrêmement variée ; comme thème, en général, les hymnes ne se distinguent pas des discours. Ce qui domine, ce sont les exhortations morales et ascétiques, notamment les sermons sur la pénitence. Plusieurs de ceux-ci semblent avoir été composés pour des processions publiques de pénitence ; ce qui prouverait que ces solennités étaient connues en Orient longtemps avant de l'être dans l'Eglise latine. Un autre groupe d'hymnes et de discours traitent de sujets dogmatiques, soit dans un but d'apologie, soit dans un but de polémique. L'auteur y combat tantôt les païens, les Juifs et les Manichéens, tantôt les gnostiques, disciples de Marcion ou de Bardesane, les Novatiens, les Ariens, les Sabelliens, etc. Ephrem combattait contre les gnostiques syriens avec leurs propres armes, car c'était principalement par des hymnes que Bardesane et Harmonius avaient répandu leur doctrine dans la masse. Overbeck a publié (1865) quatre hymnes, madrâschê, contre Julien l'Apostat. Les poésies purement dogmatiques sont extrêmement rares et l'on voit qu'Ephrem n'a aucun goût pour la spéculation ; le danger des raffinements et des recherches indiscrètes sur les mystères de la foi est un des thèmes sur lesquels il revient le plus souvent tant en prose qu'en vers. Même dans ses poésies apologétiques et polémiques, on entend moins le docteur qui expose et démontre la doctrine à l'Eglise que le prédicateur qui la propose à l'humble foi.
Les discours et les hymnes sur les fêtes de Notre-Seigneur et des saints sont en très grand nombre, surtout depuis que les études de Mgr Lamy en ont fourni un sup-
plément considérable (1882-1889). Lorsqu'il célèbre la gloire du Sauveur, Ephrem se maintient fermement sur le terrain du concile de Nicée ; il relève de la manière la plus expresse la vérité et l'intégrité des deux natures, unies sans confusion. Plus que nul autre poète ou orateur de l'antiquité, Ephrem chante Marie, la Vierge intacte, la vraie Mère de Dieu, l'Immaculée. Dans une poésie de Tan 370, il trouve occasion de mettre dans la bouche de l'Eglise d'Edesse, parlant au Sauveur, ce discours : «Vous et votre Mère, vous êtes seuls parfaitement beaux à tous les points de vue ; car en vous, ô Seigneur, il n'est aucune tache et en votre Mère il n'est point de souillure (1). » Entre les poésies en l'honneur des autres saints, nommons les deux séries d'hymnes dans lesquelles Ephrem éleva un monument à deux solitaires de ses amis, Abraham de Gidun et Julien Saba. Bien des discours peuvent passer pour des homélies proprement dites, commentant des textes choisis de l'Ecriture, surtout de l'Ancien Testament. Nou3 avons un poème en douze livres sur l'histoire du patriarche Joseph. Les Carmina Nisibena, publiés par Bickell (1866), recueil d'hymnes selon toute apparence formé par Ephrem lui-même, racontent les vicissitudes de la ville de Nisibe lors du siège de 350 et durant la nouvelle guerre contre les Perses de 359 à 363; il y est question de l'évoque Jacques de Nisibe et de bien d'autres personnages.
V. Edition romaine des œuvres de saint Ephrem ; suppléments. — Quelques-unes des œuvres de saint Ephrem furent imprimées dès la fin du xv° siècle ; mais il n'existe pas encore aujourd'hui d'édilion complète.
L'édition principale est celle de Rome, 1732-1 74G, en six in-P, dont trois en syriaque et en latin, et trois en grec et en latin.
i. Carm. Xisib., n. 27, éd. Bickell, p. 40.
Elle eut pour auteur le savant Maronite JoBeph-Simon Assemani, qu'assistèrent pour quelques parties Pierre Mobarek (Pierre Benoît), S. J, et Etienne Evode Assemani, neveu de Joseph. Les textes syriaques sont empruntés pour la plupart à des manuscrits venus des couvents du désert de Nitrie en Egypte ; mais il y a là bien des pièces faussement attribuées à saint Ephrem. La version latine des textes syriaques, œuvre des deux éditeurs secondaires, est fort libre, par endroits inexacte et arbitraire. Les volumes gréco-latins reproduisent les codex grecs qui ne remontent pas au delà du x e siècle, où une critique avisée aurait fait un choix. Sur la nécessité de ce choix, V. notamment J. Gildemeisler dans ses travaux contre Floss, cités tupra § 46, in fin.
Il y a beaucoup a ajoutera l'édition romaine et beaucoup à corriger ; nombre de savants s'y sont employés.
A) Pour les commentaires bibliques. A Pohlmann s'est occupé de la critique textuelle des commentaires et a donné des fragments nouveaux, dans son 5. Ephrxmi Syri commentariorum in Sacram Scripturam texlus in codicibus Valic. manuscriptus et in editione Romana impressus. Cornm. crilica. Part. i. 2. Brunsb. 1862-1864 in-8o. Sur l'interprétation de la Genèse i-iv, cf. M. Treppner, Ephrem le Syrien et son explication des quatre premiers chapitres de la Genèse, Passau, 1893, in-8°. Th. J.Lamy a donné des commentaires nouveaux ou des fragments (tirés de la Chaîne de Severus), dans S. Ephraem Syri Hymni et Sermunes, t. II, Malines, 1886, col. 103-310. Les commentaires arméniens mentionnés cidessus, m, ont été publiés par les Méchilaristes de Venise en 1836, en 4 t. in-8°. J. B. Aucher fit une traduction latine du Commentaire sur le Diatessaron et G. Mœsinger la publia, Venise, 1876 in-8°. (Cf. supra, § 17, vi.) Les Méchitaristes ont imprimé depuis peu une version latine des Commentaires sur les Epîtres de saint Paul : S. Ephrxm Syri cornmenlarii in Epist. D. Pauli, nunc primum ex Armeno in Latinum sermonem a palribus Mekitaristis trantlati, Venise, 1893 in -4°. On a édité à Venise, 1839, in- 8°, un Commentaire (arménien) sur les Actes des Apôtres tiré des ouvrages des anciens Pères Chrysostome et Ephrem. On trouve dans Pohlmann, Op. C. part. 1, p. 27 et suiv.ua fragment d'un Commentaire arabe sur les livres de la Genèse et de l'Exode sous le nom d'Ephrom. La Chaîne arabe qui a fourni à P. de Lagarde le commentaire de la Genèse, imprimé dans la 2 e série des matériaux pour la critique et l'histoire du Pentateuque, Leipzig., 1869, donne souvent la parole au grand Docteur syrien.
B) Discours et Hymnes. — On trouve beaucoup de morceaux inédits dans Overbeck, Bickell et Lamy pour ne nommer que les plus illustres
§ 98. — EPHREH LE SYRIEN 241
chercheurs. 5. Ephrami Syri, Rabulae episc. Edesseni, Balxi aliorumque opéra selecta. Primus edid. J. J. Overbeck, Oxford, 1865, in-8\ Il ne donne que le texte syriaque. — 5. Ephrxmi Syri Carmina Nisibena, additis prolegomenit et supplemento lexicorum Syriacorum. Primus edid. vertit, ezplicavit G. Bickell, Leipzig, 1866, in -8°. Correelions du môme dans son Conspectus reiSyr. litt. Munster, 1871, p. 28-34. — S. Ephrxm Syri Hymni et sermones. Edidit, latinitate donavit, variis lectionibus instruxit, notiff et prolegomenis iliustravit Th. J. Lamy, Malines, 1882" 1889, 3. vol. in-4*. Cf. sur les deux premiers volumes de ce recueil Tb. Noeldeke, dans les Annonces savantes de Goettingue, 29Nor. 1882, p. 1505- 1514 et l« r fév. 1887, p. 81-87. Des quinze hymnes sur S. Abraham de Gidun dans Lamy, m, 749-836, P. Martin en avait déjà publié cinq en allemand dans la Revue de théol. cath., t. IV (1880), p. 426-437. Le poème sur Joseph, dont on ne connaissait qu'un fragment, 'a été publié en entier par Badjan, S. Ephrem, Histoire complète de Joseph. Poème en 12 livres, nouv. édit. Pari9, 1891, in-8°. Gaspari, dans ses Lettres, traités et prédications des deux derniers siècles de ïantiq. ecclés. et des commencements du moyen âge, Christiania, 1890, p. 208-220, a donné en latin une prédication très remarquable et des plus intéressantes, attribuée à S. Ephrem et à S. Isidore de Sévi lie, sur les derniers temps, l'antéchrist et la fin du monde. Ce morceau semble dérivé d'un original grec, qui aurait vu le jour en Orient, à la fin du vi* ou au commencement du vn e siècle. Cf. Gaspari, /. c, p, 429-472 ; — Draeseke, Sur la prédication eschatologique du Psendo-Ephrem, dans la Revue de tliéoL scientif. t. XXXV (1892), p. 177-184.
VI. Ecrits sur Saint Ephrem. — C. a Langerke, Commentatio critica de Ephr&mo Syro S. Scripturx interprèle, Halle, 1828, in-4° ; De Ephrxmi Syriarte hermeneutica, Kœnigsberg,1831,in-8V- D.Gerson, Les Commentaires d'Ephrem le Syrien dans leurs rapports avec V exégèse juive, Breslau, 1868, in-8°. — A Haase, 5. Ephrxmi Syri theologia, quantum ex libris poeticis cognosci potest, Halle, 1869, in-8°. — -C. Ferry, 5. Ephrem, poète (Thèse) Nimes, 1877, in-8°. — G. de Lagarde, Sur VHébreu d'Ephrem aVEdesse (c'est-à-dire sur l'auteur que S. Ephrem cite sous ce nom en commentant Gen. i, 38, dans ses Orientalia f h, Goettingue, 1880. — Th. J. Lamy, Studies in oriental Palrology. Saint Ephrem, dans la Dublin Revieiv, ser. 3. vol. XIV (1885), p. 20-44 ; — Etudes de patrologie orientale» 5. Ephrem, dans VUniversité catholique, nouv. Série, t. III, (1890), p. 321- 349 ; t. IV, (1890), p. 161-190 ; — L'Exégèse en Orient au iv« siècle ou les Commentaires de S. Ephrem, dans la Revue biblique, t. 11,(1893), p. 5-25, 161-181, 465-486. — C. Eirainer, S. Ephrem le Syrien, Etude d'histoire du dogme, Kempten, 4889, in-8°. F. H. Woods, An examination of the
Pères de l'Église, T. III. 16
New. Testament quotatio of Ephrem Syrus, dans les Studa biblica et ecclesiastica,t. III, Oxford, 1891, p. 105-138. — H. Grimme, L'ordonnance des strophes dans les poésies <f Ephrem le Syrien avec un appendice sur tes rapports de forme entre l'hymne syriaque et la byzantine, Fribonrg en Suisse, 1 893, in-4°. — Cf. le même, Esquisse de V accentuation et de la versification syriaque, dans la Revue de la Société orientale d'Allemagne, t. XLVII (1893), p. 276-307. Cf. aussi les indications bibliographiques de Nestlé, Grammaire Syriaque, Berlin, 1888, n« part. p. 41-44.
§ 99. — Ecrivains postérieurs.
I. Actes des martyrs. — Le iv* siècle nous a laissé un grand nombre d'actes des martyrs en langue syriaque, célébrant les fidèles mis à mort sous Licinius et sous Sapor II, roi des Perses. Wright a publié, d'après un manuscrit de 411, un martyrologe syriaque, de tous les martyrologes connus le plus ancien et le plus précieux. Vers 430, Maruthas, évêque de Tagrit, rassemble les actes des
martyrs couronnés sous les rois des Perses, Sapor II, Jezdegerd I et Bahran V.
W. Wright a édité le martyrologe syriaque dans le Journal ofsacred Literature, oct. 1865. Janv. 1866. E. Egli en a donné nn remarquable commentaire dans ses Etudes sur l'antiquité chrét. Zurich., 4887, in- 8°, p. 1-58, et dans la Revue de théoL scient., t. XXXIV (1891), p. 273-298. — Sur Maruthas, V. Bickell, Conspectus rei Syr.litt. p. 21-22.— Bickell,/.c, p. 17 et Nestlé, Grammaire Syriaque, u* part., p. 34 et suiv. indiquent des éditions d'Actes isolés de martyrs. Bedjan, prêtre de la mission, a publié, en syriaque seulement, un vaste recueil d'Actes des Martyrs et de Vies des Saints : Acta Uartyrum et Sanctorum, t. I, Paris, 1890, in-8° ; t. II (Martyrs de Chaldée et de Perse), 1891 ; t. III, 1892 ; t. IV, 1894.