De rîr. {//., 66 : Migxi, P. L., tnii
d'Antioche » ; des sources syriennes le font abbé d'un nonvent voisin de la ville. Il mourut très avancé en âge entre 459 et 461.
Zingérle, le premier, donna des échantillons un peu notables des écrits d'Isaac, dont Bickell entreprit une édition complète. Toutes ses œuvres, presque sans exception, sont en vers, le plus souvent de sept syllabes. De quelques-unes, il ne nous est resté que la version arabe.
Le saint abbé traite avec une préférence marquée les matières morales et ascétiques, tantôt exhortant à la vertu, tantôt flagellant le vice et le péché, et il s'adresse souvent aux membres de sa famille religieuse. Les pièces ne manquent pas toutefois où il défend avec tous les développements désirables les dogmes chrétiens, notamment la Trinité, l'Incarnation, le libre arbitre. D'autres compositions empruntent un réel intérêt aux données historiques qu'elle contiennent, principalement sur les guerres contemporaines contre les Huns, les Arabes et les Perses.
L'orthodoxie d'Isaac semble hors de doute ; deux pièces qui parlent d'une seule nature en Jésus-Christ, doivent avoir été falsifiées par des copistes monophysites.
Quant à la valeur littéraire des œuvres d'Isaac, voici l'appréciation de Bickell, pleinement d'accord avec celle de Zingérle : « A part de rares endroits où l'élévation du sujet et une vraie inspiration donnent au poète quelque essor, le discours languit, faible, diffus, fastidieux. On dirait parfois qu'il se bute à une idée, tant il s'y arrête longuement, la retournant en tout sens avec d'ennuyeuses tautologies. D'autres fois il semble éviter le côté intéressant et fécond de son sujet, pour s'attacher à des pensées accessoires, singulières et bizarres ».
S. Isaaci Antiocheni, Doctoris Syrorum, opéra omnia ex omnibus, quotquot eztant, codicibus manuscriptis cum varia lectione>Syriace Arabiceque,
X>rimus edidit, latine vertit, prolegomenis et glossario auxit G. Bickell,
X*ars i, Giessen, 1873, in -8°, Pars u, 1877. Les deux volumes renferment
37 pièces ou fragments en syriaque et en latin. Quelques remarques de
l'éditeur dans son Choix des Pères syrien, p. 411412. Cf. 422-424. —
P. Zingerle a publié en syriaque les pièces De amore doctrinx (Monu-
menta Syriaca, i, Inspruck, 1869,p. 13-20) et De pueris defunctis (Ckres -
tomathia Syr. Rome, 1871, in-8°, p. 387-394), ainsi que des extraits des
pièces De crucifixione, De perfectione fralrum, De Adam et Eva, De Abelo
et Caino (Chrestom., p. 299-306, 395-416), tous morceaux non encore parus
dans l'édition de Bickell. Quelques poésies d'Isaac d'Antioche se sont
glissées par erreur dans l'édition romaine des œuvres de S. Ephrem
(supra, § 98, v).
§100. — Esquisse de F ancienne littérature ecclésiastique
de C Arménie.
I. Notion générale. — Tout porte à croire que, dès le cours du I er siècle, les missionnaires chrétiens franchirent la frontière orientale de l' Asie-Mineure et portèrent dans l'Arménie occidentale la bonne nouvelle. Les premiers germes de la foi y furent violemment étouffés ; mais au début du iv° siècle,saint Grégoire rillumiriateur et le roi Terdat, converti par lui, réussirent à conquérir à la foi chrétienne, avec une rapidité qui tint du prodige, tout le haut pays arménien .
L'ancienne littérature arménienne est exclusivement chrétienne. Le iv* siècle en voit les débuts ; avec les premières années du siècle suivant, s'ouvre l'âge d'or de la littérature arménienne, sous l'action combinée d'Isaac-le- Grand et de Mesrop, cette étoile double qui s'éleva alors si brillante au ciel de l'Arménie. Vers 405 ou 406, Mesrop, avec l'aide d'Isaac, créa une écriture arménienne, le mieux
possible appropriée à la phonétique de la langue, qui appartient à la famille indo-européenne et qui est surtout étroitement apparentée avec les langues de la Perse. C'était là condition préalable et l'instrument de tout essor littéraire.
Le premier ouvrage qui parut aux yeux étonnés du peuple avec le vêtement de l'écriture nouvelle, ce fut une version de la Bible, œuvre d'Isaao et de Mesrop, assistés de quelques autres hommes instruits. Faite à l'origine, vers 410, sur le texte syriaque de la Peschitto, elle fut définitivement fixée vers 432, après une revision sur les Septante des Hexaples et le texte grec du Nouveau Testament.
Cette version biblique inaugura une vaste littérature nationale, comprenant principalement des œuvres de théologie et d'histoire avec nombre de traductions d'ouvrages grecs et syriaques. Mais l'âge d'or fut de courte durée ; il finit avec l'indépendance politique, que l'Arménie perdit du vivant même d'Isaac-le-Grand, pour ne la jamais recouvrer. La domination perse, hostile au Christianisme» fit à la vie ecclésiastique de profondes blessures. L'Eglise d'Arménie résiste vaillamment ; elle remporte de glorieux triomphes, mais au commencement du vu siècle elle tombe dans le schisme monophysite. Les premiers symptômes d'affaiblissement de la vie intellectuelle et de stérilité littéraire s'étaient manifestés dès le siècle précédent.
Les premiers matériaux d'une histoire littéraire de l'Arménie furent rassemblés par FI. Sukias Somal, archevêque in partibus et abbé général des Méchitaristes de Saint-Lazare de Venise (f il février 1846), dans deux ouvrages Quadro délie opère di vari auiori anlicamente tradotti in Armeno, Venise, 1825, in-8* et Quadro délia storia lelleraria d'Armenia, Venise, 1829, in-8°. Le premier sans nom d'auteur. Ces études servirent de base à Neumann, Essai d'une histoire de la littér. arménienne, d'après, les travaux des Méchitaristes, Leipzig, 1836, in-8°. Cf. Le même, Contri-
bution sur lalittér. arménienne, l re (et unique) livraison, Munich ,1849,in- 12°. — Parmi les travaux plus récents : P. Karekin, Histoire de la litt. ûrmén. Venise, 1865-1878, 2 vol. in-8° ; 2* édit. 1886 — en arménien moderne — ; F. Neve, V Arménie chrét. et sa littérature, Louvain, 1886, in-8". Ce n'est pas une histoire suivie de la littérature arménienne, mais une série d'essais sur diverses questions. La section la plus considérable et la plus digne d'éloges, p. 46-247, est consacrée à l'hymnographie arménienne, llimpel embrasse la littérature arménienne d'un coup d'œil rapide dans l'article : « Langue, écriture et littér. arménienne » du Dictionn. des sciences eccl. de Wetzer et Welte, 2 e éd., t. 1, 1882, col. 1344-1353. — P. Velter étudie « Mesrop et son école » dans le Mannel de Patrologie de J. Nirschl, t. III, 1885, p. 215-262. — Sur la version de la Bible, v. les Manuels d'introduction à l'Ecriture-Sainte. — Pendant le xvm e siècle on a imprimé à Conslantinople et à Londres nombre d'ouvrages de l'ancienne littérature arménienne. Dans le présent siècle, les Méchitaristes de Venise ont rendu d'inappréciables services à leur nation en éditant sôb vieux classiques.
II. Saint Grégoire l'IUumlnateur et Agathange. — Grégoire rilluminateur, l'apôtre et le premier évêque de l'Arménie, mourut vers Tan 332, après une carrière longue, active et pleine d'orages. Les Arméniens modernes vénèrent comme une relique littéraire de rilluminateur un recueil de discours et d'épîtres, comprenant 23 morceaux. Mais d'après Vetter, les homélies ne remontent qu'à la l r * moitié du v* siècle et sont probablement de saint Mesrop.
Un des plus célèbres ouvrages de la littérature arménienne est une histoire de la vie et des travaux de rilluminateur et de l'introduction du christianisme en Arménie ; elle porte le nom d'un certain Agathange que les Arméniens ont toujours honoré comme le premier historien de leur nation. Il existe un texte arménien et un texte grec de l'ouvrage, le premier avec ce titre : Histoire du grand Terdat et de la prédication de saint Grégoire Vil-
luminateur, le second : Martyre de saint Grégoire. Le tex fa grec porte à toutes les pages le caractère d'une traduction . L'exposition de la doctrine chrétienne que le texte arménien met dans la bouche de saint Grégoire et qui remplit la grande moitié de l'ouvrage, a été supprimée par le traducteur grec.
L'auteur original prend lui-même le nom d'Agathange, sans doute parce qu'il apporte la bonne nouvelle de l'introduction du christianisme en Arménie ; il a écrit son livre, dit-il, sur l'ordre du roi Terdat, non d'après des relations antérieures, mais comme témoin oculaire et auriculaire des événements. On a prouvé (1) il est vrai, que le texte arménien ne remonte qu'au milieu du v 8 siècle ; mais ce texte conserve des morceaux de deux écrits plus anciens, d'une biographie de saint Grégoire et d'une relation dû martyre du même saint, ainsi que de sainte Rhipsime et ses compagnes. Des récits réellement historiques, dignes de foi, sont malheureusement parés chez Agathange de circonstances légendaires et qui ne méritent aucune créance.
Le recueil d'homélies prétendues de l'Illuminateur a été imprimé ea arménien à Gonstantinople en 1737 et à Venise en 1838. Sur la provenance de ces discours, V. Vetler, Op. c. p. 219-222. Nève Op. c, p. 250 et suiv. les tient pour authentiques.
Le texte arménien d'Agathange a été imprimé à Gonstantinople en 1709 et en 1824, à Venise en 1835 et en 1862. On ea trouve la traduction française — où les passages de pure édification sont omis — dans V. Langlois, Collection des historiens anciens et modernes de l'Arménie, t. I, Paris, 1867, p. 97-193. Le texte grec a été donné d'après un manuscrit de Florenoe par J. Stelling, dans les Acta SS. de sept. t. VIII. Anvers, 1762, p. 320-402, reproduit par Langlois, Op. c,et par de Lagarde, Agathange et les Actes de Grégoire d'Arménie, Goettingue, 1887, in-4°. Re-