Supra, i
David l'arménien, qui traduisit et commenta, vers le milieu du V e siècle, des écrits péripatéticiens et néo-platoniciens, appartient à l'histoire de la philosophie. Il est vrai qu'il combattit aussi le nestorianisme. On peut consulter sur cet écrivain l'article de Himpei dans le Dictionn. des sciences ecclès. de Wetzer et Welte, 2* éd. m, 1411-
V. Elische. — Nous possédons un grand nombre d'écrits sous le nom de saint Elische ou Elisée, un autre élève de Mesrop. Dans sa jeunesse, Elische suivit, soit comme soldat, soit comme secrétaire, le général arménien Wardan, On l'identifie généralement avec 1' « Elische, évêque des Amatuniens » qui assista, Tan 449, au concile national d'Artaschat. Il mourut anachorète vers 480.
Les éditions que les Méchitaristes nous ont données des œuvres d'Elische comprennent des commentaires sur les livres de Josué et des Juges ainsi qu'une explication du Pater y une belle épître aux moines arméniens, des canons sur la manière de traiter les énergumènes, de nombreuses homélies, principalement sur les grands épisodes de la vie du Sauveur, enfin une histoire de Wardan et de la guerre d'Arménie. Il y a des morceaux dont l'authenticité ou l'intégrité ne sont pas à l'abri de tout soupçon.
De tous ces ouvrages, celui qui a obtenu incomparablement le plus de succès, c'est le récit des luttes héroïques que les Arméniens, commandés par Wardan, soutinrent pour la liberté de leur foi chrétienne, contre les forces supérieures des Perses sous Jezdegerd II (449-451). « L'Histoire de Wardan, dit Vetter, racontée par un témoin oculaire, dans sa grandiose et dramatique ordonnance, d'une langue grave et solennelle, pleine d'un ardent enthousiasme pour l'Eglise et la patrie, constitue une des plus nobles productions historiques de l'Arménie ».
Il a paru deux éditions complètes des œuvres d'Elische, l'une et l'autre à Venise en 1839 et en 1859. Il existe un grand nombre d'éditions spéciales de l'histoire de Wardan, la première de Constantinople, 4764, la dernière de Tiflïs, 1879. Cet ouvrage a été traduit, non seulement en arménien moderne, mais encore en plusieurs langues européennes, en anglais, Londres, 1830, in-4* (incomplet), en italien, Venise, 1840, in-8*, en russe, en français par 6. Kabaradji, Paris, 1844. in- 8° (peu exact) et par Langlois, Collection, h, 477-251. Les Méchitaristes, dans leur Bibliothèque choisie de la littérature armén., t. XI, Venise, 1854, ont inséré une notice biographique anonyme sur Elische, en vieil arménien. Vetter, Op. c, p. 262, indique les travaux contemporains, surtout russes, sur Elische et son histoire de Wardan. Il y a lieu d'ajouter Neve, Op. c, (Supra, i) p. 299-316.
Un contemporain plus jeune d'Elische, Lazare de Pharp, écrivit une histoire d'Arménie de 388 à 485 ; imprimée à Venise, 1793. 1807, 1873, traduite en français par S. Ghesarian, dans la Collection de Langlois, n, 253-368.
VI. Moïse de C ho rêne. — Le plus illustre de tous les écrivains de l'ancienne Arménie, c'est Moïse de Ghorène, surnommé le « Père des savants ». Son héritage littéraire se compose de trois grands ouvrages ; une Histoire de la grande Arménie, une Géographie et une Rhétorique, et de plusieurs écrits de moindre étendue : une histoire de sainte Rhipsime et de ses compagnes, une correspondance avec le prince arzrounite Isaac, quelques homélies et un grand nombre d'hymnes d'église.
Le plus connu de ces ouvrages, l'Histoire de la Grande Arménie, dans la forme où nous la possédons, se compose de trois parties : « Généalogie de la grande Arménie » ou histoire de l'Arménie depuis l'origine jusqu'à la fondation de la dynastie des Arsacides (149 av. J. G h.), — « moyen âge » ou histoire des Arsacides arméniens jusqu'à la mort de saint Grégoire l'IUuminateur et du roi Terdat, — c conclusion de l'histoire de notre patrie » ou tableau des événements depuis la mort de Terdat jusqu'à la chute des
Arsacides d'Arménie (428). Il existait jadis un quatrième livre qui continuait l'histoire de l'Arménie jusqu'à l'empereur Zenon ; mais celte partie manque dans les manuscrits parvenus jusqu'à nous. Le style très emphatique de l'ouvrage imite, presque jusqu'à le copier servilement, celui d'une version arménienne que l'on fît au v 6 siècle du Livre (T A lexandre, c'est-k-dive de laBiographie (TAlexandrele-Grand par le Pseudo-Callisthène.
L'auteur dit être Moïse de Chorène, vivant au v e siècle et disciple de Mesrop ; il prétend avoir écrit à la prière du prince bagratunien Isaac (Sahak), qui tomba sur le champ de bataille en 482. Mais des raisons intrinsèques et extrinsèques nous défendent de croire ce qu'il dit de lui-même. H se met en effet en contradiction dans ses données autobiographiques avec des témoins authentiques du v* siècle, Koriun et Lazare de Pharp. On le voit, en outre, comme Carrière l'a récemment démontré, puiser à des sources du vi* ou du vu siècle, aux versions arméniennes de 1a Vita S. Silvestri et de Y Histoire ecclésiastique de Socrate. La littérature arménienne n'offre du reste des traces certaines de son ouvrage qu'à partir du ix° siècle.
Que l'auteur de Y Histoire de la Grande Arménie, malgré qu'il en ait, ne soit pas Moïse de Chorène, on ne peut rejeter pour cela le caractère historique du personnage de ce nom, honoré dans l'Eglise d'Arménie parmi les Pères du v 6 siècle. Lazare de Pharp atteste positivement qu'il vivait au v° siècle en Arménie un évêque du nom de Moïse, écrivain distingué. L'auteur de Y Histoire, qu'il faut placer au vu* ou au vm e siècle, pour des motifs quelconques, a pris le nom et le masque de Moïse de Chorène authentique. Il ne cache pas son but, qui est de glorifier la maison princière des Bagratuniens. A partir du vu 6 siècle, TtVlnt de cette race éclipsa de plus en plus toutes les autres familles nobles de l'Arménie, et en 8S5 le Bagratunide Aschro I fut reconnu roi d'Arménie par le calife. Vetter
soupçonne l'auteur pseudonyme d'avoir écrit pour préparer l'avènement de la dysnastie.
Malgré tout cela ses récits dans leur ensemble paraissent mériter créance. Les nombreux passages qu'il extrait des sources anciennes, il lésa sans doute arbitrairement retouchés pour leur faire dire ce qu'il voulait ; c'est à tort que plusieurs critiques l'ont accusé ou soupçonné de les avoir inventés de toutes pièces. Pour l'histoire primitive do l'Arménie, jusqu'au 11 e ou au in° siècle de l'ère chrétienne, il l'a composée d'après les traditions et les chants qu'il trouvait encore dans la bouche du peuple, et c'est précisément la conservation de ces traditions populaires qui fait le charme et le mérite de son ouvrage.
SiT Histoire de la Grande Arménie n'est pas authentique, la Géographie et la Rhétorique sont nécessairement apocryphes ; car l'unité de provenance des trois ouvrages est prouvée non seulement par les manuscrits qui les attribuent également à Moïse de Ghorène, mais encore par les critères internes. La Géographie, comme l'auteur lui-même le déclare, est un extrait de la Chorographie œcuménique de l'Alexandrin Pappus, savant du iv e siècle de notre ère. La Rhéthorique, intitulée la Clirie dans les manuscrits, est de même une imitation des modèles grecs d'Aphthonius et de Théon. La question des opuscules sus-mentionnés a besoin d'être étudiée de plus près. En tout cas, Vetter a démontré que la correspondance avec le prince Isaac, touchant l'origine d'une image miraculeuse de la Sainte Vierge, ne peut dater que des environs de Tan mille.
Les Méchitaristes de Venise ont publié en 1843 et en 1865 des éditions complètes des œuvres de Moïse de Ghorène. L'Histoire de la grande Armnénie a eu plus d'éditions et plus de traductions qu'aucun autre ouvrage de la littérature arménienne. La première parut à Amsterdam en ifi95, la dernière à Venise en 1881. On trouve une histoire critique de
Pkbbs de i/EfïLISE, T. III. 17
toutes les éditions dans A. Baunigartner, Revue de la soc. orient. d'Allemagne, t. XL (1886), p. 482-489. No u Telle traduction française dans la Collection de Langlois, n, 45-175. Le même auteur, n, 51-52, indique les versions antérieures. Sur l'analogie du style de l'Histoire de la Grande Arménie et du Livre £ Alexandre, Cf. J. Gildemeister, Le Pseudo-Cal lis* thène chez Moisede Chorène, dans la Revue de la soc. orient. (T Allemagne, t. XL (1886), p. 88-91, et J. Dachian, Recherches sur la biographie d'Alexandre du Pseudo-Callisthène, Vienne, 1892, in-8» (en arménien moderne). Pour la critique de l'ouvrage historique, V. A. Gutschmid, De la crédibilité de r histoire arménienne de Moise de Chorène, dans les Comptes-rendus de Vac. royale de Saxe, classe de philol. et d'hist. , t. XXVIII (1876) p. 1-43.— A Carrière, Moite de Khoren et les généalogies patriarcales, Paris, 1891, in-12. — Le même, Nouvelles sources de Moïse de Khoren. Etudes critiques, Vienne, 1893, in-8°. Le même, Nouvelles sources. Supplément Vienne, 1894, in -8°. Sur les traditions et les chants de rancienae Arménie, dont Moïse tira une histoire d'Arménie , V. Vetter, Les chants nationaux des anciens Arméniens, dans la Revue trimestrielle de théol., t. LXXVI (1894), p. 48-76.
Le même auleur indique les éditions et les traductions de la Géographie dans le Dictionn. ecclés. de Wetzeret Welte, 2«éd. vin, 1961 A ajouter une édition de K. P. Patkanov, avec une version russe et une étude, Saint-Péterab., 1877, in-8*.
Sur la Rhétorique, V. A. Baumgartner, Sur le traité de la Chrie, dans \& Revue de la Soc. orient. d'Allemagne, t. XL (1886), p. 457-515.
Sur la Correspondance avec le prince Isaac, v. Vetter dans la Patrologie de Nirschl, m, 244-246.
Sur Moïse de Chorène en général, Vetter, dans le Dictionnaire cité, viu, 1955-1963. — Gutschmid, dans V Encyclopxdia Britannica, éd. 9, xvi, 861-863.