Ep. ; cf. Supra, § 74, h
des Epicuriens et des Epicurisants, proclamaient un Dieu insouciant des choses du monde, « incuriosus » ; les autres, sans nier la Providence, tenaient qu'elle n'étend point la main ici-bas ; mais qu'elle attend, pour tout remettre en ordre, le jour du jugement et de l'éternité, A ces deux classes d'adversaires, que répond Salvien ?
Cest la justice inexorable de Dieu, s'écrie-t-il, qui livre le monde romain à toutes ces misères, comme à un juste châtiment. Pour asseoir sa thèse, il peint, sous divers aspects, avec sa fougueuse éloquence, les mœurs et la société de son temps; de là, des tableaux vrais au fond, malgré l'exagération du coloris. Non content de flétrir la corruption qui règne dans tout l'Empire, il élève au-dessus des Romains chrétiens et catholiques, les Barbares hérétiques et païens ; aux Romains il propose pour modèles les Saxons, les Francs, les Gépides et les Huns, les Goths et les Vandales (1) ; enfin, il appelle en pleurant les Romains à la pénitence.
Le traité Contre f avarice nous offrait un tableau précieux de l'époque; le traité Du gouvernement de Dieu nous est, pour l'histoire de la civilisation, une source de premier ordre. Aie lire, on se ressouvient aussitôt de Lactance ; on est captivé par la pureté et la clarté de l'expression, par la vigueur oratoire et l'élégance du style. Mais en revanche, on est fatigué de la prolixité, défaut dont l'auteur convient de bonne grâce (2). Salvien n'a pas mis à son œuvre la dernière main, le VIII 6 livre est visiblement incomplet. L'ouvrage, sans doute, n'est pas né d'un seuj jet; il n'a été publié que successivement; peut-être Gennade n'en a-t-il connu que les cinq premiers livres.
1. Cet éloge des Barbares vaut à Salvien, comme à Tacite, tontes les sympathies des savants de l'Allemagne, qui ont le mérite d'admirer leur pays, non seulement dans le présent, mais dans le passé le plus lointain.
W us T.).
2. Cf. tiii, 1 9 i« : « Certus sum (astidiosam plurimis stili hujus prolbritatem low ».
L'ouvrage Ad Ecclesiam a paru pour la première fois, avec la lettre X*, à Baie en 1528, par les soins de J. Sïchard. J. A. Brassieanus donna dans la même ville, 1538, l'édition princeps do traité De Gubernatione Dei. — Editions des deux ouvrages et de tontes lea lettres par P. Pithou, Paris, 1580 ; — C. Rittershusius, Nuremberg, 1611,1623; — Baluze, Paris, 1663, 1669, 1684 ; — G. Halm, Berlin, 1877 (Monum. Germ. hitt. Auct. antiquiss., t. I, Pars I* ) ; — Fr. Pauly, Vienne, 4883, (Corpus script, eccles. lat., t. VIII). — Cf. Halm, La tradition des manuscrits de Salvien, dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences de Munich, sect. de philos., de philologie et d'histoire, 1876» t. I, p. 390- 412 ; et Pauly, La tradition des manuscrits de Salvien^ dans les Comptes rendus de L'Académie des sciences de Vienne, sect. de philosophie et d'histoire. 1881, t. XCVIII, p. 3-41. — Mîgne, P. L., lui, a reproduit l'édition de Baluze.
Ampère, Hist. litt. de la France, t. IF, p. 165*177. — Himer, Commentatio de Sakriano ejusqme libellés (Progr.), Prisingae, 1860, in-4°. — W. Zschimmer, Sakien, prélre de Marseille, et ses œuvres. Halle, 1875, in-8°. — J. B. Ulrich, Saiviani scriptune sacrx versionibus (Progr.) Neustadt, 1893, in -4°. — A. Hœmmerle, Etudes sur Salvien prêtre de Marseille, Part. l r * (Progr.), Landshut, 1893, in-4».
II. Saint Sidoine Apollinaire. — L'histoire littéraire de la Gaule du v* siècle nous montre tout un groupe d'écrivains, chrétiens de nom, placés parfois à la tête des Eglises, et qui, obstinément fidèles aux traditions de la rhétorique gréco-romaine, s'inspirent avant tout du langage et de Timagination du paganisme, Sidoine Apollinaire, Gains Sollius Apollinaris Sidonius, représente, plus et mieux que personne, cette famille de beaux esprits.
Né à Lyon, vers Tan 430, d'une race patricienne, Sidoine fut parfaitement élevé ; il le fut même trop bien ; car il ne put jamais, pour son malheur, se débarrasser de ses souvenirs d'école, et ce qui fit son succès auprès de ses contemporains lui a fait tort aux yeux de la postérité.
Trois panégyriques en vers élargirent le cercle de sa ré-
pntation et attirèrent sur sa tête les distinctions les plus flatteuses. Le premier, celui qu'il prononça devant le sénat de Rome en l'honneur de son beau-père Avitus, quand Avitus fut appelé, vers la fin de 455, à l'empire, lui valut une statue sur le forum de Trajan (456). Avitus estil détrôné, Sidoine prononce à Lyon, en 458, le panégyrique du vainqueur de son beau-père, l'empereur Majorien, et obtient à ce prix pardon et faveur. Sévère, le successeur de Majorien, passa sans recevoir l'hommage du constant panégyriste. Mais après un silence de dix ans, le poète alla prononcer à Rome l'éloge d'un nouveau prince, Anthémius, et comme récompense, il fut nommé préfet de la Ville.
Outre ces trois panégyriques» Sidoine a composé, surtout dans sa jeunesse» un bon nombre de poésies, dont quelques-unes nous ont été conservées. Citons, entre autres, deux épîthalames et deux autres poèmes, consacrés le premier au château d'un ami, le second à Narbonne; tous les deux par leur étendue comme par le fini de l'exécution, ils méritent, parmi les œuvres poétiques de Sidoine, une place à part (1). Presque toutes ces poésies empruntent à la vieille mythologie païenne leur trame et leurs broderies ; pas une qui n'étale à profusion les scènes mythologiques. C'est de Stace et de Claudien (2) que Sidoine relève ; il cherche et réussit à rivaliser avec eux.
Vers 470, le grand seigneur gaulois, l'homme de lettres enjoué, s'assit sur le siège épiscopal d'Àrvernum, au-
1. Les poésie» de Sidoine, pas ph» que YAbnmnacK des Musa en 1792 et 1799». ne nos» apportent amena éca» des angoisses et des caJasoités do tests*. KUa» soat, comme les poésies de Delille an xn« siècle, essentiellement descriptives, avec les mérites et les vices du genre ; les descriptions exactes, minutieuses, précises comme celles d'un dessinateur, d'an anatomiite, y fourmillent, sans frapper l'imagination ni remuer le cœur. (S. des T.).