Bp., 51, éd. Peiper
perdu (1). Le II e livré, le plus étincelant par la beauté de la forme, nous dépeint la catastrophe ; le livre I er en avait comme écrit la préface, le livre III en déroulera les tristes suites. L'unité du plan et de l'idée qui domine partout le sujet, la liberté qui se déploie et se joue dans le cadre fourni par la Bible, tout atteste le génie du poète.
Dans le IV et le V* livres, on trouve encore des fragments remarquables, et Ton s'étonne qu'ils soient demeurés si obscurs. Mais ces deux derniers livres, tout en se rattachant l'un à l'autre, le déluge, aussi bien que le passage de la mer Rouge étant le type du baptême, ne forment pas un tout organique.
Le second poème de saint Avite, celui que l'auteur intitule, dans la préface, De consolatoria castitatis lande, est fort inférieur au premier. Le poète y fait, en six cent soixante-six hexamètres, l'éloge de la virginité ; il Ta dédié à sa sœur Fuscina, que Ton avait consacrée dès sa naissance à Dieu et qu'il voulait prémunir et rassurer contre les tentations du cloître.
L'évêque de Vienne, dans ses poèmes, suit pas à pas Virgile et se rattache à Sidoine Apollinaire (2). Les lois de la prosodie sont assez respectées, le style est relativement pur et châtié. Par contre, la prose de saint Avite foisonne en barbarismes de tout genre ; la prose à cette époque se ressent, plus profondément et plus vite que la poésie, de la décadence générale.
Outre la correspondance de saint Avite, il ne reste de lui que deux ouvrages en prose, Contra Eutychianam hxresim
t. D n'est pas impossible que Milton ait eu connaissance des vers de saint Avite. Milton était érudit autant que poète, et, dans le domaine surtout de la littérature chrétienne, ses lectures étaient immenses. Quoiqu'il en soit, on ne saurait méconnaître l'analogie des deux poèmes, ni refuser au poème de saint Avite l'honneur de soutenir, en plus d'un endroit, le parallèle avec celui de Milton. <N\ des T.).
t. V. Supra, ii.
libri If, de Tan 512 ou 513, et Dialogi a/m Gundobado rege vel librorum contra Arianos reliquiœ.
Les lettres, au nombre d'une centaine, vont de Tan 495 à Tan 518 et jettent une curieuse lumière snr l'histoire ecclésiastique et politique du temps. L'évêque de Vienne avait écrit nn grand nombre d'homélies, dont il n'a survécu que des fragments et des extraits ; nous avons tontefois conservé une Homélie sur les Rogations et un Sermon pour le premier jour des Rogations.
La première édition complète de saint A vite est due àJ. Sïrmond, 8. J., Paris, 1643, etc. Cesl de là qoe tontes les antres éditions dérivent, sans excepter celle de Migne, P. L., ux. — R. Peiper, le premier, est remonté aux manuscrits, et de sa vaste et minutieuse enquête une édition nouvelle est sortie : Alcimi Ecdicii Aviti Viennensis episc. opéra quœ super sunt, Berlin, 1883 (Jftmum. Germ. hist. Auet. Antiquiss., t. VI, Pars 2» ). — L'édition la plus récente est celle d'Ul. Chevalier : Œuvres complètes de saint Avite, évéque de Vienne, Lyon, 1890, in-8°. Cf. Ul. Chevalier, Introduction aux œuvre* de saint Avite,nouv. édition, dans Y Université catholique, nouv. série, 1890, t. III, p. 5-17.
L'appendice qni suit, dans l'édition de Peiper, les écrits en prose de saint Avite,comprend notamment la vieille Vie, p. 177-181, et YEpitaphe versifiée du saint, p. 185-186; ap. Migne, P. L., lix, 197-199. — On trouve dans Peiper, /. c, p. 161-164 (Migne, P. L., lix, 197-198) le procès-verbal d'une conférence théologique, tenue à Lyon Tan 499, en présence du roi Gondebaud, et dans laquelle saint Avite, l'orateur des évéques catholiques, aurait gagné sur les évoques ariens une brillante victoire ; mais Havet (1885) a fait toucher du doigt la fausseté de cette pièce, fabriquée par l'oratorien Vignier. Il en faut dire autant de la lettre du pape Syramaque à Févéque de Vienne, du 13 octobre 501, Ep m 33, éd. Peiper (Migne, P. L., lui, 51-52). Nous avons mentionné, Supra, m, la dissertation de M. Ilavet. Cf. F. Desloges, Le Colloque de Lyon, dans Y Université catholique, nouv. série, 1890, t. IV, p. 67-80.
Peiper a relevé dans les poésies de notre saint, les imitations ou centons des poètes classiques : idée reprise et développée par M. Manitius dans la Revue des gymnases de r Autriche, 1886, t. XXXVII, p. 244-
250, et par C. Weymao, dans le Musée rhénan de philologie, nouv. série, 1887, t. XLII, p. 637 s
Sur saint A vite, ▼. Gorini, Défense de l'Eglise, 6 e éd., Paris, 1872, t. II, p. 1-87. — P. Parizel, De vila et scriptis S. Avili, Vienne mis episcopi, dissertatio historico-literaria, Louvain, 1859, in- 8°. — V. Gucheval, De S. Avili Viennx episc. operibus commentarium, Paris, 1863, in-8°. — C. Binding, Le royaume romano-burgonde, de Pan 443 à Tan 532, t. I, Leipzig, 1868, p. 168-179 : Alcimus Ecdicius Avilus; cf. p. 290-297 : Chronologie des principales lettres d'Avitus. — Gnizot, Hist. de la civilisation en France, 7» édit., 1859, t. II, p. 64-77. — Ampère, Hist. littéraire de la France avant Charlemagne, 2 e éd., 1867, t. II, p. 178-193. — A. Gbaraux, Saint Avite, évéque de Vienne en Dauphiné, sa vie, ses œuvres, Paris, 1876, in-8°. — H. Denkinger, Atcimus Ecdicius Avilus, archevêque de Vienne, 460-526, et la destruction de PArianisme en Gaule, Genève, 1890, in-8°.
VI. Saint Césaire d'Arles est, au vi e siècle, le plus illustre et le plus influent des évêques de la Gaule méridionale. Esprit tout pratique et sans ombre d'ambition littéraire, cœur brûlant de charité, Césaire nous offre un modèle de ces évêques apôtres, qui, après l'effondrement du monde romain, sauvèrent la civilisation chrétienne dans les Etats que venaient de se tailler les Barbares.
Il naquit, en 470 ou 471, à Chalon-sur-Saône, d'une famille obscure, et se retira de bonne heure dans l'abbaye de Lérins. Mais le soin de sa santé l'obligea bientôt à quitter l'île et à chercher dans la ville d'Arles un climat plus doux. Quelques années après, il en devenait malgré lui Tévêque.
Arles était le champ clos où s'entrechoquaient, pour s'en disputer la conquête, Ostrogoths et Visigoths, Francs et Burgondes ; quarante années durant, 502-542, dans la mêlée d'une profonde révolution sociale et religieuse, le grand évêquey déploya, comme pasteur des âmes, comme réformateur de la discipline ecclésiastique, comme pré-
dicateur surtout, sa puissante et bienfaisante activité.
L'éloquence de saint Césaire, qui est le contrepied de la parole travaillée et vaine des rhéteurs, fut Tune des principales sources de sa renommée ; Césaire est peut-être le plus grand prédicateur populaire que l'ancienne Eglise latine ait jamais vu. Aussi, son héritage littéraire se cornpose-t-il principalement de sermons. Une vieille biographie de notre saint nous apprend qu'il écrivait des sermons sur les sujets les plus variés, et que, non content de les donner aux prêtres qui passaient par son diocèse, il les envoyait chez les Francs, dans la Gaule, en Italie et en Espagne, pour l'usage du clergé (1).
On attend toujours un recueil critique des sermons arrivés jusqu'à nous; mais le discernement des pièces authentiques et des pièces apocryphes se heurte à de grosses difficultés (2) ? Ce qui caractérise les sermons d'une authenticité certaine, c'est la simplicité, la clarté, la pureté relative du style ; car ce style simple est incomparablement plus latin que le style contourné de tel autre écrivain du même temps.
Presque tous ces sermons s'adressent spécialement au peuple, à la multitude ; ils fourmillent d'antithèses familières, de comparaisons empruntées à la nature, à la vie commune, aux industries les plus vulgaires. Un petit groupe d'homélies est destiné aux moines.
L'évêque d'Arles resta moine de cœur. L'intérêt passionné qu'il portait à l'ordre monastique lui inspira la rédaction de ses deux Règles, l'une Ad virgines, l'autre Ad monachos. La plus longue, celle des religieuses, fut l'œuvre préférée de l'évêque ; il la retoucha sans cesse pendant les longues années de son épiscopat, et ses filles spirituelles eurent sa dernière pensée.