Migjii, P. £., lxyiii
§ 89. — Littérature de Flrlande, de l'Espagne et de
l'Afrique
I. Saint Patrice. — La vie de l'apôtre de l'Irlande est toujours enveloppée d'ombres épaisses, que les travaux de la critique moderne n'ont pas réussi à percer.
Patrice, ou de son nom primitif Succat, doit être né en 383 ; il serait originaire, suivant les uns, de Kilpatrick près de Du m bar ton, au sud-ouest de l'Ecosse, suivant les autres de Boulogne-sur-mer, au nord de la France. Le pape Célestin I' r le chargea, en 432, d'évangéliser l'Irlande et lui donna le nom de Patrice. Il ne serait mort qu'en 493, à Tàge de cent vingt ans.
Des écrits qui portent le nom de saint Patrice, deux sont tenus généralement pour authentiques, une Confession, sous la forme d'une lettre à l'Irlande, et une Lettre à Coroticus ou aux chrétiens sujets du tyran Coroticus. La Confession nous offre, non pas une exposition de la foi ou de la doctrine du saint, mais un abrégé de sa vie ou de son apostolat. Coroticus était un prince irlandais qui avait surpris une troupe de néophytes chrétiens, et les avait ou massacrés ou faits prisonniers. On a révoqué naguère en doute l'authenticité de ces deux écrits. Celle des autres est encore bien plus contestée.
Sur la vie de saint Patrice, v. A. Bellesheim, Hist. de V Eglise catholique en Irlande , t. I, Mayence, 1890, p. 1-68. Cf. Gradwell, Succat, The Story of itxty years (373-433) ofthe Life of St. Patrick, Londres, 1892, in-8*. — Les vieilles biographies de notre saint, dans lesquelles s'amal-
gainent déjà de l'histoire et de la légende, ont été rééditées avec d'autres par Whitley Stokes, The Tripartite Life of Patrick, with other Documents relating to thaï Saint, Londres, 1887, 2 vol. (Berum Britannicarum medii xvi scriptores). Cf. aussi la Biographie dans Stokes, Lives of Saints from tke Bock of Lùmore (Ànecdota Oxeniensia, Medixval and modem Séries, Part. V), Oxford, 1890, p. 1-19, 149-167.
Sur les anciennes éditions de saint Patrice, v. Schœnemann, Bibl. hist. lit. Patrum lat., n, 849 et s.
Migne, P. L., lui, donne, indépendamment de la Confession, col. 801- 804, et de la Lettre à Ceretiaa, 813-818, les pièces ci-après : Sfnodus Patrieii, 817-822, Canones aiii S. Patrieio adseripti, 823-824, Synodus episcoporum Patrieii, Auxiliis, Issernini, 823-826, Canones alii S. Pairicio attributi, 827-828, Proverbia aliqua S. Patrieii, 827-828, Charta S. Patrieii, 827-830, Patrieii episc. de tribus habitaculis liber, 831-838, Hymnus alphabetieus in laudem S. Patrieii tum vioentis, attribué & l'évoque Secundinus son neveu, 837-840. — Dans Whitley Stokes, The Tripartite Lift of Patrick, t. II, p. 269-489, on trouve les écrits suivants : Documents from * ne Book of Àrmagh, The Confession of St Patrick, St Patrick 1 * Letter to tlie Christian Subjects of Corolicus, Préface to tks Faed Fiada, Secundinus' Hymn, Préface to the foregoing Hymn, Fiacc's Hymn, Ninnine's Prayer, Homity on St Patrick. — V. encore George T. Stokes et Gb. H. H. Wright, The Writings ofSt Patrick, the Apostle of ïreland, Londres, 1877, in-8». — Ch. H. H. Wright, The Writings of Patrick, the apostle of Irelani {Cnristian Ctassies, t. VI), Londres, 1889, in- 12°. — Th. Olden, Epistles and Bymns of St Patrick, with the peem of Secundinus translated into English, Londres, 1889, in-8°.
J. von Pflugk-Hartung, à rencontre de Whilley-Stokes, bat en brèche l'authenticité de la Confession et de la Lettre à Coroticus ; ▼. les Nouvelles annales é Hektelberg, 1893, L III, p. 71-87.
Sur l'Hymne alphabétique attribuée à l'évéque Seciradinu^v.Manitios, Histoire de la poésie latine chrétienne, Sluttgard, 1891, p. 23S-240.
II. Idacius. — En Espagne, comme en Aquitaine, IbChronique de saint Jérôme (1), au v* siècle, trouve un continuateur.
Né, verslafindu siècle précédent, à Lémica,en Galice, au-
i. V. Supra, § 71, vi.
jourd'hui Jinzo de Lima en Portugal, sacré dès Tan 427 évêqoe, probablement d'Aquae Flaviae, aujourd'hui Chaves, et personnage politique important, Hydatius ou Idaeîus poursuivit jusqu'à Tan 468 l'œuvre du solitaire de Bethléem. Modeste et consciencieux, il distingue luimême les deux parties de son travail, Tune qui se rattache immédiatement à la Chronique de saint Jérôme et s'appuie sur les documents du temps, l'autre, à dater de 429, où l'auteur parle en témoin ; c'est cette seconde partie qui fait la valeur comme l'intérêt de l'ouvrage.
L'Espagne, et spécialement la Galice, y occupent le premier plan. A mesure que l'unité romaine se démembre, l'esprit national renaît et grandit, et l'on sent bien plus l'Espagnol dans Idacius que dans Orose.
Le premier éditeur de cette Chronique fat Louis de S. Laurentio, sous le pseudonyme de Paolus Profitius, Rome, 1615. — Migne, P. L., donne la Chronique deux fois : u, 873-890, d'après l'édition du P. Sirmond, Parie, 1619, etc., ou plutôt d'après Galland, qui l'avait reproduite, Bibl. vet. Pair. y t. X, p. 323 et 8., puis, lxxiy, ,701*750, d'après l'édition de J. M. Gazon et F.X. de Ram, Bruxelles, 1845. — L'édition la plus récente est celle de Th. Mommsen, dans les Chronica mtnorasaec, rv-vii, vol. II,. p. 13-36. [Monum. Gerrn. hisl. Âuctores aniiquiuimi, t. IX, Berlin, 1894).
L'unique manuscrit d'Idacius contient, à la suite de la Chronique, le» tables consulaires des années 245-468 ; après Migne, P. L., li, 891-914» Mommsen les a publiées de nouveau dans le vol. I des Chronica minora, p. 205-247 (Mon. Germ. hist. Auct. antiquissimi, t. IX, 1892), sous ce titre : Consularia Constantinopolitana ad a. 395, cum additamento Hydatii ad a a. 468 (aceeduni Consularia Chronici Pasehalis). — L'opinion de Mommsen louchant l'origine des tables consulaires est critiquée par C. Friek, Les Fasti Idaiiani et le Chronicon Paschale, dans la Revue byzantins, 1892, t. I, p. 282-291.
Sur Idacius, v. Gams, V Histoire de l'Eglise d'Espagne, t. II, sect. I", Hatisbonne, 1864, p. 465-471. — J. Chr. F. Baehr, les poètes et les historiens chrétiens de Rome, 2* éd., Garlsruhe, 1872, p. 208-212.
III. Victor de Vite. — Maîtres de l'Afrique du nord, les Vandales ariens s'étaient juré d'y anéantir l'Eglise catholique. De là, sous les règnes de Genséric et d'Hunéric, des persécutions atroces, dont Victor évêque de Vite dans la Byzacène — un témoin et une victime — s'est fait, en 486, l'historien. Le travail de Victor, est intitulé : Historia persecutonis Africanae provinciœ temporibus Geiserici et Huniriciregum Wundalorum. Les anciens éditeurs communément le partageaient en cinq livres ; dans les éditions modernes il n'en comprend plus que trois.
Le premier livre, qui retrace la persécution de Genséric (427-477), n'est à tout prendre qu'un travail de seconde main. Bien autre est l'importance des deux livres suivants : ici, en effet, l'auteur raconte l'histoire contemporaine, le règne d'Hunéric (477-484); il parle plus d'une fois en témoin oculaire ; il nous transmet des documents précieux, par exemple le symbole détaillé que les évêques catholiques firent tenir au roi, après l'inutile colloque de Carthage, le 1" février 484 (n, 56-101), et l'édit de persécution promulgué par Hunéric le 24 février de la même année (ni, 3-14.).
Victor écrit de l'exil et, comme Lac lance, il écrit sous l'impression toute vive de l'effroyable cruauté des Vandales ; souvent, il est vrai, les couleurs du tableau sont chargées. Le style de l'ouvrage, relativement simple et fréquemment incorrect, ne laisse pas d'atteindre parfois à l'éloquence.
A cette Histoire de la persécution africaine les manuscrits et partant les éditions annexent une Passion de sept moines martyrisés à Carthage en 483, Passio beatissimorum martyrum qui apud Carthaginem passi sunt sub impio rege Ilunirico die VI Non. Julias. Il faut probablement y voir, non pas une œuvre de l'évoque de Vite, mais l'œuvre d'un compatriote et d'un contemporain.
Les éditions renferment en outre une Notifia provincia-
§ 89. — LITTÉRATURE DE i/AFRIQUE, ETC. 429
rum et civitatum Africae, c'est-à-dire une liste — liste dressée par provinces — ' des évoques catholiques qui furent mandés à la conférence de Carthage du i ,r février 484,
Les plus récentes el les meilleures éditions de Victor sont dues à C. Halm, Berlin, 1879 (Monum. Germ. hist. Auct. antiquiss., t. III, Pars 1), et à M. Petschenig, Vienne, 1881 (Corpus script, eccl. la t., t. Vil). Cf. Petschenig, La tradition manuscrite de Victor de Vite, dans -es Comptes rendus de L'Académie de tienne, sect. de philosophie et d'histoire, 1880, t. XCVI, p. 637-732. — De nos jours, Migne, P. L. t lviii, 179-279, et Harter, SS. Patrum opusc. tel., t. XXII, ont reproduit d'anciennes éditions.
A. Auler, Victor de Vite, dans les Recherches historiques dédiées à Arnold Schœfer.... p. 253-275, Bonn, 1882, in-8°, conteste la véracité de Victor, qu'il accuse d'exagération et de partialité. La thèse d'A .1er n'a pas trouvé d'écho. Cf. Le Blant, dans le Journal des savants, 1882, p. 298. — G. Pœtzsoh, Victor de VUe et ta persécution de l'Eglise dans le royaume des Vandales (Progr.), Dœbeln, 1887,in-4°. Cf. F. Gœrres, V Eglise et l'Etal dans le royaume des Vandales, 429-534, dans la Revue allemande de la science historique, 1893, t. III, fasc. i, p. 14-70. — Sur le miracle de Tipasa (Victor, Hist. persec, ni, 29-30), v. P. van lloensbroecb, S. J., dans les Voix de Maria-Laach, 1889, t. XXXVII, p. 270-283 ; et F. Gœrres, Contributions à l'histoire ecclésiastique des Vandales, dans la Reçue de théologie scientif., 1893, t. I, p. 494-500.
Le symbole sus-mentionné des évoques catholiques est de la main d'Eugène, évêque de Carthage (480-505). Il nous reste aussi d'Eugène une Lettre à ses concitoyens pour le maintien de la foi catholique (1). Les autres écrits de cet héroïque confesseur (2) sont perdus.
L'évêque de Gastellum dans la Mauritanie Césarienne,