V. Supra, m
5. V. l'avis préliminaire du Dialogue contre les Ariens, les Sabelliens, etc.
§ 89. — LITTÉRATURE D£ l'AFRIQCE, ETC. 131
crainte d'exaspérer les Vandales et de raviver la persécution contre les catholiques, soit désir d'assurer le succès de ses travaux, soit mélange des deux sentiments, il a tu son nom et «emprunté quelque nom glorieux du passé ; la conséquence naturelle, c'est que l'inventaire des œuvres de Vigile est malaisé à établir et que l'authenticité de plus d'une reste toujours douteuse et contestée (1).
On tient pour authentiques les trois ouvrages ci-après : Contra Arianos dialogus, sous la forme d'une discussion publique entre saint Athanase et Arius, Athanasio, Ario et Probo judice interlocutoribus ; Contra Arianos, Sabellianos, etc., dial&gus, seconde édition revue et augmentée du dialogue précité, Athanasio, Ario, Sabellio, Photino et Probo judice interlocutoribus ; Contra Euty chelem libri V, écrits à Constantinople vers l'an 520 et destinés au public de l'empire d'Orient
Ce petit groupe d'écrits à part, rien à peu près que té* nèbres et incertitudes. La Conférence avec f arien Pa¢rus et le Livre Contre F arien Félicien touchant l'unité de la Trinité portent Tune et l'autre le nom de saint Augustin ;
1. Dans presque toutes ces questions de paternité littéraire, M. Gb&iiaad Ficua, Etudes sur Vigile de Tapse, Leipzig, 1897, in-8° (79 pages) contredit nettement M. Bardenhewcr et gagne, au fond, son procès. Selon M Ficker, Vigile n'a des droits incontestables que sur deux ouvrages, sur le Dialogue co?itre les Ariens, les Sabelliens, etc., et sur les Cinq livres contre Eutychès de date postérieure. L'opinion traditionnelle qui place le berceau de ces cinq livres à Constantinople remonte au célèbre évoque d'Orléans Théodulphe (f 821) ; mais elle ne cadre pas avec les données de l'auteur lui-même.
Vigile citait, dans le Dialogue sus mentionné, deux autres ouvrages de lui, l'un Contre Marivaétus, diacre arien, l'antre Contre l'évéque arien Palladio*. Ces deux écrits semblent aujourd'hui perdus ; avec ceux qui portent le incme titre dans l'édition du P. Chifflet, ils n'avaient guère de commun que le nom.
Le Dialogue contre les Ariens, un méchant abrégé du Dialogue contre les Ariens , les Sabelliens, etc., les Douze livres sur la Trinité, le Livre contre l'Arien Félicitait la Conférence avec l'Arien Pascentius sont ou visiblement apjcrypbes, ou hors d'état de justifier leurs préteatieus de se rattacher à Vigile. ÇN\ de» T.).
mais il y a cent raisons pour une de les attribuer à Tévêque de Tapse. On doute bien plus, n'en déplaise an P. Chifflet, de l'origine des Trois livres contre Varimadus (ou Ma ri va dus), diacre arien, et de celle des Douze livres sur la Trinité. En tête de ces douze livres on lit le nom de saint Athanase, et B. de Montfaucon en a justement inséré le dernier parmi les œuvres du grand docteur, Liber de Trinitate et Spiritu sancto (1).
La seule édition complète des ouvrages sus-nommés est celle qu'a donnée le P. Chifflet, S. J., Dijon, 1664, in~4*. Elle est reproduite dans la Patrologie latine de Migne, lxii, Paris, 1848-1863. On ne trouve pas dans l'édition du P. ChifÛet la Conférence avec l'arien Pascentius, et Migne la range parmi les œuvres apocryphes de saint Augustin, xxxm, 1156-1162, ainsi qne le livre Contre ï arien Félicien, xlii, 1157-1172. — Le P. Chifflet s'est mépris en attribuant à Vigile les deux livres Contre Varien Palladium, Migne, P. L., lxii, 433-463; le premier livre ne 1 renferme que les Actes du concile d'Aquilée de Tan 381 (cf. Héfélé, Histoire des conciles, t. H, 2* éd., p. 35, note 3) ; il est extrêmement probable que le second livre nous rend l'ouvrage de Phœbadius, De fide orthodoxa contra Arianos. Cf. Supra, § 65, vi.
Vigile n'a guère attiré l'attention de la critique moderne. On ne peut indiquer ici que le solide et remarquable opuscule de 6. Ficker, Eludes sur Vigile de Tapse, Leipzig, 1897, in-8o. V., quant à l'ancienne littérature, Chevalier, Rëperl. des sources hist., 2298.
V. Saint Fulgence de Ruspe.— Compagnon d'armes intrépide des Victor et des Vigile dans la guerre contre l'Arianisme, champion habile autant que dévoué de la doctrine augustinienne de la grâce, Fulgence, c le plus grand
1. V. Supra, g 45, m. — Don Mûrir, dans la Revue bénédictine, 1898, fasc., i. n'est pas éloigné d'attribuer les sept premiers livres à saint Eusèbe de Verceil. (N. dis T ).
théologien et le plus saint évêque de son temps (1) », a jeté sur l'Eglise d'Afrique un dernier et puissant rayon de gloire. Il naquit en 468, à Telepte dans la Byzacène, et mourut en 533, évêque de Ruspe dans la même province. On le connaît à merveille par un document historique du plus haut prix, par cette Vie qu'un disciple de notre saint — Fulgence Ferrand, si Ton en croit la tradition — se hâta d'écrire en 533-534, aussitôt après la mort de son héros.
La famille de Fulgence était des plus considérables, et l'enfant y reçut une éducation fort soignée. Il entra dans la carrière administrative ; mais la lecture d'une page de saint Augustin, de l'explication du psaume xxxvi (Vulgate), lui inspira la résolution de tout quitter et de se vouer à l'état monastique. Moine et bientôt abbé, il se vit chasser, par la haine des Ariens, du monastère qu'il édifiait et gouvernait avec succès ; il visita Rome après la Sicile, et de retour dans sa patrie, fut élevé malgré lui, en 507 ou 508, sur le siège épiscopal de Ruspe, petite ville au bord de la mer.
Exilé par le roi Thrasamond (496-523), avec soixante autres évêques catholiques de la Byzacène, il se réfugia comme eux en Sardaigne. Vers Tan 515, il est vrai, son renom de science et de génie décida Thrasamond à le rappeler, pour prendre part dans Carthage à des discussions théologiques ; mais les intrigues des Ariens le firent de nouveau reléguer en Sardaigne, vers Tan 518. L'avènement d'Hildéric (523), en rendant la paix à l'Église d'Afrique, permit aux évêques de revoir la patrie, et Fulgence put travailler encore dix ans au bien de son troupeau.
Saint Fulgence a beaucoup écrit. La plupart de ses ouvrages vont à réfuter l'Arianisme et à étudier le mystère de l'Incarnation.
1. Bosbuct, Ial défense de la Tradition, etc. ; Liv. I, ch. xiv. (N. dm T.).
Le livre Contre les Ariens, le premier en date, est une réponse à dix questions que Thrasamond posa, vers Fan 515, à Fulgence. A de nouvelles objections du prince, Févêque opposa les trois livres Ad Thrasamundum regem Vandalorum. Ce travail, d'après la Vie de saint Fulgence (i), a pour annexes un ouvrage Contre Pinta, et un mémoire, « commonitorium parvissimum », Sur te Saint-Esprit. L'ouvrage Contre Pinta n*a pas survécu ; celui qu'on imprime sous le titre de Pro fide catholica advenus Pintam* est apocryphe.
Plus tard, du moins à ce qu'il semble, on vit paraître le De Trinitate ad Felicem notarium, le Contra sermonem Fastidiosi ariani ad Victorem, le De Incarnatione filii dei et vilium animaliumauctoreadScaritam. Les dix livres Contre V Arien Fabien ont péri, sauf trente-neuf fragments précieux.
Les moines scythes (2), les premiers, éveillèrent l'attention de saint Fulgence sur la théologie du dogme de la grâce, et le déterminèrent à réfuter scientifiquement le semi-pélagianisme. En 519 ou 520, ces moines avaient soumis leurs idées théologiques aux évêques africains, réfugiés en Sardaîgne, et les évêques n'avaient pas hésité, par la plume de saint Fulgence, à sanctionner la formule que « Tune des trois personnes divines a souffert dans la chair», non plus qu'à protester avec leurs nouveaux alliés contre les théories de Fauste de Riez (3).
L'évêque de Ruspe fit plus ; du fond de la Sardaigne, il lança les deux livres De remissione peccatorum ad Euthymium, et les trois livres Ad Monimum, le premier sur la double prédestination de Dieu, celle des saints à la gloire, celle des méchants au supplice, le second sur