‹ Les pères de l'égliseChapitre 91 sur 149 · V. lnfra, § 90, iv · texte numérisé non relu

V. lnfra, § 90, iv

6. P. L y lxvii, 907-908, d'après Galluid, Bibl. vet. Patrum t t. XI, p. 355. . Script, vet. nova Coll., t. m, 2, p. 169 184.

8. Aneodota Casinensia (Supplément à YIndex scholarum in univers. UU. Vratislaviensi per hiemem a. 19711872 habendarum), p. 5-7.

sants de celte époque, un vrai poète chrétien, Blossius /E m il Lus Dracontius.

Né au soin d'une famille opulente, qui avait su, malgré la conquête des Vandales, conserver ses domaines, Dracontius reçut l'éducation libérale de la bonne société ; des écoles des grammairiens il passa dans celles des rhéteurs, et finit par embrasser la carrière du barreau* Tout lui souriait, quand la colère de Gonthamond (484-496) le frappa comme la foudre en plein bonheur. Le vide se lit autour de lui, ses biens furent confisqués et ses enfants réduits à la misère ; lui-même fut jeté en prison et roué de coups. Son crime ressemblait fort aux délits de presse d'aujourd'hui. Le pauvre poète avait écrit (1) des vers où, sans souffler mot de la maison royale des Vandales, il exaltait la puissance d'un prince étranger, de l'empereur d'Orient apparemment. Les Vandales se défiaient des regards tournés vers Constantinople ; on le fil bien voir à Dracontius.

Du fond de son cachot, le prisonnier cria merci et publia, sous le titre de Satisfaction, une élégie en centcinquante-huit distiques. 11 y célèbre d'abord la miséricorde et la clémence de Dieu ; puisse Gonthamond imiter Dieu, en s'empressant de pardonner comme lui !

Ces vers n'eurent pas le succès attendu,, et le repentir du poète ne désarma pas le roi. Dracontius ne perdit pas l'espoir, et, toujours en prison, il composa un second et plus long poème, intitulé, Laudes Dei, mais consacré tout entier, comme le premier, à chanter la miséricorde du Seigneur. Le poème se divise en trois livres.

Le livre 1 er (734 vers) célèbre avant tout la grâce divine qui se révèle dans la création. La persistance et la plénitude de celte grâce, qu'attestent et la durée du monde et, plus encore, la mission de Jésus-Christ,, tel est l'objet du

1. V. ses aveux dans le poème de la Satisfaction., V. 93-94 ; cf. V. 105-106.

§ 90. — UTTÉRATURE DE i/ AFRIQUE, BTC. 130

II* livre, qui comprend 808 vers dans l'édition d'Arevalo, &13 vers dans l'édition de Glaeser. Le III 6 livre (699 vers dans Glaeser, 682 dans Arevalo) nous exhorte à reconnaître l'amour de Dieu et à le payer de retour, en nous appuyant sur lui avec une inébranlable confiance.

Le second poème fut-il enfin couronné de succès? On ne sait. Les dernières années de Dracontius sont pour nous lettre close.

Le mélange de Télément lyrique et du genre didactique donne aux deux œuvres que nous venons de citer, un caractère à part ; elles reflètent l'a ne et l'autre les sentiments et les pensées du poète ; elles ont été Tune et l'autre vécues ; de là, sans parier des beautés de détail, l'accent personnel qui vibre dans ces vers et en fait, avec l'originalité, le charme puissant.

On a retrouvé naguère de Dracontius bon nombre de poésies profanes, travaux d'élève dans l'école des grammairiens ou dans celle des rhéteurs, épithalames semipaïens, semi-chrétiens, poèmes épiques, tragédie, etc. Ces compositions, éditées sous le titre de Carmina minora, sont pour la plupart de la jeunesse de l'auteur (1).

L'évèque de Tolède, Eugène II, sur le désir du roi de» Visigotta, Chiadaswimh (642-649), se chargea de reviser la Satisfaction de DracootiiM» au nom de la théologie comme au nom de l'art, peut-être même avec des préoccupations politiques, et cette recension, sous le litre de Dracontii Elegia, (Migne, P. L., lxxivii, 383-388), a compté nombre d'éditions, avant que F. Arevalo, S. J., dans son édition des œuvres du poêle, Rome, 1791, in-4°, p. 367-402, nous rendit le texte

1. Selon M. Mahitics, les Carmina minora de Dracontius étaient connus au ti« siècle plus qu'on ne le pense ; Fortunat, par exemple, les connaissait et les a quelquefois imités. C'est à tort qu'on les regarde presque tous comme des poésies de jeunesse ; ils datent plutôt de la captivité du poète. V. Les Carmina minora de Dracontius, dans le Musée rhénan de philologie, 181H, p. 493-494. (N\ dis T.).

original, — Arevalo avait dû se contenter d'an seul codex, celai du Vatloan. V. une collation nouvelle do ce manuscrit dans F. de Duhn, Dracontii carmina minera, p. 80-90, Leipzig, 1873, in-8°.

Arevalo, le premier, Op. cit., p. 117-366, a donné des Laudes Dei, un texte à peu prôs complet, que Migne, P. I., li, 679-902, a reproduit. — Les deux derniers livres du poème ont été publiés de nouveau par G. B. Olaeser, dans deux programmes du gymnase Frédéric de Breslau, 1843, 1817, in<4*. — L'étude des manuscrits et la critique textuelle doivent heauooup à Q. Meyer, Les centons berlinois des Laudes Dei de Draconlius, dans les Comptât rendus de V Académie des sciences de Berlin, 1890, p, '.W7-200. — Cf. aussi les variantes relevées par J. B. Pitra dans on manuscrit de la bibliothèque de Bruxelles, Analecla sacra et vlassiea y Paris, 1888, Pars I, p. 176-180.

L'histoire de la création el de la chute originelle, c'est-à-dire le premier livre des Laudes Dei à compter du vers 116, circula de bonne heure, comme un ouvrage à part, sous le titre ù'Rexaemeron creationis mundt (S. Isidore de Séville, De vir. i//., ch. xxiv). — Eugène II de Tulede, en publia, vers Tan 640, une recension nouvelle, et son Drarontii il*xameron y eut une foule d'éditions (Migne, P. L., lxxxvii, 371-

:nu. 388).

Sur la ohronologie respective des Laudes Dei et de la Satisfactio, v. A* Ebert, Histoire générale de la littérature du moyen âge, édit. franc., 1. 1, p. 411, n. 2. — Sur les poésies profanes de Draconlius et spécialement •ur la Tragédie d'Oreste, laquelle, selon toute apparence, est de lui, v. Teuffei-Schwabc, IlisL de la lUtér. rom., 5« éd., p. 1220-1224. On y trouve également un tableau très complet de la littérature moderne sur Draconlius, en ce qui touche notamment la Tragédie (TOreste. — Ajouter Rossberg, Dracontiana, dans les Commentationes WœlffUnians^ p. 63-

68, Leipz. 1891, in-8*.

De Tévèque Eugène II de Tolède (646-657), il nous reste quelques lettres (1) et plusieurs courtes poésies dont la date fait tout le mérite (2).

i. Micm, P. L. % Lxxivn, 403418.

2. Migkb, P. L. % ibid., 359-368, 389-400. — V. Mamth». HisK de Im poésU latine chrétienne, p. 424-432. Stuttgart, 1«H.

§ 90. — Littérature de Vltalie.

I. Les papes, notamment saint Qélase I er . — La seconde moitié du v e siècle a vu cinq papes, saint Hilaire (461-468), saint Simplicius (468483), saint Félix III (483-492), saint Gélase I er (492-496), saint Anastase II (496-498), occuper tour à tour la chaire pontificale. Mais, entre tous, Gélase I er mérite, pour le nombre comme pour l'importance de ses lettres et de ses décrets, une place tout à fait à part.

L'héritage littéraire de Gélase s'est encore enrichi récemment de précieuses découvertes ; le seul manuscrit du British Muséum a fourni vingt-neuf pièces nouvelles, « courts billets pour la plupart, d'une forme élégante et concise, qu'on dirait imités des lettres familières des anciens (i) ». Par contre, l'authenticité du fameux décret De libris, que saint Gélase aurait porté dans un synode romain, reçoit de la critique moderne un coup mortel.

Ce décret, sous son aspect traditionnel, comprend cinq parties : De Spiritu sancto, De canone scripturœ sacrx, De sedibus patriarchalibuSy De synodis œcumenicis, De libris recipiendis. La cinquième patrie, de beaucoup la plus étendue et d'où la constitution tout entière a tiré son nom, nous offre un catalogue et un triage des libri recipiendi (ouvrages des saints Pères) et des libri apocryphi qui non recipiuntur (apocryphes bibliques et patristiques) ; c'est la première révélation d'un tribunal de l'Index. On a reconnu dès longtemps que les deux premières parties du

1. Cakd. Pitra, Analecta novitsima, t. I, Frascati, 1885, p. 31. (N. des T.).

14à TROISIÈME PÉRIODE. — AUTEURS LATINS

décret se rattachent à un synode romain, célébré sous le pontificat de saint Damase et, selon toutes les probabilités, en 382. Mais, il y a plus ; l'origine gélasienne <k lu dernière partie soulève tant et de si graves difficultés qu'il vaut mieux, sans s'arrêter à mettre en cause les interpolations et les altérations, tenir toute cette partie pour apocryphe,

André Thiel, le docte éditeur dès lettres de saint Gélase (1868), a rangé dans un groupe distinct, sur la foi des manuscrits, six pièces d'une particulière étendue, auxquelles il a donné le nom général de traités, tractatus. En voici les titres spéciaux : Gesta de nomme Acacii vel breviculus historié Eutychianistarum, De damnât ione nominum Pétri et Acacii, De duabus naturis in Chrisio adversus Eutychem et Nestorium, Tomus de anathematis vinculo, Dicta adversus Pelagianam hœresim, Adverses Andromachum senatorem ceterosque Roman os, gui Laper ^ calia secundum morem pristinum colenda constitue bant. La plupart de ces traités, on le voit, sont le fruit du zèle infatigable que déploya saint Gélase pour éteindre le schisme d'Acace et réunir les deux Eglises d'Orient et d'Occident (1).

Le saint pape avait laissé d'autres écrits ; mais le temps ne les a pas épargnés.

Le Sacramentaire gélasien (2), recueil d'offices et de prières liturgiques, est, aux yeux de M. l'abbé Duchesne (1889), une œuvre de saint Grégoire-le-Grand ; M. Probst persiste (1892) à l'attribuer au pape Gélase ; ce qui n'empêche pas, naturellement, de reconnaître que tous les manuscrits qui nous sont parvenus et dont aucun ne remonte au-delà du vn e ou du vm e siècle, offrent des traces d'additions et d'altérations. Ce qu'il y a peut-être de plus

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