‹ Les pères de l'égliseChapitre 99 sur 149 · V. Supra, gfiô, vin · texte numérisé non relu

V. Supra, gfiô, vin

Boèce, le mal peut-il donc triompher ici-bas, puisque c'est Dieu, et non le hasard, qui règle la destinée du monde et de l'homme? La Providence, répond la Philosophie, conduit le sage par des voies mystérieuses au bonheur vrai ; le bonheur des méchants n'est qu'apparence vaine et la mort au delà leur ménage des châtiments. Bonheur et malheur, tout repose, au fond, sur le mérite ou le démérite personnel : bonheur et malheur, Dieu, le médecin de nos âmes, sait tout assortir à leurs exigences et à leurs besoins.

Dans le V* livre, enfin, nous apprenons à connaître la nature du hasard et notre propre impuissance de concilier la liberté humaine et la prescience divine. Haïssez le vice, cultivez la vertu, c'est, avec l'avertissement suprême de la Philosophie, le dernier mot de la Consolation.

Le plan et la suite de l'ouvrage sont marqués au coin d'un grand art. Le style, non sans payer parfois tribut au goût du temps, se fait remarquer par son élégance et sa pureté, la forme du dialogue répand partout la variété et la vie ; les poèmes qui s'entremêlent fréquemment à la prose, et délassent l'esprit des fatigues d'une lecture philosophique, nous offrent ici et là des créations vraiment admirables.

Pensées et langage, tout s'inspire des théories éclectiques, avec une teinte marquée de platonisme, ou mieux, de néoplatonisme. Rien, ce semble, de chrétien, au sens propre du mot ; nulle trace du nom de Notre-Seigneur, pas une allusion, pas un appel aux dogmes de l'Eglise.

Quoi ! s'est-on récrié souvent de nos jours, un chrétien, l'auteur qui, en face et presque à la veille de sa mort, fait fi de la théologie et attend de la philosophie seule ses consolations ! Comme si, au temps de Boèce et dans les sujets qui n'étaient pas exclusivement du ressort de la théologie, les auteurs se faisaient faute d'en appeler, non pas à la Révélation, mais aux leçons de l'ancienne philo-

sophie ! Le moyen, en tout cas, de supposer a priori que la Consolation de la philosophie est le miroir où se reflètent toute la vie morale de son auteur, toutes ses idées avec toute sa foi? Et peut-on s'étonner qu'au seuil de la mort, Boèce ait cherché et trouvé dans une de ces méditations philosophiques qui lui étaient familières, paix et consolation? Impossible, d'ailleurs, de dénier à son ouvrage une couleur nettement chrétienne. Boèce ne se réclame pas expressément des vérités chrétiennes sur le monde et sur la vie ; mais, sans en rien dire, il les présuppose ; le chrétien et le chrétien d'une foi profonde, se retrouve et se révèle à la pureté de sa morale, bien plus encore à l'assurance et à l'ardeur avec lesquelles il la défend.

C'était donc faire trop fond sur le caractère philosophique de la Consolation et raisonner mal, que de voir en Boèce, avec Obbar, etc., un pur païen, ou d'affirmer, avec Nitzch entre autres, qu'il n'avait d'un chrétien que le nom. De cette première erreur, il en découlait une seconde, celle qui repoussait l'authenticité des opuscules théologiques auxquels le nom de Boèce est resté attaché.

Ces opuscules, avec leur physionomie d'essais, vont en général à prêter aux dogmes de l'Eglise un langage rigoureusement philosophique, à nous donner des mystères de la foi une idée ou conception rationnelle. Ils sont au nombre de cinq.

Le premier, Sur la sainte Trinité, fait voir, dans son prologue et ses six chapitres, l'unité de la nature des trois personnes divines.

Le second, un travail fort court dédié au futur pape Jean I", étudie le rapport des trois personnes à la nature divine : utrum Pater et Filius et Spiritus sanctus de divinitate substantialiter pr&dicentur.

Le troisième, Quomodo substantiœ, in eo quod sint, bonœ sint y cum non sint substantialia bona f est dédié pareillement au futur pape Jean I*\

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quatrième, De fide (De fide christiania. De fi de catholica) esquisse à grands traits les dogmes fondamentaux du christianisme.

Le cinquième, Liber contra Nestorium et Eutychen, de tous le plus étendu et par les idées le plus important, bat en brèche au nom du dogme catholique les hérésies de Nestorius et d'Eutychès.

11 ne saurait être question d'une contradiction réelle entre les idées essentielles de ces opuscules et celles de la Consolation. Tous les manuscrits proclament sans conteste, M. Krieg Ta solidement établi, l'authenticité du cinquième opuscule et celle des trois premiers ! sur le seul De fide ils laissent planer quelques ombres.

Une découverte récente confirme pleinement l'affirmation des manuscrits. M. Holder a retrouvé et M. Usener, en 4877, a publié quelques fragments d'un ouvrage perdu, où Gassiodore (1) nous dit en termes exprès que « Boèce a écrit un livre sur la sainte Trinité, divers chapitres de théologie et un livre contre Nestorius ». Ainsi, au témoignage d'un contemporain parfaitement bien informé, Boèce a laissé, entre « autres œuvres théologiques », deux opuscules identiques, parleur titre comme par leur objet, au premier et au cinquième des opuscules en question.

Il n'y a guère d'écrivains qui se soient survécu dans leurs ouvrages autant que Boèce. C'est avant tout à l'érudition et aux écrits philosophiques de notre auteur, c'est spécialement à ses travaux sur Ylsagoge de Porphyre, que le moyen-âge a dû la Logique d'Aristote, et, avec elle, la méthode et les règles de langage sur lesquelles s'est assis l'édifice de la scolastique.

Dès le ix e et le x c siècles, témoins les manuscrits, les opuscules théologiques trouvent également des interprètes; les commentaires, surtout ceux de Gilbert de la Porrée

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